Plus
bas, enfin quelques éléments publiés qui permettent d’appréhender l’importance de la mise en cause de Didier Gauthier-Sauvagnac (UIMM, UNEDIC, MEDEF). Cette affaire peut bien servir à faire
diversion quant à une autre dans laquelle 1200 (mille deux cent) actionnaires d’EADS, dont Arnaud Lagardère, (sarkozo-maquereau du trafic d’armes et de la presse) ont réussi une superbe «prise
illégale d’intérêt» en vendant leurs «actifs» au plus haut avant la dégringolade. Elle n’en a pas moins une consistance propre.
L’UIMM c’était l’acteur dominant de l’organisation politique du patronat «à l’ancienne», détrôné, sous Jospin (après près de 20 ans de glorification socialiste de
l’entreprise et des «gagnants»), lors de la «refondation sociale» patronale initiée à l’UNEDIC avec le PARE en 1998/2000 par le «secteur des services», et en particulier de l’assurance (Denis
Kessler, AXA). Objectifs majeurs faire (+) du fric avec tout ce qui est mutualisé, hiérarchiser et individualiser au maximum les droits sociaux.
Très schématiquement, ici, le cœur des choses n’est plus la production et la reproduction amplifiée du capital fixe sous la forme de machines permettant
de développer la productivité du travail industriel (l’extraction d’une survaleur relative venant prendre le relais du mécanisme initial de l’accumulation capitaliste : l’extraction de la
survaleur absolue), tout en en lâchant PAR NÉCESSITÉ des morceaux à la lutte de classe (salaire), mais bien la mise en valeur de la population et de ses besoins (temps libre, santé, éducation,
sécurité sociale), la valorisation capitaliste d’une reproduction de la force de travail qui tendait à prendre on autonomie (salaire) et à s’élargir.
Les commentaires idiots laissant croire que les 15 millions d’euros dont il est question (part maintenant émergée de l’iceberg), concernaient la
métallurgie sont de la foutaise. la restructuration de la métallurgie, de la sidérurgie et des mines a été bouclée dans les années 70 et 80.
Kessler le disait, l’adoption du PARE est la preuve de la réussite de la refondation sociale patronale. Il est bien possible que le travail de Denis
Gauthier-Sauvagnac soit derrière lui (le lien tout frais tout beau avec la CFDT «recentrée» de la fin des années 70 auquel l’article qui suit fait allusion : je te donne l’UNEDIC en 1982, et puis
on signe tout, ensemble, l’hallali contre les chômeurs et précaires comme terrain de jeu, expérimentation de nouvelles formes de domination sur le salariat) et que la sortie de cette affaire soit
une des formes innombrables prises par le licenciement (dans le spectacle, une bise peut signifier un adieu, fermant toute perspective de contrat à venir, à la fois implicite et définitif).
On peut lire deux ou trois choses sur ces affaires pour renifler la vague et pas seulement percevoir son écume.
Michel Foucault, Leçon du 7 mars 1979, Naissance de la biopolitique, cours au Collège de
France
Foucault chez les patrons
Quels droits pour les salariés à l’emploi discontinu ?
UNEDIC, les mobiles du crime
Le cœur d’acier du patronat
L’UIMM, au cœur d’une affaire de retraits suspects de fonds, est tout sauf une banale fédération patronale.
En 106 ans, cette annexe du Comité des forges, aussi versée dans la lutte des classes que le fut la CGT, a longtemps été la boîte à idées du patronat. Elle en a fait les rois. Elle a tissé ses
réseaux dans le monde politique, syndical et dans la haute fonction publique. Elle a façonné, pendant plus d’un demi-siècle, la doctrine sociale du CNPF. Elle a été de tous les combats patronaux,
mettant un point d’honneur à défendre in fine les intérêts de ses mandants, qu’elle assimilait à l’élite de l’industrie française. Et tant pis pour les autres fédérations patronales,
services en tête, qui lui en tinrent rigueur au point d’élire Laurence Parisot à la tête du Medef en 2005 contre le candidat de la métallurgie.
Entre son sigle impossible, le bunker métallisé qui lui sert de siège à Paris, et la galerie de portraits, tous antiques, solennels et masculins — une vraie collection de vieux barbons — qui mène
au bureau de son président, l’Union possède le charme discret des maisons centenaires. Pour un peu, on en oublierait presque que cette institution, où se côtoient au moins une fois par mois
dirigeants de grands groupes et patrons de PME, a des origines politiques et quasi combattantes.
L’Union des industries métallurgiques et minières et des industries qui s’y rattachent — c’était son nom — est fondée le 28 janvier 1901 par des industriels hostiles aux projets d’Alexandre
Millerand, ministre socialiste du commerce et de l’industrie, qui veut mettre en place des délégués d’atelier élus. Portée sur les fonts baptismaux par d’anciens du Comité des forges, l’UIMM
propulse à sa tête un homme de réseau, Robert Pinot. Fils de polytechnicien, un temps secrétaire parlementaire, il a de l’entregent, comme ses successeurs. Tels François Ceyrac, entré à l’UIMM en
juillet 1936, alors qu’il préparait le Conseil d’État, et devenu ensuite président du CNPF ; Pierre Guillen, ex-sous-marinier, qui a quitté la Royale pour veiller aux destinées de l’Union et de
la commission sociale du CNPF ou encore Denis Gautier-Sauvagnac, ancien inspecteur des finances.
Réseaux
La connaissance, intime, des rouages de l’État et la fréquentation du monde politique permettent à l’Union de jouer de ses réseaux, surtout lorsque la gauche est au pouvoir. Début juin 1936,
alors que 200 usines de la métallurgie parisienne sont occupées par des ouvriers en grève, et avant même la présentation du gouvernement Blum au Parlement, Alfred Lambert-Ribot, délégué général
de l’UIMM et secrétaire général du Comité des forges, prend contact avec le président du Conseil, qui fut son collègue au Conseil d’État, pour lui demander d’organiser sans tarder une rencontre
avec les syndicats. Ce qu’il fit.
Plus près de nous, entre 1998 et 2000, Ernest-Antoine Seillière, héritier des Wendel, devenu patron des patrons après la démission de Jean Gandois
pour cause de 35 heures, usa de ses bonnes relations avec son ancien condisciple de l’ENA et du Quai d’Orsay, Lionel Jospin, pour plaider la cause des PME contre Martine Aubry…
Au temps des «trente glorieuses», à l’époque où le PCF tenait encore des bastions industriels, l’UIMM était aussi le fer de lance de l’anticommunisme. Elle passait pour élaborer les argumentaires
et financer les campagnes des candidats de droite aux élections.
Avenue de Wagram, une poignée de personnes y suivait de jeunes députés de bords différents, du PS au Front national. Les plus prometteurs étaient aidés à un moment ou à un autre de leur carrière.
Ce fut le cas d’Alain Madelin, passé par l’Institut d'histoire sociale. L’UIMM a ainsi entretenu les meilleures relations avec ce laboratoire de l’anticommunisme qui a recyclé vers la droite plus
d’un militant d’extrême droite.
Impliqué, très tôt, dans la formation professionnelle, gestionnaire dès les années 1930 de plusieurs centaines de caisses d’assurances sociales et d’allocations familiales, le patronat de la
métallurgie défend la politique contractuelle dans laquelle il voit une occasion, toujours bonne à prendre, de limiter l’emprise de l’État.
«Parti de l’entreprise»
L’accord du 14 mars 1947 signé par le CNPF — sa commission sociale était tenue par l’UIMM — et par la CGC, la CFTC et la CGT institue l’Association générale des institutions de retraite des
cadres (Agirc).
Le paritarisme se développe avec la création de l’Unedic en 1958. Dans les branches industrielles relevant de sa compétence, l’UIMM s’est historiquement appuyée sur la CFTC, la CGC et FO pour
négocier des accords. C’est avec ces fédérations syndicales qu’elle signa un accord en 1998 — et un avenant en 2000 — ouvrant la voie au contournement de la toute nouvelle législation sur les 35
heures.
Au niveau interprofessionnel, l’UIMM s’est peu à peu rapprochée d’une CFDT dont elle goûtait peu, au
départ, l’inclination autogestionnaire. Pendant de nombreuses années, l’Union a codirigé la branche maladie avec FO. Le tandem formé par Émile Boursier (UIMM) et Maurice Derlin (FO) y a placé des
hommes et régné en maître jusqu’au moment où l’élection de Marc Blondel à la tête de FO a conduit le patronat à redécouvrir une CFDT, entrée, avec Edmond Maire et Nicole Notat, dans l’ère du
«recentrage».
À la fin des années 1990, la transformation du CNPF en un Medef dont M. Seillière veut faire le «parti de l’entreprise» et le fer de lance du combat contre la
gauche, le lancement en 2000 du chantier de la refondation sociale dont l’assureur Denis Kessler théorise les enjeux, déplacent le centre de gravité du patronat de l’UIMM vers le Medef.
La nouvelle aile marchante du patronat, poussée par les fédérations des services, banques en tête, plaide pour une plus grande liberté donnée à l’entreprise. L’élection d’une femme à la tête du
Medef donne un coup de vieux à l’Union.
Mais contrairement à ce que Mme Parisot, trop contente de prendre ses distances avec un partenaire devenu encombrant, a déclaré dans les Échos du 8 octobre, l’UIMM de Denis
Gautier-Sauvagnac ne se réduit pas à «faire simplement partie des quelque 600 fédérations professionnelles et 150 organisations territoriales» que compte le Medef. En revanche, elle s’est
banalisée et a perdu de son pouvoir. D’une certaine façon, l’affaire Gautier-Sauvagnac l’atteste.
Claire GUÉLAUD, Le Monde, 10 octobre 2007
Infozone, Liste d’information pour la France sauvage