Face à la répression : solidarité ! résistance !

Publié le par la Rédaction

Plusieurs mouvements sociaux récents contestent la longue vague de casse des services publics dont la loi Libertés et Responsabilités des Universités (LRU) fait partie. À Tours, les 5 arrestations des membres du mouvement anti-LRU ne sont pas des évènements isolés mais s’inscrivent dans un contexte de répression nationale. À Nantes par exemple, un lycéen risque de perdre son œil parce que sa présence dans une manifestation «dérangeait» des flics de la B.A.C., qui ont donc tiré au flashball.

L’usage des «forces de l’ordre» a clairement pour objectif de briser toute résistance, toute contestation des choix de société… Par la répression, l’État s’en prend directement à nos droits fondamentaux de réunion, de manifestation, et à toute critique sociale en général. Ainsi les actions politiques contestatrices sont criminalisées ; les acteurs des mouvements deviennent des voyous selon la novlangue sarkozienne.

Nous exigeons dès lors l’arrêt des poursuites de toutes les personnes mises en examen en raison de leur participation au mouvement anti-LRU, en particulier à Tours, où 4 personnes devront passer en procès courant 2008. Notre démarche est avant tout solidaire, et nous répondrons par la mobilisation collective face aux procès visant à réprimer de manière individualisante certains militants. Nous ne nous laisserons pas museler et nous continuerons à nous mobiliser quelle que soit l’ampleur de la répression.

Les contestataires de la LRU se heurtent à un mur consensuel des parlementaires de droite comme de gauche. La gauche caviardisée ne porte essentiellement sa critique que sur les méthodes d’application et non sur le contenu des nouvelles réformes. Le projet de loi a été élaboré avec la Conférence des Présidents d’Universités dont M. Lussault est porte-parole, puis ce projet a été négocié avec l’UNEF, pour circonscrire l’incendie que le gouvernement pensait probable. Ainsi le pouvoir politique trouve un soutien de taille dans la collaboration de certains partenaires sociaux. Le gouvernement a instrumentalisé ces représentants pour mettre en place une illusion de dialogue et ainsi faire passer les contestataires pour des extrémistes. Dès lors tout mouvement politique non institutionnel devient criminel aux yeux du gouvernement et de l’opinion publique. Nous rappelons que nos actions sont politiques et symboliques, jamais «criminelles». C’est pourquoi nous exigeons l’arrêt des poursuites judiciaires, dont l’arsenal légal est souvent disproportionné (poursuite pour «outrage à agent avec arme» pour une accusation d’un lancer de ballon de peinture). La contestation est nécessaire et saine à tout bon fonctionnement démocratique. Pourtant les médias font obstacle à ce que nos revendications accèdent à la scène publique.

En effet, les médias dans leur globalité ne relaient que le discours libéral comme si aucune alternative n’était possible. En réduisant cette grève à un simple blocage, ils occultent le fond politique de notre mouvement. Il s’agit là soit d’un manque d’investigation, soit d’un choix délibéré d’être la courroie de transmission des directives du gouvernement. Le traitement de l’information n’est-il pas influencé par le fait que les médias soient gérés par des grands groupes industriels (Bouygues, Lagardère et Dassault…), qu’ils sont dépendants de leurs annonceurs publicitaires, et fréquentent régulièrement les autorités institutionnelles ? Si les médias étaient aussi neutres qu’ils le prétendent, ils nous informeraient alors plus objectivement de l’activité des luttes sociales et couvriraient un minimum la répression que subit notre mouvement.

Le recours aux forces de l’ordre fait partie de la stratégie politique du gouvernement dont l’objectif est de mater toute contestation en cours, et de se prémunir de tout autre mouvement social, en nous inculquant la peur. Nous avons pu constater que la police utilise des méthodes particulièrement agressives à l’encontre de manifestations classiques (gazages lacrymos, matraquages, interpellations, gardes-à-vue, BACs, Rgs, gardes-mobiles dans certaines universités, «milices» privées…) et n’hésite pas à recourir aussi à de nouveaux moyens répressifs (flashball, fichages multiples, vidéos, menace du Tazer, pression policière hors-manifestation…). Notons cette nouvelle pratique (pour Tours) qui consiste à suivre des militants après leurs actions afin de leur inculquer la peur et parfois procéder à leurs arrestations. Le but de ces interventions est de casser nos grèves ; les lycéens tourangeaux sont même empêchés de mettre en place leurs piquets de grève par d’imposantes présences policières aux abords des lycées et par les menaces d’interpellations.

De la même manière, les administrations universitaires se posent en tant que relais unilatéral du pouvoir politique et se refusent à laisser remonter les problématiques soulevées par les étudiants en lutte. En se conformant à la logique gouvernementale du passage en force des lois, les directions universitaires deviennent actrices de l’appareil répressif : cela se traduit concrètement par les interventions des forces de l’ordre (14 cars de CRS à Tours) dans les universités. Les directions universitaires n’hésitent donc plus à utiliser la force pour nous empêcher de nous organiser par nous-mêmes et de défendre nos revendications. Comme nous avons pu l’observer, des personnels administratifs ont collaboré directement avec la police : accueil des RGs et des BACs dans les locaux universitaires, dénonciations, humiliations et fichages qui ont contribué à l’arrestation de certains étudiants, utilisation de vigiles privés et de chiens.

Ces dérives sécuritaires ne sont possibles que parce que l’opinion publique ne s’indigne pas collectivement contre de telles pratiques ; ces silences individuels sont transformés par le pouvoir en un consentement général. L’efficacité de cette répression n’est possible que par un lien étroit entre les pôles politiques, médiatiques, administratifs et policiers. La peur inculquée tend à isoler les individus, pour casser notre organisation collective. Le mouvement de réformes libérales se corrèle d’une précarisation de nos conditions de vie depuis plusieurs années, ainsi que d’une répression accrue des indociles. Ce climat tend à nous renvoyer à nos préoccupations quotidiennes individualisées et atomisantes. La solidarité et la conscientisation de notre pouvoir collectif nous permettraient pourtant de faire face à ce système répressif, afin de devenir acteurs du changement social. De même que le libéralisme s’étend dans le monde entier, des mouvements réfractaires se multiplient. D’ailleurs, des étudiants en lutte dans des universités étrangères ont exprimé leur soutien international au mouvement anti-LRU en France (Québec, Grèce, Allemagne).

Face à la répression qui tente de nous réduire au silence, nous ne pouvons rester muets ! Face à une répression nécessairement anti-démocratique et à l’augmentation de cette violence banalisée, et légalisée, il est nécessaire de s’unir et s’organiser ! Prendre conscience des logiques sécuritaires et libérales qui nous sont imposées internationalement, nous permettra ainsi de construire un rapport de force suffisant pour en finir avec l’exploitation, la précarisation et l’isolement des individus. C'est dans la rue et par les mouvements sociaux que débute notre résistance !

Décidés à faire face à cette répression générale, nous faisons appel à vos dons, pour soutenir les participants au mouvement anti-LRU sur lesquels pèsent des poursuites.

L’A.G. du mouvement anti-LRU de Tours

Publié dans Éducation

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