L'I.S. vous l'avait bien dit

Publié le par la Rédaction



«Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire une seconde fois. Il a oublié d’ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce.»
Le 18 Brumaire de Louis Napoléon Bonaparte.

«C
e scrutin est important dans la mesure où il permettra de juger l’influence des “situationnistes” au sein du monde étudiant.» Cest ainsi que la presse annonçait les élections de la M.N.E.F. comme un retour à lordre naturel des choses — comme si les situationnistes étaient gens à se soumettre au quantitatif dune consultation électorale ! Après une campagne délirante où les deux partis se sont employés à parodier les formes prises par notre activité au sein de lA.F.G.E.S., il nous faut préciser que la liste battue sous létiquette «Bureau sortant» nest pas plus situationniste que celle qui lemporta. Leur commune référence à lU.N.E.F. fait leur identité. Entre le réformisme néo-mutuelliste des sortants et le conformisme des vieux syndicalistes vainqueurs, la différence est mince : les uns et les autres convoitaient cette «institution sociale dimportance» et proposaient aux mêmes questions des solutions qui nétaient que lenvers les unes des autres.

D
aucuns parmi les électeurs et les éligibles ont cru sentir passer sur eux le souffle de la Révolution et de lHistoire en ces jours de farce. Les crétins, qui ont voté pour le bureau sortant, lont fait sans doute en vue dinstaurer un «conseil étudiant» qui montrerait ainsi le chemin aux ouvriers. Sils ont cru que leur vote serait une réponse fière aux mesures coercitives du Conseil dUniversité, ou une garantie pour que le B.A.P.U. restât fermé, leur naïveté et leur manque dimagination doivent tout autant rassurer les gardiens de lordre universitaire. Ces 750 suffrages ne sauraient témoigner que quelque chose a changé chez les étudiants. La bonne volonté ne fait pas la force des armées révolutionnaires quand elle est à ce point accompagnée dimmaturité pratique et théorique. La critique radicale commence par des refus très simples, qui ont manqué à ces velléitaires. Un peu de bruit et de fureur assaisonné dun zeste dobscurité idéologique et de messianisme bra [Le programme du bureau sortant, avec son amusante prise de position contre l’abolition de la lutte de classe au sein de l’université et de la médecine, aurait pu être signé par un pro-chinois ou un J.C.R.], tout juste capable de flatter ceux qui pouvaient se reconnaître enfin dans limage complaisante de l«étudiant révolutionnaire» quon leur offrait, na jamais fait grand mal. Toutes les foires électorales se ressemblent.

Ceux qu
une inflation publicitaire fait encore passer pour des situationnistes, sont un ramassis dindividus rejetés par lInternationale situationniste et par les auteurs du coup de lA.F.G.E.S. Frey, Garnault et Holl furent exclus de lI.S. dès le 15 janvier 1967 pour avoir si peu compris les nouveaux rapports de la théorie et de la pratique, instaurés dans cette organisation, quils ont cru pouvoir y développer des manœuvres fractionnelles acceptables seulement dans les partis hiérarchisés et bureaucratiques. Leurs mensonges vulgaires devaient être sublimés, pensaient-ils, par une Vérité révolutionnaire supérieure dont ils se croyaient les propriétaires, alors quils ne cessaient de sengluer dans les pièges de lidéologie [Cf. le tract de lI.S. : Attention 3 provocateurs.]. Ce sont les mirages de cette idéologie qui conquirent Vayr Piova, Millot et Ballivet : ces trois nostalgiques de lengagement militant traditionnel ont prouvé, en rejoignant ce groupuscule unifié par un monologue délirant qui voulait changer une toute petite expérience en moment historique crucial, quils nont jamais rien compris aux pricipes de notre action à Strasbourg.

Ces défauts mêmes sont apparus au grand jour dans leur propagande électorale. Leur logorrhée furieuse ne visait qu
à les maintenir à la tête dune bureaucratie — eux ou ceux quils manipulaient. De leur passage à nos côtés, ils nont su quabstraire les détails dune critique, vite dénaturés en recettes destinées à rendre le syndicalisme «intéressant», par un renouvellement de ses thèmes idéologiques, et «piquant» par une certaine virulence polémique. Ils ont ainsi démenti leur insoutenable prétention à se proclamer les auteurs de la brochure De la misère en milieu étudiant.

Ils ne pouvaient par ailleurs que poursuivre le cours de leurs mensonges. On les vit très vite sapproprier les méthodes de conservation du pouvoir, en faveur dans toutes les bureaucraties, simaginant peut-être que ce quils baptisent leur «sens de lHistoire» rachèterait leurs innombrables truquages [Pour nen citer quun : ils ont inscrit parmi leurs candidats, la veille du scrutin, un de nos amis, Pierre Bernard (Sciences politiques) sans même se préoccuper de son accord.]. Bien entendu, les 39 candidats du bureau sortant, en se faisant les complices dune aussi piteuse opération, et en cautionnant louverte falsification du scandale de lA.F.G.E.S., se sont automatiquement condamnés à nos yeux. Nous nentretiendrons plus désormais aucune relation avec quiconque approchera ainsi ces ordures.

Vous n
avez pas fini dentendre parler de lInternationale situationniste. Elle ne cherche pas lappui, le temps dun vote, de ceux qui se démettent de leur liberté à travers un scrutin. Le bouleversement de toutes les conditions existantes, auquel elle œuvre, passe par la destruction de toutes ces institutions complices du pouvoir, et non par une réédition danciennes farces historiquement déjouées depuis longtemps…

André Bertrand - Daniel Joubert - André Schneider
Le 14 avril 1967


Dossier Mai 68

Publié dans Debordiana

Commenter cet article