Indre-et-Loire : Enquête de gendarmerie à l'école

Publié le par la Rédaction

undefinedDe la discipline au «profil ethnique»

De passage à l’école un jour de grève, des gendarmes en profitent pour «mettre à jour une enquête» très contestable… que personne n’aurait demandée. À qui sont donc destinés leurs rapports ?

«Profil des élèves : le profil ethnique de l’école n
a pas encore été établi mais cinq élèves sont arrivés totalement analphabètes (non francophones purs), deux Marocains, deux Turcs allemands et un Turc. La majorité des élèves est dorigine turque et asiatique. Viennent ensuite les Marocains et les Algériens. Ils sont âgés de 5 ans et demi à 12 ans.»

Ceci n
est pas un document historique tiré des archives de Vichy. Cest un des morceaux choisis relevé dans un questionnaire denquête rempli par des gendarmes, après visite dans une école du département. Outre cette rubrique intitulée «profil des élèves», le rapport dresse aussi la liste nominative du personnel employé, du nombre délèves par classes, évalue la discipline dans lécole, ses «problèmes particuliers» et les relations envisagées avec la gendarmerie ! Selon le document, la première visite dans lécole date de décembre 2006.

«Mettre à jour une enquête sur la prévention de la délinquance des mineurs»

Le 24 janvier dernier, jour de grève dans l
Éducation nationale, les gendarmes, en passant, ont demandé à refaire le point pour assurer le suivi de lenquête. «La gendarmerie a dabord téléphoné pour connaître le nombre des grévistes. Comme on na pas répondu, deux gendarmes sont venus dans lécole une demi-heure plus tard, sous prétexte de nous remettre le “kit-piéton” de la sécurité routière. Et pendant quils étaient là, ils ont demandé de mettre à jour cette enquête sur la prévention de la délinquance des mineurs» révèle un témoin, particulièrement choqué.

Cette école élémentaire située en zone d
éducation prioritaire dans une ville dIndre-et-Loire accueille effectivement beaucoup délèves dorigine étrangère. Serait-elle à ce titre lobjet dune attention particulière ? Nos investigations nont en effet pas permis détablir que dautres écoles avaient eu affaire à une telle démarche gendarmesque. Mieux : la Direction départementale de la gendarmerie dément être au courant de ce questionnaire, et sindigne au téléphone des mentions ethniques quil peut comporter. Pourtant, lenquête a probablement commencé il y a plus de deux ans. À la rubrique «problèmes particuliers», on peut lire : «Situation inchangée par rapport à lannée passée». À qui ces rapports sont-ils donc adressés ?

Pas à l'Inspection d
académie qui «ne demande jamais à la gendarmerie de faire des enquêtes». Pas au maire de la commune, auquel incombe en partie la prévention de la délinquance au terme de la loi votée en 2007, mais qui «na rien demandé aux gendarmes». Le syndicat FSU, qui revendique une part importante de syndiqués dans la direction des écoles du département, est tombé de sa chaise. «On nen a jamais entendu parler. On donne dune manière générale consigne aux enseignants de ne pas répondre aux enquêtes.»

Alors ? Peut-il s
agir dune «bavure locale» émanant de gendarmes trop zélés ? Quoi quil en soit la question demeure et la NR la pose : à qui sont donc destinés ces rapports ?

Brigitte BARNÉOUD
La Nouvelle République, 2 février 2008

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