La ferme des animaux

Publié le par la Rédaction

Démantèlement de l’enseignement agricole public

Les établissements agricoles scolaires publics sont 218 en France pour 66.000 élèves — soit une infériorité numérique importante face aux 600 établissements agricoles privés — avec des niveaux de formation qui vont de la quatrième technologique à la licence professionnelle en passant par les BTS et de nombreux bac pro.

Particularité à l’échelle européenne, ces établissements sont depuis leur création au début des années 60, rattachés au ministère de l’Agriculture qui dispose d’une structure complète d’enseignement avec une inspection générale, pédagogique, des services régionaux, des centres de recherche pédagogique, etc.

Petits établissements de 250 à 400 élèves, installés la plupart du temps en milieu rural, ils recrutaient à l’origine un public essentiellement «agricole» pour des formations de production (horticulture, viticulture, etc.) qui progressivement ont été rejointes par des formations organisées et financées de façon mutualisée avec l’Éducation nationale : des quatrième technologique, troisième et les filières services… (à la personne, en milieu rural…), secondes…

Les élèves d’origine urbaine sont maintenant devenus majoritaires aux deux tiers dans les lycées agricoles.

Mais qu’on ne se leurre pas : si l’enseignement agricole a connu son heure de gloire avec un environnement assez familial, des enseignants-militants issus de l’éducation populaire apôtres de la ruralité et des joies de la nature, l’introduction de plages de pluridisciplinarité dans les référentiels, une pédagogie de projets et l’éducation socioculturelle (auto-congratulation), tout cela est bien fini.

Les élèves s’ennuient comme à peu près partout et ne rêvent plus en regardant par la fenêtre : l’exploitation pédagogique s’est transformée en centre de profit, les cours magistraux se succèdent toutes les heures, les enseignants sont pour la plupart démotivés, les ATOSS récemment régionalisés sont déconsidérés et les rares projets innovants, célébrés en fanfare au nom du développement durable, de la coopération internationale… sont le fruit d’une volonté individuelle de quelques enseignants ayant encore des envies malgré la lourdeur frileuse administrative, les restrictions budgétaires et les mesquineries diverses.

Si vous rêvez de devenir l’agriculteur de demain : celui qui parle tous les matins en anglais avec ses voisins expatriés, qui regarde tranquillement son bétail bio-diversifié gambader dans la verdoyante prairie, tout en préparant sa bouillie d’ortie à répandre sur ses cultures extensives lors de la prochaine lune, passez votre chemin…

L’agriculture française et son enseignement est productiviste, intensive et pharmaceutique et déteste plus que tout la permaculture.

Bref, on s’ennuyait ferme dans l’enseignement agricole lorsque le nouveau président, son gouvernement, son ministre de l’Agriculture sont apparus avec leurs recettes-engrais miracles ultra-libérales.

Première pulvérisation : une note de service préparant la rentrée de septembre 2008 avec une réduction annuelle de 3% de la fameuse dotation globale horaire (DGH) à disperser dans les territoires par les services régionaux durant les 5 prochaines années. Le choix a été rapide : fermeture des filières ayant peu d’élèves et retour à l’Éducation nationale des 4e, 2nde et filières services.

D’ou une semaine d’actions locales et syndicales dans les établissements agricoles (du 10 au 14 décembre 2007) qui a culminé avec un rassemblement devant le ministère à Paris. Cette mobilisation ayant au moins le mérite d’avoir fait davantage connaître l’enseignement agricole que ne l’a jamais fait la moindre «campagne» publicitaire.

On pourrait se réjouir de ce mouvement social naissant mais à l’observer en détail il est beaucoup moins séduisant qu’il n’y paraît. D’abord la mobilisation a été très hétérogène suivant tel ou tel lycée affecté ou pas par les réductions : ce qui traduit un état d’esprit centré sur des préoccupations individuelles, à court terme, sur le mode de : «Si je récupère mes 4e tant pis pour l’autre établissement de l’autre département qui les perd maintenant !»

Ensuite on a l’impression que la mobilisation se limite à lutter contre les effets des restrictions budgétaires sans atteindre les raisons libérales qui les animent.

De plus les ATOSS et le agents administratifs se sont peu mobilisés démontrant une division profonde.

Est-ce un un jeu de dupes entre un syndicat surpuissant : le Snetap-Fsu et de l’autre un Ministère ayant lancé un «ballon d’essai» destiné à tester les résistances et instaurer un climat d’inquiétude généralisée ? Les deux ayant de nombreuses arrière-pensées…

Le Snetap-Fsu a mobilisé ses troupes, en se positionnant pour le futur comme organisation de lutte (en réalité partenaire) indispensable des réformes à venir et en passant sous silence une motion votée lors de son dernier congrès à Albi prônant un rapprochement (une fusion ?) avec l’Éducation nationale.

Cette motion le rapproche dangereusement du Ministère qui souhaite certainement la même chose.

Cette idée est pour la quasi totalité des enseignants de l’agriculture cauchemardesque et le Snetap-Fsu du mal à faire avaler la pilule à ses adhérents et sympathisants. Peut-être comme l’ultime solution face au pire ?

De l’autre le Ministère a un projet précis : celui de se transformer à court terme en secrétariat d’État ; pour cela il lui faut réduire les effectifs et les services au plus vite. Pour l’enseignement agricole cela signifie : la fin des filières mutualisées : 4e, 3e, 2nde … Des diplômes recentrés sur uniquement les activités de production agricole au sein de pôles de métiers départementaux … Des bac pro allégés en trois ans … La fin des BEP agricoles … Une refonte des BTS pour les rendre accessibles aux futurs bac pro … Une diminution importante du personnel par les départs en retraite non remplacés.

La ruralité (en simplifiant) offre deux visages : celle d’une certaine innocente joie de vivre, de recherche de sens indolente, de pratiques communautaires sur un territoire donné considéré comme élément naturel à préserver ; et de l’autre un système de valeurs basé sur la propriété de la terre et la famille comme porteuse de traditions fermées, un usage intensif de l’espace et des ressources naturelles. En re-définissant ses missions d’enseignement sur des activités de production, ce Ministère a fait son choix : de l’adaptation pure, simple, rapide de ses élèves à une agriculture mécanique, technologique, inhumaine qui est tout le contraire de ce que nous désirons sans faim…

Hervé PHILIPPE
professeur d’éducation socioculturelle

militant CNT éduc 66

Publié dans Éducation

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