Malaise dans la cuvette

Publié le par la Rédaction

L’Établi Noir est à la fois l’anagramme et l’envers de Libération : une feuille pirate parue à deux reprises en septembre 2007 pour contester le «forum» publicitaire organisé par le quotidien du groupe Rothschild et les collectivités locales, au premier rang desquelles la mairie de Grenoble.

Ce numéro 3 regroupe des articles sur la destruction de Grenoble et de sa région, par la croissance industrielle et l’urbanisation, surtout fondées sur la recherche et développement dans les hautes technologies.

Il n’aura échappé à personne que nous sommes en campagne municipale, c’est-à-dire l’un de ces moments où la population se désintéresse moins que d’ordinaire de l’endroit où elle vit. Que partis de gauche et de droite communient dans le programme de destruction évoqué plus haut, auquel les Verts n’objectent que sur des points de procédure ou des questions de degré. Le développement, oui, mais durable, et les roues carrées. C’en est au point d’indignité où même un Giraud, avocat d’affaires socialiste, ne peut que leur répliquer en conseil municipal, qu’il serait «plus légitime et intéressant d’avoir un débat autour de projets de société, autour de la croissance et de la décroissance» (19 novembre 07).

Chose extraordinaire, ce programme unanime de destruction des conditions de notre vie sur terre s’impose au moment même où ses partisans doivent reconnaître l’imminence de l’effondrement écologique et social. Si l’on appliquait ses propres règles à la société industrielle, et qu’on demandât au cabinet Andersen d’en faire l’audit depuis 1750, il ne pourrait qu’aboutir à un constat de faillite, et à l’urgente nécessité de son démantèlement.

Pour quoi faire à la place ? Rien. Nous ne sommes ni des utopistes, ni des dogmatiques. Nous ne prêchons aucun de ces projets de société, dite idéale, parce qu’en effet ils ne peuvent relever que de l’imaginaire. Et pour tout dire, il se pourrait que nous fussions, comme la majeure partie de l’humanité, recrus de «projets de société» et de tous les projeteurs, gens furieux, tyranniques, souvent sanglants, et avides in fine. Laissez-nous vivre, nous les sociétaires, et nous associer ci et là comme bon nous semble, et la société vous sera donnée de surcroît, jamais idéale, toujours défectueuse et réelle. Purement négatifs, nous ne pouvons que prôner des soustractions à l’état des choses. Pratiques et paisibles, nous soutenons par exemple, l’abolition de l’armée, de la grande distribution, de la publicité, de la télévision, des industries afférentes, etc. Ce qui resterait de cette liste non limitative, nommez-le si vous voulez «projet de société». Nous ne pensons pas que ce monde et cette ville seraient un pire endroit sans le Commissariat à l’Énergie Atomique, Schneider, Carrefour, la zone commerciale de Comboire, les embouteillages des Deux-Alpes, l’autoroute Lyon-Grenoble, et bien entendu sans les Verts. Hostiles à «l’attractivité du territoire» nous ne croyons pas vivre plus heureux à 2 millions plutôt qu’à 200.000 dans le même recoin. Les pouvoirs publics ne peuvent pas faire notre bonheur, état intime, même s’ils prouvent chaque jour qu’ils peuvent faire notre malheur. Nous ne pensons pas que plus soit mieux, ni que susciter la surpopulation et fouetter les furies de la consommation soit le meilleur prélude à un partage fraternel des ressources. Tout notre programme ne relève que du sens le plus commun, et le mieux partagé en dehors de la classe dirigeante, même si la plupart des dirigés admettent avec plus ou moins de douleur qu’«on n’arrête pas le progrès». Pas plus qu’une charge de tanks en rase campagne.

Nous ne sortirons pas de la catastrophe où nous a menés la société industrielle par un surcroît d’industrie fondé sur les hyper-technologies (nanotechnologies et technologies convergentes). Le tank arrive à bout d’essence et ni les agrocarburants, ni la pile à combustible, ni les photopiles solaires ne le feront repartir. Nous sortons du monde de l’accaparement et du gaspillage, pour rentrer dans celui de l’accaparement et du rationnement, que le tiers-état planétaire n’a jamais quitté.

Nous ? Des Grenoblois ayant reconnu dans les technologies l’actuelle ligne directrice de la guerre entre dominants et dominés. Le front qui commande les autres et transforme les conditions de cette guerre. Pour notre instruction, et un peu pour celle de nos concitoyens, nous enquêtons sur ces transformations et nous produisons nos trouvailles, lors de réunions publiques, par nous organisées ou non, par voie de tracts, d’affiches, de journaux, de livres, de radios, de sites Internet, de manifestations, comme celle du 1er juin 2006, contre l’inauguration de Minatec. Nous n’avons pas découvert à ce jour de meilleur moyen de convertir nos idées en force matérielle que d’en convaincre le plus grand nombre. Sauf bien sûr à détruire ce qui nous détruit comme le font les faucheurs d’OGM, les démolisseurs de caméras, de bornes biométriques, et tous les saboteurs des laboratoires mortifères. À trois conditions irréductibles : que nul ne soit blessé ; que ces destructions soient toujours expliquées ; qu’elles soient aussitôt admissibles par les plus vulnérables à la lecture du Daubé. Faute de quoi, les briseurs de machines ne sont que les sergents recruteurs de la police.

Aujourd’hui nous publions L’Établi Noir no 3. D’autres éditions suivront si le besoin s’en fait sentir et que nous avons quelque chose à dire. Nous n’appelons pas à nous rejoindre, mais à nous imiter.

À vous lire.

Le Bacalier Vlan
Grenoble, le 9 février 2008



Le numéro 3 de L’Établi Noir (24 pages et photos) vient de sortir.

À la une : «Où fait-il mal vivre en France ?»


Au sommaire :
— Malaise dans la cuvette
— Giant, un grand pas pour Technopolis
— Le serpent alpin, le saccage du territoire allobroge
— Vidéosurveillance, 30.000 euros par caméra
— Jeux Olympiques, moins vite moins haut moins fort

Le journal est disponible :
— au tabac-presse «Le Cigarillo», 54 avenue Félix-Viallet (Grenoble)
— au restaurant «La Bon’Heure», 65 avenue Alsace-Lorraine (Grenoble)
— à la librairie-cantine «Les Bas Côtés», 59 rue Nicolas-Chorier (Grenoble)
— à Antigone, 22 rue des Violettes (Grenoble)
— à la librairie La Gryffe, 5 rue Sébastien Gryphe (Lyon 7e)
Et dans bien d’autres lieux dont nous donnerons prochainement la liste.

Pour recevoir L’Établi Noir, adresser un chèque de 3 euros par exemplaire commandé à l’ordre de FRAKA.

Adresse : L’Établi Noir c/o Les Bas Côtés,
59 rue Nicolas-Chorier, 38000 Grenoble.



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