Scandales ?

Publié le par la Rédaction


Ça rend toujours un peu perplexe de voir nos chers dirigeants faire semblant de s’indigner des méfaits du capitalisme. Et pourtant, les scandales dénoncés par les médias et les politiques tous unis se multiplient tous les jours.

Scandale du pouvoir d’achat qui baisse. Le gouvernement va-t-il relever le SMIC, augmenter les pensions, augmenter les fonctionnaires, faire une loi qui oblige à payer plus les salariés ? Non, le scandale c’est l’augmentation des prix. Même la ministre de l’Économie va visiter un hypermarché, ce qui doit être relativement exotique pour elle. Ah, le gouvernement va donc revenir au contrôle des prix ? Non, pas besoin. Le Premier ministre mène son enquête et déniche quelques coupables. Comme si quelques cadres et patrons de la grande distribution étaient les seuls responsables de la baisse générale du niveau de vie et non le système basé sur le profit. Opportunément on peut dénoncer un complot de l’étranger : de grandes marques américaines et allemandes se seraient entendues sur les prix des produits d’entretien. Le coupable vient toujours de l’étranger.

Scandale au sein du MEDEF. Le scandale ce serait que là où il n’y a pas d’argent il y en a assez pour acheter des signatures ? Que plusieurs dizaines de millions d’euros aient été détournés pour les caisses noires du patronat ? Non, le scandale c’est que le serviteur zélé qui a organisé ce trafic au profit collectif du patronat aie touché 1,5 millions d’euros d’indemnité à son départ, dans un milieu où rappelons-le les salaires annuels se comptent en millions d’euros (parachutes dorés, stock options et autres accessoires non compris). La présidente du MEDEF, de colère, en interrompt même ses vacances. Pour dénoncer les trop fortes rémunérations de ses collègues les dirigeants français des plus grandes entreprises ? Non, pour dénoncer des «voyous» qui jettent le discrédit sur l’ensemble d’une profession respectable.

Scandale à la Société Générale. La Société Générale aurait-elle perdu quelques milliards suite à des opérations spéculatives hasardeuses notamment liées au marché américain comme il s’en commet tous les jours dans ses salles de marché comme dans celles de ses consœurs ? Vous n’y êtes pas du tout, cette pauvre naïve se serait laissée abuser par un modeste trader même pas chef…

On l’aura compris, tous ces scandales fonctionnent sur le même ressort. Lorsque la coupe risque de déborder, prendre un exemple sur un aspect particulier, l’isoler du système qui l’a produit, ignorer délibérément qu’il s’agit du fonctionnement quasi normal du système. En bref, s’intéresser à l’accessoire pour mieux détourner de l’essentiel. Logiquement, on cherche alors des coupables. Ces «scandales» ne sont plus du ressort du capitalisme, ils ne peuvent qu’être le produit d’un complot, relever du travail de la police suite à quoi le gouvernement pourra «agir». Il s’agit de corriger ses excès pour mieux assurer la pérennité du système, ou plus exactement d’ailleurs de faire semblant de les corriger car il n’est pas question d’y toucher réellement.

Nous avons affaire à un formidable appareil de propagande qui s’occupe de désamorcer préventivement les conflits grâce à un agenda médiatique qui semble gouverner toute l’action politique. Témoins les péripéties autour de la loi de rétention de sécurité. Le Conseil constitutionnel l’a quasiment avalisée, ce qui est déjà énorme, c’est la première fois en France qu’une condamnation n’est de fait plus fixée dans le temps. Mais, il a refusé qu’elle soit rétroactive. Correction minime apparemment, mais correction qui fait perdre tout leur bénéfice politiques aux auteurs de la loi car de fait elle ne pourra pas s’appliquer avant dix ou quinze ans (les assassins sont rarement condamnés à six mois de prison…). Et d’une certaine façon les médias ne s’y sont pas trompées. Ce qui est accessoire au regard de la gravité de cette loi est effectivement essentiel dans un style de gouvernement qui consiste non plus à légiférer dans un but précis (intérêt collectif de la bourgeoisie par exemple), mais où la législation est considérée comme une arme médiatique.

Cette gestion du pouvoir par l’outil médiatique est en train d’aller jusqu’au bout. Nous avions un «star System» pour faire rêver le peuple et des institutions pour le soumettre. Les hauts représentants de ces institutions font maintenant partie du «star System». Ces dirigeants politiques peuvent-ils durablement faire rêver les masses et leur taper dessus simultanément, nous verrons bien. En attendant, le «deux poids, deux mesures», qui a certes toujours existé, est maintenant ouvertement revendiqué par les autorités. De même qu’un Zidane peut donner un coup de boule à un collègue footballeur, un président de la République peut se permettre d’insulter un quidam alors que plusieurs lois ont été prises prévoyant jusqu’à de la prison ferme pour ceux qui insultent un flic, un prof, car ils sont des représentants de l’autorité, alors qu’on somme les fonctionnaires, profs notamment, d’avoir un certain comportement moral au nom du fait qu’ils sont les ambassadeurs de la République. Il y avait des plus égaux que d’autres, des passe-droits utilisés clandestinement, il y a maintenant des stars qui tiennent à montrer qu’elles ont tous les droits (qu’elles gardent leur liberté, en politiquement correct). Il y a effectivement une rupture de style dans la gestion publique des affaires du système.

OCL Paris

Édito du no 178 de Courant alternatif, mars 2008

Publié dans Agitation

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