Témoignage de l'intérieur d'un CRA

Publié le par la Rédaction

Je suis assis dans une cellule du CRA de Sète.

Dehors dans le couloir des conversations incessantes fusent sur les décisions de justice qui concernent les immigrés en situation irrégulière — dont je fais partie. Pour m’être informé auprès d’un certain nombre de détenus — je pressens se déployer depuis mon interpellation une force d’exécution industrielle des reconduites à la frontière telles que les lois de Brice Hortefeux le prévoient, et tel que Nicolas Sarkozy l’a planifié.

Ceci n’est pas la «Krystal Nacht». Mais les articulations et l’exécution du plan du Président de la République me paraissent encore plus claires. Ce dernier, tour à tour, Ministre de l’Économie — a mis en place le financement — puis Ministre de l’Intérieur — a organisé, sur le plan structurel et fonctionnel, l’exécution du plan final qu’il convoitait en tant que candidat à la Présidence de la République. Les quotas planchers ou plafonds dénotent avec force le caractère industriel de cette catastrophe humanitaire, pour laquelle le Président prépare la France. Et sa demande d’un nouvel ordre mondial n’est rien d’autre qu’un énième empire de mille ans auquel aspire le Président français.

C’est mon neuvième jour de détention. Et je vois les changements s’opérer, jour après jour, l’objectif des 25.000 reconduites d’ici fin octobre, est un rodage nécessaire à toute machinerie. Quand bien même les CRA (centres de rétention administrative) ne relèvent pas de l’administration pénitentiaire, Monsieur Sarkozy compte bien les faire tourner à plein régime, et ceux-ci n’en sont qu’à leur balbutiement.

Ce rodage effectif réalisé il se peut qu’il ne soit trop tard…

Le monolithisme du Nouvel Ordre Mondial est une iniquité qui bafoue le simple bon sens. La diversité est partie prenante de la vie du monde. Or le Nouvel Ordre Mondial qu’appelle de ses vœux le Président Français, n’est qu’un avatar de l’hydre militaro-industrielle contre laquelle Noam Chomsky et d’autres dans son sillage, n’ont de cesse combattu.

Il est vrai que je m’égare, mais ce faisant je m’écarte pour mieux saisir les têtes multiples de cette hydre qui impose et dicte sa conduite au monde entier au nom de la performance, de la concurrence, et de la bêtise. Bêtise qui conduit le gouvernement à revenir aux archaïsmes de l’anthropométrie, tels que les hygiénistes eurent recours il n’y a pas très longtemps…

Les cas de figure de l’immigration sont multiples, et ceux qui sont reconduits à la frontière portent chacun une histoire particulière. Et chacun, aujourd’hui dans ce centre comme tant d’autres à travers l’hexagone, est sujet aux statistiques que le gouvernement français prépare pour sa prochaine présidence européenne. Dans un monde multipolaire, la France se veut gendarme de l’Europe et du monde. Ces écarts à classer sous le chapitre de la vanité française sont source de ridicule tel qu’Élie Faure l’avait déjà consacré dans sa recherche de l’archipel. À vouloir défendre la veuve et l’orphelin, l’hexagone subventionne le proxénète à même de mettre sur le trottoir la veuve, et faire de l’orphelin un travailleur mineur.

Je suis immigré sans titre et je ne cherche point mes droits mais aujourd’hui plus que jamais mon devoir est de faire comprendre. Qu’il ne peut y avoir de Nouvel Ordre Mondial unique, et j’appelle de mes vœux que, pour chaque expulsion il y ai dix entrées supplémentaires sur le territoire. Je demande à mes amis clandestins qu’ils ne se cachent point en retournant dans leur (pays), mais qu’ils se mettent à découvert et qu’ils avertissent l’opinion de leur pays, les médias, les politiques et les forces vives de leurs patries respectives afin que la solidarité entre immigrés ne soit perçue comme du Communautarisme.

Au-delà de cette réalité socio-politique de l’immigration clandestine, tout un chacun sait ici en France, à quel point et dans quelles mesures les clandestins sont impliqués dans la réalité économique française. Et dans quelles mesures les entrepreneurs sans scrupule exploitent la précarité des clandestins. Afin d’endiguer cette situation j’en appelle autant à la désobéissance civile qu’à un vrai et réel éveil des consciences. Par amour, il est dit que l’absence de l’être aimé, le peu qu’il dure, a toujours trop duré. Aussi je demande à ce que tout clandestin dénonce son employeur afin de saper cette économie occulte, ces caisses noires qui font le bénéfice des diseurs de bonne aventure de l’intégration.

Citoyen du monde, je voudrais mettre le feu à tout justificatif sur la Place des Droits de l’Homme, encore faut-il que cette place existe. Tant que régnera cette injustice qui dans les pays pauvres se traduit par l’exploitation tant de la richesse que de la misère du monde. Exploitation des richesses qui produit des biens de consommation, exploitation de la misère qui produit des exclus, nous nous tiendrons sur la brèche et nous percerons les frontières et nous élargirons notre conscience du monde qui nous habite. Oui Monsieur, c’est le monde qui m’ habite — moi je suis partout et nulle part. Je suis celui à qui vous concédez à peine un visage mais je n’ai point besoin de votre autorisation pour exister. Et tant que durera cet acharnement à nous traiter tel que vous faites, des hordes par milliers se succèderont pour vous infiltrer et vous prouver que nous sommes bien là — et que nous comptons bien y rester.

H.M., le 27 septembre 2007

Le 28 septembre au matin, l’auteur s’envolait pour l’Ile Maurice — après neuf jours de détention dans un Centre de Rétention du Sud-Ouest de la France.

Commenter cet article