Bruxelles à l'heure de l'urbanisation de la dévastation !

Publié le par la Rédaction

undefinedMesdames, Messieurs,
Chers Collègues,

Avant la parution (juin 2008) de son numéro consacré au «Nihilisme», la revue Hiatus (Travail social et Politique) a le plaisir de vous inviter, le 17 avril 2008, à une journée de travail autour de ce thème : «Bruxelles à l
heure de lurbanisation de la dévastation !»

En voici «l’argument» :


«Si on cassait du pauvre depuis 15 ans, cela se saurait !» (C. Picqué, 2008)

«Bruxelles est un organisme au sein duquel des quartiers pourrissent et certaines couches sociales se marginalisent, telles des organes qui, non surveillés et soignés à temps, présentent des tumeurs. Tôt ou tard, par le biais des métastases, les organes malsains affecteront les organes sains.» (C. Picqué, 1989)

«Le désert croît.» (F. Nietzsche)

Pas un seul jour sans que les hauts parleurs de la Société du Spectacle ne s
atermoient sur leffervescence du secteur immobilier en Région bruxelloise et le gâchis humain quelle provoque. En fait, ne soyons pas dupes, bien loin de sattrister, cest plutôt à raviver dautant plus la férocité de ce secteur auquel ces hauts parleurs ou ces médias nous invitent. En effet, il ny a pas un seul de leur reportage qui ne se conclu sur cette note alarmiste et surmoïque : Les années à venir seront pires ! Donc, si vous voulez acquérir un bien, cest maintenant ou jamais ! Secouez-vous ! Leurs infinis reportages sur la question ne visent donc pas à «changer la vie», mais plutôt à exacerber la dévastation ou la mort en cours — à aiguiser dautant mieux le tranchant de sa redoutable faucille. Et ça marche ! La Région bruxelloise, comme dautres villes européennes, est désormais une ville où «le désert croît».

Mais de quelle désert ou dévastation parlons-nous au juste ? De celle qui prolifère, recouvre et envahit depuis plus d
une quinzaine dannées la Région bruxelloise ; de cette dévastation qui vise à «liquider» ses quartiers populaires et à, entretemps, surveiller, encadrer, terrifier et à «évacuer» peu à peu ses habitants ; de cette dévastation qui considère que chaque chose et chaque être ne «valent» quà la condition quils «rapportent» ou accroissent limpérialisme du «Chiffre» ; de cette dévastation qui sévertue à «prostituer» la Région auprès des porteurs de capitaux ou auprès des cow-boys du «Combien ?» ; de cette dévastation qui précarise les travailleurs ; de cette dévastation qui «exècre la misère» ; de cette dévastation qui juge certaines populations comme «inutiles» ou comme des «entraves» au «progrès économique» ; de cette dévastation qui, «ne prêtant quaux riches», sévertue à injecter dans chaque «rénovation urbaine» un espoir de «plus-values» (économiques) ; de cette dévastation pour qui les amusements imbéciles dun «touriste» méritent beaucoup plus dattentions politiques que les désarrois existentiels dun «chômeur» ou dun «SDF» bruxellois qui, de toute manière, fait désormais «tache» dans une ville et «touristique» et soucieuse dêtre à la hauteur de son statut de «Capitale de lEurope» ; de cette dévastation qui sévertue à réduire ses habitants au statut de «morts-vivants» ou de «vivants en sursis» ; de cette dévastation pour qui la «rénovation urbaine» est synonyme de «rénovation humaine» ; de cette dévastation pour qui tout ce qui manifeste la présence dun «vivant» — «économiquement non-utile» — est, par tous les moyens, à «laisser mourir» ; de cette dévastation qui nous souffle à loreille : «Marche ou Crève !» ; de cette dévastation qui tend à «séparer» les habitants de leurs espaces ou à aliéner ces derniers au point que ces habitants ne puissent plus les «reconnaître» ni «sy reconnaître» ; ou encore de cette dévastation pour qui la beauté dune cathédrale gothique ne vaut, regard touristique oblige, quà la condition de lifter ses rides ; ou encore de cette dévastation qui ne réserve aux «survivants» de «lhorreur économique» que des «logements sociaux» en guise «dhôpitaux» et de «mouroirs» ; bref, de cette dévastation pour qui «là où il y avait de la vie, il faut que la Loi mortelle et inconditionnelle de l’Économie advienne… impérativement».

Quoi que disent les «belles âmes», cette dévastation a ceci de singulier : c
est que loin dêtre concentrée ou portée par déminents personnages politiques ou autres, est fondamentalement diffuse, portée par le plus commun des mortels : un assistant social, par exemple ! Oui, toi, brave et dévoué assistant social qui as collaboré à la sueur de ton front, pendant nombre dannées, à la concrétisation de ton «Contrat de Quartier», ne crois-tu pas que ton agir est assurément responsable non seulement de la «montée des loyers» dans ton quartier — «montée des loyers» dont par ailleurs, et paradoxalement, tu te plains —, mais aussi de la «gentrification» (sic), soit, en termes moins techniques et plus clairs, de cette ignominie qui consiste à rendre un quartier «étranger» et «impossible à vivre» à ses habitants afin qu’ils sen aillent vers un ailleurs sans nom au profit de «nouveaux» habitants plus «branchés» et «huppés» ? Ne crois-tu pas aussi quen rénovant, embellissant ton quartier, en blanchissant ses murs, en le rendant «propre», tu le rends assurément «attractif» au regard des affamés et baveux détenteurs de capitaux ? Ne vois-tu donc pas que ton action, au regard de ces derniers, est «magique», quelle élève la «valeur déchange» des biens immobiliers et quelle jette aux orties leur «valeur dusage» ?…

Notre question princeps : Comment «sortir» ou, du moins, ne plus collaborer à ce «nihilisme» qui «veut le Rien», la mort, plutôt que de «laisser-être ou vivre» les êtres et choses ?

Si des exposés nous introduiront à la question liée au nihilisme (via Nietzsche, Debord…), d
autres analyseront des «études» et «recherches» récentes où lurbanisation de la dévastation est, insidieusement, à lœuvre.

Cette journée se déroulera le 17/04/08, entre 10 h et 16 h, à la salle «De Platoo», avenue du Panthéon 14 à 1081 Bruxelles.
Entrée : 10 euros (cafés et sandwich du midi compris), 5 euros pour les étudiants et personnes sans emploi.

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