Définition minimum des organisations révolutionnaires

Publié le par la Rédaction



Définition minimum des organisations révolutionnaires

Considérant que
le seul but d’une organisation révolutionnaire est l’abolition des classes existantes par une voie qui n’entraîne pas une nouvelle division de la société, nous qualifions de révolutionnaire toute organisation qui poursuit avec conséquence la réalisation internationale du pouvoir absolu des Conseils ouvriers, tel qu’il a été esquissé par l’expérience des révolutions prolétariennes de ce siècle.

Une telle organisation présente une critique unitaire du monde, ou n’est rien. Par critique unitaire, nous entendons une critique prononcée globalement contre toutes les zones géographiques où sont installées diverses formes de pouvoirs séparés socio-économiques, et aussi prononcée globalement contre tous les aspects de la vie.

Une telle organisation reconnaît le commencement et la fin de son programme dans la décolonisation totale de la vie quotidienne ; elle ne vise donc pas l’autogestion du monde existant par les masses, mais sa transformation ininterrompue. Elle porte la critique radicale de l’économie politique, le dépassement de la marchandise et du salariat.

Une telle organisation refuse toute reproduction en elle-même des conditions hiérarchiques du monde dominant. La seule limite de la participation à sa démocratie totale, c’est la reconnaissance et l’auto-appropriation par tous ses membres de la cohérence de sa critique : cette cohérence doit être dans la théorie critique proprement dite, et dans le rapport entre cette théorie et l’activité pratique. Elle critique radicalement toute idéologie en tant que pouvoir séparé des idées et idées du pouvoir séparé. Ainsi elle est en même temps la négation de toute survivance de la religion, et de l’actuel spectacle social qui, de l’information à la culture massifiées, monopolise toute communication des hommes autour d’une réception unilatérale des images de leur activité aliénée. Elle dissout toute «idéologie révolutionnaire» en la démasquant comme signature de l’échec du projet révolutionnaire, comme propriété privée de nouveaux spécialistes du pouvoir, comme imposture d’une nouvelle représentation qui s’
érige au-dessus de la vie réelle prolétarisée.

La catégorie de la totalité étant le jugement dernier de lorganisation révolutionnaire moderne, celle-ci est finalement une critique de la politique. Elle doit viser explicitement, dans sa victoire, sa propre fin en tant quorganisation séparée.


La Définition minimum des organisations révolutionnaires fut adoptée par la VIIe Conférence de l’I.S. qui se tint à Paris du 5 au 11 juillet 1966, puis publiée dans le numéro 11 de la revue Internationale situationniste, en octobre 1967. Le 15 mai 1968, dans la Sorbonne occupée, le Comité Enragés-Internationale situationniste la distribue en tract.


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«À propos de la Définition minimum de l’organisation révolutionnaire, je pense que nous pouvons difficilement faire moins abstrait, dans un résumé — pour nous d’abord — à un certain niveau théorique. Mais dans la mesure où nous voulons aussi citer, publier, présenter vers l’extérieur ce qui est, après la conférence, “résumé pour nous”, ne pourrait-on envisager d’écrire un commentaire, par exemple trois ou quatre fois plus long, qui accompagnerait ce texte, et l’éclairerait par une argumentation historique et politique, en termes très accessibles ?

Je me souviens de ce que tu disais un soir sur cette forme dans la culture arabe. Ne serait-ce pas un bon modèle à détourner ? On pourrait ainsi avoir à la fois le concentré conceptuel et sa justification en langage plus courant ; et aussi surtout — par leur présence ensemble — on donnerait une bonne clé méthodologique pour le passage d’un niveau à l’autre.

Ce serait un exemple (sur un point important) d’une expression parallèle à ce que nous entreprenons avec le dictionnaire.»

Lettre de Guy Debord
à Mustapha Khayati, 28 juillet 1966.


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Dossier Mai 68


Publié dans Debordiana

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