Les violeurs de la CRS 7

Publié le par la Rédaction

Parmi d’autres comportements déviants, propres à certains policiers, le viol en réunion, que la hiérarchie policière déplore mais que la justice condamne mollement, constitue une pratique peu compatible avec le métier de gardien de la paix. L’affaire des policiers violeurs de la CRS 7, récemment jugée par le tribunal de Bobigny, n’est que le dernier épisode de faits identiques révélés par la presse, en 2006 et 2007.

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— Le 10 avril 2006, le tribunal de Bobigny prononce des peines allant de 18 mois à quatre ans de prison ferme contre cinq policiers qui avaient abusé de prostituées, en 2002, tout en les dépouillant de leur argent, à la porte de La Chapelle, à Paris. À cette occasion, le secrétaire général du syndicat Alliance de la police en tenue expliquait : «Il s’agit de comportements inadmissibles, qui ne sont que des cas exceptionnels.» (Pour la période allant de d’octobre 1994 à décembre 2000, il nous a été possible de relever une quarantaine d’affaires de viols, mettant en cause des policiers. Sur ce sujet, se reporter à Bavures, de Maurice Rajsfus, paru à L’Esprit Frappeur, 2001.)

— En mai 2006, à Marseille, quatre policiers proxénètes, qui avaient monté un réseau de prostitution, entre 2003 et 2005, écopent l’un de quatre ans de prison, un autre de deux ans de la même peine, deux de leurs collègues n’étant condamnés qu’à deux ans de prison avec sursis.

— Le 21 décembre 2006, trois policiers lillois, jugés en cour d’assises, à Douai, pour avoir violé des prostituées, pendant leurs heures de service, en octobre 2003, sont simplement condamnés à de la prison avec sursis pour «corruption passive» — un quatrième étant purement et simplement acquitté.
crs7.jpgRappelons, les faits. En 2002 et 2003, sept policiers de la CRS 7, cantonnés à Deuil-la-Barre (95) s’étaient livrés à des agressions que la morale réprouve. Accusés de «viols aggravés, en réunion, par personnes abusant de l’autorité conférée par ses fonctions», ils n’effectueront que quelques mois de prison préventive. Trois de ces fonctionnaires avaient été révoqués en 2004, quatre autres étant simplement suspendus pour complicité.
    Il se trouve que les policiers de la CRS 7 agressaient des prostituées, en situation de faiblesse puisque ces femmes étaient étrangères, et même en situation irrégulière sur le territoire. C’est ainsi qu’en échange de relations sexuelles «gratuites», ces policiers promettaient à leurs victimes de ne pas les inquiéter. Malgré onze viols avérés, si le scandale éclate au printemps 2003, les fonctionnaires violeurs n’ont comparu en cour d’assises que les 7 et 13 septembre 2007.
    Il aura donc fallu quatre ans pour instruire ce dossier mettant en cause des délinquants en uniforme, dont l’un des avocats mettait en avant, en forme d’excuse : «Le manque d’encadrement». Au fil des audiences, ces voyous expliquaient tranquillement qu’ils «prenaient la vague». Ce qui signifie, comme le révélait l’un d’eux, les sorties dans des clubs échangistes, où ils passaient en priorité. Au cantonnement de Deuil-la-Barre, il y avait un bar «ouvert à tous». À un juge d’instruction, à propos des viols des prostituées, l’un de ces policiers avait confié : «C’était comme le fait d’avoir un sandwich à tarif réduit…»
    Ces policiers, tous bacheliers, et parfois au-delà, étaient dotés d’un passé moral à toute épreuve : scoutisme, pompiers volontaires avec, plus tard «une vocation pour servir le pays et apporter la sécurité aux gens…» Dans la soirée du 14 septembre, le verdict est tombé : sept ans de prison ferme pour les trois principaux accusés, du sursis pour les quatre autres. Pas cher payé ! (Sources : Le Parisien, Le Monde, France Info et France Inter, du 8 au 14 septembre 2007.)

bavures.gifLa police de ce pays constituerait-elle un milieu criminogène ? Terrible interrogation ! Nous a-t-on suffisamment répété qu’il n’y avait pas plus de racistes dans la police que dans la moyenne de la population — 30% selon les enquêtes habituelles. Il semble qu’il en va parfois de même dans d’autres domaines. Si l’on se réfère aux quelques 2.500 comparutions annuelles de fonctionnaires d’autorité devant les Commissions de discipline de la police nationale (nous manquons de chiffres pour la gendarmerie) il y a de quoi être inquiet. Surtout si les délits concernés ne sont pas détaillés.
    Donc, pas plus de racistes, pas plus de truands ordinaires, pas plus de voleurs à la tire qui dévalisent leurs victimes lors d’une garde à vue au commissariat, pas plus de violeurs ou d’amateurs de ces «tournantes» dont les auteurs sont frappés de lourdes peines de prison. En tout cas, certainement pas davantage de brutes avinées, avec cette circonstance aggravante que les pochtrons en uniforme sont des fonctionnaires assermentés et protégés par la justice.
    Quelque 2.500 délinquants, cela représente environ 1,6% de l’effectif policier. Peu de choses, pourrait-on dire. Voire. Rapporté à la population adulte de ce pays — soit environ 40 millions «d’individus» — cela ferait près de 600.000 justiciables, susceptibles d’être déférés devant les différentes instances de la justice. Il serait donc nécessaire de multiplier par dix la capacité d’accueil de nos prisons républicaines.

Que fait la police ? Bulletin d’information anti-autoritaire,
nouvelle série, no 13, octobre 2007

Publié dans La police travaille

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