L’auteur ne cherche pas à dissimuler où vont ses sympathies. Peut-être donc ne trouvera-t-on pas inutile de l’entendre préciser qu’il garantit, et peut prouver, l’exactitude de tous les faits rapportés dans ce livre, a fortiori de tous les textes cités. Cependant, si tout ce qu’il a écrit est véridique, il ne peut certes pas prétendre à un exposé satisfaisant qui rendrait compte de l’ensemble historique du mouvement des occupations. Le temps de tels travaux viendra. Pour le moment, la plus grande partie des informations touchant la quasi-totalité de la province, et la majorité des usines, y compris dans la région parisienne, font défaut. D’autre part, même en se limitant à l’aspect ici étudié, essentiel mais cependant circonscrit, du mouvement des occupations, l’auteur n’a pu s’autoriser à faire état de certains côtés de l’événement, sans doute du plus haut intérêt pour l’historien, mais dont la divulgation pourrait être utilisée contre diverses personnes, comme on peut le comprendre sans peine, vu la période précise où la rédaction de ce livre s’est achevée.
L’auteur a eu le bonheur de pouvoir disposer de la collaboration de plusieurs membres de l’Internationale situationniste, parmi lesquels deux avaient fait partie de l’ex-«Groupe des Enragés». Il tient à dire que sans eux, à tous égards, il n’aurait pas pu écrire ce livre.
«En ce qui concerne l’histoire originale… le contenu de ces histoires est nécessairement limité : leur matière essentielle est ce qui est vivant dans la propre expérience de l’historien et dans les intérêts actuels des hommes ; ce qui est vivant et actuel dans leur milieu.
L’auteur décrit ce à quoi il a plus ou moins participé, tout au moins ce qu’il a vécu : des époques peu étendues, des figures individuelles d’hommes et de faits… Il ne suffit pas d’avoir été le contemporain des événements qu’on raconte ou d’en être bien informé. L’auteur doit appartenir à la classe et au milieu social des acteurs qu’il décrit ; leurs opinions, leur manière de penser et leur culture doivent être les mêmes que les siennes. Pour bien connaître les faits et les voir à leur vraie place, il faut être placé au sommet — non les regarder d’en bas, par le trou de la serrure de la moralité ou de quelque autre sagesse.»
HEGEL, La Raison dans l’Histoire.