Les “privilégiés”, les vrais

Publié le par la Rédaction

Décidément, il faut aller faire un tour en territoire ennemi, c’est passionnant…
    Par exemple, vous qui me lisez, a priori, je suppose que vous ne lisez pas Les Échos ? Bon, moi non plus, pas tellement. Eh bien on a tort.
    Puisqu’au détour d’une recherche Google qui n’avait rien à voir, je tombe sur cet article qui est fort riche d’enseignements : «Il y a de plus en plus de riches dans le monde. Et les riches sont de plus en plus riches.» Bon, ça, on pouvait s’en douter. Mais mieux encore :
«Selon une récente étude du Boston Consulting Group (BCG), la France se situe au cinquième rang de la concentration de richesse privée, avec 260.000 millionnaires en dollars, derrière les États-Unis (2,9 millions), le Japon (825.000), le Royaume-Uni (440.000) et l’Allemagne (330.000). Le nombre des “super-riches” disposant d’un patrimoine de plus de 20 millions d’euros (environ 2.000 foyers en France en 2005) a augmenté à un rythme annuel de 24% depuis 2000. Toujours selon le BCG, le nombre des Français “ultra-riches”, dont le patrimoine dépasse 50 millions d’euros, est aujourd’hui estimé à 305 foyers, à rapporter aux fameuses “200 familles” actionnaires de la Banque de France dont Edouard Daladier dénonçait la mainmise sur l’économie nationale au congrès radical de Nantes en 1934.»
«Au cinquième rang de la concentration de richesse privée»…
    C’est pas mal, quand même, pour un pays en faillite.
    Alors, il serait intéressant de savoir si ces 260.000 millionnaires vivent en France, ou si ils ont préféré se domicilier sous des cieux fiscaux plus cléments. Mais on peut supposer néanmoins qu’ils ont, pour le moins, des intérêts en France, des résidences, du patrimoine, des conseils d’administration, des actions dans des entreprises, etc. Par là, on peut, en supposant toujours, penser qu’ils ne fuient pas nécessairement un pays qui les écrase de charges et d’impôts iniques blablabla, mais au contraire, que y’a bon la France pour gagner plein de sous.
    Ah.
    Parce que si cette hypothèse s’avérait juste, ça pourrait signifier que, contrairement aux braillements néolibéraux pour qui on persécute ceux qui «réussissent», la République est particulièrement bonne fille pour ces authentiques privilégiés…
    En tout cas, elle ne semble pas trop mal disposée envers eux, pour le moins.
    Mais allons plus loin.

Allons faire un tour sur le site de Challenges.fr (via Rezo.net) qui propose le classement des plus grandes fortunes de France.
    Ce qui frappe immédiatement, c’est le nombre de fois où apparaît le mot famille ; je n’ai pas compté, mais à vue de nez, ça compte pour les deux tiers des personnes citées, facile. «Machin, et sa famille».
    Donc, ces gens fonctionnent en famille… En réseaux, en somme. Et visiblement, ces familles sont implantées dans le paysage depuis longtemps. On peut même penser, soyons fous, qu’elles se connaissent, ou en tout cas se fréquentent, dans les mêmes écoles haut-de-gamme, les conseils d’administration et les lieux de villégiature, voire qu’elles marient leurs rejetons pour créer d’autres lignées de nantis. Et le tout, «entre eux», puisque la conscience de classe est désormais l’apanage quasi-exclusif des dominants.

Et du coup, il est où, le mythe du chevalier capitaliste qui «prend des risques», celui qui «ose» se lancer dans «l’aventure du business», qu’on nous présente comme un type d’une témérité folle, surtout dans un pays quasi-bolchévique comme la France, le solitaire qui a son portrait dans le Point, dont on voit la famille dans Paris-Match ? Il s’est «fait tout seul», celui-là ?
    Soyons sérieux. Un simple coup d’œil sur les tableaux de Challenges montre qu’on a affaire là à des fils (et filles) à papa, qui sont immergés dans les liens du Grand Argent depuis l’enfance, qui connaissent «ceux qui comptent» et leurs amis, et n’ont pas eu trop de difficultés à réunir des capitaux… a fortiori quand ils se sont contentés d’hériter !

Donc, en deux recherches sur Internet sont descendus en flammes deux mythes libéraux : une France qui serait exsangue, entre autres parce qu’elle ferait fuir les «entrepreneurs» (les plus gros d’entre eux sont visiblement fort satisfaits de la douceur de vivre du pays…), et le self-made-man capitaine d’industrie, conquérant audacieux de la mondialisation (on reste donc, du moins en France, dans un bon vieux capitalisme d’héritiers).

Et pour finir, une dernière question : vu qu’on nous explique à longueur de médias (qui mentent) qu’il n’y a plus d’argent en France pour la Sécu, les retraites, les services publics, et que décidément, l’État est «en faillite», est-ce que tous ces braves gens ont vraiment besoin d’autant de pognon ? Est-ce qu’il ne pourrait pas en redonner un peu, voire beaucoup ?
    Et si ils rechignent à le faire, est-ce qu’on ne sera pas obligés, un jour, de leur forcer un peu la main ?…

Je vous laisse répondre tout seuls, vous êtes des grandes personnes.

Comité de salut public, 17 octobre 2007

Publié dans Derrière la barricade

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