Une légion étrangère de la recherche

Publié le par la Rédaction

Le Ministre de l’Identité Nationale crée son think-tank sur l’immigration

Un nouvel Institut d’Études sur l’Immigration et l’Intégration (I.E.I.I.) sera inauguré par le Ministre de l’Identité Nationale le 8 octobre 2007 […]. La mission de cet institut est de «mettre en réseau — les chercheurs et universitaires travaillant sur la question de l’immigration et de l’intégration ; — les administrations commanditaires de recherches et de travaux sur l’intégration et l’immigration ; — les entreprises privées qui s’intéressent à ces
recherches en fonction de leurs besoins.»

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«Ses missions sont : 1) De constituer un guichet unifié des études sur l’immigration et l’intégration donnant des moyens élargis à la recherche et finançant des recherches d’université (notamment des doctorants) et de laboratoire ; 2) De déterminer des champs et des sujets pertinents dans une durée annuelle ; 3) Plus spécifiquement, les missions du Groupe travail (réunions mensuelles) sont de dégager les grands axes de recherche en cours ou souhaitables, de les soumettre au Conseil scientifique (réunions trimestrielles), d’assurer un suivi et une visibilité des travaux. Il se réunira mensuellement. Les missions du Conseil scientifique sont de valider ou d’orienter les grands axes de recherche et veiller à la neutralité et à la qualité des recherches qui seront rendues publiques.»

À quelques exceptions près, les chercheurs réunis dans le «groupe de travail» de l’I.E.I.I. (COTTIAS Myriam, DAMANI Abderkader, DELHAY Cyril, DOUMBE BILLE Stéphane, JAZOULI Adil, KEDADOUCHE Zair, KOVACS Peter, M’BOKOLO Elikia, MANDE Issiaka, MICHEL Vincent, RICHARD Jean-Luc, SCHOR Paul, STORA Benjamin, THCIKAYA Blaise, TREFFEL Frédéric, WHITOL DE WENDEN Catherine, WUNENBURGER Jean-Jacques, YOUNES Chris) n’ont pas de compétence sur le domaine scientifique et ont, de toute évidence, été sélectionnés sur des critères politiques ou simplement par défaut, après les nombreux refus de spécialistes du domaine de rejoindre cet institut. Ce «Groupe de travail» dirigée par la bien transparente et médiatique Catherine Whitol de Wenden, qui devient ainsi la Bernard Kouchner et al. de ce secteur de la recherche est placé sous tutelle d’un «Comité Scientifique» composé de technocrates ministériels, académiques et industriels, ce qui constitue une véritable humiliation pour ces chercheurs mais aussi pour la profession des chercheurs dans son ensemble.

Hallucinante composition d’un institut supposé être spécialisé dans un domaine et qui a été constitué sans aucun des spécialistes du domaine notamment (mes excuses à tous les autres collègues travaillant sur le sujet depuis des années et que j’ai pu oublier dans cette liste qui recense les personnes scientifiquement reconnues pour la qualité de leurs travaux et surtout ayant publié sur ce domaine) : AGIER Michel, ALAUX Jean-Pierre, AlIoua Mehdi, ANDRES Hervé, ATTALI Sarah, BALIBAR Etienne, BANCEL Nicolas, BAZENGUISSA Remy, BELGUENDOUZ Abdelkrim, BELORGEY Jean Michel, BENSAAD Ali, BENVENISTE Annie, BERGER Nathalie, BERNARDOT Marc, BIETLOT Mathieu, BIGO Didier, BLANC-CHELEARD Marie-Claude, BLANCHARD Pascal, BONELLI Laurent, BOUBAKRI Hassan, BOUTEILLET-PAQUET Daphné, BOUX Dominique, BRIBOSIA Emmanuelle, BROSSAT Alain, BRUN François, BRUNETEAUX Patrick, CALOZ-TSCHOPP Marie-Claude, CARRERE Violaine, CASTAGNOS-SEN Anne, CHAREF Mohamed, CHEMILLIER-GENDREAU Monique, CHOUKRI Hmed, CLOCHARD Olivier, COGNET Marguerite, COLLOVALD Annie, COSTA-LACOUX Jeannine, CREPEAU François, CUTURELLO Paul, DAL LAGO Alessandro, DARRIEUMERLOU Josée, DAVAULT Corinne, DE BARROS Françoise, DE RUUDER Véronique, DECOURCELLE Antoine, DELAVEAU Françoise, DELDYCK Jean-Jacques, DELOUVIN Patrick, DIBIE Pascal, DIETRICH Helmut, DREYFUS-ARMAND Geneviève, DUBOST Isabelle, DUEZ Jean-Baptiste, DUFOIX Stéphane, EBERHARD Mireille, ERLICH Valérie, ESCOFFIER Claire, FARDOUET Eliane, FASSIN Didier, FRANCHI Vije, FRANGUIADAKIS Spyros, FREEDMAN Jane, FRIGOLI Gilles, GASTAUT Yvan, GIBB Robert, GLOWCZEWSKI Barbara, GREEN Nancy, GAUTHIER Catherine, GONIN Patrick, GOTMAN Anne, GOUSSEF Catherine, GUICHAOUA André, GUILD Elspeth, GUILLAUMIN Colette, GUIRAUDON Virginie, HERAN François, HOVANESSIAN Martine, IVALDI Gilles, JOUNIN Nicolas, JULINET Stéphane, KAMEL-DORAÏ Mohamed, LAACHER Smaïn, LARBIOU Benoît, LASSAILLY-JACOB Véronique, LAURENS Sylvain, LE HOUEROU Fabienne, LE PORS Anicet, LECOUR GRANDMAISON Olivier, LEGOUX Luc, LEMAIRE Sandrine, LESTAGE Françoise, LHUILIER Gilles, LOCHAK Danièle, MAMMUNG Emmanuel, MAHJOUB Faiza, MANN Patrice, MASSE Jean-Pierre, MATHIEU Lilian, MERMAZ Louis, MORICE Alain, NOËL Olivier, NOIRIEL Gérard, OUADAH-BEDIDI Zahia, PALIDDA Salvatore, PALOMARES Elise, PERRIN Delphine, PERRIN-MARTIN Jean-Pierre, PERROUTY Pierre Arnaud, PESCHANSKI Denis, PINATONI Frédéric, PLANCQ Clément, POINARD Michel, POIRET Christian, PREUSS-LAUSSINOTTE Sylvia, QUESTIAUX Nicole, QUIMINAL Catherine, RABAUD Aude, REA Andrea, RIGONI Isabelle, RINAUDO Christian, RITAINE Evelyne, ROCHEREAU Roselyne, RODIER Claire, RYGIEL Philippe, SAADA Emmanuelle, SAINATI Gilles, SAINT-SAENS Isabelle, SALZBRUNN Monika, SCHMITT Josette, SIMEANT Johanna, SIMON Gildas, SIMON Patrick, SLAMA Serge, SOSSI Federica, SPIRE Alexis, STREIFF-FENART Jocelyne, TALIOT Virginie, TARRIUS Alain, TEITGEN-COLLY Catherine, TEMIME Emile, TERRAY Emmanuel, THENAULT Sylvie, TIMERA Mahamet, TRIPIER Maryse, TSOUKALA Anastasia, VALLUY Jérôme, VIET Vincent, VOLOVITCH-TAVARES Marie-Christine, VOURC’H François, WACQUANT Loïc, WAGNER Anne-Catherine, WEIL Patrick… (liste évidemment non exhaustive).

À l’inverse et très loin ce monde de la recherche, la composition de l’I.E.I.I. en fait une sorte de «légion étrangère» dans ce domaine… avec les cautions de Sciences Po Paris (notamment R. Decoings, Dir. de Sciences Po, C. Whitol de Wenden, G. Képel…) de l’EHESS (D. Hervieu-Leger, Dir. de l’EHESS, B. Stora, E. M’Bokolo)… et une «ouverture» vers Lyon III (F. Guéry, D. Billé, J.J. Wunenburger) sans doute en raison des nombreux scandales médiatiques (révisionnisme, extrême-droite…) qui ont rendu cette université tristement célèbre. On avait pu observer déjà la surreprésentation des mandarins de Science Po Paris et de l’EHESS dans la Fondation pour l’Innovation Politique créée par Jacques Monod, alors conseiller de Jacques Chirac, puis réalignée sur le tard dans les rangs sarkozystes. On découvre aujourd’hui un nouveau think-tank conservateur associant la droite sarkozyenne, l’extrême-droite et la gauche-caviar dévoyée qui prolongent dans le monde académique les rapprochements et les débauchages observés ces derniers mois sur la scène politique.

La première mission de cet institut — «De constituer un guichet unifié des études sur l’immigration et l’intégration donnant des moyens élargis à la recherche et finançant des recherches d’université (notamment des doctorants) et de laboratoire…» — peut faire craindre que les autres sources de financement notamment celles du Ministère de la Recherche et de l’Agence Nationale de la Recherche se tarissent pour tous ceux qui n’accepteront d’aller à l’abreuvoir de cet institut. J’espère que tous les chercheurs travaillant sur ce domaine auront assez d’esprit scientifique et d’amour propre pour ne pas aller à la soupe des financements qui passeront maintenant principalement par cette voie. «Cet institut aura enfin pour objet de rendre publics annuellement les travaux et les études en la matière par des publications ou par l’organisation de colloques et journées d’études.» Il faut que la profession s’organise pour boycotter non seulement les financements mais aussi l’ensemble des activités de cet institut c’est-à-dire boycotter à la fois les publications, colloques et journées d’études organisés par cet institut mais aussi les personnes qui s’engageront dans ce dispositif honteux. Il faut qu’elle s’organise pour tenter enfin de maîtriser son agenda de travail : l’agenda scientifique c’est-à-dire la définition des sujets à traiter prioritairement par les chercheurs.

Tout ceux qui font ainsi de l’indépendance et de l’autonomie des valeurs cardinales du travail scientifique peuvent rejoindre l’observatoire de l’institutionnalisation de la xénophobie [observ.i.x] qui est un collectif de recherches en sciences de l’humain et de la société créé, face aux amalgames gouvernementaux de l’identité nationale et de l’immigration. Il vise à favoriser l’autonomie de la production intellectuelle, des savoirs scientifiques et de leur diffusion en ce qui concerne l’érosion des perceptions humanistes de l’altérité et la stygmatisation de l’étranger comme problème, risque ou menace dans le fonctionnement ordinaire d’autorités instituées (ministérielles, administratives, judiciaires, médiatiques, scientifiques, intellectuelles, scolaires, économiques, partisanes, associatives…). Il étudie également le développement de la xénophobie dans l’ensemble de la population sous l’effet des discours et des actes de ces autorités. Nul doute que les futurs choix politiques et les activités de communication de l’I.E.I.I. font partie du domaine d’étude de l’observatoire


Jérôme VALLUY
30 septembre 2007
  Professeur (Dr. MdC) de sociologie politique
Université Panthon-Sorbonne (Paris 1)
Réseau scientifique TERRA

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Publié dans La police travaille

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