Pérou : Autogestion au quotidien

Publié le par la Rédaction

Voici une présentation de la Comunidad Autogestionaria Volcán, qui pratique l’autogestion au quotidien, et se présente comme une expérience alternative au système économique et politique actuel.
La Communauté Autogérée Volcán existe depuis 5 ans au Nord-est de Lima, au sein de la Communauté Paysanne Jicamara. Elle rassemble environ 100 familles qui vivent grâce à l’autogestion et résistent au système capitaliste et à l’abandon de l’État en mettant en place des activités répondant à leurs besoins, tant sur le plan politique et économique, que social et culturel. Dans une autonomie totale vis à vis des organismes publics et des partis politiques (quels qu’ils soient), la communauté possède déjà de multiples activités et de nombreux projets.

Tout d’abord, elle a mis en place une Coopérative d’Épargne et de Crédits gérée par une commission chargée de l’épargne des habitant-e-s et des prêts pour la construction de maisons et de boutiques. Cette coopérative permet ainsi aux habitant-e-s de réduire leur dépendance vis à vis des banques capitalistes. Sur le plan social et culturel, la communauté a crée une cantine populaire et une bibliothèque, qui ont ouvert leurs portes le 11 mars 2007, à l’occasion de son 5e anniversaire. Des discussions hebdomadaires et des travaux collectifs d’information et de formation sont également organisés, en collaboration avec le groupe anarco-communiste liménien Qhispikai Llaqta. Les thèmes abordés sont variés, comme par exemple «Relations au foyer : contre le machisme, la violence et la discrimination» ou «Pédagogie scolaire pour les enfants», avec la projection du documentaire «Paideira, 15 ans d’éducation anti-autoritaire». Ce dernier débat a permis à la communauté de réaffirmer sa volonté de construire une école alternative.

Pour ce qui concerne son organisation et sa gestion concrète, la communauté se réunit tous les dimanches matins en Assemblée Générale pour discuter des évolutions et des problèmes qui se posent sur son territoire et dans ses diverses activités. Les habitant-e-s y échangent leurs coups de gueule et leurs propositions. C’est aussi le lieu des bilans économiques, et c’est là que les délégués et responsables mandatés rendent des comptes publics à tous et toutes. Ces délégués appliquent les décisions prises par les habitant-e-s, n’agissent pas sans consultation et sont révocables à tout moment. La Communauté Volcán pratique donc la démocratie directe et l’horizontalité avec des charges tournantes et non rémunérées.

L’hiver dernier, le collège privé Santo Domingo de Guzmán, dispensant un enseignement pré-militaire et religieux, a menacé d’expulsion la communauté, se prétendant abusivement propriétaire «légal» des terres où elle est installée. La résistance des habitant-e-s et la solidarité de groupes et organisations amies a permis de sauver la communauté des dommages que cette expulsion aurait provoqué.

La Communauté Autogérée Volcán attire de nombreux visiteurs du monde entier, qui viennent découvrir les réalisations et le fonctionnement autogestionnaire de ce regroupement de familles. Italiens, Argentins, Israéliens, Allemands, Colombiens, Brésiliens, Français ont pu participer aux expériences autogestionnaires et horizontales qui s’y pratiquent au quotidien, ainsi que contribuer à son développement (réalisation de toilettes écolo, développement de projets éducatifs, travaux d’aménagement…).

Côté projets, la communauté a de quoi faire : organisation de postes médicaux, animation d’ateliers scolaires, construction de canaux d’irrigation, de potagers bio, organisation du recyclage des ordures, sensibilisation sur l’alimentation saine, constitution de micro-entreprises… Dans cette optique, tout soutien d’ordre économique, matériel, technique ou de partage d’expérience est évidemment bienvenu.

L’ambition dont cette communauté fait preuve pour répondre à l’ensemble de ses besoins de façon indépendante politiquement et économiquement par des pratiques autogestionnaires mérite non seulement notre soutien, mais également tout notre intérêt, car elle est porteuse d’un autre présent, d’un autre futur. Cette communauté se dessine comme une petite société à l’écart des griffes du capitalisme, pour construire un monde nouveau, une nouvelle société alternative qui puisse s’étendre.

Solidarités sans frontière no 11, novembre-décembre 2007

Publié dans Internationalisme

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