Lettre de démission d'Yves Bernard, secrétaire CGT de la ligne 06 de la RATP

Publié le par la Rédaction

Au secrétaire général de la Confédération Générale du Travail
Au secrétaire général de la fédération CGT des transports
Au secrétaire général de l’union des syndicats CGT de la RATP
Au secrétaire général de la CGT métro/RER de la RATP
Aux membres de la commission exécutive de la CGT métro/RER de la RATP
À mes camarades de lutte de la ligne 06 de la RATP

Paris, le 20 décembre 2007

Cela fera, en juin 2008, 32 ans que je suis sympathisant actif, adhérent et militant de la CGT.

Aujourd’hui, je ne reconnais plus la CGT, la CGT de mes parents, ma CGT.

En près de 32 ans, des coups de gueule, des incompréhensions, des fâcheries, il y en a eu bien sûr, mais là, on atteint des sommets.

Sommets tellement élevés que des nuages d’une composition indéterminée cachent, phoniquement et visuellement, à nos responsables qui y sont perchés, la vallée parfois boueuse où nous pataugeons et nous nous débattons.

La farce du préavis du 12/12/07 est la goutte qui a fait déborder la jarre dans laquelle nageaient déjà un certain nombre de couleuvres, particulièrement ces 12 dernières années.

Je ne reviens pas dans le détail sur les évènements de ces derniers mois qui, ayant été débattus en AG, au sein de la section syndicale et ainsi qu’à la CE du syndicat sont, du moins devraient être, connus de vous.

Il me reste, entre autres questionnements :
  • Pourquoi ce qui était inacceptable il y a peu devient-il aujourd’hui acceptable ?
  • Pourquoi cette contradiction entre les articles de la presse syndicale, démontrant que les moyens financiers existent pour la pérennité des régimes de retraites par répartition, y compris les régimes spéciaux, et cette mascarade de négociation dont nous ne voulions pas ?
  • Sur l’autel de quelles tractations sommes nous sacrifiés ?

La base s’est exprimée clairement, verbalement et par écrit, et elle n’a pas été entendue.

Mais qu’êtes vous, qui êtes vous pour vous permettre d’ignorer l’expression des travailleurs ?

Faut-il vous rappeler que «sans la base vous n’êtes rien» ?

Faut-il vous rappeler que sans la base vous ne seriez pas aux fonctions que vous occupez ?

Car il s’agit bien de fonctions. Du secrétaire de section au secrétaire général de la Confédération, c’est une fonction de représentation, d’expression de la volonté du plus grand nombre. Ce n’est pas un grade, vous n’avez pas reçu un blanc-seing !

La CGT, comme les autres syndicats, me donne aujourd’hui l’impression de «n’avoir qu’un rôle de canalisation de la colère des travailleurs». De temps en temps on organise de grands rassemblements, des manifestations qui permettent de faire baisser la pression, pour éviter l’explosion. Et on est supposé accepter que soit négocié l’inacceptable.

Nous sommes aujourd’hui face à un gouvernement qui, même s’il est légitime, impose une politique à tendance totalitaire.

Alors qu’il faudrait réagir avec force aux mesures concernant les immigrés, ces mesures qui ont un fort relent de vichysme. Alors qu’il faudrait réagir avec force à l’imposition par décrets de réformes mettant à mal d’énormes pans de notre système social et de nos droits constitutionnels. Alors qu’il faudrait réagir avec force à l’approbation par les députés du texte de constitution européenne alors que nous avons voté contre. Alors qu’il faudrait réagir avec force à l’introduction du privé dans nos universités. Alors que nous savons déjà que la sécu, le régime général des retraites, notre système éducatif et tant d’autres fondements de notre société vont être attaqués, laminés. On négocie ???

Notre démocratie, notre système républicain, notre constitution sont en danger !!! On négocie ???

Réveillez-vous !!

Je refuse de valider vos décisions.

Aujourd’hui je démissionne, je ne fuis pas, je démissionne de mes fonctions de :
— secrétaire de section CGT ligne 06 de la RATP,
— membre de la commission exécutive de la CGT métro/RER de la RATP,
— délégué d’établissement,
— membre du collectif B1.

Je ne reprendrai pas ma carte en janvier 2008.

Salutations,

Yves BERNARD

Publié dans Colère ouvrière

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