Le problème ce n’est pas la luciole mais bien la nuit

Publié le par la Rédaction

31 mars, Avignon : Grégory et Damien sont arrêtés, accusés de l’incendie du local du PS. Deux perquisitions. Ils sont mis en examen pour «dégradation par incendie ou moyen dangereux pour les personnes» et incarcérés à la prison du Pontet. Le 1er mai, un tract qui leur apporte de la solidarité est distribué dans cette ville à la manif. On a pas de nouvelles fraîches sur leur procès, mais ils sont sortis les 20 et 21 juin, sous contrôle judiciaire.

22 avril, Montpellier : Quatre camarades sont accusés de l’incendie de «voitures de bourges». Perquisition dans un squat. Quentin restera incarcéré à Villeneuve-les-Magdelone jusqu’au 6 juillet avant d’être placé sous contrôle judiciaire (interdiction de séjour à Montpellier et obligation de pointage), décision confirmée par la cour d’appel le 24 juillet. Il est mis en examen avec les trois autres pour «bande organisée», «tentatives de dégradation par incendie, dégradation par incendie» et «détention ou transport de substances ou produits incendiaires ou explosifs». Pas de date de procès pour l’instant.

22 avril, Paris : Grégory et Charles sont arrêtés dans la rue et accusés d’incendies de véhicules de la veille. En comparution immédiate le 25 avril, ils seront condamnés mais pas pour ce fait, contrairement à ce que répètent tous les journaux depuis. Grégory prend du sursis («complicité») et est relâché, Charles prend 13 mois ferme, notamment pour «fabrication, transport et détention de substances incendiaires». Il est incarcéré à La Santé. Un appartement est perquisitionné, ainsi que deux squats (Pinton dans le 19e et Le Chatô à Montreuil). Dans le premier, un sans-papier, Samir, est arrêté et incarcéré au centre de rétention avant de sortir 5 jours plus tard pour vice de procédure.

11 mai, Villeurbanne : Césari et Audrey sont arrêtés et perquisitionnés, accusés de l’incendie de la permanence UMP survenue le 8 mai et filmée par un voisin. Ils refusent la comparution immédiate le 14 mai. Au procès, le 14 juin, ils sont condamnés à 1 an de prison dont 8 mois avec sursis, interdiction de droits civiques pendant un an et 17.000 euros de dommages et intérêt. Seule Audrey se voit accorder la semi-liberté pour accomplir ses quatre mois fermes. Le parquet ayant fait appel, un nouveau procès a été fixé au 6 septembre.

11 mai, Paris : Damien est arrêté dans la rue au petit matin, accusé de tentative d’incendie d’une voiture près du Fouquet’s (où avait dîné Sarkozy le soir de son élection). Plus tard, perquisition chez Michel (Paco) qui l’héberge. Ce dernier est arrêté à son tour. Le premier est accusé de «tentative de dégradation par incendie, fabrication d’engin incendiaire, détention et transport de matières inflammables», le second de «complicité de dégradation par incendie» et «recel». Un troisième est également mis en examen et sous contrôle judiciaire après perquisition chez ses parents, accusé d’être complice de Damien. Damien sortira le 28 juin de Fleury sous contrôle judiciaire (interdiction de séjour à Paris et obligation de pointer une fois par semaine) et Paco de Fresnes le 6 juillet, également sous contrôle judiciaire.

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Depuis au moins deux ans, des émeutes de novembre 2005 à l’élection présidentielle de mai 2007 pour schématiser, l’antagonisme quotidien se fait plus intense et ouvert, prenant à la fois prétexte de «mouvements sociaux» comme le CPE ou l’actualité particulière de certaines villes (un tabassage à Rouen, la rébellion face à un contrôle gare du Nord ou plus récemment l’assassinat de Lamine à Paris), tout en saisissant aussi des occasions comme l’élection présidentielle.
    Dans ce cadre, les attaques anonymes deviennent paradoxalement plus visibles et le pouvoir a tôt fait de les réduire à un milieu politique qualifié d’anarchiste, autonome ou d’ultra-gauche, en fonction du degré de confusion qui règne dans le crâne des keufs qui dictent l’article aux journaleux de service. Un texte italien disait il y a quelques années que «les lucioles, on les voit parce qu’elles volent la nuit. Les anarchistes font de la lumière aux yeux de la répression parce que la société est grise comme la pacification. Le problème, ce n’est pas la luciole, mais bien la nuit». La différence actuelle n’est pas que le brouillard de la pacification se soit levé, mais que les lucioles se sont multipliées.
    Ce serait cependant une erreur de penser qu’il faille cesser d’affirmer publiquement ce que nous avons toujours dit parce que la répression commence à pointer médiatiquement sa sale gueule, de faire profil bas comme l’exige l’État en agitant son épée de Damoclès, ou de voir dans cette mise en lumière involontaire une quelconque reconnaissance implicite de notre force par l’ennemi, comme on a pu parfois l’entendre. Le pouvoir a ses logiques qu’on peut tenter d’analyser, mais qui restent les siennes, selon des éléments qu’on ne connaît pas ni ne maîtrise, et qu’on ne peut de toute façon totalement comprendre, à moins d’être capable de raisonner comme lui, ce que seuls des esprits contaminés par le virus autoritaire pourront faire. Les autres sont soit des prétentieux soit des menteurs.
    Par ailleurs, plusieurs compagnons et camarades sont tombés dans différentes villes pour des faits spécifiques. Malgré quelques initiatives de solidarité bienvenues (tracts/articles, bouffes, cotises/caisses, compils ou concerts par exemple), il nous a semblé que personne, nous compris bien sûr, n’a réussi à développer de réponse qui soit à la hauteur de l’enjeu. La question n’est en effet plus de jouer au chat et à la souris, selon une habitude liée à l’absence de répression collective spécifique à laquelle nous avions fini par nous habituer, ni de prendre prétexte de l’isolement ou du caractère «privé» des situations particulières, mais de se rendre compte que quelque chose est en train de changer : l’État est en train d’ajouter, comme il l’a toujours fait par le passé lorsqu’il l’a cru bon, la dimension d’une répression politisée (et non pas politique, car toute répression est sociale, donc politique, comme l’est aussi tout prisonnier). Il ne s’agit pas ici de pleurnicher sur nos insuffisances, mais d’affirmer — parce qu’il est toujours temps (de nombreux procès doivent par exemple encore se tenir, des instructions judiciaires sont encore ouvertes dans plusieurs villes) — qu’il devient urgent de dépasser les vieilles logiques.

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S’il y a d’un côté ceux qui pensent échapper aux coups de l’ennemi en fermant leur porte après avoir pourtant déjà témoigné publiquement de leur antagonisme, se croyant peut-être plus rusés que l’État malgré les moyens de contrôle dont il dispose, il y a surtout d’un autre côté ceux qui pensent qu’il «ne faut pas tendre le bâton pour se faire battre», croyant peut-être que ce ne sont pas les rapports de force qui nous protègent le mieux et brisent l’isolement des compagnons arrêtés. Le débat n’est alors pas comment sortir du collimateur (qui a pu se traduire par des perquisitions, des convocations devant le juge ou des filatures), mais comment relier dans la praxis la pression et la répression qui s’exerce contre nous à celle qui touche l’ensemble des rebelles, tout en continuant à s’inscrire dans l’antagonisme diffus. Non pas en se présentant comme des innocents ou des victimes — à quoi d’autre que la répression peut s’attendre un rebelle ou un révolutionnaire, une médaille ? —, mais en continuant d’affirmer nos idées et pratiques au sein de la guerre sociale et des luttes, tout en revendiquant nos compagnons incarcérés parmi tous les autres exploités révoltés qui tombent au quotidien.
    Le débat reste ouvert, au-delà des limites que comporte nécessairement un tel texte, pour autant qu’il y ait débat et que l’on puisse enfin sortir des réflexes conditionnés ou de l’idéologie de la gestion interne d’«affaires courantes» qui n’en sont plus quand par exemple tous les journaux en parlent.
    À suivre…
 
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Cette semaine no 93, août 2007

Publié dans Agitation

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