Tout est possible à la force de la classe ouvrière en action

Publié le par la Rédaction



Le mouvement de grèves et d’occupation d’usines qui a suivi la nuit du 10 au 11 mai doit aboutir à l’accomplissement des buts historiques du prolétariat, devenus immédiats, ou bien il se soldera par une compromission avec le pouvoir capitaliste, au terme de laquelle le prolétariat se retrouvera encore une fois esclave du capital.

Rappelez-vous juin 36 : «Il faut savoir finir une grève» (Thorez), et pour que les ouvriers consentent à abandonner les usines, la concession des 40 heures de travail, qui a abouti à l’exploitation sans frein du salaire de base, du travail à la pièce, des primes, des chonométrages, des heures supplémentaires.

L’occupation actuelle des usines doit continuer et s’étendre à tout le système économique y compris les banques. Mais cette occupation doit prendre la forme de «restitution des instruments de production à la société» (K. Marx).

Or cette restitution ne peut se faire que par l’intermédiaire des travailleurs eux-mêmes. Il ne s’agit donc pas de rendre les usines et les facultés au Capital moyennant quelques concessions si importantes soient-elles, mais de les garder comme propriété communiste et de les mettre en marche, ainsi que tout le mécanisme économique et social, production, consommation, enseignement, etc., au service de l’homme, sans exploitation.

Ceux qui envisagent un compromis avec le Capital et son État trahissent la classe ouvrière.

Le gouvernement pourrait faire aujourd’hui deux concessions en apparence importantes : nationalisation des grandes industries et cogestion des entreprises, c’est-à-dire jusqu’à accepter que quelques ouvriers supervisent l’exploitation du prolétariat tout entier ; et tant mieux s’ils sont «démocratiquement» élus comme le sont les députés du Parlement.

Non à cette cogestion des entreprises. C’est la gestion exclusive des travailleurs sur toute l’économie et sur le pouvoir politique qu’il faut exiger.

Non aux nationalisations que le pouvoir serait prêt à concéder sous couvert de socialisme. Outre le fait que cela instaurerait un capitalisme d’État, cela n’améliorerait en rien le sort des ouvriers (voir Renault, etc.).

La classe ouvrière, unie par des idées révolutionnaires et non derrière des capitulards, est assez forte pour s’imposer et ce, presque sans violence. Une telle prise de position révolutionnaire de tous les ouvriers et étudiants de France rendrait vaines et dissoudrait toutes les institutions répressives de l’État capitaliste.

C’est pour empêcher ce développement socialiste que les syndicats et leurs partis parlent d’écarter toute ingérence extérieure à la classe ouvrière (allusion à la manifestation de solidarité des étudiants) et de ne rien faire qui ne soit décidé démocratiquement dans les assemblées syndicales.

La démocratie révolutionnaire commence par la souveraineté absolue de la classe ouvrière, qui est au-dessus de tous les partis, de tous les syndicats quels qu’ils soient, à plus forte raison des partis et des syndicats qui osent dire à la classe ouvrière : gardez les usines jusqu’à la signature de nouvelles modalités d’exploitation (nouvelles conventions collectives).

Ce sont les mêmes hommes qui mettent en garde la classe ouvrière contre les ingérences extérieures. D’où viennent en réalité les ingérences extérieures ? La loi interdit l’élection de délégués non désignés par les syndicats, privilège énorme consenti par l’État capitaliste à ses éléments détachés à l’intérieur de la classe ouvrière. Et voilà pourquoi la résolution de la C.G.T. (L’Humanité, 18 mai) prône l’extension des libertés syndicales opposées aujourd’hui aux libertés ouvrières.

Ouvriers ! Désignez vous-mêmes vos propres délégués, vos propres comités d’usines (soviets), indépendamment de toute appartenance syndicale ou politique.

Accueillez les représentants des autres communautés ouvrières, étudiantes et des salariés en général.

Ceux qui craignent la contestation en ce moment, ce sont ceux qui veulent garder les privilèges que la loi leur octroie.

La C.G.T. prétend qu’Elle est la classe ouvrière tout comme de Gaulle prétend qu’Il est la France. Or il est de fait que l’État gaulliste s’appuie sur la C.G.T. et les autres centrales syndicales, leur accordant même des subventions, qui en font des organismes du système d’exploitation et par conséquent des forces extérieures au prolétariat et par là même ses ennemis.

De la libre discussion au sein des organismes élus par la classe ouvrière dans son ensemble dépend l’avenir du mouvement en cours.

En avant vers une société communiste sans Capital ni Salariat !

Groupe10 mai - Révolution mondiale
Paris, le 19 mai 1968


Dossier Mai 68

Publié dans Debordiana

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