Abalaloi

Publié le par la Rédaction

undefinedLa prison serait-elle en passe de connaître ses derniers jours ? La justice pénale deviendrait-elle un mauvais souvenir, une pratique d’un temps révolu ? Car nous n’avons pas rêvé : nous avons bien entendu le mot «dépénalisation» martelé par le gouvernement, les parlementaires, les médias… comme si les tenants du pouvoir avaient décidé d’un commun accord de saper un des piliers de leur système économique et politique. Et non, tout faux : ils ont juste décidé de revoir le droit des affaires en supprimant les sanctions pénales. Cette dépénalisation se résume donc à : pas de cols blancs en prison. Cela rappelle en passant aux adorateurs d’une justice juste, égale pour tous, que la loi est encore et toujours celle du plus fort ; car ce projet de protéger les «délinquants» des rigueurs judiciaires et carcérales ne concerne que les riches, les patrons, les décideurs, enfin tous ceux qui doivent pouvoir continuer à exploiter à gogo, à détourner les biens publics sans risquer d’être inquiétés comme le furent une poignée d’entre eux. Le Parlement prévoit donc d’adopter cette modification du code pénal : à ses bons sujets, le système capitaliste reconnaissant.

Il faut dire qu’en autorisant les témoignages anonymes, la loi Perben 2 de 2002 avait entraîné quelques nouveaux scandales financiers : les politiques et les patrons s’étaient honteusement dénoncés entre eux (affaires Elf, Clearstream…). Pour contrecarrer cet «esprit de vengeance» et remettre un peu d’ordre dans la jungle des intérêts d’individus toujours prêts à se balancer pour se piquer leurs places, le gouvernement prévoit depuis août 2007 un «nouveau projet de loi sur les lettres anonymes» : le témoignage sous X ne s’appliquera plus aux délits financiers ; il se limitera à son objet initial, briser «l’omerta dans les banlieues». Autrement dit, inciter les pauvres à balancer leurs proches, leurs voisins, contre de maigres récompenses, histoire de séparer et d’individualiser encore un peu plus. Unir les possédants et diviser les exploités, cela a toujours été le travail de l’État.

L’avantage, quand le pouvoir se sent tout permis et ne prend plus aucune précaution, c’est que débarrassés de tout faux-semblant, les rapports d’exploitation qui régissent la société crèvent les yeux. Comment ne pas comprendre que la justice est à vomir, que les lois sont nos prisons, que nous n’avons rien à attendre de leurs aménagements, ou de leurs évolutions.

Éditorial de L’Envolée no 21, octobre 2007


Voir aussi, sur le même sujet,
Le communiqué du Syndicat de la magistrature


L’Envolée est un journal critique du système carcéral et judiciaire, et du monde qui le génère.

Ce n’est pas le premier, ni le seul ; il s’inscrit dans l’histoire de la critique sociale abordée sous l’angle du châtiment, de la discipline, de la prison. Les textes publiés viennent à la fois de l’intérieur et de l’extérieur de la détention.

S’attaquer à l’enfermement, c’est forcément s’en prendre aussi à tout ce qui fabrique, réforme, perfectionne le contrôle social hors des murs des prisons : le formatage des «citoyens» dès le plus jeune âge, le salariat précarisé ou à perpète, l’urbanisme qui flique les villes et quadrille les espaces sont bien le pendant de la construction des prisons.

L’enfermement carcéral joue un rôle social de repoussoir ; il produit une peur nécessaire au maintien de cette société.

En ce sens, c’est bien plus qu’une simple répression, qu’un moment de contrôle, de sanction des actes «délictueux» ; c’est un ciment nécessaire à l’État pour permettre au capitalisme de continuer à se développer dans ses nouvelles formes.

Ce journal participe d’une réflexion, d’une dynamique qui transforment les mots en luttes.

Il est essentiel de publier des récits et des témoignages de l’intérieur, in extenso ou par extraits, pour mettre concrètement en relation les questions du sécuritaire, de l’enfermement, du droit, du système pénal avec les autres luttes sociales.

Un des problèmes actuels n’est pas tant l’absence de débat au sujet de l’«horreur carcérale» que les points de vue d’humanistes et de sociologues qui défendent l’idée d’un enfermement à visage humain.

Nous ne sommes pas les porte-parole de ceux que la prison relègue au rang de muets sociaux : les prisonniers écrivent, réfléchissent, résistent… Nous ne voulons pas penser et nous battre à leur place mais avec eux.

Nous ne sommes pas subventionnés et nous ne recevons d’argent d’aucune organisation pour garder notre autonomie.

Nous fabriquons nous-mêmes nos outils, et nous recevons parfois l’aide d’amis et de personnes qui disposent de matériel.

Nous sommes à la recherche de ceux qui auraient envie de participer à cet effort pour nous permettre de continuer à exister par leurs contributions. Au-delà de la fabrication, la distribution du journal reste difficile, coincée entre la censure acharnée de l’Administration pénitentiaire et les contraintes marchandes du réseau officiel de la presse.

Un journal est fait pour être lu ; la diffusion de
l’Envolée reste déterminante pour notre activité : constituer un outil de réflexion et de résistance contre cette société qui génère de plus en plus de contrôle et d’enfermement.

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