Sarkozy 1er

Publié le par la Rédaction

Il était une fois un vieux pays républicain, qui s’était donné un roi. Lequel, comme la grenouille de la fable, voulait ressembler à un bœuf de belle taille. Le bon La Fontaine, qui connaissait bien les hommes, ne manquait pas de plaisanter en évoquant cette grenouille qui désirait s’enfler :
«Tout petit prince a des ambassadeurs
Tout marquis veut avoir des pages…»
Après avoir fait illusion durant neuf mois, le temps d’une grossesse douloureuse, que reste-t-il du lointain successeur du prince Louis-Napoléon Bonaparte ? Sa police !

Si le corps électoral commence à regretter son élan sarkosiste du mois de mai 2007, l’élu campe sur ses positions, expliquant qu’il a été porté à la magistrature suprême pour nous mettre en condition. Comptant sur des forces de l’ordre à sa dévotion pour nous faire marcher droit, et subir sans broncher sa volonté de nous renvoyer au XIXe siècle.

S’appuyant sur ses 150.000 policiers et ses 100.000 gendarmes Sarkozy 1er a le pouvoir de faire peur, s’il ne peut nous convaincre. Il a le pouvoir d’envoyer les CRS et les gendarmes mobiles contre toute manifestation qui pourrait lui déplaire. Il n’hésite jamais à faire détruire par ses gendarmes les pauvres campements de ceux que l’on décrit comme «gens du voyage». Par l’entremise de son ministre de l’Identité nationale, il lui est possible de multiplier les expulsions de familles sans papiers, et les policiers de la PAF excellent dans cette tâche.

Plus généralement, cette police a pour fonction de faire peur, et ceux qui nous gouvernent savent bien que les hommes sont faibles. Ceux qui nous méprisent, à force de vouloir nous dominer, connaissent le pouvoir de la crainte — la trouille de la police a toujours été le moteur de bien des capitulations. Celui qui a la frousse ne pense plus qu’à se protéger. Il est même possible que les plus faibles se laissent aller à montrer du doigt ceux des congénères qui n’acceptent pas de baisser la tête. La France a déjà connu de telles situations, en des temps qui ne sont pas tellement lointains, mais il y a toujours eu des citoyens résolus se refusant à accepter cette société policière qui nous est de nouveau promise aujourd’hui.

Soyons en persuadés. Il n’y a pas de police républicaine au vrai sens du terme, mais il y a toujours eu des citoyens cohérents, bien décidés à ne pas laisser les képis décider de leur avenir…
Maurice Rajsfus
Éditorial du no 19 de Que fait la police ?
Bulletin d’information anti-autoritaire, avril 2008

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