L’UDC, capitalisme total et guerre sociale

Publié le par la Rédaction

Les bons sentiments et la morale

blocher1.jpgOn ne combattra pas l’UDC seulement avec de bons sentiments et des injonctions morales. On ne la fera pas reculer par l’invocation de droits fondamentaux qui incarneraient une partie essentielle de la culture helvétique. On ne résistera pas à l’UDC en rappelant l’intérêt bien compris de «notre» économie, l’apport des immigrés-es aux comptes de l’AVS ou leur place dans un monde du travail où ils-elles occupent les emplois dont personne ne veut.

On ne fera pas reculer l’UDC à coups de référendums et d’initiatives et encore moins en élisant des gens qui partagent le pouvoir étatique et mettent en œuvre (avec plus ou moins de mauvaise conscience et plus rarement encore de réticence) les politiques xénophobes traditionnelles dans ce pays.

Toutes les forces qui demandent, au minimum, davantage de respect et de souci pour la personne humaine font un travail utile. Mais cela ne suffit pas. Il faut précipiter la rupture entre l’UDC et sa base populaire. Pour cela ces secteurs populaires doivent trouver une aide organisationnelle, politique et culturelle pour identifier, faire reconnaître et défendre leurs intérêts. Les luttes quotidiennes doivent s’ancrer dans un travail de longue haleine pour construire une autre vision du monde et de la politique, de la communauté et de la transformation sociale.

Domination, conformisme généralisé et barbarisation des rapports sociaux

Le système capitaliste, patriarcal et étatiste impose aux gens d’en bas une situation de déni, de souffrance et d’insécurité sociale. La base populaire de l’UDC subit elle aussi cette barbarisation des rapports sociaux.

Entre la politique effectivement menée par l’UDC et certaines aspirations de sa base populaire il existe une situation de tension permanente. Elle peut provoquer des déchirements importants. Pour juguler ces tensions sur les questions sociales qui soulèvent des intérêts immédiats et concrets, l’UDC doit produire des dérivatifs puissants. Cela la pousse à radicaliser ses opérations xénophobes et racistes. Elle doit aussi renforcer sa proposition politique générale : État autoritaire, répression et contrôle généralisés, liquidation des conquêtes et des protections sociales, saccage des politiques et des mécanismes de redistribution, démantèlement du service public.

La politique générale de l’UDC est inséparable d’une exigence de soumission et de conformisme généralisé.

La lutte pour l’égalité sociale

L’UDC doit être combattue en mettant au premier plan les intérêts et les besoins de tous-tes les dominés-es, avec une exigence d’égalité sociale. L’égalité sociale appelle une lutte de longue durée qui vise une transformation radicale de la société mais elle se décline aussi en objectifs précis, en revendications spécifiques, et en luttes partielles.

L’égalité sociale c’est l’égalité entre toutes les personnes, leur égale participation à l’institution de la société, au partage du pouvoir et à l’appropriation sociale des produits et des richesses. Seule une telle exigence peut permettre aux classes populaires et aux groupes sociaux dominés de se reconnaître dans un projet commun, de combattre ensemble, de s’émanciper des classes dominantes.

Pour nous la pleine réalisation de l’égalité sociale exige un projet socialiste, démocratique, autogestionnaire et libertaire. Un tel projet se concrétise dans une politique de libération, de généralisation de l’action directe populaire, d’extension et d’approfondissement de l’auto-organisation. C’est un projet de travail politique capable d’accumuler efficacement des avancées sur tous les terrains. L’égalité sociale c’est le moteur et la tension qui font avancer nos luttes.

Construire la résistance populaire

L’essentiel de la politique de libération est hors de l’activité politique institutionnelle. L’important c’est la construction systématique d’une résistance populaire généralisée qui permette à tous les groupes sociaux dominées de trouver une communauté, d’arracher davantage de liberté et d’égalité et de forger ensemble un projet d’émancipation commun.

Une telle démarche implique que la résistance populaire rompe avec toutes les politiques de gestion du système, y compris avec les politiques social-libérales.

L’UDC incarne à la fois une stratégie politique et un projet pour l’institution de la société. Il y a nécessité d’opposer au projet et à la stratégie de l’UDC une alternative de transformation sociale. Celle-ci doit prendre en charge non seulement la défense, l’extension et l’approfondissement des droits fondamentaux et des espaces démocratiques mais aussi la généralité de la question sociale.

La résistance contre Blocher implique la lutte pour changer le sort des majorités sociales qui, à un titre ou à un autre, depuis une position ou l’autre (genre, origine, appartenance ethnique, appartenance de classe, âge, etc.), sont dominées, exploitées, aliénées, niées dans leur identité, et leurs droits. L’UDC dresse une alternative fondamentale à laquelle il faut répondre fondamentalement.

L’UDC aime les immigrés-es

L’UDC aime les immigrés-es. Pas seulement parce que les patrons UDC exploitent tous-tes les immigrés-es avec ou sans papiers, quel que soit leur statut, leur nationalité, leur origine ou la pigmentation de leur peau. Mais aussi, et plus généralement, parce que l’opposition mise en scène par l’UDC entre immigration et communauté nationale sert à conforter une identité illusoire et des solidarités imaginaires entre «nationaux». L’UDC propose à ses fractions plébéiennes une lecture du monde, des catégories pour décoder et interpréter la réalité sociale, une consolation pour leur état présent, une stratégie pour agir sur le terrain politique, un projet de transformation de la société.

L’UDC crée de puissants dérivatifs politiques, culturels et symboliques pour masquer à sa base populaire sa condition sociale réélle. Mais la soumission à l’ordre social et au pouvoir qu’elle demande à ses troupes est contrebalancée par l’appel à combattre les élites «cosmopolites». La question sociale est expliquée et traitée par le biais de l’abus et de la concurrence entre l’étranger et le national.

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Boucs émissaires et élites «cosmopolites»

L’étranger et certaines «élites» (magma qui permet de tout ranger pour ne rien désigner de précis) sont les responsables de tous les problèmes, de tous les malheurs. Les élites parce qu’elles laissent les étrangers-es venir et s’installer. Les immigrés-es parce qu’ils viennent et s’installent. L’UDC vend le projet du retour à une Suisse traditionnelle qui «offrirait» à chacun-e la sécurité pour peu qu’il respecte l’ordre social, la hiérarchie et accepte son statut.

L’immigration est déclinée en figures menaçantes ou criminelles. La dernière en date étant l’immigré-e naturalisé-e.

L’UDC veut ruiner toute possibilité d’organisation et de défense collectives des classes populaires. Elle veut ramener les pauvres et les précaires à une misérable assistance aux démunis-es, obligés-es de courber la tête et de faire allégeance pour mériter la charité publique. Elle mène la guerre sociale contre le salariat dans son ensemble, contre les classes populaires, contre tous-tes les dominés-es.

L’UDC masque l’insécurité sociale généralisée, la fragilisation de la vie des gens, le mouvement de précarisation de l’ensemble du salariat (y compris de ses couches les mieux qualifiées, payées et socialement intégrées) par la proclamation d’une insécurité n’ayant à connaître que de l’action pénale et policière. Cette insécurité prend chaque jour plus clairement des connotations d’une criminalité ethnique et raciale. Immigrés-es, pauvres, précaires, prolétaires…

L’UDC contre la liberté

L’UDC veut briser les espaces démocratiques conquis par les classes populaires. Toutes les libertés qui ont facilité la construction d’organisations, de communautés et de cultures populaires doivent être saccagées. L’état d’exception imposé à des fractions entières de l’immigration préfigure le conformisme généralisé et la répression rampante pour touTEs. Mise au pas, mise au silence, politiques d’exception, impossibilité de construire des organisations de défense des classes populaires, tel est le vrai programme de l’UDC. Même si cette mise au pas avance masquée, sous les oripeaux d’une dénonciation hargneuse des élites cosmopolites, des abuseurs-euses, des étrangers-es, des dominés-es.

Les bourgeois aiment l’UDC

La bourgeoisie a besoin des immigrés-es aussi précaires et privés-es de droits que possible. L’UDC les lui procure. Les blochériens font de l’immigration un thème-clé de l’espace public. Du coup, tout est de la faute des immigrés-es. Les classes dominantes qui détiennent le pouvoir et exploitent n’ont plus aucune responsabilité.

L’UDC n’est pas simplement un parti xénophobe et/ou raciste. Elle n’est pas non plus une formation classique de type fasciste ou nazie. Elle est à la fois un parti d’assaut et un parti de refondation sociale. La base populaire est un atout essentiel pour ce parti bourgeois dans sa stratégie et son projet.

L’UDC lutte pour un projet de capitalisme total. Il implique la soumission politique, sociale, culturelle et idéologique des classes populaires à un ordre qui postule qu’on ne peut combattre les classes dominantes mais aussi que leur domination est légitime et seule apte à protéger le pays, la société, les personnes.

Il faut d’autre part pointer un mécanisme particulièrement pervers. L’UDC utilise sa rhétorique anti-immigration ou anti-mondialisation (notamment sur le thème européen) pour imposer une nouvelle répartition du pouvoir entre les divers clans bourgeois. Le parti de Blocher mène dans les faits une politique favorable à la globalisation capitaliste. Il abandonne simplement aux autres formations bourgeoises certaines tâches, dans une division du travail évidente.

L’UDC n'est pas contre les immigrés-es mais contre les droits des immigrés-es

L’UDC n’a aucune intention d’expulser massivement des immigrés-es. Sa politique procède par une action répressive sélective, «exemplaire», ponctuelle. Elle sert à mettre les immigrés-es sous le talon de fer, à les fragiliser, à mettre des obstacles dans la voie de leur organisation et de leur entrée en lutte. L’UDC n’est pas contre les immigrés-es mais contre les droits des immigrés-es. Son problème c’est de cultiver la fragilité et la précarité de l’immigration pour pouvoir mettre au service du capital une certaine force de travail taillable et corvéable à merci. Et cette action convient à merveille au patronat.

L’UDC passe des immigrés-es aux «abuseurs-es», des abuseurs-euses aux délinquants-es (les sans-pap sont définis par la droite comme des délinquants économiques), inventant des populations criminogènes, une délinquance socio-ethnique, agitant les peurs et les angoisses des gens. Tout cela sert d’écran et de dérivatif. Les immigrés-es sont présentés-es comme producteurs d’insécurité, en concurrence avec les membres de la communauté nationale. Cette entreprise systématique de disqualification, l’UDC la mène conjointement avec l’essentiel de la droite bourgeoise. C’est une politique d’État traditonnelle. Elle ouvre la voie à l’extension de politiques d’exception visant des catégories et des groupes sociaux entiers. Leurs droits fondamentaux sont limités. Parfois, ils n’ont plus de droits. Les NEM sont la figure la plus spectaculaire de ce processus. La bourgeoisie, toute la bourgeoisie et non seulement l’UDC, mène cette guerre sociale. Cette lutte exacerbée et radicale des dominant
s-es contre les dominés-es ne vise pas seulement les plus pauvres, les plus précaires, les plus fragiles. Elle constitue une politique de précarisation et d’asservissement de tout le salariat.

Coexistence pacifique avec l’UDC ?

Le projet de l’UDC est celui de toutes les classes dominantes de ce pays. Certes, il y peut y avoir entre les diverses forces politiques de la bourgeoisie des nuances, des différences tactiques, des objectifs plus ou moins nuancés. Mais l’essentiel est que toute la droite économique, culturelle et politique est alignée sur l’UDC pour mener la guerre sociale. Toutes les forces bourgeoises tirent parti de l’action de l’UDC pour faire avancer les intérêts généraux des classes dominantes, pour accroître l’exploitation.

La gauche de gouvernement et de paix sociale est directement associée à la politique menée contre les classes populaires et l’immigration. Elle gouverne, elle tire aussi parti du système, elle met en œuvre les politiques dites néo-libérales ou ultra-libérales. Le social-libéralisme a abandonné les classes populaires à leur sort et agit pour empêcher l’émergence de résistances et d'organisations. Cet abandon explique largement la séduction de l’UDC sur des secteurs populaires.

De la gauche classique, politique ou syndicale, seule une petite partie tente de résister à la bourgeoisie. Le réformisme traditionnel est isolé et affaibli. La gauche qui se veut radicale, de résistance, voire révolutionnaire, doit cesser de privilégier le terrain institutionnel et mettre ses forces dans la lutte sociale, dans la construction d’organisations populaires pouvant appuyer les démarches de libération et d’émancipation sur tous les terrains, sur tous les objectifs, pour toutes les revendications de l’égalité sociale.

Oser lutter !

La lutte contre le racisme et la xénophobie, contre le soft-apartheid d’État, contre le déni des droits fondamentaux, est inséparable de la résistance face une bourgeoisie en guerre sociale. Les classes dominantes mènent une évidente politique de classement et de division des dominés-es. Mais cette politique n’est qu’un outil pour l’asservissement généralisé des classes populaires.

La lutte pour l’égalité sociale est par excellence le terrain sur lequel se construit la communauté des dominés-es et des exploités-es. L’affirmation d’une alternative contre le capitalisme et le pouvoir des classes dominantes est une nécessité incontournable pour donner à nos luttes leur sens plein et aller de l’avant.

Action directe populaire et auto-organisation !
Lutte sociale contre l’asservisement !

Publié dans Anti-racisme

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