Dénoncer le TGV c'est devenu du terrorisme

Publié le par la Rédaction

Nous avions rencontré des opposants du TGV basque en décembre 2007 à l’assemblée populaire de Venaus ; ceux-ci nous ont donné un texte pour expliquer leur lutte et le pourquoi de celle ci. Nous vous envoyons ce texte c’est parce que la répression frappe deux d’entre eux qui manifestaient pacifiquement comme dit notre correspondant dénoncer le TGV c’est du terrorisme. Cette lutte populaire qui regroupe des dizaines de milliers de personnes risquent d’être contagieuse. Dans une première partie nous tentons d’expliquer leur lutte, et nous donnons la parole aux deux opposants pacifistes.

Petit préambule : On parle du projet appelé «Y basque», car son tracé reproduit la forme d’un Y, depuis mars 1994, lors de l’approbation du Plan d’Infrastructures. Depuis ces premiers pas du projet, et à mesure que l’accord entre gouvernements a pris corps, des secteurs populaires très divers ont montré leur désaccord.

I) Quels motifs sous-tend cette lutte

Le transport est un secteur d’importance stratégique pour les économies nationales et supranationales. Et au sein des sociétés de grande consommation, le train à grande vitesse semble incontournable. Ce type de liaison ferroviaire est devenu un instrument indispensable pour les classes aisées, pour qui le temps vaut de l’or. Les trains à grande vitesse sont également devenus des indicateurs de la puissance économiques des nations riches. Une société possédant un revenu par habitant élevé se doit de le démontrer en construisant des lignes à grande vitesse. Ce type de transport, dont le tracé et l’entretien demandent des investissements pharaoniques, est étroitement lié au capitalisme le plus sauvage.

Ce type de trains, grand consommateur d’énergie et de ressources pour son entretien, est en outre hautement agressif envers l’Environnement. Car la grande vitesse ne peut être garantie qu’en supprimant tout ce qui se trouve sur son passage : montagnes, vallées, rivières, exploitations rurales... tout est sacrifié sur l’autel du tracé de la voie, pour que le T.G.V. puisse circuler à grande vitesse dans des conditions de sécurité acceptables. Les tentatives de construction de la voie à grande vitesse ont suscité d’importants débats :

  • Le modèle de transport dont nous voulons nous doter. L’initiative citoyenne est consciente du fait que la société doit relever de nouveaux défis. Et elle ne s’oppose pas aveuglément à la modernisation des transports. Une alternative existe : la mise en place d’un modèle ferroviaire social.
  • Le modèle de société. C’est un grand débat de fond : capitalisme sauvage ou socialisme rationalisé ; néolibéralisme déprédateur ou progrès rationalisé et solidaire.
  • Despotisme illustré ou démocratie participative. Les accords intergouvernementaux ayant permis de «bétonner» le projet ont été signés dans l’obscurantisme le plus absolu. Des accords passés entre les membres d’une caste au pouvoir : gouverner pour le peuple mais sans le peuple. La société n’ayant pas été informée, c’est la politique du fait accompli qui s’est imposée. Et lorsque la société civile a voulu prendre une part active au débat, elle s’est trouvée face à un mur édifié par les institutions censées la représenter. Les institutions, représentant soi-disant la volonté populaire, se sont dressées face à la volonté populaire débordant les canaux institutionnels.
  • Débat social ou conflit d’ordre public. Les secteurs sociaux qui s’organisent autour de cette question considèrent leur prise de position comme un débat de société enrichissant. Depuis ces premiers pas du projet, et à mesure que l’accord entre gouvernements a pris corps, des secteurs populaires très divers ont montré leur désaccord à son endroit : j’ai nommé le train à grande vitesse. La contestation populaire a suivi une courbe ascendante à mesure que le projet a pris forme, avec une nette recrudescence correspondant au début des travaux, lancés de façon précipitée et presque en cachette. Actuellement, les travaux sont menés en grande hâte pour imposer la politique du fait accompli. Les gérants de la «cosa nostra» voyant leurs obscurs intérêts en danger, tentent de faire dégénérer la confrontation dialectique en débat d’ordre public.

II) Face à la révolte populaire

Et comme à l’accoutumée, ce type de situation est résolue par le recours à la violence institutionnelle visant à réprimer la dissidence. Le cercle affrontement-répression est en train de se refermer.

Face à cette attitude répressive et de violence institutionnelle, la créativité populaire met l’imagination au pouvoir. Car il s’agit là d’une véritable source d’initiatives pour faire face à la toute-puissance néolibérale.

Dénoncer le TGV c’est faire acte de terrorisme. Les deux jeunes qui seront jugés par l’Audience nationale pour avoir participé à une protestation pacifique contre le TGV, ont fait hier une conférence de presse pour rendre public et dénoncer leur cas. Comme les deux jeunes du Goierri l’ont dit, ils devaient se présenter devant la Cour du tribunal de Tolosa le 15 janvier, mais la veille il leur a été notifié que le jugement avait été repoussé. Le 16 janvier, cependant, après la lecture de l’acte d’accusation, ils ont su que leur cas serait renvoyé devant l’Audience nationale de Madrid et qu’ils seraient jugés sous «l’accusation de terrorisme».

«Pour les responsables principaux de cette justice pourrie d’aujourd’hui, lutter contre l’imposition de ce monde capitaliste et en faveur de la Terre-mère peut être assimilé à du terrorisme», ont-ils dénoncé.

«Que nous reste-t-il à nous qui avons décidé de défendre notre vallée et notre village ? Que restera-t-il aux paysans qui seront obligés d’abandonner leur mode de vie ? Quel mode de vie connaîtront nos enfants ? À quelle sorte de justice avons-nous affaire, elle qui condamne ceux qui aiment la terre et protège ses destructeurs ?», ont interrogé les jeunes.

Selon eux, l’objectif de cette stratégie est de réduire au silence la lutte en faveur de la Terre-mère «en criminalisant un peuple qui crie pour arrêter le bétonnage destructeur et cette folie». Quoi qu’il en soit, les responsables du projet sont prévenus qu’ils ne parviendront pas à atteindre leur objectif.

Si l’appel contre l’acte d’accusation n’aboutissait pas et qu’il devait être examiné à l’Audience nationale de Madrid, les deux jeunes ont dit qu’ils s’y rendraient «avec la conscience tranquille et la tête haute, parce que nous savons bien que le TGV est le véritable délit».

Commentaires :

Aujourd’hui une nouvelle constituant un saut qualitatif dans l’offensive contre l’opposition au projet de TGV est tombée. Deux jeunes, parce qu’ils ont participé à une action pacifique contre le TGV, vont être jugés à l’Audience nationale de Madrid sous l’accusation de terrorisme.

L’option prise par le gouvernement basque est très claire : faire taire l’opposition, lui faire peur… et ainsi imposer le projet. Mais il se trompe. Il pense que nous, citoyens, sommes des cons, que nous allons nous taire, qu’ils vont nous intimider… Mais non, de tels faits nous motivent au contraire à poursuivre la lutte contre le TGV. Ils nous donnent plus de raisons pour nous opposer à cette macro-infrastructure antisociale, anti-écologique, antidémocratique (Aurrera).

III) Les doléances qui ont permis d’élaborer les revendications politiques
1) Surcharge d’infrastructures de transports pour un pays si petit, et dont l’espace disponible est déjà compromis par une marée de béton (grandes infrastructures et construction massive de logements, motivée par des intérêts spéculatifs).

2) Des travaux entraînant une série d’agressions fortes et irréversibles sur un relief complexe seront nécessaires : longs tunnels (affectant sérieusement les nappes phréatiques aujourd’hui actives) et grands viaducs (détruisant l’habitat social et productif de sites naturels de toute beauté).

3) Problème venant s’ajouter à ceux rencontrés par une agriculture dont la survie est compromise.

4) Des travaux pharaoniques ne répondant pas aux besoins réels de la population mais bien à des intérêts extérieurs, et qui vont absorber des ressources économiques importantes, pompées sur le budget social.
Toutes ces raisons tant environementales qu’économiques ont permis la rencontre des luttes, c’est pour toutes ces raisons que la présence de la délégation basque à Venaus ne tient pas du hasard. Symboliquement d’un côté celle contre le projet du Lyon-Turin du côté des Alpes d’un autre l’opposition contre le Y basque du côté des Pyrénnées.

IV) Une des pistes du silence persistant

Comme dit le texte du côté pyrénéen «Une société possédant un revenu par habitant élevé se doit de le démontrer en construisant des lignes à grande vitesse».

Notre solidarité

Pour le collectif du Laboratoire qui regroupe plusieurs autres collectifs notre soutien aux deux personnes qui subissent la répression de l’Audience nationale. Liberté pour les opposants et aussi pour Marco victime de l’inquisition judiciaire du côté des Alpes et pour les autres qui sont sous enquête judiciaire pour leurs idées.

Nous avons attendu pour demander la publication de voir si jamais d’autres personnes présentes à Venaus, par exemple ceux qui ont envoyé «la lettre à la couturière de Venaus» ont pu rencontrer les opposants basques ces jours-là. Énormément de monde présent à ce rassemblement expliquera sans doute pourquoi le collectif Stopseveso présent sur place a pu les accoster. L’importance de diffuser ce texte permettra sans doute de créer un espace pour se sortir de la répression. Une carte des travaux concernant le Y basque est disponible sur Internet. Merci de publier pour eux et pour nous.

Reçu le 29 janvier 2008

Publié dans Solidarité

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