Sur quoi ouvre l’ouverture

Publié le par la Rédaction

Les oiseaux de mauvais augure du printemps 2007, aveuglés par leur haine idéologique et leur suffisance morale, en sont pour leurs frais : la république de Nicolas Sarkozy ne ressemble en rien à leurs sinistres prophéties. Avenante et généreuse, elle tend la main à toutes les bonnes volontés : aux socialistes vaincus, appelés à participer à l’effort de régénération du pays ; au milieu associatif, reconnu dans sa légitimité à porter la parole des minorités, des victimes de discriminations et de la biodiversité en danger ; aux «intellectuels de gauche» eux-mêmes, pourtant si confus et ridicules dans leur posture de vigies des libertés fondamentales.

Le gouvernement, issu de la victoire de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle et de celle de l’UMP aux élections législatives, est enfin à l’image de la société qu’il est chargé de réveiller : rajeuni, diversifié, ouvert aux trajectoires originales. Les femmes, surtout, brillent par leur volontarisme, leur parler vrai, leur anticonformisme. Le ministre des Affaires étrangères, figure de la «gauche morale» et promoteur des valeurs universelles par le droit d’ingérence, met toute sa belle énergie dans le traitement des urgences humanitaires africaines et moyen-orientales. Les secrétaires d’État et autres «sages» aux missions nouvelles, sans bureau ni budget encore, se démènent pour prouver leur utilité. Le premier ministre, volontairement effacé, travaille à la coordination et à la mise en chantier la plus rapide possible des promesses de la campagne. Et le président lui-même, libéré des tensions de cette dernière période, sourit à tous et à chacun, va du local au global et du singulier à l’universel sans trêve ni repos, étourdissant son entourage et les médias accrédités par une activité protéiforme et une force de conviction apparemment irrésistible.

Par charité, on ne dira rien des déchirements de l’opposition parlementaire et de l’agitation stérile de l’extrême gauche — sinon pour reconnaître que ceux qui, issus de leurs rangs, ont fait le choix de rejoindre le parti du vainqueur, ont au moins contribué à y clarifier les choses. Ne persistent plus, dans le refus des résultats du 6 mai, que les plus sectaires et ceux, souvent les mêmes, qui n’ont aucune compétence à mettre au service de l’intérêt général. Quantités négligeables et fréquentations peu avouables, leur opposition est insignifiante. Même les syndicats de salariés et les associations de défense de l’environnement, pourtant alarmés par les propositions du candidat, semblent touchés par l’esprit de concorde qui règne désormais dans le pays. Les mots de la campagne, les mots tranchants des meetings et des plateaux télévisés, se sont en effet consumés : la dramaturgie politique a accompli sa mission de catharsis, purgeant le pays des haines, des jalousies, des peurs qui le rongeaient. Et la France de toujours, pays du bien vivre, de la belle ouvrage et du bon sens, enfin rétablie dans ses valeurs et ses vertus, sa confiance et son courage, peut reprendre sereine le cours de son histoire.

Danse macabre
C’est donc sans espoir de convaincre quiconque que l’on posera sur cette douce euphorie le jugement inquiet de l’analyse historique. Mais les sciences sociales, et l’histoire comme investigation de la temporalité, ne sont pas là pour répondre aux attentes de justification a posteriori des choix civiques ou des orientations du pouvoir et tendre un miroir indulgent aux faiblesses et aux hypocrisies du temps. Elles sont là, venin nécessaire circulant dans le corps social et, si faire se peut, dans la machinerie institutionnelle, pour en éveiller les nerfs et en alerter les consciences. Socrate, déjà, l’avait donné à comprendre : la connaissance ne produit pas des papillons, mais des taons. Ainsi, l’on ne saurait observer l’état présent du pays sans l’avertir, dût-on pour cela le fâcher ou lui gâcher la fête, des dangers de la voie dans laquelle il s’est engagé. Que les praticiens de l’histoire scientifique qui signent ce texte, gens inutiles et parasites s’il en est, n’aient aucune légitimité politique ou morale pour le faire, est sans importance : le feu ne s’excuse jamais de brûler. Que l’engagement pris par le pays ait été pleinement démocratique n’y change rien non plus : la France a bel et bien basculé, les yeux grand fermés, dans l’ère du post-humanisme. Et la politique d’«ouverture» pratiquée par le nouveau président, loin d’en être le contre-argument souverain, en est l’illustration la plus criante et la plus inquiétante.

Certes, l’appel aux compétences issues de l’opposition parlementaire, du tissu associatif ou du monde de la culture et de la recherche, traditionnellement marqués à gauche, est en partie motivé par des considérations tactiques à plus ou moins court terme. Mais on aurait bien tort de se limiter à cet aspect. Nicolas Sarkozy n’aurait pas eu besoin d’aller aussi loin dans l’«ouverture» (qu’il s’engage même à poursuivre) si son seul objectif avait été d’affaiblir le Parti socialiste. Et s’il avait seulement agi par cynisme, on aurait vu les portes se fermer dès le lendemain de la victoire de l’UMP aux élections législatives. Le parti majoritaire ne manque pas de vieux barons et de jeunes marquis tout prêts à ressusciter les formes de l’hégémonie politique héritées du gaullisme pour mener à bien une droitisation sans retour de l’appareil d’État. Mais ce n’est pas pour cela que Nicolas Sarkozy a été élu, et les institutions de la Ve République lui donnent les moyens de contenir l’impatience de ses propres troupes.

Il convient donc, tout en prenant garde à ne pas verser dans les registres de l’imprécation ad hominem ou du surplomb moral, d’analyser la fonction symbolique de la «trahison» d’un certain nombre de figures de la gauche au profit du camp du vainqueur de la séquence électorale. En écartant d’emblée tout ce qui, plus ou moins déterminant selon les cas individuels, ressortit à l’arrivisme, à la rancœur personnelle, à l’instabilité idéologique ou au jeu des réseaux sociaux. Pour nous consacrer sur un seul aspect : une configuration historique rare et périlleuse d’épuisement apparent du système symbolique et du rapport à la temporalité hérités des Lumières.

Que constate-t-on ? D’une part, plusieurs individus, investis de responsabilités dans des institutions politiques ou associatives régies par des orientations éthiques et culturelles héritées de ces mêmes Lumières, et dotés personnellement d’un capital de notoriété directement relié à la sacralité historiquement construite de ces dernières, ont fait l’expérience d’une désirabilité supérieure de la transgression sur l’obéissance, du reniement sur le respect des engagements et des valeurs héritées, et donc du «passage à l’ennemi» (qui plus est essentialisé comme tel durant la campagne) sur l’acceptation vertueuse et sacrificielle des conséquences individuelles d’une défaite collective, celle de la gauche aux élections du printemps 2007. D’autre part, le vainqueur incontestable d’une lutte politique particulièrement âpre et brutale, ayant révélé l’énergie historique potentielle d’un post-humanisme désinhibé, et ayant mené au triomphe des principes bellicistes de «rupture» et de «liquidation», choisit, contre tous les usages de la guerre, dans une apparence de gratuité totale et en contradiction avec la posture intransigeante qu’il avait adoptée dans son rôle de ministre de l’Intérieur et de candidat, non seulement de gracier, mais d’inviter au partage du butin les chefs ennemis vaincus.

On se permettra de faire peu de cas des arguments a posteriori présentés tant par les «ralliés» que par les promoteurs de l’«ouverture», sur l’obsolescence du clivage entre gauche et droite, l’artificialité théâtrale du métier politique, la repentance des péchés de jeunesse (du maoïsme au «droits-de-l’hommisme»), le service de l’intérêt supérieur de la Nation ou la «fidélité à soi-même» du grand homme qui justifierait ses trahisons partisanes. Ce qui compte, c’est bien la transgression, et l’aspect inversé de baptême purificateur que le camp du vainqueur lui a donné, soit dans la campagne électorale lors des meetings — avec notamment la mise en scène des «repentants» —, soit lors de la formation du gouvernement — dans la mise en images télévisuelles des intronisations des ministres, secrétaires d’État et autres chargés de missions issus du camp des vaincus.

Car la transgression, si elle est le fait de ceux qui en choisissent et en vivent la déchirure symbolique, revient pour ces derniers à un acte d’auto-aliénation, et n’a donc de sens véritable qu’au niveau de ceux qui la permettent, l’encouragent, et finalement la légitiment. Ce n’est en effet pas rien pour un général que d’accueillir, non pas dans sa troupe, mais dans le corps de ses officiers, des renégats du camp d’en face. Empathie d’un homme qui, dans sa propre histoire personnelle, a eu à faire face à l’accusation de trahison ? Marqueur d’une époque où toute discipline politique collective est jugée attentatoire à la liberté individuelle et où le «pragmatisme» et l’«expertise» suffiraient à justifier revirements et reniements ? Peut-être, mais ce ne sont pas là les éléments décisifs. L’essentiel, encore une fois, réside dans le contexte singulier de ce début de siècle. Celui, dans l’apparente permanence des choses dans l’ordre matériel — cause de la cécité des forces sociales, et notamment des syndicats —, d’une révolution invisible et indolore de l’ordre symbolique, ayant d’un côté obstrué les sources de la mémoire vive et la force d’inhibition des valeurs morales et sociales héritées ; et de l’autre, celui du devenir, creusé un abîme redoutable sur le chemin du pays. Un abîme que le nouveau pouvoir, en proie au vertige, s’efforce désespérément de masquer (et peut-être de se masquer à lui-même) par un discours obsessionnel de la continuité historique et de la fidélité à une essence de la nation fantasmée ; un abîme, surtout, que les figures fantomatiques de la gauche humaniste — Jaurès, Blum, Môquet, etc. —, médiatiquement ressuscitées et, grâce à la caution morale apportée par les ministres d’«ouverture», mêlées à la troupe bien vivante des acteurs de la révolution post-humaniste, sont symboliquement chargées de conjurer. Danse macabre inversée, où les morts sont censés guider les vivants vers des lendemains qui chantent…

Ainsi, les «hommes de gauche» ralliés au nouveau pouvoir, lointains successeurs des révolutionnaires du XVIIIe et du XIXe siècles (si indignes fussent-ils), seraient les dépositaires d’un talisman les protégeant, eux et ceux qui leur tiendraient la main, d’un effondrement moral dans le vertige post-moderne de la toute-puissance financière, technologique, policière et communicationnelle. Avec le calcul, bien entendu, que cette caution apportée notamment par des icônes de la «gauche morale» entraînera derrière elles non pas toute la société — il y a d’autres outils de communication pour discipliner les masses — mais à tout le moins la fraction politiquement et idéologiquement consciente de l’appareil bureaucratique — travailleurs sociaux, enseignants, policiers, fonctionnaires des douanes et des impôts, etc. En effet, ces derniers auraient risqué d’enrayer, par leur résistance éthique à une politique de gestion du corps social et des flux migratoires par la peur, la contrainte et les bio et techno-sciences (pour lesquelles le président montre une fascination inquiétante), la dynamique d’une contre-révolution néoconservatrice par le haut.

Ainsi, comment refuser d’obéir à un État conduit par une telle coalition de bonnes volontés et les ombres bienveillantes du panthéon national ? Comment crier à l’assassinat de l’universalité quand les deux sexes, toutes les couleurs de l’humanité et jusqu’aux représentants de l’«Environnement» posent ensemble sur le perron du palais de l’Élysée ? Décidément, seuls les cyniques, les fanatiques ou les traîtres à la cause de la nation et de la nature réconciliées peuvent refuser de reconnaître la légitimité politique et morale d’un tel pouvoir. Et même la vieille cléricature républicaine, celle des grands corps de l’État, de l’université, des lieux de culture et de création, peu suspecte de complaisance pour la démagogie compassionnelle, est comme paralysée dans l’exercice de la raison critique par l’apparence d’union sacrée produite par la démocratie d’émotion et, corrélativement, par la peur du pilori médiatique. Les plus courageux dénoncent le «bonapartisme» du régime, mais sans dire à quelle rationalité nouvelle sert cette défroque usée de la panoplie nationale, sauf à reprendre les analyses de Karl Marx sur l’alliance du capital et de la machine d’État. Les plus prudents se taisent, attendant que la main du temps déchoie le parvenu, ou feignant de croire que le politique est sans conséquence sur le champ d’expertise ou le territoire d’action étroitement circonscrit qui seul les préoccupe. Quant aux plus ambitieux, cédant au tropisme national de l’intellectuel organique, ils ont déjà jeté aux orties l’ancien testament cartésien, par trop austère et rigoureux, pour participer joyeusement aux nouvelles noces de Cana de l’évangélisme sarkozyen, où le vin est changé en eau sucrée et l’intelligence analytique en pentecôte communicationnelle.

Or, c’est bien cette modification radicale du champ des possibles, permise par la babélisation du discours des Lumières, la trahison des héritiers de l’humanisme social et l’effacement de la logique dialectique du jeu démocratique qui, non pas encore dans les faits mais déjà dans l’ordre symbolique, ouvre sur la résurgence d’un darwinisme social désinhibé et doté d’instruments de violence incomparablement plus puissants que ceux de la première moitié du XXe siècle. En capacité, bientôt, de réaliser, au profit d’une étroite élite de gagnants de la compétition libérale et dans l’aveuglement organisé du corps social par une iconolâtrie et un scientisme dérationalisants, le fantasme d’une surhumanité biotechnologique assurant la pérennité de la domination européenne (ou faut-il dire atlantique ?) sur la «marée» des peuples du sud et de l’est, dont les enfants viennent se noyer dans le détroit de Gibraltar ou s’écraser en bas des immeubles.

Impensé, impensable
Ces références posées, nous savons bien que les censeurs de bonne et de mauvaise foi ne nous liront pas plus loin, effrayés ou indignés par un jugement que rien, dans les faits ni dans le sens premier des discours, ne permet d’étayer. Mais nous n’écrivons pas pour convaincre. Pas encore. Nous posons un acte moral, daté et circonstancié. La suite, le devenir, nous sont opaques comme à tout un chacun. Rien n’est prédéterminé, et la science historique a pour fonction, justement, de dissiper les illusions téléologiques des philosophies de l’histoire (et des projections politiques par la même occasion). Mais ce qui est en tension dans le présent, cela, nous pensons être à même d’en juger, et d’en porter témoignage.

Encore une fois, le fascisme historique — celui de l’Italie de Benito Mussolini, pas la théorie décontextualisée de la philosophie politique —, ne peut en aucun cas constituer une matrice pertinente pour penser la France de Nicolas Sarkozy. Même la république de Weimar, ses fragilités et ses tensions, apporte plus de confusion que de clarté à la réflexion sur ce que peut être un contexte pré-autoritaire en 2007. Pas de squadrisme, pas de violence politique visible dans notre civilisation policée. Seulement des noyés dans le détroit de Gibraltar et des corps tombés des balcons. Mais s’il n’est pas de lois en histoire, il est des logiques configurationnelles et, pour être plus précis, entre les plans du socio-économique et du symbolique, de l’organisationnel et du compassionnel, des incohérences génératrices de tensions dynamiques, qui peuvent aider à déchiffrer l’opacité du donné et à dessiner des directions probables. Et notamment, lorsque l’on constate, chez les intellectuels et les élites investies de responsabilité, une obsession de la «mémoire» et de la «fidélité», une évocation réitérée de grandes figures morales et eschatologiques, et un souci névrotique de la légitimité, on peut à bon droit penser qu’un processus de construction d’une illusion collective est en cours, visant à résoudre, par l’effacement de la rationalité et des fonctions réflexives du jeu politique, les conflits cognitifs liés à la nécessité d’accomplir ou de laisser s’accomplir des événements incompatibles avec le système de valeurs d’une société démocratique universaliste. Écouter Mozart ne sauve pas de la barbarie. La vérité est que cela aide parfois à la pratiquer ou à ne pas entendre les cris de ceux sur qui elle s’abat. L’histoire est science du contexte : celui de ce début de XXIe siècle ne laisse pas de doute sur la violence latente des rapports économiques et stratégiques à l’échelle mondiale, et le décalage béant de l’éthique proclamée des gouvernements occidentaux et du nouvel ethos géo et technopolitique auquel ils apprennent à se conformer. En résonance avec nos peurs, sinon avec nos aspirations.

Dans les années 1920-1930, il avait suffi non pas du silence, mais des critiques trop timorées ou mal coordonnées des autorités morales et spirituelles de l’époque pour légitimer les mouvements fascistes dans leur prétention à diriger la régénération de leurs nations éprouvées par la guerre et la grande crise des économies industrielles. En 2007, les guerres sont loin de l’Europe (même si elle y participe), et si le système capitaliste est toujours aussi fragile dans sa capacité à pérenniser et à faire partager les acquis du développement, et désespérant dans son aptitude à détruire tout système de sens contraire à sa rationalité propre, on ne peut dire que la société française connaisse quoi que ce soit d’approchant à la déstabilisation traumatisante de l’Italie de 1919-1920 ou de l’Allemagne de l’après-1929.

Or, dans le présent contexte, ce n’est pas la voie prudente du silence ou de la critique voilée que la plupart de nos humanistes modernes ont choisie, mais celle du reniement pur et simple, sans condition ni précaution. Pas même honteux, enthousiastes. Comme s’il n’y avait plus rien à défendre, plus personne à représenter qui vaille de contraindre son égoïsme élitaire. Plus de tiers-état, plus de classe ouvrière, plus de damnés de la terre. Seulement des élans humanitaires, des affects collectifs, des indignations conjoncturelles. Bref, des passions courtisanes. Et si l’on peut penser que la faillite des «intellectuels de gauche» n’est que la révélation d’une imposture ancienne, on aurait tort de s’en réjouir au nom d’un puritanisme éthique : il est inquiétant pour le corps civique, notamment dans un pays acculturé à la prééminence morale de la fonction publique et des titres universitaires, que ses clercs, à qui personne ne demande d’être des héros — seulement des acteurs responsables — montrent aussi peu de consistance et soient les premiers à être emportés par le courant.

Lorsque, demain ou après-demain, une nouvelle crise frappera l’économie européenne ; lorsque les exclus de l’ordre social post-fordiste cesseront de brûler leur propres voitures ; lorsque le terrorisme frappera sur les lieux de notre vie quotidienne et attisera la haine de l’autre ; lorsque la restriction des ressources mondiales aura provoqué un nouvel embrasement guerrier : qui restera pour parler la langue ancienne de la raison, de la mesure, de l’humanité ? Qui aura encore assez de légitimité morale ou de capacité de représentation pour dénoncer l’inanité des logiques de purification eugénique et policière et la brutalité de la lutte pour la survie des systèmes sociopolitiques dans l’ère de la pénurie ? Les démocraties américaine et britannique, incontestablement plus solides que la nôtre sur le plan de la défense des droits de l’individu, ont montré tout le mal que quelques attentats spectaculaires et l’engrenage d’une guerre post-coloniale pour l’accès aux ressources énergétiques pouvaient causer aux principes fondamentaux. En France, nous n’avons rien eu de tout cela, et pourtant, les verrous ont déjà sauté : nous sommes parés à acquiescer au pire. Ce que la guerre d’Espagne et ses atrocités avaient signifié pour une génération, la guerre d’Irak le fait pour nous. Mais sur un mode entièrement négatif, miroir inversé de l’optimisme historique des militants de l’antifascisme. Il n’y a, en effet, plus de «brigades internationales» possibles (défendre qui et quoi, contre quoi et qui dans ce maelström de haines ?) : seulement une résignation passive et peureuse face à l’anomie, et des leurres culturels et moraux pour supporter l’insupportable — et éventuellement, l’utiliser à notre avantage.

Encore une fois, il y a là quelque chose d’inouï — tout comme est inouï l’enchantement grâce auquel personne ne s’alarme du basculement complet du système politico-moral par lequel les conduites des uns et des autres et les choix politiques majeurs étaient jusqu’à ce jour étalonnés et, éventuellement, socialement et électoralement censurés. L’horizon du progrès humain s’est effondré, le soleil se lève désormais à l’ouest, et personne n’y trouve à redire. L’historien qui n’a pas brûlé ses archives, lui, sait au moins qu’il s’est passé quelque chose. Et que ce quelque chose, la mer fût-elle calme et le ciel serein dans nos parages, n’en laisse pas moins présager de funestes tempêtes.

Pour votre information : le Contre Journal de Libération s’est fait l’écho de ce texte et a publié une interview de ses auteurs. Des extraits en sont parus dans l’édition papier de Libération des 20-21 octobre.
Pierre CORNU et Jean-Luc MAYAUD
La Lampe-Tempête, été 2007

Publié dans Derrière la barricade

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dupont 22/12/2010 10:52



ce texte est d'un con, mais d'un con.... dèja c'est trop long, et secundo dans le genre tissu de connerie, ca se pose la, qui peut écrire une telle tartine aussi longue qu'aussi con ? une machine
? un idiot ? éreintant de connerie et d'étiquettes simplistes à en tomber dans le coma de la connerie humaine, ne validez pas ce com surtout..