Finissons-en avec les inégalités

Publié le par la Rédaction

La régression sociale entamée depuis plus de 25 ans semble aujourd’hui avoir atteint son rythme de croisière. Si rien ne vient la troubler, 150 ans de conquêtes sociales arrachées de hautes luttes seront bientôt réduites à peu de choses. Plus de 150 ans de combats sociaux pour faire reculer les injustices, les inégalités et finalement sauver une part considérable de la population des griffes les plus acérées de la sauvagerie capitaliste. Congés payés, retraites par répartition, sécurité sociale, IVG, contraception et services publics en général, bien qu’encore imparfaits, sont tout simplement menacés d’extinction totale.

Nous sommes actuellement engagés dans une course folle vers un capitalisme sauvage qui va faire exploser les inégalités économiques et sociales. Or, comme à chaque période similaire de l’histoire, il est évident que ces inégalités vont provoquer une intensification de la violence dans notre société, une intensification de toutes les violences : les violences à caractère ethnique avec la montée des sentiments racistes qui a toujours accompagné les périodes de misère et d’incertitude économique et sociale comme dans les années 30 en Allemagne ; à caractère sexuel, en particulier dans un monde du travail toujours plus injuste où la domination masculine habituelle fera des femmes les premières victimes ; enfin à caractère «intraclasse» c’est à dire la multiplication des violences entre les plus pauvres.

Toutes ces violences vont se développer car les inégalités sont bien évidemment synonymes d’une aggravation des conditions de vie pour toujours plus de personnes, notamment du point de vue de la santé et du travail : chômage non indemnisé, frais de santé non remboursés, etc.

Mais encore, et ce phénomène est déjà observable depuis une dizaine d’années, les inégalités vont provoquer une restriction des libertés individuelles et collectives. On ne compte plus le nombre de lois sécuritaires pondues depuis dix ans par tous les gouvernements successifs de gauche comme de droite. L’État, rose ou bleu, reste l’État et renforce son arsenal policier et judiciaire indispensable pour «maîtriser» les conséquences de la montée de la précarité. Et c’est pour protéger les intérêts et les fortunes de plus en plus indécentes et inavouables des plus puissants, que la censure de l’expression politique a un bel avenir devant elle. En somme, la montée des inégalités va mécaniquement aggraver encore la tendance à la concentration du pouvoir politique. Tout est logique : si les inégalités augmentent, c’est qu’il y a une concentration du pouvoir économique, qui exige à son tour concentration du pouvoir politique pour se défendre.

Les inégalités sont donc source de violences, elles détériorent les conditions de vie de la grande majorité de la population, elles attisent l’autoritarisme de l’État et la déliquescence des libertés publiques… non, ce n’est pas fini : le comble c’est qu’elles tendent à se reproduire, voilà maintenant trente ans que les sciences sociales l’ont démontré. Plus une société est inégalitaire, plus elle tend à renforcer son caractère inégalitaire, et donc les violences, etc.

Il s’agit donc de bien savoir contre quoi nous luttons. L’affaire est sérieuse, les enjeux énormes. Quand on mesure les cercles vicieux d’impacts négatifs qu’ont les inégalités sociales sur une collectivité humaine, on ne peut douter que la justice sociale est l’objectif prioritaire que doit se fixer toute société, pour ne pas sombrer dans la barbarie (inculture, violences, égoïsmes). Aucun esprit honnête ne saurait passer à côté de ce combat. Les perspectives de luttes qui se dessinent dans le pays depuis plusieurs semaines, ne devraient laisser personne indifférent car c’est dans un mouvement social que la conscience de classe peut se développer et renforcer à son tour le mouvement social pour lui donner la capacité d’imposer de nouveaux droits pour les travailleurs et les travailleuses. Et, plus loin encore, de construire lui-même la justice sans et contre l’État, d’atteindre notre émancipation totale. Il faut lutter pour et par la reprise en main de nos vies, c’est-à-dire en développant des pratiques autogestionnaires partout où c’est possible. Le chef de l’État français annonce clairement la couleur en affirmant qu’il rejette tout égalitarisme. Nous, anarchistes, sommes égalitaristes car nous savons qu’une économie enfin au service de l’Homme ne peut être qu’égalitariste. Il faut lutter ! Luttons pour l’égalité sur les lieux de travail, pour la rotation des tâches difficiles et des postes clés, pour le partage du pouvoir de décision c’est-à-dire pour l’abolition de la direction patronale remplacée par l’assembléisme de démocratie directe !

Hélas, les révoltés ne sont plus assez nombreux pour maintenir le rapport de force et nous sommes condamnés, tout du moins dans un premier temps, à tenter de stopper la régression. La faiblesse du syndicalisme d’action directe et de la conscience de classe parmi les dominées invitent tout naturellement l’État à retrouver sa fonction première et véritable : enrichir les riches en appauvrissant les pauvres et maintenir l’ordre de la façon la plus durable possible par tous les moyens. Faute de réaction sociale consciente, déterminée et massive contre les oligarchies politique et économique qui se servent l’une l’autre et qui sont en définitive la source essentielle de nos maux, les années à venir s’annoncent mal, très mal. Le débat véritable est, a toujours été, celui de la répartition des richesses et du pouvoir de décision. Faisons en sorte que 2007 marque le retour de la défense organisée des travailleurs et des travailleuses sur le terrain social ! Que la peur change de camp maintenant !

Infos & analyses libertaires no 68, novembre-décembre 2007
Bimestriel de la Coordination des Groupes Anarchistes

Publié dans Colère ouvrière

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