Jeremy Martinez est mort à la prison de Valence le 4 mars 2008. Il y était depuis trois mois. Trois mois pendant lesquels l’indifférence la plus
noire était la seule réponse face à ses plaintes contre les blessures que lui infligeait son codétenu.
Raphaël Loubières, accusé du meurtre, a 19 ans lui aussi. Il était sans profession et SDF quand une affaire d’homicide l’a expédié en taule. Il souffre de troubles psychiatriques sérieux.
Le mercredi 26 mars, à 16h30,
nous nous rassemblerons devant la prison de Valence,
non pas pour juger Raphaël (il fait partie, comme nous, des «indésirables») mais pour soutenir les détenus et leurs familles et manifester notre colère contre le système carcéral.
La prison tue physiquement et mentalement les individus, en les bourrant de cachetons, en les humiliant (mépris de la dignité), en faisant d’eux des animaux.
Quelle est, aujourd’hui, la fonction de la prison ? Est-elle là comme elle
le prétend pour aider l’ndividu, pour lui faire comprendre ses erreurs, ou
n’est-ce qu’un des placards de l’Autorité et de la Répression ? Protège-t-elle la société ou aide-t-elle le capitalisme à
proliférer en étouffant les révoltes ? Pourquoi en construire sans cesse de nouvelles, plus grandes (400 places supplémentaires à Valence) et plus blanches ? Le pouvoir en place est-il
incapable de gérer sans réprimer ? Et pour qui sont-elles ?
Ils les érigent pour ceux qui se révoltent contre ce système, ceux que la consommation ne rend pas heureux et qui refusent d’être identifiés à une carte bleue.
Ils les bâtissent plus sécurisées pour ceux dont on entretient la misère, ceux qu’on parque dans les cités-zoos et qui refusent de se soumettre.
Ils en font des éducatives, pour des gosses toujours plus violents et de plus en plus tôt.
Ils en font pour les sans papiers, coupables de fuir la misère et la peur.
Tout le monde sait que les délinquants, avant d’être coupables, ont été
victimes. Tout le monde sait que ce sont les injustices sociales, multipliées par le capitalisme, qui font les criminels. La révolte ne sera pas matée par l’emprisonnement, les laissés pour compte étant de plus en plus nombreux.
En 1898, une citation de Zo d’Axa : «Il n’y a pas de justice, et je n’ai pas de pain —on m’a tout pris— plus rien à perdre ! Et pas de travail, et je ne veux pas faire le
trottoir. Et je ne veux pas que mon vieux père, dépouillé par un magistrat, meure de faim en hiver, sans qu’on sache qui l’assassina.»
Fermer les yeux sur ce qui se passe en taule, c’est être complice d’un État qui
a inventé une nouvelle race de sous-Hommes et s’est assis sur la
Déclaration des Droits de l’Homme. C’est cautionner un système qui cherche à faire du monde une prison à ciel ouvert et fait de
notre vie une peine perpétuelle. C’est collaborer, comme le Comité de
Prévention de la Torture qui est devenu Comité de Propreté de la Torture.
Nous entendons de plus en plus parler de ces morts derrière les barreaux, de ceux qui sortent de taule les pieds devant… Ces
cadavres ne sont pas de simples bavures, ils sont la conséquence même de notre État carcéral. La prison est un non-lieu dans lequel toutes les pratiques barbares trouvent leur
justification.
La prison tue, crève la taule !
Les lycéen-nes anarchistes de Valence
et le Collectif de solidarité aux Prisonniers
Le Laboratoire - 8 place
saintJean - 26000 Valence