L'affrontement

Publié le par la Rédaction

Se préparer à la confrontation sociale. Tel est notre boulot pour les semaines qui viennent.
Non pas que les discours de Sarkozy sur la question sociale, le mardi 18 septembre, ou sur «l’avenir de la fonction publique», le mercredi 19 septembre à Nantes, correspondent à un scoop. C’est la déclinaison bien connue de son programme électoral, de celui du Medef et plus globalement de celui de l’ensemble des institutions internationales (UE, FMI, OCDE…).

bv000004.jpgUn signal clair
Mais ces discours, s’ils ne constituent pas une surprise, représentent, par contre, clairement le signal de l’affrontement.
Dans ces deux discours, Sarkozy propose, ni plus ni moins, que de mettre à bas l’ensemble des derniers acquis des salariés, gagnés en 1936, 45 ou 68.
Les régimes dits spéciaux (SNCF, EDF, GDF, RATP, clercs de notaires, marins, mineurs, membres de la Comédie française…) ne sont financièrement qu’une broutille pour le gouvernement (5% des régimes de retraite). Il faut noter d’ailleurs que certains d’entre eux, comme celui d’EDF-GDF ou des clercs de notaires, ne coûtent rien à la collectivité puisqu’ils reversent chaque année 150 millions d’euros pour l’un et 90 millions d’euros pour l’autre, au régime général.
Mais les régimes spéciaux sont les verrous que le gouvernement doit absolument faire sauter pour s’attaquer ensuite, comme le prévoyait d’ailleurs la loi Fillon de 2003, à toutes les autres retraites, du public comme du privé.
L’objectif est d’arriver à satisfaire le point 32 de l’accord du sommet de Barcelone de mars 2002 où siégeaient Chirac et Jospin : «Il faudra chercher, d’ici 2010, à augmenter progressivement d’environ 5 ans l’âge moyen effectif auquel cesse l’activité professionnelle dans l’Union européenne». On ne saurait être plus clair. Il n’est pas obligatoire d’ailleurs, dans un premier temps, de remettre en cause formellement l’âge symbolique de 60 ans pour le départ à la retraite, mais de rendre simplement celui-ci financièrement impossible.
Concernant la santé, Sarkozy veut ouvrir un grand débat sur son financement. En clair, cela signifie l’introduction des franchises et l’arrivée massive des assurances privées : tu es malade, tu paies ou tu crèves. À l’inverse de l’idée même de la Sécurité sociale de 1945 : on paie en fonction de ses moyens, on reçoit en fonction de ses besoins. Cela s’appelle la solidarité. Quasiment un gros mot !
Partout les hôpitaux vont être encore plus étranglés financièrement et nul doute que nombre d’entre eux sont promis à la disparition.
Concernant le Code du travail, on retrouve bien évidemment les vieilles revendications patronales : la suppression du SMIC (une paille !), la fin du Contrat à durée indéterminée et l’avènement du Contrat dit unique, qui ressemble comme deux gouttes d’eau au fameux Contrat première embauche.
La notion, à crever de rire, de «séparation à l’amiable» est introduite comme si patron et salarié formaient un gentil petit couple, à égalité de droits et de devoirs.
Pour les chômeurs, l’agité de l’Élysée prévoit des sanctions accrues pour ceux qui osent refuser «deux offres d’emploi valables».
Dans la même logique, la fusion UNEDIC et ANPE est programmée.
Quant à la fonction publique, c’est son éclatement, déjà engagé, que Sarkozy entend rendre irréversible : individualisation des salaires, primes à la performance, suppression massive de postes, introduction tout aussi massive de contrats de droit privé (on sait ce qu’il est advenu de La Poste), la liste des mauvais coups est longue et les outils déjà en place. En l’occurrence la fameuse Loi organique relative à la loi de finance (LOLF) élaborée en son temps, d’ailleurs, par un député PS…

Un champ de ruines
Si l’on ajoute à cela la loi cadre sur le service minimum adoptée cet été, et qui peut s’étendre très vite à tous les secteurs, la réforme des universités en cours et la loi anti-immigrés qui rappelle les pires périodes de notre histoire, c’est un champ de ruines sociales qui se dessine clairement dans les mois qui viennent.
En face ? Peu de choses pour l’instant à se mettre sous la dent.
Au plan politique, après moultes gesticulations, le bureau national du PS a approuvé le principe même de la réforme des régimes spéciaux (le sale boulot sera ainsi déjà fait en cas de retour aux affaires) tout en invitant le gouvernement à le faire sans… brutalité. On nous annonce aussi une grande initiative fin septembre (de la gauche), il faut bien commencer à préparer les municipales…
Côté syndical, guère mieux. Les différents responsables des confédérations (Thibault, Chérèque, Mailly) ont tout d’abord annoncé partout qu’ils éviteraient à tout prix de gêner la Coupe du monde de rugby et ont ensuite multiplié les déclarations particulièrement molles, incitant le gouvernement à ne pas passer en force. L’éloge de la vaseline en quelque sorte.
Cela dit, tout cela n’est pas nouveau. Oui, comme d’habitude les travailleurs vont devoir affronter le gouvernement, les patrons, les médias, voire leurs directions syndicales. En 1995, ce sont les postiers et les cheminots qui avaient envoyé le signal de l’affrontement et avaient poussé Blondel (FO) et Vianney (CGT) à se lancer dans la bagarre (la fameuse nationale du 28 novembre) sans, voire contre, la CFDT (comme en 2003).
En 2006, ce sont les jeunes qui ont poussé aux fesses les appareils syndicaux, y compris ceux, moins verrouillés, des organisations étudiantes.
Le scénario est identique aujourd’hui et il ne peut d’ailleurs en être autrement.
Les 2500 délégués du dernier congrès confédéral de Force ouvrière à Lille en juin dernier, n’ont pas bataillé quatre jours pour imposer des mandats clairs pour subir aujourd’hui des déclarations largement en décalage du secrétaire général. Ils le feront savoir d'une manière ou d’une autre, de même que les cheminots ou les électriciens-gaziers CGT ne sont pas prêts à avaler la notion de «syndicalisme responsable» chère à Thibault.
Pour ne prendre que cet exemple, le retour aux 37,5 annuités pour tous public et privé représente une somme de 6,5 milliards d’euros par an, exactement dix fois moins que les exonérations patronales et nettement moins aussi que les 40 milliards annuels d’évasion fiscale. Sans parler des 200 milliards engloutis par la Banque centrale européenne cet été pour faire face au crach boursier immobilier des États-Unis.
Le fric existe, plus que jamais peut-être et il va falloir aller le chercher. Les cheminots (CGT, FO, SUD) appellent à la grève le 18 octobre. Les gaziers de FO aussi et la CGT, ultra majoritaire dans ce secteur, se tâte pour rejoindre le mouvement.

Le déclic ?
Dans ce contexte, sans se méprendre sur nos forces mais avec détermination et lucidité, il nous appartient de pousser dans le bon sens : celui des assemblées générales, des mandats définis clairement, des comités de grève quand c’est possible…
Et pour cela nous avons besoin d’une organisation en état de marche, d’un outil au service des luttes. Il n’est pas inutile de le rappeler, sans donner de leçon à quiconque mais convaincus que si l’on veut peser sur le cours des choses, il faut s’en donner les moyens.

Fabrice, militant au groupe La Sociale
de la Fédération anarchiste à Rennes

Publié dans Colère ouvrière

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