Sur l’autonomie des luttes en mileu SNCF hostile

Publié le par la Rédaction

«Toute hiérarchie demande à être légitimée. Or, un lieu de travail, dans nos sociétés, n’est ni plus ni moins qu’une dictature totalitaire. Le travail est administré d’en haut, par quelques personnes ; les autres, en bas, n’ont rien à dire. Il n’y a aucune démocratie là-dedans. Rien d’autre qu’une stricte hiérarchie de pouvoir, qui est aussi une hiérarchie de circonstances sociales, des revenus, du prestige et ainsi de suite. Je pense qu’on ne peut en fournir aucune justification, que cela n’existe que pour préserver les avantages de ceux qui sont en haut. Mais il est aussi frappant de remarquer combien la gauche n’adhère à cette idée qu’en paroles — car le fait est que les organisations de gauche sont souvent elles-mêmes hiérarchiques et autoritaires.»
Norman Baillargeon.

liberte.jpgDepuis plusieurs mois, nous, ceux de la base des guichetiers nous plaignions toutEs du fait que la hiérarchie ait durci le ton et qu’elle semble ne pas avoir à faire grand chose d’autre que de se triturer les méninges pour voir comment nous mener une vie infernale. Autrement dit, à part sa fonction ostensiblement répressive, lequelLE d’entre nous est-il à même de décrire concrètement la fonction de ces petitEs chefEs qu’en usine, sur une chaîne de montage, on ne taxerait pas pompeusement de «DPX», mais simplement de contre-maître ? N’empêche que, qu’elle que soit leur fonction, ils/elles nous font bien c… avec leur Caligo, leur tenue, leur CA, leur Train+, leurs petites et grandes consignes, leurs petits et grands conseils, leur morale, leur sapage de notre moral, leur morgue et in fine, leur flagrante inutilité.

Par ailleurs, personne ne peut nier non plus qu’il existe une certaine aigreur, pour ne pas parler de colère chez beaucoup d’entre nous. Marre de tout ce que je viens de citer ci-dessus, d’autant plus marre que la paye ne suit pas (mais existe-il vraiment une bonne paye pour se faire mépriser ?). Pourtant, alors que tout cela aurait dû, en toute logique, nous mener à des mouvements sociaux dignes de ce nom, rien ne semble émerger depuis une bonne douzaine d’années. Le but de ce texte n’est pas de jeter la pierre à l’un ou l’autre par rapport à cette situation (bien que certains soient sans doute plus blâmables que d’autres) mais de faire le point à quelques jours d’un appel à la grève qui, selon les bruits de couloirs serait suivi… Que voulons nous, pourquoi voulons nous lutter, et quelles sont les revendications ? Mieux, quelles sont les formes d’organisation que nous souhaitons impulser lors de ce mouvement ?

N’est-il pas possible d’imaginer s’organiser non pas contre les syndicats ou les partis présents dans la boîte, mais à leur marge, à leur bords, une manière de créer une bonne fissure dans un jeu de dupes, fait de négociations s’arrêtant souvent au bout du nez syndical et sur le chemin desquelles nous avons toutEs oublié que l’une des revendications historiques de la classe ouvrière est bien de «s’émanciper» de tout travail salarié et de toute hiérarchie, de manière autonome. Or, l’autonomie, sous une certaine forme, nous en bénéficions aujourd’hui, tout en n’en voyant pas les véritables avantages. Autrement dit, nous fonctionnons d’ores et déjà en Autogestion dans les espaces de vente (sans parler des collègues qui travaillent dans les petites unités genre gare de banlieues et y compris, parfois, dans les boutiques…) Pourquoi ? Parce que, dans le cadre de notre boulot, nous n’avons pas à demander à qui que ce soit de résoudre quoi que ce soit, et dans le pire des cas, il suffit de se tourner vers un collègue plus confirmé : prise et fin de service, gestion des conflits avec les clients, de plus en plus «d’offres» aux guichets et la très prochaine explication du changement de bases tarifaires avec l’arrivée de Note’s — et tout ça pour être récompensé par une dernière pub qui clame haut et fort que le TGV ne fait pas gagner du temps aux clients pour leur en faire perdre en faisant la queue aux guichets : nous sommes donc à leurs yeux des parasites à éliminer. Par contre, autant la hiérarchie nous a laissé de fait (car bien involontairement) une marge de manœuvre (de toute façon, ils/elles sont incapables de vendre un billet ou de résoudre un problème avec unE clientE) autant ils/elles sont toujours derrière nous, à nous poursuivre de leurs petites mesquineries et… encaissent une paye non justifiée que l’on pourrait, par exemple, se répartir. Alors, oui, au-delà de la juste revendication de retraites rabaissées pour toutEs (autre grande revendication historique de la classe ouvrière : la réduction continue du temps de travail), exigeons la suppression d’un management inutile (pas besoin de les virer, ils/elles n’ont qu’à redevenir guichetierEs, voire même en gardant leur paye si ça peut leur faire plaisir, tant qu’il/elles arrêtent de nous gonfler) et la possibilité de nous auto-organiser comme nous le voulons… Et puis, appelons à ce que les différents corps de métiers de la SNCF fassent de même et réfléchissent à comment, concrètement, diminuer les strates hiérarchiques jusqu’à leur suppression définitive, jusqu’à la reprise en main concrète de la boîte par ses salariés. Appelons en définitive à la constitution de collectifs dans chaque gare, d’assemblées de travailleurs souhaitant profiter avant et après la grève pour se poser et réfléchir sur l’avenir et sur l’ouverture de possibilités nouvelles. Refusons donc toute forme de co-gestion et surtout, gardons en mémoire que la SNCF est une entreprise hautement symbolique à divers titres et que, se donner la possibilité d’influer de manière radicale sur le cours du prochain conflit social n’est pas dénué d'intérêt stratégique et tactique pour la suite du «uinquennat » de not’ bon maître…

Soyons durEs aujourd’hui car très bientôt, nous n’aurons plus rien à perdre.


Perso’, je propose d’appeler, à travers l’élaboration d’un tract commun, que l’on pourrait distribuer jeudi 18, à la constitution de collectifs anti-hiérarchie (et pro autogestion, si le cœur vous en dit) visant à élargir le champ des revendications, et le champ d’action de ce mouvement. Ne soyons pas dupes, de nombreuses pratiques d’insubordination existent sur de nombreux chantiers, mais formaliser le tout, ne pourra que donner de la visibilité et une assise «idéologique» au refus de la hiérarchie et donc en filigrane, à la revendication autogestionnaire.

À faire tourner auprès de vos connaissances cheminotes,
on verra si la mayonnaise peut (veut) prendre…

Publié dans Colère ouvrière

Commenter cet article