Manif féministe autogérée à Rome : 150.000 participantes !

Publié le par la Rédaction

Le 24 novembre, 150.000 femmes et lesbiennes* dans la rue contre les violences faites aux femmes.
Il y a deux mois à peu près est née l’idée d’une manifestation pour la journée internationale contre les violences des hommes contre les femmes. Des assemblées de 40, 50 voire 60 femmes et lesbiennes, individuelles ou faisant partie de collectifs féministes et lesbiens de Rome, centres anti-violences, se mettent en place pour organiser cette manifestation. Une manifestation auto-organisée sans parti politique, sans syndicat, sans drapeau d’aucune sorte. Une manifestation non-mixte. Très discutée, la non-mixité a finalement vaincu. Une manifestation de femmes qui donne la voix aux femmes, qui donne visibilité à la force des femmes.

Le 24 novembre le pari est plus que gagné, 150.000 femmes venues sont dans la rue pour crier leur ras le bol de la violence des hommes. Elles sont sorties très nombreuses le 24, comme on ne les avait pas vues depuis très longtemps. Pas 400, comme au 8 mars dernier, ce qui avait déjà été très impressionant, mais 150.000 cette fois ! Des femmes, des femmes, des femmes, plein de femmes !

Il faut lutter parfois durement pour maintenir le cortège non mixte, pour expliquer aux hommes que s’ils veulent prendre part, ils peuvent se mettre en fin de cortège. Quand à la gay pride il a été décidé que les malades du sida ouvriraient le cortège, est-ce que ça a été difficile à faire respecter ? Ou c’est seulement les hommes qui ne supportent pas que les femmes prennent la parole sans eux, ou c’est seulement un non de plus qu’ils ne veulent pas entendre.

Il faut être carrément ferme pour maintenir le cortège apolitique : une ex ministre tente de rejoindre la tête du cortège pour se faire montrer. Reconduite sur le trottoir. Des ministres de l’extrême droite à la gauche ont organisé une scène avec télévision pour l’arrivée du cortège à piazza Navona. Surprise et colère des organisatrices et de toutes les femmes sur la place et puis la scène est reprise, le direct TV stoppé, et les ministres chassées. Et ça va faire du bruit. On n’arrête pas les grands comme çà ! Ministres de tout bord, déçues de n’avoir pas pu récupérer la force des femmes à leur fin de pouvoir personnel, qui vont s’emparer de la presse le lendemain pour insulter les organisatrices, pour arranger l’épisode à leur sauce et surtout ne pas reconnaître que ce sont les femmes auto-organisées qui sont sur la place, celles qui ne croient pas aux lois surtout quand elles sont assorties de mesures racistes comme c’est le cas des dernières mesures anti violences qu’elles ont votées il y a trois semaines. Des femmes qui rappellent que les violences sont d’abord exercées par les pères, maris, petits amis, ex compagnons. Des femmes qui disent que la violence n’a ni couleur, ni classe sociale, ni religion, ni culture parce qu’elle est une culture en soi. Des femmes qui crient «L’autodéfense est notre seule certitude» et qui n’attendent pas la protection de qui ce soit mais veulent s’organiser pour en finir avec la violence des hommes.

Voilà c’est de ces convictions-là qu’est née la manif, une grande, grande, grande manif, qui a laissé aux participantes l’ivresse de la force commune et la certitude que ce n’est qu’un début. À suivre donc…

Ne comptez pas sur notre silence, mais seulement sur notre rage.

Indymedia Grenoble, 4 décembre 2007


* Nous notons qu’il y a des lesbiennes parmi les femmes pour deux raisons : pour que ces dernières soient visibles dans les luttes (alors qu’elles sont presque toujours invisibilisées, satanisées…), mais aussi parce que des lesbiennes (mais pas toutes !) revendiquent ce choix comme acte poltique : être lesbienne, pour une partie d’entre elles, est une rupture avec le devoir de servir, domestiquement et sexuellement, des hommes, au sein du couple hétéronormal. Elles affirment donc par là qu’elles ont fait un pas de côté par rapport à la définition actuelle de ce qu’est une femme…

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