Mardi 8 avril 2008

Juge des libertés et de la détention du 7 avril

Djamel B. souffrant de graves syndromes psychotiques, et enfermé au CRA sans suivi psy depuis 15 jours, comparaissait pour la prolongation de sa rétention. Dès l’entretien avec son avocat, il a tenté de s
ouvrir les veines avec un couvercle, puis sest violemment projeté la tête contre les grilles de la fenêtre du local. Le juge fait alors accélérer la comparution devant lurgence de la situation. Il annonce que la Préfecture a demandé une prolongation de 5 jours au CRA afin dorganiser lexpulsion de Djamel dont le vol est programmé le 10/04.

L
avocate intervient et informe son client que sa demande dasile a été refusée, le CRA ne layant pas informé par peur de sa réaction ! Elle demande ensuite une suspension de la comparution en attendant un fax du psy qui suit habituellement Djamel et qui atteste que létat de ce dernier est incompatible avec un placement en rétention. Lors de son temps de paroles, Djamel renouvellera sa volonté de mourir pour rejoindre son frère égorgé sous ses yeux en Algérie…

En attendant le fax du médecin, Djamel B. fera une crise d
épilepsie et sera transporté par les pompiers aux Urgences. Le juge décidera finalement une heure plus tard de lever la rétention.

Effarée par ce qui se passait, Ototh B. jeune femme Mongole comparaissait également pour une prolongation de 15 j. de sa période de rétention. Elle est réadmissible vers la Belgique où sa fille de 18 mois confiée à des amis l
attend. Les autorités belges nétant pas joignables en raisons de problèmes informatiques, la Préfecture de Vendée demande le maintien de Ototh en rétention afin de joindre le service concerné et dorganiser sa réadmission ! Le juge décide de prolonger la rétention de 15 jours.

Un jeune homme hésitant sur son identité et sa nationalité (Algérien ? Marocain ?) domicilié en Hollande et arrêté à la gare en état d
ivresse a été maintenu en rétention pour une durée de 15 j.

RESF, 8 avril 2008


C
ommuniqué de presse du MRAP35

Arrivé en France en 2001 pour raisons médicales, Djamel a obtenu un titre de séjour jusqu’en 2003 comme étranger malade. Il avoue lui-même «avoir perdu la tête» depuis l’assassinat de son frère en Algérie en 1996, attentat au cours duquel il a reçu une balle dans le dos. Depuis cette période, souffrant de nombreux syndromes psychotiques, il est régulièrement hospitalisé en milieu psychiatrique.

Quelques jours après la sortie de son dernier séjour au CHS du Mans, il est interpellé à la gare de Rennes le 20/03. Djamel ignorait alors où il se trouvait prenant souvent le train sans en connaître la destination. Le 21/03, il est placé au centre de rétention de Saint-Jacques de la Lande près de Rennes. Il ignorait qu’une OQTF avait été prononcée par la Préfecture de police de Paris, suite aux refus d’un titre de séjour pour raisons médicales. Les personnes qui lui ont rendu visite au parloir ont pu constater son état de confusion mentale et sa volonté de mettre fin à ses jours : «Ce soir, je vais rejoindre mon frère au paradis» martelait-il sans cesse. Une des visiteuses, Joëlle, a même demandé à l’infirmière qu’il soit vu par un psychiatre tant son comportement était perturbé. Le médecin du CRA a estimé que son traitement était suffisant et qu’il n’était pas nécessaire de faire intervenir un autre avis médical.

Comme il n’avait jamais fait de demande d’asile, la Cimade l’a aidé à constituer un dossier pour l’OFPRA qui l’a entendu le 03/04. Puis Djamel est donc convoqué devant le Juge des Libertés et de la Détention (JLD) le 7/04 pour une 2e prolongation de sa période de rétention. En consultant son dossier, son avocate mentionne le refus de l’OFPRA , persuadée que son client en était déjà informé depuis le 4/04, date de réception du fax par le centre de rétention. En fait le Cra n’avait pas osé l’informer et c’est sous le choc de cette nouvelle qu’il tente alors de se taillader les veines avec un petit couvercle métallique sous les yeux de son avocate et de Joëlle accompagnée d’un ami médecin. Il se projette ensuite violemment la tête contre les barreaux de la fenêtre du bureau. Le juge intervient alors pour accélérer la comparution vu l’état d’agitation du retenu. L’audience se déroule rapidement, son avocate, Me Le Verger demande une suspension de la comparution en attendant le fax du médecin traitant de Djamel qui atteste que son état psychique est incompatible avec un maintien en rétention. Le représentant de la préfecture, qui s’avère être un agent de la police aux frontières, se contente de demander une prolongation de 5 jours, un vol vers l’Algérie étant prévu le 10/04.

À l’issue de l’audience, Djamel se retire en compagnie de ses soutiens et il s’écroule au bout d’une dizaine de minutes victime d’une crise d’épilepsie. Le médecin présent surveille l’état de Djamel en attendant l’arrivée des secours qui le conduiront inconscient aux urgences de Rennes. Le juge s’est interrogé longuement et a cru nécessaire d’attendre le fax de l’hôpital avant de lever la rétention !

Rennes, le 8 avril 2008
La présidente, Michèle Fougeron Delauney
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