Paroles de flics

Publié le par la Rédaction

Tirs assourdissants, lacrymogènes et balles caoutchoutées gueulés comme grêle dans la rue ; calomnies, délations et délires lancés à tir tendu dans la presse. Depuis la manif contre l’UDC à Berne, on peut juger la division du travail répressif à ses actes. Face à de tels stratèges du maintien de l’ordre, force nous est de constater que, si la subversion est sensiblement moins armée, elle est heureusement bien moins conne.


Qui sont les Black Blocks qui sévissent en Suisse ?
Les casseurs qui sévissent aux quatre coins de la Suisse constituent un mouvement organisé et hiérarchisé, dont le nombre de membres est en constante augmentation.

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Ils auront fait parler d’eux trois fois en septante jours. Après un passage par Genève et Lausanne, les casseurs gauchistes dits du «Black Block» ont déferlé à Berne, samedi dernier. Mêmes scènes de combat, mêmes équipements, mêmes stratégies : les rassemblements de casseurs sont devenus des rituels bien rodés.

Qui se cache sous les cagoules ? Qui s’habille en noir ? Des «soldats» commandés par un groupuscule de «vieux révolutionnaires professionnels», affirment les experts des services de renseignements. Une foule totalement hétéroclite allant du redskin au squatter écolo, ajoutent les connaisseurs du milieu.

Premier enseignement : les assauts des Black Blocks sont la plupart du temps méthodiquement organisés. Il n’y paraît pas toujours, mais des têtes pensantes préparent bel et bien, en coulisses, les actions à mener. Le Service d’analyse et de prévention (SAP) de l’Office fédéral de la police décrit quatre échelons hiérarchiques d’activistes.

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Des chefs âgés de plus de 50 ans
Un «commandement» — constitué d’une douzaine de militants basés à Zurich et regroupés dans un mouvement appelé «Reconstruction révolutionnaire» — officie comme éminence grise. Activistes de la première heure, âgés de plus de 50 ans, ils conservent des liens avec plusieurs groupes terroristes européens. «Ils ne prennent jamais de risque en quittant toujours les lieux de la manifestation lorsque les violences commencent», note Jürg Bühler, vice-chef du SAP.

La Coordination anti-OMC sise à Berne joue parfois aussi ce rôle de direction des Black Blocks. Les idéologues délèguent à un «noyau» d’une centaine de militants l’organisation du déploiement des forces sur le terrain. Ces «cadres opérationnels» communiquent les plans adoptés — l’heure à laquelle certains Black Blocks devaient se retrouver face au cortège de l’UDC, par exemple — par Internet et via SMS. Ils sont eux-mêmes aux commandes d’un «réseau de connaissances personnelles», divisé en deux catégories d’activistes plus ou moins politisés de toute la Suisse, souvent très jeunes. «Âgés en général d’une vingtaine d’années, ces activistes servent de soldats qu’on fait descendre dans la rue», explique Jürg Bühler. En mai dernier, le SAP estimait à 2000 le nombre de Black Blocks mobilisables en Suisse. Ils étaient seulement 850 il y a trois ans.

Qui sont ces soldats adeptes des cocktails Molotov et des vitrines brisées ? C’est le deuxième enseignement : on trouve de tout au sein des Black Blocks. «Aujourd’hui, tous les genres — punks anarchistes, redskins, squatters — sont mélangés», constate Sandro*, 35 ans, un ancien du milieu rock alternatif lausannois. Un coup d’œil à l’habillement des casseurs le prouve. Derrière une apparence uniforme de veste à capuchon noire, une kyrielle de codes vestimentaires apparaît. Seul dénominateur commun pour la majorité de ces gauchistes violents : un leitmotiv antiraciste, antifasciste voire antiglobalisation. «Mais il y a aussi des jeunes qui n’en ont rien à foutre de la politique», nuance Juliane*, une ex-squatteuse avec plusieurs manifestations à son actif. Un constat corroboré par la police bernoise. «Entre 50 et 60 casseurs sont venus sans idéologie politique, comme ils iraient en forêt pour se défouler sur des arbres», observe le commandant Jürg Gabi. Parmi les 42 personnes interpellées à Berne, on trouve deux Vaudois (d’Yverdon et de Tannay). Un seul étranger a été arrêté, un Français.

À l’avenir, les forces de l’ordre sont préparées à devoir gérer un front Black Block de plus en plus important. «Même si, tempère le vice-chef du SAP, Jürg Bühler, il n’est pas assez influent ou puissant pour menacer la société suisse.» Rassurant ?

* Prénoms fictifs

Grégoire Duruz & Vincent Donzé, Le Matin, 8 octobre 2007


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L’amie des terroristes à été repérée à Berne
La militante Andrea Stauffacher, 58 ans, qui appartiendrait au «commandement» du Black Block, était samedi à la manif contre l’UDC. Elle est connue pour avoir côtoyé des terroristes.

l-amie-des-terroristes.jpgAndrea Stauffacher (ici lors de la manif du 1er mai 2004 à Zurich)
compte parmi les plus anciennes activistes d’extrême gauche en Suisse.

Des témoignages sont formels : Andrea Stauffacher, 58 ans, l’égérie zurichoise du Black Block, était présente lors des manifs qui ont dégénéré à Berne samedi dernier. Elle compte parmi les plus anciennes activistes de l’extrême gauche.

Sa présence se remarque pratiquement à chaque manif du 1er Mai qui suit le cortège officiel à Zurich, où l’on reconnaît l’ancienne pédagogue sociale à son éternel mégaphone. Mais le parcours de celle qui fut longtemps l’assistante de Me Bernard Rambert, avocat zurichois de nombreux terroristes, croise aussi des activistes plus violents que les casseurs du Black Block. On signale sa présence dans le sillage de l’ETA et elle a été soupçonnée au début de l’année d’appartenir à une cellule terroriste italienne, les Nouvelles Brigades rouges.

Elle donnait des cours aux Nouvelles Brigades rouges
Dans ce contexte, une perquisition a été effectuée à son domicile après la découverte d’un véritable arsenal dans le nord de l’Italie. D’après un juge informateur milanais, Andrea Stauffacher dispensait des cours pour permettre aux activistes de déjouer toute surveillance lors de leurs échanges d’informations électroniques. Andrea Stauffacher a déjà dû tâter de la prison pour sa participation répétée à des manifestations interdites qui avaient dégénéré. On la retrouve aussi dans le sillage de Marco Camenisch, «l’éco-terroriste» condamné à 17 ans de prison pour le meurtre d’un douanier.

Andrea Stauffacher appartiendrait à un «commandement» constitué d’une douzaine de militants basés à Zurich et qui ont tous dépassé la cinquantaine. Ce sont eux qui tireraient les ficelles des manifs violentes qui se sont déroulées récemment à Genève, à Lausanne et à Berne.


Victor Fingal, Le Matin, 9 octobre 2007


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«
Le Black Block est un pôle hétéroclite»
Jürg Bühler, du Service d’analyse et de prévention de l’Office fédéral de la police, évalue le danger des émeutiers de Berne.

Le Temps : Qui retrouve-t-on sous la dénomination Black Block ?
Jürg Bühler : Le Black Block n’est pas une organisation avec une hiérarchie identifiable, mais un pôle d’action hétéroclite qui se forme au gré des manifestations. Selon le rapport de l’extrémisme 2004, le Black Block est composé d’environ 850 activistes d’un âge moyen d’une vingtaine d’années. Ils proviennent de tous les milieux sociaux et de toute la Suisse. Le Black Block se divise en quatre cercles concentriques. Le noyau central est composé d’une cinquantaine de leaders de mouvements d’extrême gauche. Le second cercle réunit une centaine d’activistes qui appartiennent à des groupuscules d’idéologies anarchiste ou autonome. L’avant-dernier cercle compte plus de 700 activistes militants dont seuls quelques-uns affichent encore une appartenance politique. Enfin, le dernier cercle rassemble une centaine de sympathisants apolitiques qui s’organisent en fonction des événements et qui sont enclins à la violence. Aujourd’hui, le potentiel de mobilisation des extrémistes de gauche violents est estimé à 2000 personnes.

— Existe-t-il également une mobilisation internationale ?
— Cette tendance s’est plutôt inversée. Une forte mobilisation anti-G8 ou anti-Davos a existé. Pour le rassemblement contre l’UDC, on a plutôt affaire à une mobilisation nationale. Les quelques étrangers présents sont des personnes qui résident en Suisse.

— Pourquoi certains leaders n’ont-ils pas encore été interpellés ?
— Nous savons que quelques membres dirigeants d’organisations du Revolutionärer Aufbau (ndlr : édification révolutionnaire) à Zurich organisent les contacts. Ils jouent le rôle de rassembleurs mais ne participent plus aux violences. Pour cette raison, il est difficile de prouver formellement, dans une procédure pénale, leur lien direct entre leurs appels et les débordements.

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— Sans une hiérarchie claire, comment ces jeunes parviennent-ils à se rassembler et s’organiser ?
— Essentiellement grâce aux moyens modernes de communication qui pallient l’absence de leader durant les manifestations. Internet joue un rôle important pour faciliter la mobilisation de ces jeunes. Au travers d’Internet circulent aussi les techniques modernes de luttes et les comportements à adopter avec la police. Les Natel constituent un autre moyen de s’informer rapidement durant les actions. Ces jeunes ont aussi des points de ralliement tout indiqués avec les espaces autogérés ou les squats. La Reitschule à Berne joue ce rôle.

— N’avez-vous pas le moyen de contrôler ces sites ?
— Nous n'avons pas toujours la possibilité de nous introduire dans les sites en raison de leurs mesures de sécurité et de leurs espaces réservés. Mais nous tâchons d’établir le potentiel de mobilisation lors d’événements annoncés en nous connectant. Nous transmettons ces données aux autorités locales qui décident ensuite des mesures à déployer.

— Dans le cas de Berne, aviez-vous évalué le potentiel de rassemblement ?
— Nous avons a peu près établi l’ampleur du rassemblement, mais l’évaluation des actions violentes qui se produisent dans le cours des événements reste difficile à évaluer.


Philippe Miauton, Le Temps, 9 octobre 2007


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Point de vue policier
Après les heurts de samedi à Berne et alors que «Le mouton noir» s’explique, la Berner Zeitung propose jeudi un point de vue encore inédit, celui d’un policier bernois, qui souhaite s’expliquer, sous couvert d’anonymat.

Dans un e-mail envoyé à la rédaction du quotidien bernois, il dit avoir eu honte de porter l’uniforme, que ce qui s’est passé mérite bien le terme de débâcle et que sa direction a échoué.

Il accuse aussi les médias d’avoir joué un rôle important dans la tournure qu’ont pris les événements. Selon lui, la présence des nombreux journalistes, photographes et caméramen a eu pour effet de paralyser l’action des forces de l’ordre. Pour ne pas passer pour des brutes, leurs supérieurs préfèrent donner l’ordre de laisser faire, dit-il. La faute, selon lui, à une presse qui est depuis des années critique à l’égard des corps de polices.

Mais les journalistes, au lieu de donner des leçons, devraient une fois aller au front, dit-il pour savoir ce que c’est de maîtriser des manifestations qui tournent au chaos. Peut-être qu’après ça on lirait moins souvent des titres où la police est décrite comme violente et brutale.


TSR, 11 octobre 2007

«Unsere Führung hat völlig versagt»
Ein Polizist* hat sich per E-Mail auf der Redaktion gemeldet. Er stand den Chaoten in Berns Gassen gegenüber und kritisiert die Polizeitaktik. Aber auch die Rolle der Medien, die seit Jahren auf der Polizei herumhacken.

«Als Polizist war ich am letzten Samstag ebenfalls beteiligt an diesem Debakel. Ich habe mich zwischenzeitlich geschämt, diese Uniform zu tragen. Obwohl ich an vorderster Front keinen Einfluss auf die Geschehnisse um mich herum nehmen konnte. Unsere Führung hat völlig versagt. Vieles wurde falsch gemacht. Aus-reden zwecklos! Dieses Schön-reden wurde auch von der Mannschaft aufs Schärfste kritisiert.

Jedoch haben auch die Medien das Nötige zu diesem Debakel beigetragen. Einerseits wurde der 6.Oktober in der Presse dermassen breitgeschlagen, dass schliesslich auch der hinterletzte Chaot und Schulhofterrorist Kenntnis davon genommen hatte. Andererseits ist es beängstigend, wie sich die Polizei durch die starke Medienpräsenz beeinflussen lässt. Im Vorfeld wurde mehrmals durch die Einsatzleitung darauf aufmerksam gemacht, dass auf Grund der vielen Kameras äusserste Zurückhaltung geboten sei. So musste zum Beispiel meine Gruppe erst einmal einen viertelstündigen Pflasterstein- und Bierflaschenhagel ertragen, bis wir endlich Mittel einsetzen durften. Dies ist klar das Ergebnis einer jahrelangen Anti-Polizei-Berichterstattung durch die Medien. Dies kommt nicht von irgendwo her.

Wie oft wurde die Polizei schon von Journalisten in der Luft zerrissen, als sie entschiedener gegen Chaoten vorgegangen war? Wie oft wurde der Polizei in den vergangen Jahren medial den Rücken gestärkt? Gewisse Journalisten sollten einmal in einen Grenadieranzug gesteckt und an die Front gestellt werden. Sie würden feststellen, dass sich ein Chaot nicht einfach durch «gut zureden» festnehmen lässt. Hier muss gekämpft und Gewalt angewendet werden. Es ist logisch, dass solche Bilder für Aussenstehende stossend wirken.

«Brutal» und «unverhältnismässig» steht dann jeweils auf den Titelseiten. Dazu die passende Sekundenaufnahme mit einem schreienden Demonstranten, der gerade von zwei Polizisten in unbequemer Lage arretiert wird. Dass dieser fünf Minuten zuvor faustgrosse Steine auf Menschen geworfen hat, zeigt niemand. Ergo wird sich auch in Zukunft kein Polizist die Finger verbrennen wollen, solange die politischen und medialen Rückhalte fehlen. Wer will schon am nächsten Tage eine Beschwerde und ein Heer von Anwälten am Hals haben, nur weil er einen Randalierer ein wenig härter angefasst hat? Daniele Jenni lässt grüssen. Wieso darf die Polizei diesem Pack nicht in der Sprache antworten, die es versteht?»


*Name der Redaktion bekannt.

Berner Zeitung, 11 octobre 2007


Voir aussi,
Berne, six octobre deux mille sept
Knockin’ on heaven’s door
L’UDC, capitalisme total et guerre sociale
Paroles de flics

Publié dans La police travaille

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angus0 16/11/2009 19:04


non les black bloc ne sont pas organisés en hierarchies, car ce sont des petis groupe qui ne se connaissent pas et qu'ils agissent de maniere spontanée, ensuite pas de hierarchie car ce sont des
anarchistes, ensuite sur cette photo c'est un black bloc facho (voir le drapeau rouge avec deux drapeau noirs dessus qui est un symbole nazi.