Rendez-vous contre la répression

Publié le par la Rédaction

Des armes par destination … et des rendez-vous contre la répression

Nous les avons énervés. On a touché d’un peu trop près ce à quoi ils travaillent, la construction d
un apartheid entre ceux qui ont des papiers et ceux qui nen ont pas.

Cette machine de division rallonge chaque jour un peu plus ses tentacules : les députés et sénateurs votent des lois de plus en plus xénophobes ; l
appareil policier travaille au rendement avec les quotas dexpulsions (70 par jour) ; la justice entérine les décisions, afin de donner un gage de procédure respectée ; et tous les autres petits soldats : les entreprises qui construisent les centres de rétention, qui transportent par avion les expulsés, les banques et administrations qui dénoncent les sans-papiers. Lintensification de la traque aux sans-papiers amène de plus en plus de gens à être impliqués dans ce dispositif : cest, à un guichet, demander systématiquement des justificatifs didentité ; cest, sur son lieu de travail, fermer les yeux quand un collègue, parce quil na pas de papiers, se fait dautant plus exploiter ou dégager ; cest continuer son chemin quand, dans un couloir du métro, des uniformes contrôlent.

On peut aussi refuser cela et agir.

«Oublier» de demander les papiers pour telle ou telle démarche, s
organiser collectivement pour empêcher les rafles, manifester, refuser dembarquer avec des passagers en voie dexpulsion, échanger avec les sans-papiers en rétention, se rassembler pour en parler et informer en diffusant des textes, occuper des lieux qui participent de la machine à expulser…

En automne…

Il avait déposé un dossier de régularisation à la préfecture de Bobigny. Le 31 octobre, Kébé allait prendre son train en gare de Bordeaux. «Banal» contrôle de police. Pas de papiers, et le voilà happé par les rouages : commissariat, garde à vue, centre de rétention, tribunaux. Il sera libéré après 32 jours … jusqu
au prochain contrôle. Son arrestation (et celle de tant dautres) a poussé des gens à tenter denrayer la machine, à sorganiser. À Bordeaux : des rassemblements devant le commissariat, le centre de rétention, le tribunal, la préfecture et le local de la Police de lair et des frontières ; une occupation, celle dune institution étatique d«aide» aux étrangers qui collabore avec la préfecture. À Montreuil (où habitait Kébé), des manifestations. À Paris, occupation du consulat de Côte dIvoire — qui délivre les laissez-passer permettant les expulsions des ivoiriens. À Bobigny, deux occupations de la préfecture.

«Libérez-les ou nous resterons»

Si la préfecture a été choisie pour cible, c
est quelle est un des principaux rouages de la machine à contrôler et à expulser. Cest elle qui reçoit, ou pas, les différentes demandes de régularisation des sans papiers. Cest par son intermédiaire que le tri va être fait entre les quelques «bons» sans-papiers choisis sur des critères économiques précis et limmense majorité des autres. Cest le Préfet qui délivre les arrêtés dexpulsion. Toutes ces activités permettent de récolter beaucoup de données personnelles, de quoi alimenter le gigantesque fichier national des étrangers. Dans la même logique, la préfecture organise le fichage de tous par le biais des permis de conduire, cartes grises, papiers didentité.

C
est là, à la préfecture de Bobigny, quune trentaine de personnes se sont rassemblées le 12 novembre sur le balcon du premier étage, affichant un «Non aux expulsions», distribuant des tracts («Libérez-le») et scandant des slogans. Dautres, en bas, donnaient ces mêmes tracts aux passants intrigués. Loccupation était réussie, nous rendions visible la politique de cette «grande» institution dont les décisions entraînent lenfermement et lexpulsion de dizaines de milliers de personnes chaque année.

De la pref au comico

Les gardes ont vite réagi. Nous étions sur leur territoire, il leur fallait donc frapper d
un coup sec, punir les opposants comme des animaux domestiques, pour quils ne recommencent pas : parmi les manifestants sur le parvis, qui distribuaient le tract et le lisaient au mégaphone, deux personnes furent arrêtées puis amenées au commissariat. Lun deux écope dun procès pour «organisation de manifestation non déclarée» et «violence volontaire sur agent avec arme par destination». Un commissaire est en effet tombé en voulant larrêter. Pour garder sa dignité de flic, il accuse le manifestant de lavoir frappé avec le … mégaphone !

Le procès se tiendra au tribunal de Bobigny, le 28 mars prochain. Ceux du balcon ont été évacués par le RAID, un des groupes d
intervention spéciale de la police. Laction sest poursuivie à lintérieur du commissariat : parmi les 28 personnes arrêtées et placées en garde à vue pendant 48 heures, beaucoup ont refusé de donner leur identité pendant 24 heures, refusé de se faire photographier, refusé de donner leurs empreintes.

… En hiver

Cet hiver, les luttes à l
intérieur des centres de rétention de Mesnil-Amelot, et de Vincennes ont pris de lampleur : révoltes, grèves de la faim, insoumissions … sy succèdent de manière continue. Ces luttes sont relayées à lextérieur et la solidarité sorganise. La répression aussi.

Un manifestant arrêté lors d
une des manifestations devant le CRA de Vincennes début janvier, passe en procès pour «rébellion et outrage» le 17 juin au Palais de Justice de Paris, 30e chambre, métro Cité.

Pour des tags contre les centres de rétention, quatre personnes ont fait 48 heures de garde à vue, 20 heures au dépôt et passent en procès, inculpés de «dégradation grave en réunion», le 18 avril au TGI de Créteil.

Accusés de transport de fumigènes artisanaux, trois personnes, qui se rendaient à la manifestation nationale du 19 janvier contre les centres de rétention, ont fait 48 heures de garde à vue. Deux d
entre eux sont emprisonnés depuis deux mois à Villepinte et Fresnes où ils attendent leur procès.

Des passagers se mobilisent contre l
embarquement de personnes expulsées dans leur avion, des sans-papiers refusent dembarquer. Le 18 avril aura lieu un procès de passagers à Bobigny. Le 17 avril et le 2 mai, des sans-papiers de Terre aux Curés seront jugés à Bobigny (16e chambre).

Ce ne sont que quelques dates.

Tous les jours, des sans-papiers passent devant les tribunaux.

Tous les jours des sans-papiers sont expulsés.

La mobilisation permet de combattre la répression. Kébé est sorti du centre de rétention. Tous les jours des sans papiers sont libérés, des expulsions empêchées, des relaxes obtenues. La mobilisation autour du foyer de Terre aux Curés, qui a subi une gigantesque rafle en février dernier, a démontré son efficacité. Sur 104 personnes arrêtées, 5 ont été expulsées (et c
est encore beaucoup trop), presque toutes les autres ont été libérées…

Il faut agir en nombre pour enrayer la machine. Libérez les sans papiers, libérez les prisonniers, relaxez les inculpés !

Et vlà le printemps !

Rendez-vous :

Rdv devant le tribunal de grande instance de Bobigny le 28 mars à 12h45, Métro Bobigny Pablo Picasso suite à l'occupation de la préfecture de Bobigny.

Réunion publique pour s
organiser contre les rafles, les expulsions à Montreuil le 4 avril à la Maison ouverte, 17 rue Hoche à 19h30, Métro Mairie de Montreuil.

Procès au tgi de Créteil le 15 avril (heure et chambre à venir).

Procès de 2 «rescapés» de lexpulsion du foyer Terre aux Curés le 17 avril, 9h, 16e chambre du tgi de Bobigny.

Procès de 4 passagers sétant opposés à 2 expulsions le 18 avril à Bobigny (heure et chambre à venir).

Publié dans Solidarité

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