Fausses idées et faux problèmes

Publié le par la Rédaction



Où se niche l’honneur du publicitaire ?

Nulle part. Bien sûr, les publicitaires sont au service de la société de consommation. Seulement, ils l’avouent. Alors que les journalistes, sociologues, urbanistes… le sont aussi et ne l’avouent pas.

Les publicitaires font la société de consommation.

Ils ne la font pas du tout. Ils en sont le produit.

Que pourraient faire les publicitaires dans une société révolutionnaire ?

N’importe quoi d’autre. S’il y a encore des publicitaires, c’est que c’est encore une société de consommation (vendre quelque chose, objet, loisirs, culture, comme une promesse absolue de bonheur). S’il y a encore des publicitaires, c’est que la révolution n’a pas réussi.

Il y a des publicitaires de l’autre côté du rideau de fer ? Le bruit court, en effet, que de ce côté-là les révolutions n’ont pas réussi.

Les publicitaires ont une noble tâche : l’information.

N’importe quel journaliste très moyen peut dire très vite que cinq usines produisent des spaghetti de qualité semblable à des prix sensiblement égaux.

Les publicitaires ont une noble tâche : le marketing.

Il faut peut-être une équipe de professionnels très malins pour trouver sur quel détail on arrivera à vendre une même voiture. Si les choses prenaient une tournure révolutionnaire, on n’aura pas grand besoin des hommes du marketing pour savoir, par exemple, que les gens ont plus besoin de logements que de voitures.

Les publicitaires disposent de grands moyens d’action.

Erreur. Les publicitaires sont un service tertiaire qui ne produit rien et n’a pratiquement pas de moyens d’action. Ce sont les annonceurs qui, en temps normal, ont de grands moyens d’action. Et en cas d’occupation des imprimeries, ce sont les ouvriers qui les ont.

Les publicitaires doivent se mettre immédiatement au travail : concevoir ensemble une société révolutionnaire.

Vraissemblablement, un grand nombre de publicitaires n’ont pas attendu le 30 mai 1968 pour s’apercevoir qu’il existe des problèmes politiques ou théoriques. Tous ceux-là sont arrivés à des conclusions, qui sont forcément très diverses. Ils travaillent — ou ne travaillent pas — avec des groupes.

Quant aux autres… s’ils se mettent à réfléchir à la question, qu’ils le fassent en tant qu’individus, pas en tant que publicitaires. On n’est quand même pas aliénés à ce point-là, non ?

Que peut faire, actuellement, un Comité d’action des publicitaires ?

Uniquement, sans chercher à couper les cheveux en quatre et à se définir comme un groupe cohérent, ramasser tous les moyens matériels d’impression possibles, et éditer
des appels correspondant au plus grand commun dénominateur de tous les partis révolutionnaires en formation.

Proposition : du Mouvement du 22 mars en allant vers la gauche.


Texte repoussé lors de la séance du 30 mai à la Sorbonne
du Comité d’action des publicitaires




Dossier Mai 68

Publié dans Debordiana

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