Communiqué de presse du
MRAP35
Arrivé en France en 2001 pour raisons médicales, Djamel a obtenu un titre de séjour jusqu’en 2003 comme étranger malade. Il avoue lui-même «avoir perdu la tête» depuis l’assassinat de son frère
en Algérie en 1996, attentat au cours duquel il a reçu une balle dans le dos. Depuis cette période, souffrant de nombreux syndromes psychotiques, il est régulièrement hospitalisé en milieu
psychiatrique.
Quelques jours après la sortie de son dernier séjour au CHS du Mans, il est interpellé à la gare de Rennes le 20/03. Djamel ignorait alors où il se trouvait prenant souvent le train sans en
connaître la destination. Le 21/03, il est placé au centre de rétention de Saint-Jacques de la Lande près de Rennes. Il ignorait qu’une OQTF avait été prononcée par la Préfecture de police de
Paris, suite aux refus d’un titre de séjour pour raisons médicales. Les personnes qui lui ont rendu visite au parloir ont pu constater son état de confusion mentale et sa volonté de mettre fin
à ses jours : «Ce soir, je vais rejoindre mon frère au paradis» martelait-il sans cesse. Une des visiteuses, Joëlle, a même demandé à l’infirmière qu’il soit vu par un psychiatre tant son
comportement était perturbé. Le médecin du CRA a estimé que son traitement était suffisant et qu’il n’était pas nécessaire de faire intervenir un autre avis médical.
Comme il n’avait jamais fait de demande d’asile, la Cimade l’a aidé à constituer un dossier pour l’OFPRA qui l’a entendu le 03/04. Puis Djamel est donc convoqué devant le Juge des Libertés et
de la Détention (JLD) le 7/04 pour une 2e prolongation de sa période de rétention. En consultant son dossier, son avocate mentionne le refus de l’OFPRA , persuadée que son client en était déjà
informé depuis le 4/04, date de réception du fax par le centre de rétention. En fait le Cra n’avait pas osé l’informer et c’est sous le choc de cette nouvelle qu’il tente alors de se taillader
les veines avec un petit couvercle métallique sous les yeux de son avocate et de Joëlle accompagnée d’un ami médecin. Il se projette ensuite violemment la tête contre les barreaux de la fenêtre
du bureau. Le juge intervient alors pour accélérer la comparution vu l’état d’agitation du retenu. L’audience se déroule rapidement, son avocate, Me Le Verger demande une suspension de la
comparution en attendant le fax du médecin traitant de Djamel qui atteste que son état psychique est incompatible avec un maintien en rétention. Le représentant de la préfecture, qui s’avère
être un agent de la police aux frontières, se contente de demander une prolongation de 5 jours, un vol vers l’Algérie étant prévu le 10/04.
À l’issue de l’audience, Djamel se retire en compagnie de ses soutiens et il s’écroule au bout d’une dizaine de minutes victime d’une crise d’épilepsie. Le médecin présent surveille l’état de
Djamel en attendant l’arrivée des secours qui le conduiront inconscient aux urgences de Rennes. Le juge s’est interrogé longuement et a cru nécessaire d’attendre le fax de l’hôpital avant de
lever la rétention !
Rennes, le 8 avril 2008
La présidente, Michèle Fougeron Delauney