Barres de fer et battes de base-ball…

Publié le par la Rédaction

Ou de la pratique de la guerre de classe en milieu universitaire…

Interventions policières sur le campus de Rennes II ; mensonges, diffamations, menaces proférées par des membres des administrations universitaires ; vigiles privés armés de matraques à Rennes I ; fichage par l’administration des étudiants grévistes présents sur les piquets de grève à Rennes I ; appel aux étudiants et personnels à se constituer en milices pour déloger les grévistes sur Rennes II.

Le mois de novembre 2007 a vu se dérouler sur les facultés rennaises des événements qui questionnent, en ces périodes de mobilisations contre des lois iniques, que toute la communauté universitaire ou presque considère comme extrêmement dangereuses pour l’enseignement supérieur. Les directions universitaires ont clairement pris le parti de l’État et de la défense de la LRU, mais pas seulement à Rennes II ou Rennes I. Partout, on assiste à une attitude de plus en plus réactionnaire des présidents d’universités et de leurs directions. Si la défense de la LRU entre en ligne de compte, c’est aussi et surtout l’avenir de la lutte qu’il convient de faire disparaître, en frappant fort et partout. Ici comme ailleurs, il va donc s’agir de briser toute forme de résistance au sein des universités, de plomber les mouvements sociaux qui y prennent corps, d’empêcher toute forme de contestation collective. Qu’on ne s’y trompe pas : il n’est pas uniquement question là de lutter contre les syndicats étudiants ou interprofessionnels, mais également de viser l’étudiant non-syndiqué. Pour cela, rien ne marche mieux que la peur de la matraque pour les uns, la peur du gréviste Khmer rouge pour les autres.

Or en allant au clash, en focalisant sur des points relatifs aux modalités pratiques de l’organisation d’un mouvement, on en occulte la substance même. Qu’en est-il du fond, de ce fond que par tous les moyens, on tente de camoufler ? En bref : pourquoi ce mouvement ?

La LRU c’est : le désengagement financier de l’État en faveur d’une plus grande intervention des entreprises par le biais du Conseil d’administration ; un assujettissement de la recherche et des formations au diktat du patronat ; une précarisation accrue des personnels par le recours aux vacataires qui va devenir systématique ; une dévalorisation des conditions d’études (hausse des frais d’inscription, casse de la valeur des diplômes, sélection à l’entrée de l’université, suppression de filières non-rentables…). On assiste alors à une véritable privatisation de l’université, à une mise en concurrence des établissements, à une casse du service public d’enseignement supérieur, sur le modèle de ce qui s’est déjà passé au Canada et dans de nombreux pays européens.

Dans leur grande bonté les «représentants» officiels des étudiants, UNEF en tête, ont arraché au gouvernement 3% du capital d’EDF pour les universités. Ceci ne correspond en rien aux revendications d’abrogation de la LRU et de défense du service public d’enseignement supérieur émises dans les assemblées générales, seules aptes à porter la voix du mouvement.

Voici donc qu’une fois de plus, on nous annonce des avancées extraordinaires, des victoires décisives, des uppercuts foudroyants. En réalité il n’en est rien, bien évidemment. La loi n’est pas retirée, les garanties sont peau de chagrin et l’argent octroyé provient d’autres services publics. On imagine la gueule qu’ils ont tiré à EDF, quand on leur a dit qu’on leur prendrait leur thune pour la mettre à la fac !

Si la LRU est combattue ici c’est parce qu’elle contribue à détruire le système public d’éducation. La défense d’un tel système va de paire avec celle de tout service public et c’est pourquoi les «avancées» du gouvernement sont non seulement insatisfaisantes, mais scandaleuses. Si on doit cependant tirer une leçon de ce recul, certes peu conséquent, du gouvernement, c’est bien que seule la lutte paie. Les négociations entamées avec lui n’ont rien gagnées, c’est bien la mobilisation des universités sur tout le territoire qui a fait pression. La mobilisation naissante dans les lycées, les mouvements interprofessionnels, sur les régimes spéciaux, les franchises médicales, du public comme du privé, sont également autant de signes qui ont incité l’État à lâcher un peu de lest, du moins en apparence. La volonté d’enrayer toute forme de manifestation, l’énergie déployée par le gouvernement et ses médias pour stigmatiser les grèves et les grévistes, cette propagande visant à faire, petit à petit et insidieusement de la grève un délit, montrent les enjeux et les possibles portées d’une mobilisation.

À présent, des salariés commencent à se manifester pour dénoncer la LRU (Paris VIII, Tours, appel de l’organisation Sauvons La Recherche…). La mobilisation doit continuer ; nous appelons pour cela à intensifier les assemblées au sein des filières, réunissant professeurs, élèves et personnels, en vue de discuter les différents points de cette loi et d’informer la communauté universitaire, toute entière concernée, sur ses conséquences.

Il est indispensable de s’y organiser pour construire une opposition ferme à cette réforme afin d’obtenir son abrogation.


La CNT-FAU est le secteur universitaire de la Fédération CNT-Éducation. Elle est née en 1993, et est présente sur plus de 20 campus universitaires. La CNT-FAU, section syndicale des étudiant-e-s, IATOSS et enseignant-e-s à la fac, se bat pour un autre monde et une autre université, en luttant contre le racisme, le capitalisme, l’ordre sécuritaire, le sexisme.

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