Anti-G8 de Gênes : carabiniers tabasseurs jugés

Publié le par la Rédaction


Sept ans après, la justice dénonce des «comportements inhumains, dégradants et cruels».

Charges furieuses de la police, matraquage de militants pacifistes, assaut nocturne à l’école Diaz qui abritait des jeunes altermondialistes… Les images du G8 de Gênes marqué par la mort de Carlo Giuliani, le 20 juin 2001, avaient relégué au second plan les sévices subis, à l’abri des regards, par 307 personnes interpellées au cours du sommet international des grandes puissances et conduites à l’extérieur de la ville, dans la caserne de Bolzaneto.

Près de sept ans après les faits, le procès intenté à 46 policiers, carabiniers, agents pénitentiaires et autres médecins a enfin permis de reconstruire de manière détaillée les trois jours de brutalités à l’intérieur de cette structure qui devait être le lieu de triage des manifestants arrêtés. La presse transalpine publie depuis quelques jours de larges extraits des témoignages des victimes au procès et le réquisitoire très dur des procureurs de Gênes. Ceux-ci ont requis des peines pour un total de 76 ans et quatre mois à l’encontre de 44 inculpés. Ils sont pêle-mêle accusés d’abus de pouvoir, de violences privées, d’injures ou encore de coups.

«Proches de la tortur


Le délit de «torture» n’a pas été retenu. Celui-ci n’existe toujours pas dans le Code pénal italien. «Nous étions tout proches de la torture», ont tout de même fait savoir les procureurs. «Bolzaneto a été un lieu où pendant trois jours interminables les droits humains ont été suspendus», a précisé l’un d’entre eux, Vittorio Ranieri Miniati, qui a dénoncé les «humiliations et l’anéantissement des personnes recluses». L’acte d’accusation parle de «comportements inhumains, dégradants et cruels» et encore de «la violation systématique des droits de l’homme et des libertés fondamentales».

À leur arrivée à la caserne de Bolzaneto, les manifestants étaient immanquablement insultés, bousculés, menacés et obligés, pour certains, de rester des heures durant les jambes écartées et les bras tendus contre le mur. Une fois conduits dans leurs cellules, ils ont subi une pluie de coups de matraques, des crachats, des gifles, des coups sur la nuque et des jets de gaz lacrymogène.

«Bienvenue à Auschwitz», lançaient les policiers. Traités de «communistes de merde», de «pédés», de «putains», menacés de sodomisation ou de viol, frappés à coup de saucisson ou de matraque dans les testicules pour les uns, à coups de poing dans le visage pour les autres, ils ont tous été humiliés. Les filles devaient tourner nues sur elles-mêmes sous les rires des policiers. Une jeune femme s’est vu retirer son piercing vaginal devant cinq personnes. Un jeune a eu les côtes fracturées. Un troisième des brûlures de cigarette sur le pied.

Étudiants pour l’essentiel, employés, ouvriers ou chômeurs mais aussi avocat ou journaliste, leurs récits ont notamment été confirmés par un infirmier présent sur les lieux. «J’ai vu des détenus giflés, frappés à coups de poing, coups de tête contre le mur. Pour certains, c’était un vrai lynchage, a ainsi raconté Marco Poggi. J’ai assisté à des choses que je croyais inimaginables.»

Bientôt prescrits

«Nous ne croyons pas à des explosions de violence à l’improviste, soulignent les procureurs. Le procès a prouvé que les chefs de cette caserne ont permis et consenti à cette grave atteinte aux droits des personnes.» Malgré cela, aucune enquête interne n’a été ordonnée par la police. Le procès de Bolzaneto a laissé quasiment indifférente toute la classe politique italienne. Le verdict de première instance devrait être prononcé avant l’été. Mais quel qu’il soit, aucun des inculpés n’ira en prison. Dans un an, tous les délits commis à Bolzaneto seront considérés comme prescrits.

N@ros News, 21 mars 2008



Voir aussi :
Gênes et la peste (Giorgio Agamben, 2001)

Publié dans La police travaille

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