Politique de civilisation ou défense de l'Occident chrétien

Publié le par la Rédaction

L’a-t-il assez répété dans ses vœux (41 fois), Sarkozy veut instaurer une politique de civilisation. Simple pirouette pour détourner l’attention des revendications sur le pouvoir d’achat, gadget de communication ? Rien à voir en tous cas avec les thèses d’Edgar Morin, inventeur de l’expression. À y regarder de plus près, on peut y déceler l’enveloppe d’une idéologie nationale-libérale pour le coup en rupture avec la tradition démocratique d’universalité des valeurs, d’universalisation des droits sociaux, qui prévalait, au moins dans le discours public, même pendant la période coloniale.

Le projet sarkozien est largement inspiré des thèses de la confrontation de blocs, du choc des civilisations de Samuel Huttington, instigateur de la politique étrangère de G.W. Bush, dont Sarkozy est le nouveau caniche. Il s’agit de justifier une domination historique, issue de la deuxième Guerre mondiale, militaire, économique, culturelle de l’Occident par une supériorité ontologique des peuples blancs, chrétiens, démocratiques (en façade), défenseurs des droits de l’Homme (quand ils ne gênent pas le commerce). Le rapprochement des différents discours présidentiels dessine l’esquisse d’un monde en conflit permanent, nécessitant la possession d’arsenaux au grand bonheur des marchands de canons, Halliburton aux États-Unis, le «frère» Lagardère et Dassault en France, permettant l’instauration de lois liberticides de flicage des citoyens, justifiant la nécessité pour les classes populaires de se serrer la ceinture.

Discours condescendant et raciste de Dakar, puant le néo-colonialisme. C’est «au temps béni des colonies» alors que l’Afrique est le terrain de jeu de corruption de ses amis Bouygues, Bolloré, Areva, Total et autres Suez.

Discours sur la place et la grandeur de la France dans le monde, mais aussi son retour dans le commandement de l’OTAN, et l’alignement de la politique étrangère sur celle des États-Unis.

Discours sur l’identité nationale, les critères, les normes, les règles de la francitude, fleurant le chauvinisme, le racisme. Patriotisme visant à développer des solidarités nationales à l’encontre des solidarités de classe. L’ouvrier étranger est un ennemi économique, et plus un autre exploité avec qui on peut être solidaire. Un patron indien qui licencie se fait remonter les bretelles au nom du patriotisme économique. Les patrons français qui licencient ne sont pas admonestés, plutôt aidés.

Discours de Latran et de Riyad où le président d’une république laïque fait l’apologie des religions, citant Dieu à tour de bras et lui attribuant crédit de la morale et des valeurs. La référence aux racines chrétiennes de l’Europe et le refus de l’adhésion de la Turquie (musulmane à 90%) vont dans le sens de la constitution d’un bloc occidental chrétien (sauf orthodoxes, politiquement et économiquement jouets d’un autre clan de pouvoir). Ce retour du religieux a aussi pour but en interne (et en privé) d’utiliser ces forces «spirituelles» comme auxiliaires de police, gardiens de troupeaux comme c’est déjà le cas dans certains quartiers. La modification voulue de la loi de 1905 doit permettre de financer le retour des calotins de toutes obédiences, de favoriser leur emprise sur la population, de restaurer le pouvoir du 2e ordre aboli en 1789, le clergé. Ira-t-on jusqu’à de nouvelles croisades ?

Cette tentative de reconstitution et de défense de l’Occident chrétien, outre qu’elle fait bicher l’extrême droite et les cathos réacs ou intégristes, répond à une logique économique et sociale. L’universalité a l’inconvénient d’initier des solidarités entre exploités, un mouvement d’égalisation des conditions sociales contraire aux intérêts capitalistes. La logique de blocs antagonistes permet d’exacerber la concurrence économique, de jouer des différences sociales d’un pays à l’autre, d’amener la classe ouvrière au renoncement à ses acquis sociaux. C’est une logique de développement différencié qui, en Afrique du Sud, s’appelait apartheid.

Contre cette alliance entre le sabre, le goupillon et la phynance, nous devons opposer l’unicité du genre humain, la lutte impitoyable des classes économiques, le rejet de l’obscurantisme et de la soumission religieuse, du patriotisme fauteur de guerres, la solidarité avec les exploités de tous pays et l’organisation de la lutte contre les instigateurs et bénéficiaires de ces divisions fictives et meurtrières, ces frontières hérissées de fer.

Nous gagnerons parce que nous sommes des milliards à vouloir la paix et la justice sociale.

L’Égalité économique et sociale, février 2008
Feuille mensuelle de l’union locale lyonnaise de la CGA

Publié dans Agitation

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