Manif étudiante-lycéenne contre l’État et ses flics

Publié le par la Rédaction

Il y avait une manif ce matin à Grenoble. Une manif «étudiante-lycéenne» qui a rassemblé 500 à 700 personnes en provenance du campus universitaire et de différents lycées de l’agglo, derrière deux banderoles aux propos bien plus étendus que celles qui ouvraient les précédentes manifs «officielles». Il faut dire que cette manif n’était pas déclarée en préfecture (donc non dirigée par l’Unef, totalement absente aujourd’hui) et que ses mots d’ordre n’étaient pas fermés sur la LRU mais concernaient entre autres la répression vécue ces dernières semaines à Grenoble, en particulier dans les facs et les lycées (le matin-même, les flics sont intervenus pour empêcher le lycée Stendhal de bloquer, où finalement les cours n’ont pas eu lieu). Ces deux grandes banderoles de tête affichaient donc : «Tous unis contre l’État et ses flics», «Votre démocratie est une imposture».

C’est donc tout un monde/système qui était critiqué dans cette manif. Un tract intitulé «Pour l’intensification et la convergence des luttes» y était d’ailleurs distribué.

Le grand mouvement social qui nous est passé sous le nez ces dernières semaines n’a pas réussi à se maintenir. Malgré les étudiants et les lycéens, les cheminots en grève et les émeutiers de Villiers-le-Bel et d’ailleurs, ni l’intensification ni la convergence des luttes n’ont réellement pu s’effectuer. Et même si pendant la manif d’aujourd
hui, on pouvait ressentir un certain plaisir dans les complicités des slogans anti-flics (entre vieux étudiants et jeunes lycéens, entre blancs-becs et rebeus, certaines fausses séparations sestompent dans ces moments), la manif aura été encore une fois tâtonnante, à limage dun mouvement étudiant-lycéen qui peine à prendre de lampleur (ce matin-même, les blocages étaient bien compliqués à tenir sur le campus universitaire et la plupart des lycées nont pas été bloqués du tout — ce qui explique aussi que le nombre de manifestants ne soit pas important).

Là encore, ceux qui donnaient le plus d
énergie à cette manif étaient les lycéens, venus avec banderoles et slogans anti-Pécresse. La manif est dailleurs passée devant plusieurs lycées, incitant à quitter les cours pour venir en manif. À Champollion, le portail a cédé aux coups de pieds et un bon paquet de collégiens et de lycéens sont sortis, même si la plupart de ceux qui étaient dans la cour de récré se sont contentés de regarder avec envie ceux qui se mettaient à «sécher» spontanément et collectivement.

Après être passée en centre-ville, la manif s
est dirigée vers le lycée Mounier, mais au niveau du parc Mistral, un ou deux apprentis bureaucrates étiquetés LCR/FSE ont essayé de «détourner» la manif vers les gradins de lanneau de vitesse, pour «discuter»… Pour une fois quune manif pouvait démarrer sans avoir à être guidée par lUnef et sa sono saoûlante, y en avait quand même pour essayer darrêter ça au plus tôt pour «discuter». Pfff…

Entre la préf
et Mounier, quelques panneaux de pub et fenêtres de voitures de bourges ont été brisées : quelques huées dans la foule. Bonjour la diversité des tactiques, vous feriez mieux de siffler la police plutôt que de huer les «casseurs» !

En allant sur Mounier, la manif est alternativement sur les rails du tram et sur la route, bloquant ainsi le tram et les voitures. Mais à mon avis c
était plus de lhésitation quune tactique réfléchie.

Devant Mounier, tout le monde s
arrête devant le lycée et les apprentis bureaucrates reviennent à lattaque en poussant notamment les lycéens à faire demi-tour (encore cette histoire de parc Mistral !). Plusieurs personnes interviennent et la manif reprend sa route, tourne à gauche, se perd un peu dans des coins résidentiels puis se dirige vers le parc Mistral, les apprentis bureaucrates à laffût (accompagnés de deux jeunes apprentis «service dordre» qui essayent de «contenir» la manif devant). Sauf quentre-temps, linfo tourne quun manifestant a été arrêté par la BAC (peut-être même deux ?). Pour la plupart des gens dans la manif, ça ne fait ni une ni deux, il faut aller le soutenir devant le commissariat central !

Mais alors qu
on se retrouve aux bords du parc Mistral, la bande à LCR/FSE retente le coup du «détournement-discussion» : échec total. Personne ne les suit, et la manif continue.

Une espèce d
inquiétude règne malgré tout, vu que la dernière fois quune manif sest terminée devant le commissariat, les flics ont chargé alors que tout le monde était très calme. Mais vu que lun des nôtres est entre les mains de la police, il nous semble nécessaire daller lui montrer du soutien. On fait donc le tour du parc et le mot tourne quil faudra faire bien attention à ne pas se faire prendre entre les griffes des flics, vu quon sera sur leur territoire et quil est évident quils seront présents en force. En plus, ça fait un moment quon manifeste, et ce matin très tôt presque tout le monde bloquait (ou essayait) à la fac ou dans les lycées. Bref, une certaine fatigue se fait sentir.

Arrivée devant le commissariat, la manif a pas mal fondu (on est 200 environ) et des flics en tenue anti-émeute
«protègent» le bâtiment en grand nombre. La BAC rôde dans le coin, ambiance super malfamée. Les manifestants sarrêtent tranquillement devant le commissariat : «Libérez nos camarades !» et autres slogans fusent (entre «Des calins et des bisous» et «Des parpaings et des cailloux», «Police partout, justice nulle part» et compagnie).

Assez rapidement, les flics avancent, boucliers, lacrymos et flashballs en avant. Une, deux, trois sommations sont envoyées et les flics chargent une première fois. Dispersion à l
arrache, ça se rassemble au croisement suivant (dans la direction de lIsère). À ce moment là, les manifestants se retrouvent acculés uniquement dans la rue, avec les flics anti-émeute face à eux. Et derrière, peu à peu, la BAC prend position et sapprête à enfermer complètement les manifestants. Visiblement, les mecs de la BAC approchent dans lintention de bloquer complètement le passage aux manifestants. À ce moment-là, quelques jeunes prennent peur et se barrent en courant, poursuivis par les flics de la BAC. Certains des manifestants se font interpeller dans une cage descaliers (et deux dentre eux sont emmenés au poste, comme par hasard deux petits rebeus… et on retrouve là le racisme ordinaire de la police, quon a déjà bien connu pendant le mouvement anti-CPE). À ce moment-là, le restant des manifestants se dirigent vers limmeuble et trouve la BAC appeurée aux portes de la cage descaliers. Pendant quelques brèves secondes, on a limpression quon va pouvoir faire libérer les jeunes manifestants retenus par la BAC, mais cétait sans compter sur la tonne de flics anti-émeute qui arrivent de tous les côtés en courant, créant une espèce de panique générale suivie dune dispersion progressive. Sale fin de manif : ils enferment nos frères, cest la guerre !

Pour finir, signalons qu
aller aux comparutions immédiates de demain ou daprès-demain peut être un moyen de montrer sa solidarité aux personnes arrêtées qui pourraient passer en procès. Aussi, même si la situation était plus que confuse et emmerdante devant le commissariat, même si les flics étaient super agressifs, cétait à mon avis important daller montrer notre colère suite aux arrestations. La prochaine fois, essayons dêtre plus mobiles, ne nous laissons pas encercler ni enfermer !

Ceci n
était quune étape, mais la rage est toujours là.

Indymedia Grenoble, 4 décembre 2007

Publié dans Éducation

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