Salif Kamate : La Cour d'appel condamne la victime !

Publié le par la Rédaction


Salif Kamate, tabassé par les expulseurs sur un Paris-Bamako, a été lourdement condamné par la Cour d’appel de Paris !

Le 26 mai 2007 les passagers du Paris-Bamako sont confrontés à une expulsion particulièrement brutale. Pour faire taire le Malien qu’on embarque, tous les moyens sont bons : l’un des policiers pratique un étranglement, l’autre lui assène de grands coups de poing dans le ventre. Ses hurlements se transforment en plaintes rauques. La scène dure dix bonnes minutes, peut-être plus. Les protestations des passagers, parmi lesquels le cinéaste Laurent Cantet et son assistant Michel Dubois, ne parviennent pas à calmer les policiers qui finissent par immobiliser et sangler leur victime. Mais Salif perd connaissance, yeux révulsés, langue pendante, écume aux lèvres. Les violences qu’il a subies sont telles que beaucoup le croient mort. Un mouvement de panique gagne les policiers qui prennent alors la décision de l’évacuer, sous assistance respiratoire.

Quelques minutes plus tard, la Police des Airs et des Frontières fait irruption dans l’appareil, pour s’en prendre aux passagers. Michel Dubois, qui avait protesté comme les autres, est débarqué et sera placé quelques heures en garde à vue. Le commandant de bord prend la décision d’annuler le vol, invoquant les manifestations d’une minorité de passagers et oubliant les faits qui les avaient provoquées !

Salif Kamate était la victime de cette opération policière musclée. Inculpé pour délit de refus d’embarquement, il a comparu une première fois le 28 juin devant le TGI de Bobigny qui a pris une décision de relaxe, reconnaissant «la légitime défense face à une brutalité démesurée» des policiers ! Mais une telle décision était apparue au procureur comme un désaveu implicite de la politique Hortefeux-Sarkozy et une jurisprudence favorable aux expulsés quasi quotidiens du Paris-Bamako ! Il a fait appel.

Devant la Cour d’appel de Paris, on a assisté le 19 février à une étonnante présentation des faits par le ministère public :
  • — Sous prétexte que Salif avait été autrefois consommateur de drogue, négligeant le courage de cet homme qui avait réussi à décrocher depuis longtemps et à retrouver une vie normale, le procureur en a fait un trafiquant notoire et un dangereux délinquant.
  • — Les policiers étaient devenus des victimes : cet homme ligoté, frappé et étranglé aurait sauvagement agressé un policier… mordu au bras !
  • — Et oublié le témoignage de Michel Dubois, travaillant avec un réalisateur trop proche de RESF pour qu’il se soit trouvé tout à fait par hasard dans l’avion ; oubliées les violences scandaleuses subies lors de son embarquement ; oubliée l’injustice d’une décision d’expulsion ; oubliée la vie familiale de cet homme présent en France depuis de très nombreuses années et qui a élevé le fils de sa compagne depuis l’âge de 2 ans…

Hier, mardi 18 mars, le verdict est tombé comme un nouveau coup porté à la victime : 5 mois de prison ferme (le procureur en avait requis juste un de plus) et 1300 euros à payer !

Salif Kamate a fait l’objet d’un verdict politique, particulièrement malvenu au milieu de la 8e Conférence franco-malienne sur un éventuel «accord de réadmission» qui se tient à Paris en ce moment même. À l’heure ou le Mali prend nettement position contre les expulsions musclés de ses ressortissants, il fallait décourager tous les étrangers qu’on cherche à renvoyer jour après jour vers leur pays d’origine, la misère, la solitude et quelquefois la mort. Il fallait une fois de plus stigmatiser l’étranger comme un dangereux fauteur de troubles, décourager la révolte des victimes, réprimer la solidarité des citoyens. Il fallait faire un exemple au moment même où les incidents dramatiques se multiplient dans les foyers, les centres de rétention ou les avions, alors que se préparent d’autres expulsions et d’autres poursuites. Plutôt que l’honneur et l’innocence d’un homme, il fallait sauvegarder la politique du chiffre ! C’est insupportable.

Le Réseau Éducation Sans Frontières renouvelle à Salif Kamate l’expression de sa solidarité pleine et entière. Il appelle tous ceux qui le peuvent à lui apporter leur soutien humain et matériel dans l’épreuve qu’il traverse.

pour_salif.kamate@educationsansfrontieres.org

RESF, 19 mars 2008


Publié dans Solidarité

Commenter cet article