Petite omission entre amis

Publié le par la Rédaction

Un théoricien de la Ligue communiste aux Éditions Lux

Les éditions Lux de Montréal viennent de faire paraître un livre de Daniel Bensaïd intitulé Les dépossédés – Karl Marx, les voleurs de bois et le droit des pauvres.

Ce livre est publié dans la collection «Instinct de liberté» dirigé par Marie-Ève Lamy et Sylvain Beaudet. Cette collection entend «proposer des textes susceptibles d’approfondir la réflexion quant à l’avènement d’une société nouvelle, sensible aux principes libertaires».

Or, Daniel Bensaïd qui est présenté sobrement en quatrième de couverture comme «enseignant la philosophie à Paris VII», est surtout, selon un simple clic vers
Wikipédia :

«Un philosophe et un théoricien du mouvement trotskiste en France. Il a participé au mouvement de Mai 68 lors de ses études à l’Université Paris X Nanterre en militant dans la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR), aux cotés d’Alain Krivine. Après la fusion entre la JCR et le Parti communiste internationaliste en 1969 qui prennent le nom de Ligue communiste, il fait partie de son bureau politique avec — entre autres — Alain Krivine et Henri Weber. Bensaïd est maintenant un théoricien de la Ligue communiste révolutionnaire et membre du secrétariat unifié de la IVe Internationale. Son influence, politique et théorique, en fait un acteur incontournable dans le mouvement trotskiste mondial, et plus généralement dans le communisme antistalinien. Il est professeur de philosophie de l’Université de Paris VIII. Il est connu pour ses études sur Walter Benjamin et Karl Marx, ainsi que pour une analyse récente du post-modernisme français. Celui-ci est ainsi critiqué dans Les Irréductibles, à partir d’une mise au jour de ses implications philosophiques et politiques. Il rédige régulièrement des articles pour le périodique La gauche, mensuel nord-américain en langue française rattaché à la Quatrième Internationale. Daniel Bensaïd est également membre de l’Institut International pour la Recherche et la Formation.»

Nous ne discuterons pas ici de la valeur éminemment contestable du contenu de son livre qui s’abreuve de généralités contre la mondialisation et récupère tout ce qui bouge en France, des Enfants de Don Quichotte aux militants de Droit Au Logement. La Ligue communiste de Bensaïd, avec à sa tête le médiatique Besancenot, est en effet le type même de l’organisation spécialisée dans la récupération des luttes celles qui lui permettent d’exister un peu plus sur le terrain politique. Bensaïd «membre du secrétariat unifié de la IVe Internationale» ne peut ignorer l’orientation de son organisation réformiste et électoraliste mais Lux semble ne rien savoir.

La polémique Marx/Proudhon (
Misère de la philosophie…) discutée un peu vite dans ce petit livre a sans doute abusé les deux directeurs de collection qui lui attribuent, en l’acceptant dans leur collection, d’être «sensible aux principes libertaires». Bensaïd doit être le premier surpris d’être publié dans cette collection car ce brave militant n’a jamais eu de prétentions libertaires ou cela se saurait depuis longtemps. Et il y a fort à parier que le bureau politique de la Ligue perdrait alors ce valeureux infiltré aux valeurs soudainement libertaires. Mais un peu d’entrisme au Québec où aucune section de la IVe Internationale n’existe ne peut faire que du bien à ce brave homme.

On peut alors légitimement se demander pourquoi les éditions Lux et leurs deux directeurs de collection ont dissimulé, on espère par omission, le parcours trotskiste de ce militant obstiné. Est-ce parce que Proudhon est mentionné dans sa courte étude ? Est-ce que parce qu’il faut vendre ? Est-ce parce qu’ils croient ses pauvres idées génératrices de débat ? Est-ce parce que le parcours de Bensaïd leur a semblé un détail sans importance ?

Dans tous les cas, il s’agit d’une grande naïveté et d’une coupable incompétence critique.

Méconnaître ainsi ce qui sépare les pratiques trotskistes de celles des libertaires et surtout dissimuler la pratique réformiste et l’engagement militant de Bensaïd est plus grave. Ce petit travers peut relever de l’ignorance mais aussi de la manipulation d’opinion, façon soviétique.

Le milieu libertaire québécois, sans se draper dans des qualités immobiles ou fausses sur son existence et sa radicalité, n’a pas besoin pour se développer et entamer ses luttes d’interprétations fausses ni de radicalités de façades ou de mensonges par omission.

Ainsi, les éditions Lux devraient considérer leur activité réelle de maison d’édition à l’aune d’une exigence aussi bien éthique qu’éditoriale en diffusant des réflexions théoriques libres de toute idéologie ou en admettant leur collusion.

Titus d’Enfer, 24 avril 2008

Publié dans Agitation

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