Concorde sociale

Publié le par la Rédaction

C’est lourd, compliqué, indigeste, contraignant ; on s’y perd et on y perd parfois sa patience et ses cheveux. Cela s’appelle le Code du travail et ses près de 2000 articles. Il fallait faire quelque chose. Laurence Parisot n’a-t-elle pas déclaré : «La liberté de penser s’arrête là où commence le Code du travail» ? Or, on sait à quel point les patrons sont attachés à la liberté de penser : afficher un dazibao revendicatif sur votre poste de travail et vous serez certainement gratifié d’une augmentation à la fin du mois.

Bref, la Réforme (celle qui a un grand «R» et de ce fait ne peut se discuter) était indispensable et le gouvernement, celui d’hier et celui d’aujourd’hui, s’y est employé. Bientôt, le Premier mai exactement, le traditionnel défilé syndical pourra fêter comme il se doit le toilettage audacieux, la réforme tant attendue. Que faut-il en attendre ? Rien de bon, évidemment : les réformes visent schématiquement à protéger davantage les patrons que les salariés (notamment dans le cadre des accidents du travail), à limiter les capacités de «nuisance» des inspecteurs du travail, à «supprimer» des lois (votées par la représentation nationale) et à les remplacer par des décrets, voire même à liquider à plus ou moins brève échéance les conseil des prud’hommes [
Voir l’article de Gérard Filoche dans le Monde diplomatique de mars 2008]. Du bel ouvrage, en somme.

Certains esprits retors vont trouver détestable le fait que le gouvernement ait choisi le Premier Mai comme date d’application du nouveau Code. Pour ces irréductibles, acariâtres d’un autre siècle, le Premier Mai évoque la grève, le défilé, l’affrontement de classe, un temps où la classe ouvrière avait conscience d’elle même et le montrait. D’autres poufferont et rappelleront, avec raison, qu’il y a belle lurette que les Premier Mai ont cessé d’être ce moment revendicatif fort et tendu, que les syndicats ont été intégrés dans la grande machinerie démocratico-capitaliste, même si ce n’est pas à la meilleure place ; et de rappeler également que depuis 1948, elle n’est plus la fête du travail et des travailleurs, mais seulement celle du Travail. Mais bon, même si la manif du Premier Mai n’intéresse plus grand monde, ne met plus grand monde dans la rue, symboliquement beaucoup y reste attaché.

Ils ont raison. Le symbolique, c’est important. Et Sarkozy l’a bien compris. Depuis qu’il est en place (et ce, même s’il ne tient jamais en place), Nicolas Sarkozy s’est fait le champion du dialogue social, du renforcement des relations entre partenaires sociaux, d’une approche non idéologique mais pragmatique (comprenez «libérale») des rapports entre le Capital et le Travail. De son point de vue, le Premier mai est la date toute indiquée pour poser sur les fonds baptismaux le Nouveau Code du travail ; car le Premier Mai fut un temps la «Fête du travail et de la Concorde sociale». C’était en 1941.

Allez, la lutte des classes continue, notre émission fait de même. Et rappelez-vous : «Là où le balai ne passe pas, la poussière ne s’en va pas d’elle-même.» À tout de suite !

Le monde comme il vaAlterNantes FM, émission du 10 avril 2008
Hebdo libertaire d’actualité politique et sociale, nationale et internationale

Publié dans Colère ouvrière

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