Vive les travailleuses et les travailleurs de l'USTKE !

Publié le par la Rédaction

Kanaky / USTKE : Intervention du secrétariat international de la CNT à la Bourse du Travail de Paris, le 21 avril 2008

Camarades,

Nous venons d’apprendre le verdict d’une justice une fois de plus aux ordres des puissants. Verdict, qui une fois de plus aussi, fait payer cher le prix de la résistance sociale.

Au nom du secrétariat international de la CNT, nous assurons nos camarades et frères de lutte de l’USTKE de notre entière solidarité. Nous participerons à toute initiative unitaire en vue de faire pression contre l’État colonial français, responsable de la situation de nos camarades condamnés. Nous participerons à toute initiative visant à s’attaquer et dénoncer les pratiques antisyndicales de la multinationale
Veolia.

Nous apportons notre soutien aux camarades de l’USTKE car nous savons que l’alternative à la loi des puissants et des oppresseurs, ne réside que dans notre solidarité de classe. «L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes» était la devise de la Première Internationale, elle reste à nos yeux plus que jamais d’actualité.

La tâche est difficile. Nous le savons. Le capitalisme et ses institutions sont armés et n’hésitent pas à réprimer, juger, condamner, bâillonner, assassiner, quand celles et ceux qui le contestent, le dérangent. Face à un tel système, notre seule arme reste et restera notre solidarité active. À nous, donc, de réaffirmer que l
espoir existe et quil réside dans le fait de ne jamais, malgré les coups, baisser la tête.

Nos camarades colombiens le savent. L
’État colombien et ses alliés (impérialisme américain et paramilitaires) tentent depuis de nombreuses années de réduire au silence cet espoir. Malgré la répression, les menaces de mort, la torture, les assassinats, la résistance sorganise.

En Palestine, malgré les coups de l
’État sioniste, la misère, la répression, les brimades et ce Mur de la Honte qui met en cage un peuple entier, syndicalistes et femmes en lutte rappellent que, là bas aussi, lespoir demeure.

En Guinée-Conakry, la grève générale, en janvier 2007, longue d’un mois menée par nos camarades de la CNTG contre la sanglante dictature de Lansana Conte, en dépit de centaines morts et de la répression, a fait reculer le gouvernement.

Au Maroc, onze syndicalistes croupissaient dans les geôles de la Monarchie pour «atteinte au Sacré et insulte au roi» depuis le 1er mai 2007. Ils viennent d’être libérés par «grâce royale». La vérité c’est que Mohamed VI, soucieux de ne pas apparaître comme son tortionnaire de père, Hassan II, a dû céder face à la pression des collectifs mobilisés au Maroc mais aussi au niveau international.

En France aussi, toute forme de résistance est criminalisée. Les sans papiers, les jeunes en lutte. À la CNT, comme ailleurs, on ne compte plus dans le privé, dans des secteurs précarisés comme le nettoyage, le bâtiment ou la restauration, les sections syndicales sabrées et les militantes et militants licenciés. À la Poste, notre fédération CNT PTT est depuis plus de deux ans déclarée illégale par la Direction. Résultat, nos camarades postiers sont réprimés dans leur activité syndicale. Le dernier en date étant, notre camarade Gilles, mis à pied quatre mois.

Cette réalité de la répression étatique et patronale ne fait pas pour autant de nous des victimes consentantes. Au contraire, elle ne fait que renforcer notre rage, notre détermination et notre conviction. La conviction que dans le monde, une classe existe et qu’elle est en lutte.
Vive les travailleuses et les travailleurs de lUSTKE !
Vive la solidarité internationale des travailleuses et des travailleurs !
Résistance !



Conflit Carsud, janvier 2008 :
l’État français attaque les libertés syndicales



Prison ferme pour les militants USTKE

Vingt-deux militants USTKE  ont été condamnés, hier, à des peines allant de un mois à un an de prison ferme pour leur implication dans les affrontements du 17 janvier, devant le dépôt de Carsud. Le président du syndicat a écopé de six mois de prison ferme pour «provocation directe à attroupement armé». L’USTKE va faire appel.

Alors qu’au premier étage du palais de justice, les projecteurs étaient braqués, hier, sur l’ouverture du procès de Laurent Vili, le tribunal correctionnel a rendu une décision elle aussi très attendue. Les magistrats se sont prononcés sur le rôle joué par vingt-deux militants USTKE et leur président dans le cadre des affrontements survenus le 17 janvier dernier devant le dépôt de Carsud, à Normandie.

La réponse est tombée peu après 14 heures, dans la petite salle du rez-de-chaussée, en l’absence des prévenus. Me Moresco, qui les représentait, a noté une à une les condamnations successives. Les dix-neuf militants poursuivis pour «participation armée à un attroupement» et «violences aggravées» ont tous été condamnés à de la prison ferme : un mois pour la peine la plus faible, et jusqu’à six mois pour la peine la plus lourde.

Mickaele Fakailo Safoka, le responsable de la section BTP de l’USTKE, a également été reconnu coupable, hier, des violences perpétrées à l’encontre de Michel Delaisse, le patron de Carsud. La nuit des affrontements, le directeur avait été sorti de force de sa voiture, qui avait ensuite été incendiée. Mickaele Fakailo Safoka écope ainsi de la peine la plus lourde : dix-huit mois de prison dont six mois avec sursis, ainsi qu’une privation de ses droits civiques pendant trois ans.

Le président condamné pour «provocation»

Deux responsables confédéraux, Tommy Faufau et René Waikedre, ont été condamnés pour leur part à dix mois de prison, dont quatre avec sursis, pour «complicité de violences volontaires aggravées» et «participation sans arme à un attroupement armé». Enfin Gérard Jodar, le patron du syndicat, n’a pas échappé à cette vague de condamnations. Poursuivi, à l’origine, pour «complicité à attroupement armé», il a été reconnu coupable de «provocation directe à attroupement armé», après une requalification des faits. Il s’en sort avec une peine d’un an de prison, dont six mois avec sursis, ainsi que la privation de ses droits civiques pendant trois ans.

Le président de l’USTKE a d’ores et déjà annoncé qu’il ferait appel de l’ensemble des condamnations. Une manifestation de soutien devait également avoir lieu, hier matin (heure de Métropole), devant la Bourse du travail à Paris, avec la présence de personnalités telles que Noël Mamère, Olivier Besancenot et José Bové.

En l’absence du directeur de Carsud, qui est en déplacement à l’extérieur de l’île, l’entreprise a préféré ne pas s’exprimer. La province Sud, pour laquelle la société de transport assure la desserte du Grand Nouméa, n’a pas souhaité faire de commentaire.

Coralie Cochin
Les Nouvelles Calédoniennes, 22 avril 2008


Kanak syndical et radical

Dernier venu sur la scène politique de l’île, l’USTKE bouscule l’équilibre entre les partis traditionnels. La radicalité de ses actions vaut à son président une possible peine de prison. Jugement aujourd’hui.

Il pleut ce soir-là sur Nouméa. Aux portes de Carsud, une entreprise de transports en commun, filiale de Veolia, flotte le drapeau de l’Union syndicale des travailleurs kanaks et des exploités (USTKE), le principal syndicat indépendantiste de Nouvelle-Calédonie. Son slogan : «Usines, tribus même combat.» Sous les abris de tôle du piquet de grève où se relaient jour et nuit des militants depuis des mois, on met au point les modalités du dixième appel à la grève générale lancé depuis le début de l’année. Une étape de plus dans le bras de fer très politique engagé par le syndicat avec le patronat local et l’État au nom de la «défense du droit de grève».

Depuis la fin 2007, l’USTKE inquiète les autorités françaises, mais pas seulement elles. La coalition indépendantiste, vieillissante, du FLNKS
[Front de libération nationale kanak socialiste, créé en 1984] voit elle aussi d’un mauvais œil émerger une force politique et sociale qui la conteste et se pose en alternative. Quant au président local du Medef, Jean-Yves Bouvier, il est persuadé que derrière le combat syndical, l’USTKE vise ni plus ni moins «la prise du pouvoir par la déstabilisation sociale dans la rue». Un sentiment que nombre d’acteurs locaux partagent sans oser l’exprimer. D’aucuns redoutent aujourd’hui le retour des violences qui ont marqué ce territoire français du Pacifique sud dans les années 80, avant d’être stoppés par les accords de Matignon en 1988. Indépendantistes et loyalistes s’étaient alors entendus sur un partage du pouvoir local et l’évolution institutionnelle de la Nouvelle-Calédonie, avec à la clé un référendum d’autodétermination à partir de 2014.

Premier syndicat de l’archipel avec 5000 adhérents et 25% des voix aux élections professionnelles, l’USTKE a décidé d’élargir son combat en créant en novembre sa propre formation politique, le Parti travailliste (PT). Dans la mouvance des idées de José Bové, un ami du syndicat, le PT a enregistré des résultats prometteurs aux municipales et mise aujourd’hui sur les élections territoriales de mai 2009, décisives pour l’avenir de la Nouvelle-Calédonie. Cette double casquette syndicale et politique, l’USTKE l’assume parfaitement. Ses discours radicaux sur l’indépendance, la «lutte contre l’État colonial» et son combat syndical sans concession séduisent de plus en plus de jeunes Kanaks.

L’argent coule à flots

Alors que l’argent de la métropole coule à flot et que s’étalent les fortunes vite amassées et les Porsche Cayenne, le syndicat-parti tente de réanimer la flamme indépendantiste. L’USTKE accuse les dirigeants du FLNKS de l’avoir laissée s’éteindre en s’installant dans les fauteuils des institutions locales où le consensus avec la droite anti-indépendantiste est la règle.

Pour l’État, comme pour les partis traditionnels pro ou anti-indépendantistes, l’USTKE et son Parti travailliste sont vécus comme une véritable menace. «L’USTKE ne défend jamais l’intérêt général mais des cas individuels limite. Elle rejette l’accord de Nouméa qui est le consensus et la paix, accuse un haut responsable de l’État sous couvert d’anonymat. Ses dirigeants veulent l’antagonisme et la lutte comme dans les années 80. Au fur et à mesure qu’on approche de 2014, ils savent qu’il n’y aura pas de majorité pour voter en faveur de l’indépendance. Pour éviter la stabilisation du lien entre la Calédonie et la France, ils ont donc opté pour la déstabilisation par la violence.»

Un succès de l’USTKE fragiliserait le FLNKS, interlocuteur historique de la France côté indépendantiste, et compromettrait le voyage de Nicolas Sarkozy courant 2009. D’ici là, une coalition hétéroclite semble bien décidée à entraver la montée en puissance du syndicat, en le remettant au pas à défaut de pouvoir le casser. «Voyous», «terroristes», «dictateurs en puissance»… Tels sont, entre autres, les mots utilisés ces dernières semaines par la justice, le Haut-Commissariat (qui représente l’État en Nouvelle-Calédonie), le patronat et les adversaires politiques de tous bords à propos des dirigeants de l’USTKE.

Ce lundi, un jugement à haut risque pour la paix civile doit être rendu à l’encontre du président du syndicat, Gérard Jodar. Un an de prison, dont six mois ferme, a été requis par le parquet de Nouméa. Du jamais vu pour un dirigeant syndical. Les 16 et 17 janvier, de très violentes échauffourées avaient opposé la police à l’USTKE autour de la société Carsud. Gérard Jodar n’a pas participé aux affrontements mais est accusé d’en être l’inspirateur. «Selon l’enquête, il a donné des instructions pour aller au contact et tenir le terrain face aux forces de l’ordre. Il manipule des gens pour des missions contraires à leur intérêt. Monsieur Jodar poursuit des buts qui ne sont pas du domaine syndical mais politique», confie le procureur de Nouméa, Robert Blaser. Pour lui, «le chef est plus responsable que les simples exécutants qui ont dit obéir à celui qu’ils considèrent comme leur général». Dix-neuf autres militants de l’USTKE ont comparu avec lui et se sont vu pour la plupart infliger des peines de prison. Ils étaient poursuivis pour «attroupement armé, violences aggravées et destruction de biens publics et privés».

Menottes, grenades…

Des témoignages dignes de foi, des photos et des vidéos (que Libération a pu visionner) indiquent que les policiers présents le 17 janvier ont agi avec un zèle inouï : menottages à des poteaux, tirs tendus de grenades, empilement des prisonniers les uns sur les autres… Des images montrent aussi la police en train de danser de joie après des tirs ou d’imiter des animaux sauvages face aux manifestants. Dans l’autre camp, des galets ont été jetés, des véhicules incendiés, le directeur de Carsud a été violenté. Saisie par le procureur de Nouméa, l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) a débarqué le 8 avril pour enquêter sur d’éventuels dérapages.

Au siège de l’USTKE à Vallée-du-Tir, quartier populaire et kanak de Nouméa, Gérard Jodar affirme au contraire avoir cherché l’apaisement. «Certains étaient si remontés qu’ils voulaient sortir les fusils et tirer sur la police. J’ai dû les calmer», dit-il. S’il est condamné à l’emprisonnement aujourd’hui, il fera appel et affirme qu’il n’ira pas en prison : «Il faudra venir me chercher.» En janvier, Jodar s’est déjà barricadé pendant un mois à l’intérieur du local de son syndicat. Dehors, la police veillait pour l’interpeller, jusqu’à ce que le Haut-Commissaire, prudent, renonce à employer la force pour l’en déloger.

À la tête de l’USTKE, on trouve deux hommes : son actuel président, Gérard Jodar, 56 ans, et Louis Kotra Uregei, 57 ans, son fondateur en 1981. Jodar est blanc. Il est arrivé en Nouvelle-Calédonie en 1972 lors d’un tour du monde, pour ne plus en repartir. Uregei est un Kanak originaire de l’île de Tiga. Retraité de la Poste, il s’est reconverti dans les affaires. Dans un pays où les lignes ont longtemps été marquées par la seule appartenance ethnique, cet attelage continue à déranger. Lors d’une visite mouvementée en octobre, le secrétaire d’État à l’Outre-Mer Christian Estrosi
[
Il a depuis été remplacé par Yves Jégo] avait tenu à les rencontrer. Dialogue de sourds. S’en prenant aux «comportements excessifs» de l’USTKE, il finit par dire à Gérard Jodar : «Vous êtes quand même citoyen français !» Réponse du syndicaliste :«Non, je suis citoyen kanak.» Si Jodar reproche au FLNKS de «vouloir rester indépendantiste pendant encore un siècle», il assure avoir créé le Parti travailliste «non pas contre le FLNKS mais pour répondre à ce qu’il ne défend pas : l’emploi local, le Smic, les transferts de compétence, l’indépendance… L’inertie de la coalition indépendantiste officielle ne nous satisfait pas.»

Villa et supermarchés

Salarié d’une société de services à l’aéroport (contrôlé par l’USTKE), il est permanent syndical et gère à titre bénévole une société de transport créée par le syndicat. Habitué à mener des grèves dures et longues sur un territoire où la surenchère entre syndicats est une règle pour séduire les adhérents, Jodar cite souvent l’ancien leader de la CGT Henri Krasucki : «Seule compte la satisfaction de la revendication pour arrêter une grève.» Sa luxueuse villa en face de la mer est l’objet de perpétuelles insinuations. Mais personne n’a pu avancer un début de preuve d’un enrichissement illicite.

Fondateur de l’USTKE, Louis Kotra Uregei, avec sa forte carrure et ses grosses lunettes noires, suscite tout autant de suspicions et de crainte. Syndicaliste et désormais patron, il dirige deux sociétés d’aconage sur le port de Nouméa, une entreprise de transports maritimes, et détient des supermarchés sur les îles de Lifou et Maré. Pas loin de 200 salariés au total. Il n’y aurait jamais de grèves dans ses boîtes, affirment ses détracteurs. Grand voyageur, «Loulou», comme on l’appelle ici, fait du business dans toute la région. On l’accuse de mélanger les genres. Lui assume. Fier qu’un Kanak réussisse en affaires : «Je mène un combat politique dans l’économie. Pour moi, il n’y a pas d’ambiguïté, je suis dans l’entreprise comme je l’étais dans le syndicalisme. Je n’ai pas la volonté de gagner de l’argent en me comportant en gros capitaliste.»

Président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, Harold Martin (droite anti-indépendantiste modérée) est paradoxalement l’un des rares dirigeants politiques à ne pas vouloir diaboliser l’USTKE. «Dans les années 80, les partis politiques s’affrontaient. Aujourd’hui, pro et anti-indépendantistes construisent un pays et sont associés de manière consensuelle aux décisions. Dès lors, les syndicats occupent l’espace vindicatif. Et comme le débat politique a été chloroformé, il s’est déplacé sur le terrain social. L’USTKE essaie de déstabiliser le système mais elle va en fait contribuer à remobiliser le FLNKS qui a chaud aux fesses», prédit-il. À moins que l’île ne replonge dans un cycle de violences, comme il y a vingt ans.

Envoyé spécial à Nouméa Antoine Guiral
Libération, 21 avril 2008

Publié dans Solidarité

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