Rester sur la grève

Publié le par la Rédaction

Ah ! Rester sur la grève…

Au début c’était difficile. Rappelons à toutes fins utiles, qu’il y a plusieurs siècles, on allait sur la place de Grève pour avoir du boulot.hotel-de-ville.jpg En s’organisant, les ouvriers ont décidé d’y rester quand il y avait un problème. Au début, c’était souvent des rémunérations trop faibles. Mais personne ne pensait à prévenir le patron qu’il allait faire grève ou pas. C’était, c’est son problème, c’est à lui à gérer sa tôle ou alors de la laisser en autogestion.

Maintenant, revenons sur cette loi d’exception qui a été promulguée cet été. La loi sur «le service minimum dans le transport terrestre» énonce différentes choses. Elle promulgue un système d’alerte sociale. Il s’agit, lorsqu’il y a un problème, que les syndicats voient le patron
pour en discuter et négocier s’il y a lieu. C’est ce qu’on appelle en général le dialogue social. Cela existe d’ailleurs déjà à la SNCF et à la RATP, avec des conséquences sociales déjà bien visibles.

Elle impose qu’au bout de huit jours de grève reconductible, il y ait
un vote à bulletin secret sur la reconduction. D’abord, souvenons nous que ce cas est assez rare et n’arrive pas tous les ans. Ensuite, quel est le périmètre des électeurs ? Ceux et celles qui sont concernés ? Ou tous les travailleurs de l’entreprise ? Et qu’est-ce que ça change ? Si le résultat est que la grève est majoritaire, alors les non-grévistes se mettent en grève ?

Et puis, un bulletin secret est-il plus démocratique qu’une main levée ? Un poing levé ? Évidemment, on va nous parler des pressions que pourraient subir les non grévistes. Mais pourquoi ne parle-t-on pas des pressions que pourraient subir les grévistes ? Et là, nous arrivons à l’exception de cette loi. Dans aucune branche du travail, il n’existe cette obligation de prévenir individuellement son chef que l’on va faire grève.

Dans la fonction publique, les syndicats doivent déposer un préavis de grève cinq jours ouvrables avant le premier jour de grève. Après, à chacun de se déterminer ce jour-là. Ajoutons que le gréviste n’a besoin de signaler sa grève à personne. C’est au chef de service de déterminer qui est en grève ou absent, pour diverses raisons, et qui est présent.
À lui, ensuite, de gérer le service. Rappelons qu’il a auparavant cinq jours pour négocier. Ce que nous pourrions qualifier d’alerte sociale. Force est de constater que notre patron-ministre utilise rarement ce délai (certains diront même jamais).

À noter que dans l’éducation, en particulier le premier degré, les grévistes préviennent les parents d’élèves et les élèves. Ce n’est qu’une obligation morale que nous nous sommes fixée sans aucun fondement juridique. À noter, de même, que dans les transports les grèves sont souvent annoncées par voie médiatique, là aussi sans aucune obligation juridique. Dans les deux cas, il n’y a donc aucune volonté de surprendre le fameux «usager», au contraire. Par ailleurs, les voyageurs ne souffrent que très peu des grèves (environ 2% des perturbations), ce qui prouve que cette loi, contrairement aux annonces gouvernementales, n’est pas du tout destinée à leur confort, mais plutôt à celui des exploiteurs.

Alors, prenons un autre cas, fort médiatisé sur le sujet du service minimum, l’hôpital. Notons, tout d’abord, que ce secteur n’a rien à voir avec les autres. Il y a là une réelle raison vitale. A priori, manquer un train ou l’école n’a jamais provoqué la mort. Un hôpital fermé, si. Il y a donc un service minimum mais personne n’est tenu de faire état de sa décision de se mettre ou non en grève. Comme dans le reste de la fonction publique, il y a un préavis de grève. Ensuite, et nous parlons ici de législation et non pas d’arrangements qui peuvent exister ici ou là, le chef de service envoie des réquisitions pour avoir le personnel nécessaire, peu importe qu’il soit gréviste ou pas. Précisons qu’il s’agit de vraies réquisitions et non pas de nos convocations au boulot qui ne nous empêchent aucunement de faire grève.

Pour finir et bien rappeler que nous
sommes dans un cas d’exception, parlons du secteur privé. Ce secteur, régi par le Code du travail, ne connaît pas le préavis de grève. Quand il y a un problème, les travailleurs peuvent décider immédiatement de se mettre en grève, qu’il y ait un syndicat ou pas. Ceci ne nous fait pas minorer les difficultés que les travailleurs de ce secteur ont pour revendiquer, mais celles-ci interviennent en général en amont. Dès qu’un d’entre eux se déclare syndicaliste, il a de fortes chances de se faire licencier.

Alors pourquoi cette exception de préavis de grève individuel ? Tout d’abord, parce que les transports ne sont pas vitaux, sauf pour l’économie. Et là les patrons grincent des dents. Et puis, on sait bien que le gouvernement pense, ainsi, faire passer plus facilement la disparition des régimes spéciaux (pas ceux des sénateurs, évidemment). À plus long terme, c’est une remise en cause totale du droit de grève. Peut-on réellement penser que cela n’aura pas de conséquence d’être obligé de se signaler à son chef ? Bien sûr, on peut toujours dire que nous assumerons. Mais au moment de voir son supérieur, de lui téléphoner cela sera aussi facile ? On entend tous les jours que tel ou tel mouvement de grève prend la population en otage, en renforçant notre sentiment de culpabilité (et en oubliant ce qu’est réellement un otage). Et là ils rajoutent une couche de pression.

C’est au patron de gérer sa tôle. Nous n’avons pas à l’aider. Ne lâchons rien sur nos droits relatifs à la grève, ou nous perdrons encore un peu plus nos moyens de pression pour faire aboutir nos revendications.

Zéro de conduite no 51, septembre 2007

Publié dans Colère ouvrière

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