Écotourisme durable : la turista du vingt et unième siècle

Publié le par la Rédaction

Dimanche 6 avril, à Florac, se tenait le 2e Salon de l’écotourisme. Inscrit dans la semaine du développement durable, la Lozère mettait en valeur son capital nature… En fin de matinée, se tenait un «débat libre et animé». Sur une estrade, représentant politique (Hubert Pfister, président de la Communauté de communes de la Cévennes des hauts Gardons, maire de St-Martin de Lansuscle, président de lassociation Cévennes éco-tourrisme, propriétaire dun gîte coquet…), administratif (Louis Olivier, directeur du Parc national des Cévennes), cautions intellectuelles, associatifs ou acteurs économiques (comme Claude Beaubier, professeur à luniversité de Perpignan, créateur dune agence de voyage «alternative» pour Madagascar et consultant en management et ressources humaines) comptaient bien promouvoir un «développement durable» en Cévennes.

C
était sans compter sur quelques trublions et badauds qui perturbèrent de leur sans gène le bon cours de la représentation. Les spécialistes attendaient les applaudissements et une adhésion à leur propagande, ils ont reçu les critiques méritées. Des voix se sont dressées, un tract lu et distribué, le consensus managerial voulu par ces éco-entrepreneurs se brisa.

Voici le texte diffusé à cette occasion :

Écotourisme durable : la turista du vingt et unième siècle

Contrairement à ce qu
on pourrait croire de prime abord, il existe une industrie de masse en Lozère : cest le tourisme. Elle fleurit sur lexploitation dun capital ; la «nature sauvage» ou «nature préservée» avec comme principale vitrine le Parc national des Cévennes. Son offre est dautant plus concurrencielle quelle sappuie sur une main d’œuvre bon marché composée de petits artisans, de petits agriculteurs, de petits propriétaires de gîtes et dun milieu associatif culturel pour une bonne part bénévole et subventionné.

Comme toutes les autres, cette industrie génère de nombreuses nuisances : pollutions diverses, pillage des ressources naturelles (notamment l
eau), occupation du foncier quand une bonne part de la population galère pour sinstaller, se loger, développer des projets dautosubsistance et dactivité paysanne. Elle est en outre fortemement consommatrice de terres agricoles.

Elle se déploie sur un marché ; celui des loisirs des populations issues des pays industrialisés c
est-à-dire récoltant les fruits du système dexploitation mondial et de ses effets désastreux : travail forcé, famines, désastres écologiques durables…

Repeindre le tourisme aux couleurs consensuelles de l
écologie et de léquité ne change rien à sa nature ; cela sapparente plutôt à une volonté de manipulation en vue dobtenir ladhésion de tous ou, tout au moins, la neutralisation de la critique.

À travers la Charte européenne pour le développement durable des espaces protégés et la promotion de l
écotourisme, il sagit de mener une opération marketing de grande ampleur afin délargir le marché ; et détaler les «flux» touristiques sur une plus longue période pour mieux gérer leur augmentation en conservant limage de marque dun tourisme de qualité, labellisé du terroir. Le territoire devient alors une entreprise au développement de laquelle les habitants sont sommés de participer. Devenir prestataire de service, guide, gardien, animateur, ou figurant souriant du grand musée de la nature lozèrienne et de la «culture» cévenole. Et quel meilleur mausolée quun musée grandeur nature pour inhumer ces cadavres encore frais ? Et quelle place reste-t-il pour vivre quand tout devient musée et galerie marchande ? Et pourquoi ne pas carrément édifier un parc dattractions européen écoéthiquementcitoyendurable ? On pourrait lappeler Lozèreland, Camisarland, ou Parc Cevennix. On y parcourerait des sentiers balisés à thème avec des étapes dans de charmantes bourgades où prendraient place des reconstitutions historiques en costume de la vie quotidienne des siècles passés. On pourrait visiter chaque maison, hameau ou cabane pour mieux simprégner du quotidien de ces gens qui vivent «autrement». Tout le monde participerait de ce grand œuvre et largent coulerait à flots.

Bien sûr il faudrait calmer les récalcitrants, voire les dégager mais cela n
a jamais été un problème et la bonne marche des affaires est à ce prix. «Développez ! Développez ! Il en restera toujours quelque chose» aurait pu dire Goebbels. Certes il en restera toujours quelque chose, mais quoi et pour qui ? Des montagnes de merde pour tous et de juteux bénéfices pour quelques uns ; comme toujours !

Publié dans Terre et environnement

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