Pour en finir avec les prisons pour mineurs

Publié le par la Rédaction

«Et moi, vous m’aurez pas comme ça. J’aime mieux crever dans la forêt que dans vos crêches ou dans vos pensions. Jamais vous me retrouverez. Jamais ! Mort aux vaches !»
Le jeune Lebrac dans La guerre des boutons,
film d’Yves Robert (1961).

undefinedEnfants déshérités du Capital, rejetons du chômage et de la galère, fils du béton et fille de l’atomisation, l’individualisme, la solitude, gamins de la croissance et jeunes de la télé, fils de rien ou fille de la misère…
    Ces enfants perdus que le capitalisme démocratique n’a pas réussi à pacifier — à coup d’intégration, de «grands frères» ou à coup de tonfa —, il est désormais nécessaire de les isoler, de les cacher, de les enfermer loin des honnêtes gens, des serviles travailleurs, et des bons citoyens…
    Septembre 2007, déjà quatre des sept Établissements Pénitentiaires pour Mineurs — en construction depuis deux ans — sont opérationnels. Ces prisons d’un nouveau type ont ouvert, début juin, leurs portes à quelques jeunes malchanceux, pour mieux les refermer brutalement derrière eux. Cellule, coursive, psychiatre, cellule, cours scolaires, matons, salle de sport, «éducateurs» en mal d’autorité, parloir, barreaux, juges, mur d’enceinte, béton, cellule, cellule, cellule… Voilà ce qu’attend les jeunes enfermés !
    Depuis deux ans, pourtant, une lutte timide mais déterminée a vu le jour, notamment aux abords des sites de Lavaur (Tarn), Orvault (Loire-Atlantique), Meyzieu (Rhône) et Porcheville (Yvelines). De campagnes d’information en réunions publiques, d’occupations de chantier en sabotages, cette mobilisation contre les prisons pour mineurs a pris de multiples visages. Sachant que cette bataille est à peine commencée, voici un état des lieux de la mise en place des EPM et des luttes et réflexions qui s’y opposent résolument. Même s’il est loin d’être exhaustif, ce «dossier d’information» propose
de revenir sur l’historique, le contexte et la mise en œuvre de la construction des prisons pour mineurs, avant d’avoir un aperçu de la mobilisation contre ces nouvelles taules (tracts & textes, chronologie des actions…). Les contacts des nombreux collaborateurs locaux pourront également intéresser certains… Enfin, un plan des chantiers, qui circulait en juillet 2007 sur internet, est reproduit en annexe du dossier.
    Toute suggestions et compléments d’information sont évidemment les bienvenus, alors n’hésitez pas.

Finissons-en avec les prisons pour mineurs !





Chronologie des actions de résistance…

Février 2006. Nantes, occupation du futur chantier de l’EPM d’Orvault
Dans la nuit du dimanche 19 au lundi 20 février 2006, une soixantaine de personnes s’introduisent sur le site du futur chantier de l’EPM d’Orvault en vue d’une occupation au sol et dans les arbres. Des cabanes sont construites dans les arbres et une dizaine de personnes s’y installent pour rendre l’expulsion du lieu plus difficile. En parallèle, des banderoles sont posées sur le périph’ nantais et des tractages sont fait en divers lieux.
    Dès mardi matin, vers 7h50 les personnes installées au pied des arbres sont évacuées par la police. Le midi, une bouffe «contre toutes les taules» est improvisée sur la place du Commerce par des personnes venues de loin rejoindre l’histoire.
    Mercredi matin, une grue d’un chantier Bouygues dans le centre de Nantes, est occupée en soutien aux occupantEs des arbres. Une banderole est déployée «contre toutes les prisons». Les personnes sont embarquées par la police et relâchées rapidement. Pendant ce temps, le GIPN déloge les occupantEs de la grue. Ces dernières sont placéEs en garde à vue et relâchéEs sans poursuite. Le soir, une réunion publique est organisée autour de la lutte contre les EPM et plus largement des luttes anti-carcérales.
    Vendredi matin, le GIPN se charge de l’expulsion des personnes dans les arbres. Un groupe vient sur place en soutien et tente de retarder l’expulsion. Après un simple contrôles d’identité au commissariat, les occupantEs des arbres sont relâchéEs sans poursuites.
    Samedi midi, une manif pique-nique est organisée, l’objectif était de revenir sur le chantier de l’EPM. La présence importante des gardes mobiles à l’entrée l’en a empêché. La manif s’est dons dirigée vers le centre de détention. Durant une partie de la journée, un camion sono s’est installé le long des murs de la taule et des discussions ont eu lieu aux entrées et sorties des parloirs.
    Pendant toute cette semaine, de nombreuses actions de visibilisation de l’occupation et plus largement de la question carcérale se sont déroulées (tractages massifs, banderoles, affichages, bombages…).
    La semaine suivante, le chantier est de nouveau immobilisé suite à d’apparentes défaillances techniques et les locaux de la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ) qui collaborera au fonctionnement des EPM ont été plusieurs fois cadenassés et repeints.
Pourquoi occuper le chantier d’une prison
Occupation d’une grue à Nantes contre l’EPM
Occupation du chantier d’une prison pour mineur-es à Nantes



Le 25 mars 2006, carnaval à Lavaur
À Lavaur, il existe un carnaval qui déplaît beaucoup à Carayon en raison de son côté irrespectueux. Le 25 mars 2006, un char dénonçant le futur EPM participe au cortège. Il rappelle à chacun que des enfants seront enfermés, dès 2007, derrière les hauts murs de la prison.
    Faussant compagnie au reste du carnaval, quelques 200 personnes se rendent devant les remparts de la honte. Relayant les paroles par des actes, certains occasionnent quelques dégâts matériels au chantier. Les manifestants rejoignent ensuite les carnavaliers. Une prison symbolique est brûlée en place publique dans le brasier de Monsieur Carnaval, sous les applaudissements de la foule. Ces événements rendent un peu plus visible la future prison de Lavaur.
Enfants aux portes du pénitentier


Le 17 juin 2006, Meyzieu

Pas de prisons pour mineurs ! Ni à Meyzieu, ni ailleurs !
Première manif contre l’EPM de Meyzieu…


Le 24 mars 2007, Porcheville
Rassemblement devant l’EPM de Porcheville (78) regroupant une quarantaine de personnes (syndicalistes, du SNPES-PJJ, de la CNT, et des individus inorganisés) pour une dizaine de flics bien équipés pour filmer les têtes.
Ils construisent des EPM ? Construisons la résistance !


Fin mai 2007

À Porcheville, une série de tags hostiles aux EPM et notamment quelques-uns sur la mairie.


Le 15 juin 2007, des tags sur les écoles de Lavaur contre la nouvelle prison pour mineurs
Plusieurs établissements scolaires de Lavaur (Tarn) ont été tagués avec l’inscription «écoles fermées, prison ouverte» et leurs serrures bouchées, trois jours après l’ouverture du premier établissement pénitentiaire pour mineurs (EPM), a-t-on appris vendredi de source judiciaire. La mairie de cette petite commune, dont un des véhicules a également été tagué, et les établissements scolaires ont porté plainte. Une enquête a été ouverte par la gendarmerie, a-t-on appris auprès du procureur de la République, Danièle Drouy-Ayral. Le personnel de ces lycées, collèges et écoles primaires a découvert jeudi matin les serrures des portails d’entrée obstruées par du mastic. À l’école du Centre, un cadenas bloquait l’accès de l’établissement, qui a été rapidement libéré. «Je suis scandalisée par de tels faits, car des individus ne respectent plus rien. Mon lycée est un bien public entretenu par les contribuables (…) Il y a d’autres manières pour marquer son désaccord», a déclaré à l’AFP, Geneviève Bonnassieux, principale du lycée Las Cazes qui accueille 635 élèves. «Il ne faut pas donner aux faits une importance exceptionnelle. Des gens, dont on ne sait s’ils sont jeunes ou adultes, par militantisme, ont fait une bêtise», a nuancé Jean-Paul Jacquin, principal du collège des Clauzades. Dès l’annonce de l’ouverture d’une prison pour mineurs dans le Tarn, plusieurs manifestations avaient été organisées pour s’opposer à ce projet. L’EPM de Lavaur est le premier des sept établissements de ce type créés par la loi de programmation de la justice du 9 septembre 2002, qui doivent accueillir des mineurs d’ici 2008. Une douzaine de jeunes, détenus à la prison de Seysses, près de Toulouse, ont été transférés lundi dans cet EPM. Un autre groupe devrait être accueilli lundi par une vingtaine d’éducateurs, qui se sont mis en grève trois jours cette semaine pour obtenir plus de moyens financiers et humains. (AFP)


Le lundi 18 juin 2007, mutinerie à Meyzieu
Le lundi 18 juin, quatre mineurs ont refusé, après dîner, de regagner leur cellule, au sein de la toute nouvelle prison des mineurs de Meyzieu, qui venait d’ouvrir dans la banlieue de Lyon. Comme on les y a obligés manu militari, tous les quatre ont tout saccagé dans leur cellule. Les cloisons en placoplâtre n’ont pas résisté. Des morceaux de cloisons défoncées ont notamment été projetés sur l’éducateur de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) et le surveillant de l’administration pénitentiaire (AP). Un communiqué de la délégation régionale Rhône-Alpes/Auvergne de l’UGSP-CGT, l’un des principaux syndicats des services pénitentiaires, fait état «d’importants dégâts matériels», malgré l’intervention de surveillants venus en renfort. Affirmant même que «l’unité de vie est hors d’usage». Et apparemment pour la première fois en France, pour ces 4 mineurs, on a fait intervenir les ERIS qui les ont massacré (les ERIS sont des flics cagoulés armés jusqu’aux dents, dont les terribles interventions sont accusées comme hors-la-loi par la CNDS, commission droits de l’Homme cour européenne…). Et apparemment pour la première fois en France, ces quatre jeunes mineurs sont passés en comparutions immédiates (alors que les comparutions immédiates étaient réservés aux personnes de plus de 18 ans, une nouvelle loi le permet dorénavant pour les mineurs !). Ils ont pris chacun 7 mois ferme supplémentaires. (Actualités sociales hebdomadaires & Bellaciao)


Le samedi 7 & le dimanche 8 juillet 2007, incidents à Lavaur
Un détenu de l’EPM de Lavaur armé d’un morceau de verre a menacé un surveillant samedi et un groupe a refusé de réintégrer les cellules dimanche, a-t-on appris de source syndicale. Dans les deux cas, les personnels ont pu rétablir la situation et un des meneurs a été transféré vers un autre établissement, a précisé le maton Roland Maffre, du syndicat UFAP. «Éducateurs et surveillants sont confronté à des provocations et des menaces à Lavaur depuis une semaine par un petit groupe de meneurs qui n’ont pas leur place dans un établissement privilégiant la réinsertion par le dialogue», a-t-il précisé. (AFP)


30 juin 2007, Porcheville
Ni à Porcheville, ni ailleurs, pas de prison pour les mineurs !


Le jeudi 5 juillet, deux engins incendiaires à Chauconin
Un engin incendiaire a partiellement détruit la cabine d’une grue du chantier de construction de la future prison pour mineurs de Chauconin-Neufmontiers dans la nuit du 4 au 5 juillet, a-t-on appris de source judiciaire. Un système similaire, qui n’a pas fonctionné, a été retrouvé jeudi matin dans la cabine d’une autre grue du chantier. Les engins, de fabrication artisanale, étaient constitués d’un «système de mise à feu lente» et d’essence. «Il s’agit probablement de gens pas très favorables aux établissements pour mineurs», a commenté la source judiciaire. (AFP)


12 décembre 2007, Porcheville
Contre l’ouverture de la prison pour mineurs de Porcheville



Voir aussi,
Dossier d’Émancipation 44
Non aux prisons pour enfants !
Reportage «RocKnRouL» : 1re partie - 2e partie

La prison assassine des enfants : État coupable !

Suicide à l’EPM de Meyzieu
Les prisons pour mineurs tuent !
Manifeste pour mineurs en danger
Pour en finir avec les prisons pour mineurs
Pétition contre la prison pour mineurs de Meyzieu

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