Vendredi 7 décembre 2007
Trois liens d’articles sur Rebellyon pour que tous le monde (même les gens éloignés du mouvement) se rende bien compte de ce qui se passe et ce qui se joue dans les facs.

Ce n’est plus seulement la LRU qui est en jeu mais aussi le droit de grève pour les étudiants et le droit de se rassembler en AG sur les campus. C’est très grave ! Toutes les personnes qui sont progressistes doivent faire très attention à la situation car elle risque de dégénérer.

Les forces de police sont TOUS LES JOURS sur les campus de Lyon depuis une semaine. Des arrestations de syndicalistes-étudiants ont eu lieu, des blessés aussi…

Nous devons montrer notre soutien… Écrivons à la présidence de Lyon 2, téléphonons, rejoignons les manifs étudiantes quand on le peut, faisons pression sur nos syndicats (si on en a) pour organiser une riposte avec pourquoi pas des lettres de soutien et l’organisation d’une manifestation le samedi contre la LRU, la casse du service public, et contre la répression qui s’abat sur les étudiants décidement bien trop isolés…

Les liens en question :
Occupation militaire et policière des campus de Lyon II
Communiqué du 6 décembre des étudiants grévistes de Lyon II
Lyon contre la LRU et son monde

Et aussi :
Manif étudiante-lycéenne contre l’État et ses flics à Grenoble
Olivier Ihl travaille

Escalade de la violence à Perpignan
Mercredi 5 décembre 2007
«On n’arrête pas le Progrès.»

cameras1.JPGcameras2.JPG
La vidéosurveillance progresse dans le Jura

Dole, Saint-Claude, Morez ont des projets. Lons-le-Saunier également qui a déjà plusieurs dispositifs en fonctionnement. L’État encourage ces politiques avec de substantielles subventions.

Ras-le-bol. Ce sentiment est à l’origine de la plupart des projets de vidéosurveillance qui existent dans le département. À l’image de ce qui se prépare à Saint-Claude, par exemple. Début novembre, le maire Jean-Louis MILLET expliquait dans nos colonnes que le système allait être mis en place plus vite que prévu pour faire face à la «recrudescence» d’une certaine forme de petite délinquance. L’élu dénonçait une série de «feux de poubelles, voitures esquintées». La goutte d’eau qui a fait déborder le vase a été les dégradations commises à la salle des fêtes. La ville avait déjà annoncé la mise en place de caméras dans le parking souterrain de la Côte Joyeuse. Cette fois, ce sont la place des Carmes où se font «de nombreux rassemblements nocturnes» et la rue des Écoles «où circulent beaucoup de jeunes», qui pourraient en bénéficier. «Les riverains en font la demande de manière récurrente. Mais nous déterminerons les lieux précis par une concertation avec la police municipale et la gendarmerie.» L’installation devrait démarrer dès le premier trimestre 2008. Une première tranche de travaux est estimée à 200.000 euros, subventionnée à hauteur de 84.000 euros. «C’est l’équipement du QG —qui devrait se trouver dans des locaux municipaux— et la connectique le plus cher. Je ne sais pas encore combien de caméras seront installées.» Le conseil municipal devrait entériner tout cela le 20 décembre.

Même proximité dans le temps du côté de Dole. «Les travaux devraient commencer au début de l’année», commente Jean-Claude PROTET, l’adjoint à la communication, aux affaires générales, internationales et à la sécurité. Au programme : seize ou dix-sept caméras réparties sur deux secteurs. Dans l’hyper centre-ville et aux Mesnils-Pasteur. «C’est une demande forte des habitants. Nous avons déjà fait une expérience sur des parkings des Mesnils-Pasteur, la délinquance a chuté de 80%», souligne l’adjoint de Gilbert BARBIER. Il s’agirait comme à Saint-Claude d’un système d’enregistrement d’images ensuite consultables par les services habilités, mais également pourvu d’une possibilité de les visionner «en direct» en mairie. Voire depuis le commissariat. Une proposition du préfet qui a également été faite à la ville de Lons-le-Saunier (lire par ailleurs). Le montant estimé des travaux est de 293.000 euros subventionné à hauteur d’environ 35% par l’État. «Nous en sommes à la phase technique. Nous avons notamment à choisir entre un système wi-fi et le câblage télé pour acheminer les images», termine Jean-Claude PROTET.

Le dossier morézien est à peine moins avancé. «Le comité local de sécurité et de prévention de la délinquance l’a validé», précise le maire Jean-Paul SALINO. «Nous sommes en train de finaliser le cahier des charges. A priori, nous pourrions bénéficier d’une subvention de l’État de 75.000 euros. Notre projet porte sur une douzaine de caméras. Nous avons listé, en collaboration avec la gendarmerie, les lieux difficiles à surveiller. Il s’agit de quelques secteurs en centre-ville, de bâtiments publics, des sorties de lycées et collèges…»

Lons : une longueur d’avance…

La ville préfecture a déjà mis la vidéosurveillance en place sur la Maison commune, trois parkings et un passage souterrain à la gare. D’autres projets se profilent.

Le passage souterrain de la gare est l’équipement le plus ancien en matière de vidéosurveillance à Lons. Et ce système a déjà largement fait ses preuves. Le commandant Patrick VEY, adjoint au directeur départemental de la sécurité publique, se souvient d’au moins deux affaires, de tags et de vol, qui ont été résolues grâce à lui. La ville préfecture ne s’en est pas tenue là. Les parkings de la place de la Liberté, du 11-Novembre et de la rue Regard sont également filmés. La maison commune de la Marjorie est équipée de huit caméras intérieures et extérieures depuis environ un an. Le même genre de système est prévu pour la MJC. «Le dossier est budgété. Il coûte 30.000 euros subventionnés à 50% par l’État», commente le député-maire Jacques PÉLISSARD. «Les marchés sont passés et les travaux devraient commencer dans les semaines à venir. Les caméras pourraient être opérationnelles début 2008.» La ville a d’autres projets dans ses cartons. «Nous pensons au centre social, par exemple», détaille Jacques PÉLISSARD.

Pour l’instant, à Lons comme dans le reste du département, la vidéosurveillance est un enregistrement d’images. Il n’y a pas de visionnage «en direct». Question de budget : il semble difficile de payer du personnel pour surveiller en permanence des moniteurs. Mais le préfet a proposé à la ville préfecture et à Dole une centralisation des images dans les commissariats. Une idée à laquelle le député-maire lédonien se dit «ouvert».

293.365 euros au titre du FIPD

«Plusieurs millions ont été affectés au Fond interministériel de prévention de la délinquance (FIPD) pour l’ensemble de la France cette année. Cet argent a été réparti dans les départements en fonction de leur population et de la délinquance qu’ils ont à subir. Le Jura a obtenu 293.365 euros.» Ce sont ces fonds, explique Christian CUCHET, le directeur de cabinet du préfet Christian ROUYER, qui servent à financer les divers projets jurassiens de vidéosurveillance. «C’est la première fois que nous bénéficions de ces crédits», détaille Christian CUCHET, «et le préfet a souhaité qu’ils soient principalement utilisés pour porter des projets préventifs.

Le conseil départemental de prévention de la délinquance a décidé de privilégier la vidéosurveillance. Ils sont affectés à 90% à cela. Le reste servira à financer des actions comme celles du CIDF (Centre d’information sur les droits des femmes, ndlr) sur les violences faites aux femmes.»

L’an prochain, ces fonds devraient appuyer des opérations de «prévention situationnelle». En clair, à améliorer l’urbain chaque fois que cela améliore la sécurité. Il peut s’agir, par exemple, de sécuriser des entrées d’immeubles ou de financer de l’éclairage public.

Jean-François BUTET
Le Progrès, 5 décembre 2007
Mardi 4 décembre 2007
Besançon : un jeune écroué pour avoir tenté de brûler des voitures par «solidarité»

Un jeune de 17 ans, interpellé mardi soir alors qu’il s’apprêtait à lancer des cocktails Molotov sur des voitures pour les brûler par «solidarité» avec les deux jeunes décédés à Villiers-le-Bel (Val d’Oise), a été écroué jeudi, a-t-on appris de source judiciaire. Présenté devant un juge jeudi, il a été renvoyé devant le tribunal pour enfants de Besançon, devant lequel il comparaîtra le 18 décembre pour «tentative de destruction par engin incendiaire». Mardi soir, des policiers de la BAC repéraient près d’un parking d’un quartier sensible de Besançon un groupe de cinq jeunes en possession de bouteilles auxquelles étaient accrochées des mèches pas encore enflammées. Un seul d’entre eux était interpellé et avouait qu’avec ses amis, il avait repéré trois voitures qu’il comptait brûler «par solidarité avec les deux jeunes morts de Villiers-le-Bel», a-t-on appris de même source. Ce mineur sortait à peine de prison, où il avait purgé une peine de quatre mois d’emprisonnement pour des vols avec effraction. Originaire de Seine-Saint-Denis et sans emploi, il vivait à Besançon chez ses grands-parents. Après un retour au calme relatif, Villiers-le-Bel a rendu jeudi un hommage silencieux aux deux adolescents morts dimanche. Moshin Cehhouli, 15 ans, et Lakami Samoura, 16 ans, deux adolescents sans histoire, ont péri lors d’une collision entre leur mini-moto et un véhicule de police. Le drame avait été suivi de deux nuits de très violents affrontements entre des groupes de jeunes et la police.

AFP, 29 novembre 2007
Dimanche 2 décembre 2007
undefinedLa police n’est plus seulement dans les allées du pouvoir. Elle se trouve au plus près des centres de décision. Nous sommes en bonne voie pour dépendre étroitement de l’œil inquisiteur du gardien de l’ordre public devenu protecteur privilégié de l’ordre privé. Depuis les débuts de la Ve République, la tendance était forte à donner un maximum de pouvoir à l’institution policière. Depuis le 6 mai 2007, nous avons franchi une étape supplémentaire, la police est désormais présente à tous les instants de notre vie.

Il n’est pas hasardeux que l’ancien directeur général de la police nationale, devenu directeur du cabinet du ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, occupe le poste de secrétaire général de l’Élysée. En fait, Claude Guéant n’est autre que le second personnage de l’État. Il y a quelques semaines, l’hebdomadaire Le Point titrait en première page : «Claude Guéant, l’homme le plus puissant de France ?» Cet homme est au cœur de la politique conduite par le gouvernement le plus réactionnaire que la France a connu depuis la Libération. Son influence est telle qu’il se permet de morigéner les ministres lorsque ceux ci se hasardent à s’éloigner de la ligne tracée par le président de la République. Notons au passage que le fils de cet éminent policier est membre du cabinet de la ministre de la Justice, Rachida Dati…

Qui pourrait affirmer que ce policier de formation, arrivé au sommet de l’État sans le moindre mandat électif, soit vraiment attaché aux idéaux démocratiques et aux valeurs républicaines ?

Qui oserait dire que Claude Guéant a coupé ses liens avec les réseaux policiers qu’il a lui-même activé lorsqu’il pointait au ministère de l’Intérieur ? Comment ne pas envisager que ce maître policier ne soit pas — pour partie — l’inspirateur de la politique répressive conduite par l’actuel gouvernement ? Il est évident que le duo qui préside désormais aux destinées de la France — un policier de cœur et un professionnel de la police — ne peut que satisfaire l’armée des petites casquettes qui prétend protéger les libertés publiques !

Maurice RAJSFUS
Que fait la police ? no 15, décembre 2007
Bulletin d’information anti-autoritaire
Samedi 1 décembre 2007

 


Institut d’études politiques de Grenoble, le 29 novembre 2007
Jeudi 29 novembre 2007
undefinedMême si Résistons Ensemble est né en 2002, il est difficile de ne pas faire démarrer ce petit récapitulatif des dernières lois sécuritaires en novembre 2001, date de la publication de la Loi de Sécurité Quotidienne (LSQ), votée par un parlement à majorité socialiste. C’est en effet sous le règne du PS, en exploitant l’hystérie anti-terroriste, qu’a été amorcée l’offensive législative qui s’est ensuite traduite par les lois dites Perben I (Loi d’orientation et de programmation pour la justice, septembre 2002), LSI (Loi sur la Sécurité Intérieure, mars 2003), Perben II (Loi d’adaptation de la justice aux évolutions de la criminalité, mars 2004), loi de prévention de la délinquance (mars 2007) et dernièrement loi renforçant la lutte contre la récidive des majeurs et des mineurs.

Ces différents textes, qu’ils prétendent cibler Al Qaida ou les vols à la tire, en passant par le grand banditisme, les réseaux pédophiles et les troubles de voisinages, présentent des lignes directrices communes.

Ils ont d’abord une fonction idéologique : faire rentrer toutes les manifestations de problèmes économiques, sociaux, politiques ou culturels dans le champ de la délinquance ou de la criminalité, en créant de nouveaux délits et en stigmatisant des populations (jeunes des quartiers populaires, prostituées, SDF, familles immigrées, etc.). L’insécurité étant un thème politiquement porteur, et bénéficiant de fréquentes campagnes médiatiques, une stratégie politicienne bien comprise se doit de l’entretenir autant que de la combattre.


l) Tout le pouvoir aux flics
Les moyens du contrôle


LSQ :

> La fouille des véhicules devient possible (dans le cadre d’enquêtes liées au terrorisme et aux trafics d’armes ou de stupéfiants), même en l’absence du propriétaire.
> Obligation en cas de demande de fournir ses clés de cryptage informatique sous peine de 2 ans de prison et 30.000€ d’amende.
> Les bases de données numériques des opérateurs sont accessibles aux services de renseignements pendant un an.
> Possibilité d’accusation anonyme pour les crimes et délits passibles de plus de 5 ans de prison.
> Élargissement du domaine du fichier national des empreintes génétiques (FNAEG), conservées 40 ans, à de nombreuses infractions : vol par effraction, détention de stupéfiant, etc. Pénalisation du refus : 6 mois de prison et 7.500€ d’amende.

Perben I :

> Remise en cause de la présomption d’innocence : généralisation de la détention provisoire.
> Témoignage anonyme possible pour presque tous les délits.
> Généralisation des comparutions immédiates.
> Création de 7.000 nouvelles places de prison, doublement des places en quartier pour mineurs, création de 4.000 postes dans l’administration pénitentiaire.
> Création de Centres Éducatifs Fermés (CEF) pour mineur à partir de 13 ans.
> Création de 3.300 postes de juges de proximités.
> Condamnation pénale possible à partir de 10 ans.

LSI :

> Fichage génétique élargi à presque tous les délits.
> Cadrage législatif du Fichier de Traitement des Infractions Constatées (STIC, créé en juillet 2001). Les flics peuvent conserver et utiliser des données personnelles (y compris sur les «victimes» d’infraction).
> Création d’une réserve civile de la police nationale.
> Pour contrôler l’identité d’une personne, il ne faut plus un «indice» mais une «raison plausible de soupçonner».
> Extension de la possibilité de fouille des véhicules aux enquêtes pour vol et recel, ou s’il y a une «raison plausible de soupçonner» que le conducteur ou un passager a commis un crime ou un délit flagrant, ou encore avec l’accord du conducteur ou l’autorisation spéciale du procureur.
> Possibilité de copie des données informatiques lors d’une perquisition, y compris des données qui sont stockées ailleurs si elles sont accessibles depuis le système du lieu perquisitionné (en accord avec les traités internationaux si elles sont stockées à l’étranger).
> Les flics ne sont plus obligés de mentionner à une personne en garde à vue qu’elle a «le choix de faire des déclarations, de répondre aux questions posées ou de se taire».

Perben II :

> Procédure contre la «délinquance et la criminalité organisée» : création de la notion de «bande organisée», circonstance aggravante pour un certain nombre d’infractions, et qui justifie de nouveaux pouvoirs pour les flics : garde à vue prolongée de 48 heures à 96 heures, perquisitions de nuit, espionnage au domicile des suspects, infiltration de la «bande organisée», rémunération des indics, instauration d’un statut de «repenti»…
De nombreuses infractions tombent sous le coup de cette loi (par exemple « l’aide à l’entrée, à la circulation et au séjour irrégulier d’un étranger en France»), mais pas celles de types économiques ou financières…
> Procédure du plaider coupable («comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité») : dans le cas des délits encourant jusqu’à un an de prison, cette procédure permet d’être condamné sans comparaître devant un tribunal.

Prévention délinquance :

> Le procureur de la République a désormais un rôle de prévention de la délinquance, en plus de sa fonction répressive. Cette loi introduit donc dans le code de procédure pénale la possibilité pour la justice d’intervenir avant qu’une infraction soit commise…
> Ajout du délit d’escroquerie en bande organisée à la procédure contre la criminalité et la délinquance organisées (Perben II).
> Création du Service Volontaire Citoyen de la Police Nationale.
> Les flics peuvent désormais, avec l’autorisation du procureur ou d’un juge d’instruction, acheter ou aider à l’achat de stupéfiant dans le cadre de leur enquête (mais l’incitation restent interdite).
> Composition pénale possible pour mineurs, tout comme la «présentation immédiate» devant le juge.
> Possibilité de prendre même peine qu’un adulte pour les plus de 16 ans.
> Enregistrement des communications passées par les prisonniers (sauf avec leur avocat).
> Les Travaux d’Intérêt Général peuvent être effectués pour le compte d’une personne morale de droit privé avec mission de service public (et plus uniquement pour des entités de droit public).

Loi sur la récidive :
> Instauration de peines plancher (un tiers de la peine encourue si elle est supérieure ou égale à 3 ans, arrondi à l’année supérieure). Pour échapper à ces peines plancher, il faut présenter des «garanties d’insertion ou de réinsertion». Dans le cas des délits avec violences ou puni de 10 ans, ainsi qu’en cas de multi-récidive, ces garanties doivent être «exceptionnelles » pour échapper à la peine plancher.
> Possibilité d’abandon de la diminution de peine acquise aux mineurs, s’ils ont plus de 16 ans, lorsqu’ils ont commis un crime ou un délit de violence en récidive, ou «si les circonstances de l’espèce ou la personnalité du mineur le justifient». En cas de multi-récidive pour violence, cette possibilité devient la règle.
> Le «suivi socio-judiciaire» s’accompagne désormais d’une injonction de soin (sauf exceptions). Le condamné peut refuser le traitement, mais voit alors tomber son sursis mise à l’épreuve ou ses possibilités de liberté conditionnelle.

ll) La révolte est bien un crime
Le retour des lois anticasseurs

LSI:

> Création du délit d’outrage au drapeau ou à l’hymne français (jusqu’à 6 mois de prison s’il est commis en réunion).
> Menace à représentants de l’ordre (flics, juges, matons, etc.). 2 ans d’emprisonnement, 30.000€ d’amende ; 5 ans, 75.000€ pour les menaces de mort ; 10 ans et 150.000€ si les menaces sont destinées à obtenir une contrepartie.

Perben II :

Bientôt une jurisprudence pour qualifier les manifs de «bande organisée» ?

Prévention délinquance :
> Création de la circonstance aggravante de guet-apens : les violences sur agents des forces de l’ordre ou les pompiers commises en bande organisée ou avec guet-apens (cf. définition embuscade) deviennent un crime si les victimes ont une ITT de plus de 8 jours : de 15 à 30 ans de réclusion criminelle. Sinon, 10 ans et 150.000€ d’amende.
> Création du délit d’embuscade : 5 ans, 75.000€ ; 7 ans et 100.000€ si en réunion.
> Mais attention, si on réussit son embuscade, on passe dans la catégorie «violence avec guet-apens», cf. ci-dessus…
> Doublement des peines pour rébellion : 1 an, 15.000€ (double si réunion). Pour rébellion armée, on passe de 3 à 5 ans, et de 45.000€ à 75.000€ (double si réunion).
> La provocation à la rébellion (par tout moyen, presse, affiche, cri, etc.) est désormais passible de prison (2 mois), (plus amende de 7.500€). Les mêmes règles que pour les délits de presse s’appliquent pour déterminer les responsables (le responsable de la publication d’un site internet peut donc être inquiété).
> 5 ans, 75.000€ (10 ans, 500.000€ en bande organisée) pour détention ou transport de substances ou produits incendiaires ou explosifs, s’il y a des «preuves» qu’ils sont destinés à la réalisation d’engins incendiaires/explosifs. S’il n’y a pas de telle preuve, mais que les personnes mises en cause n’ont pas de «motifs légitimes» pour la détention : 1 an et 15.000€ (y compris pour autres éléments et substances pouvant être utilisés pour fabrication d’engin explosif/incendiaire, en cas d’interdiction par arrêté préfectoral).
> La perturbation du trafic ferroviaire par tout moyen, et notamment telle qu’elle a été pratiquée pendant la lutte dite «anti-CPE», est passible de 6 mois de prison.

lll) Guerre totale contre la Délinquance
Des flics et des voyous dans chaque sphère de la société

LSQ :

> Des vigiles, personnels de sécurités ou de transport de fond, agréés par le préfet et le procureur, peuvent fouiller les bagages et les personnes sans la présence d’un officier de police.
> Consultation des fichiers informatiques de données personnelles à caractère judiciaire rendue possible dans le cadre d’enquête administrative.
> Les rassemblements musicaux doivent être soumis à déclaration préalable à la préfecture.
> Création du délit de fraude par habitude: 6 mois et 7.500€ pour 10 contraventions sur une période de 12 mois.
> Possibilité pour les propriétaires ou exploitants d’immeubles de faire appel à la police en cas d’occupation des parties commune.

LSI :

> L’occupation de hall d’immeuble devient passible de 2 mois de prison et 3.750€ d’amende.
> Création du délit de mendicité agressive. 6 mois et 3.750€.
> Possibilité de faire fermer par arrêté préfectoral les bars et sandwicheries qui causent un trouble à l’ordre public.
> Création du délit de racolage passif. 2 mois et 3.750€.
> Création du délit d’installation sur un terrain privé. 6 mois d’emprisonnement, suspension du permis, confiscation des véhicules non destinés à l’habitation).
> 1 an et 15.000€ pour les parloirs sauvages.
Le chapitre le plus important de la LSI est consacré au cadrage législatif des activités des entreprises privées de sécurités…

Prévention délinquance :

> Le maire est chargé de coordonner la politique de prévention de la délinquance impulsée par le préfet. Il peut mobiliser les services du conseil général (travailleurs sociaux), notamment au sein des conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance.
> Les autorités régissant les transports en commun sont mobilisées.
> Les travailleurs sociaux doivent «partager» le secret professionnel, entre eux et avec le maire et le président du conseil général.
> Création du Conseil pour les droits et devoirs des familles, sous l’autorité du maire, chargé de «l’accompagnement parental» des familles dont les enfants sont susceptibles de devenir délinquants.
> Les parents de mineurs délinquants peuvent être condamnés à des stages de responsabilités parentales pour de nombreuses infractions.
> Création de fichier automatisé des absences dans l’Éducation nationale, sur la base duquel le maire peut prononcer des sanctions.
> Urbanisme sécuritaire : obligation d’une étude de sécurité publique, dont l’avis est déterminant, pour certains types de construction. Cette étude n’est pas communicable aux «citoyens».
> Un bail peut désormais être résilié par le bailleur si «le preneur n’use pas de la chose louée en bon père de famille» (sic). Dans la qualification des nuisances au voisinage, le «bruit» devient les «troubles», sans plus de précision, et les propriétaires peuvent et doivent faire cesser les fauteurs de troubles.
> Expropriation des locaux commerciaux «délabrés » si pas de rénovation du propriétaire (disposition en appui aux politiques de destruction des commerces de quartier, souvent appelés «communautaires», au profit de centres commerciaux aseptisés).
> L’occupation de hall d’immeuble quand elle est accompagnée de voies de fait ou de menaces est désormais passible de 6 mois de prison et 7.500€ d’amende.
> Renforcement de la législation sur les chiens d’attaque et de défense (6 mois de prison).
> Renforcement du contrôle des gens du voyage.
> Les hébergeurs de sites internet et fournisseurs d’accès doivent participer à la lutte contre la diffusion d’incitation à la violence (disposition visant directement les blogs d’adolescents diffusant des appels à affronter les flics).
> Le fait de filmer des violences est un acte de complicité, qui fait encourir la même peine que l’auteur de l’infraction (sauf si on est journaliste ou que l’enregistrement est destiné à servir de preuve en justice). La diffusion de ces images est passible de 5 ans et 75.000€.
> Pour consommation de stupéfiants (et incitation à la consommation) on peut désormais être tenu de suivre un «stage de sensibilisation». L’incitation est passible de 7 ans, 100.000€ si elle s’effectue à proximité d’un établissement d’enseignement.
> Les stages de sensibilisation et injonctions thérapeutiques liés aux stupéfiants sont rendus possibles en composition pénale.
> La procédure judiciaire simplifiée est applicable pour la consommation de stupéfiants.

Jeudi 29 novembre 2007

 

Samedi 17 novembre 2007
On a toujours raison de se révolter !

Mardi 13 novembre, vers 20 heures 30, suite à une manifestation dans l’après-midi, nous Mathilde Barthélemy et Antoine Bureau avons été arrêtés par les policiers de la Brigade anti-criminalité (BAC). Deux policiers déguisés en civil, sans brassard ni autre signe distinctif, nous ont appréhendés violemment dans la rue alors que nous montions dans notre véhicule.

Pendant qu’un des policiers me menottait, une autre notifiait à Mathilde de ne pas bouger. J’ai tenté à ce moment de signaler de vive-voix aux passants mon arrestation avant d’être étranglé, aveuglé et insulté par le policier. Pendant ces quelques secondes, Mathilde a souhaité elle aussi signaler mon interpellation en disant : «À l’arrestation !» La policière a rétorqué : «Ta gueule salope !», elle l’a giflée, étranglée puis ceinturée pour la menotter sur la voiture de police. Des étudiants alertés sont arrivés sur les lieux des interpellations en criant «Police partout ! Justice nulle part !»

Sorti de la voiture tiré par mon écharpe, le policier m’a projeté contre le chambranle de la porte d’entrée du commissariat en me disant : «T’es con, c’’est tout neuf !» Ensuite j’ai traversé le couloir entre les policiers en tenue anti-émeute qui lançaient à leur collègue : «Il n’est pas assez abîmé.» Derrière leur casque ils lancent un «Libérez nos camarades» en rigolant et en frappant sur leur bouclier avec leur matraque. Celui qui me traîne dit aux autres que je pue. Un gradé en cravate renchérit : «Qui pue à l’extérieur pue à l'intérieur.»

Dehors, six cars de CRS stationnent. Ils «maintiendront l’ordre» lors d’un rassemblement de solidarité quelques minutes plus tard.

Moi, Mathilde, suis arrivée peu de temps après Antoine au poste. Je suis sortie de la voiture et me suis faite pousser en avant par la policière de la BAC qui me disait : «T’avais qu’à pas l’ouvrir». Les policiers en tenue anti-émeute qui se tenaient devant l’entrée du commissariat ont lancé à mon passage «Reste mignonne». Je suis ainsi entrée, remarquant au passage Antoine qui était humilié verbalement dans la salle d’alcootest. La policière m’a entraînée jusqu’à une cellule d’isolement pour me faire déshabiller et procéder à ma fouille. Une fois cela fait, elle m’a mise en cellule de garde-à-vue.

Les conditions de garde-à-vue

La cellule fait environ 3 mètres sur 2. Nous avons été respectivement trois au maximum dans cette surface de misère. Il n’y fait ni jour, ni nuit. En permanence, un spot éclaire la cellule sous l’œil d’une caméra. Les murs sont maculés de traces de sang, de merde, de pisse et de vomi. L’odeur est à la limite du soutenable. Quand il y en a, les couvertures qui puent couvrent à peine du froid et des courants d’air. Le manque d’hygiène des toilettes est insupportable.

C'est un lieu d’humiliations et de violences concentrées dans les cris, les coups de matraques et ceux qui frappent contre les portes. Une jeune femme enceinte de 7 mois et demi restera dans ces conditions toute la journée de mercredi à nos côtés.

Après une audition dans la nuit, je suis sortie au bout de 20 heures de garde-à-vue avec une convocation au tribunal correctionnel de Tours pour le 9 avril 2008 à 9 heures. On m’inculpe de rébellion avec violences, alors que c’est moi qui les ai subies.

Quand à moi (Antoine), ma garde-à-vue à été prolongée à 20 heures le mercredi soir. Depuis 24 heures, je suis inculpé de violences volontaires sur un officier de police lors de la manifestation de la veille. J’ai été auditionné à 4 reprises, dont 2 fois au cours de la nuit. La prolongation a été totalement arbitraire et visait uniquement à continuer la répression d’un militant politique. Les enquêteurs se sont acharnés à me mettre en examen. Ils ont été jusqu’à faire appel à la police scientifique pour scanner les semelles de mes chaussures pour prouver qu’elles avaient bien piétiné l’uniforme de la «victime». Sans résultat… Je suis sorti le lendemain midi, après 39 heures au trou, sans convocation devant la justice. Malgré tout, le procureur peut donner des suites judiciaires à tout moment. Je reste sous sa menace, bien qu’en 39 heures il n’a pu déterminer aucune charge.

Au cours de notre garde-à-vue, la police a annoncé que Mathilde était libre. C’était faux, et pourtant certains syndicats ont répandu la fausse information. De la même manière, les journalistes de La Nouvelle République ont annoncé notre libération alors que l’un de nous restait encore en cellule. Les journalistes sont la voix de la Police, nous dénonçons cette collusion !

Nous dénonçons la violence policière !
Nous dénonçons fermement ces conditions de détention indignes !
Nous exigeons l’arrêt des interpellations des militantes et des militants politiques !
Nous dénonçons la criminalisation des mouvements sociaux. Face à la répression sociale, nous appelons à une riposte politique.

Nous exigeons l’arrêt immédiat des poursuites contre Mathilde ! Nous appelons, dans le cas où la justice tienne la barre, à un rassemblement de soutien à Mathilde le 9 avril 2008 dès 8 heures 30 devant le Palais de Justice de Tours. En solidarité, nous appelons à signer la pétition en notre soutien.

Quand manifester est devenu un délit, se révolter contre l’État policier est devenu un droit, et un devoir essentiel.

Tours, le 17 novembre 2007
Mathilde BARTHÉLÉMY et Antoine BUREAU
 
Jeudi 8 novembre 2007
Des bouteilles de gaz avec des clous retrouvées à Aulnay-sous-Bois

undefined Dans la cité de l’Europe, à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), où des incidents opposent jeunes et forces de l’ordre depuis quatre nuits, les policiers ont découvert, samedi 3 novembre, deux bouteilles de gaz autour desquelles avaient été scotchées des boîtes contenant des clous. Ces engins explosifs ont été qualifiés d’«artisanaux» par la police, qui s’inquiète néanmoins d’«une volonté de blesser très préoccupante».

Le quartier est sous tension depuis l’accident dont ont été victimes, vendredi 2 novembre, deux jeunes, dont l’un issu du quartier, poursuivis par la police sur l’autoroute A1. L’un d’eux se trouve dans le coma depuis l’accident. Les premiers heurts ont éclaté vendredi soir, avec une voiture incendiée au milieu de la chaussée puis des feux de poubelles. Samedi, des individus ont tenté d’incendier un boîtier EDF, ont lancé des pierres sur les policiers et les pompiers puis s’en sont pris aux voitures bloquées sur la route voisine, agressant des conducteurs et dégradant une douzaine de véhicules. Un jeune homme a foncé sur un policier à bord d’une voiture volée. En cherchant à interpeller les auteurs des violences, les forces de l’ordre ont découvert les deux premières bouteilles de gaz.

D’autres incidents ont eu lieu dimanche 4, avec la découverte d’une troisième bouteille de gaz placée dans une poubelle qui venait d’être incendiée. Puis lundi soir, avec le jet de plusieurs cocktails Molotov en direction des forces de l’ordre. «Les incidents sont récurrents mais localisés», souligne David Skuli, directeur départemental de la sécurité publique. Sept majeurs et mineurs ont été interpellés. Six ont été déférés à l’issue de leur garde à vue. Le parquet de Bobigny a ouvert une information judiciaire, notamment pour «fabrication d’engin explosif», «tentative d’homicide contre une personne dépositaire de l’autorité publique» et «participation à un attroupement armé».

Luc Bronner
Le Monde, 8 novembre 2007
Jeudi 11 octobre 2007
Tirs assourdissants, lacrymogènes et balles caoutchoutées gueulés comme grêle dans la rue ; calomnies, délations et délires lancés à tir tendu dans la presse. Depuis la manif contre l’UDC à Berne, on peut juger la division du travail répressif à ses actes. Face à de tels stratèges du maintien de l’ordre, force nous est de constater que, si la subversion est sensiblement moins armée, elle est heureusement bien moins conne.


Qui sont les Black Blocks qui sévissent en Suisse ?
Les casseurs qui sévissent aux quatre coins de la Suisse constituent un mouvement organisé et hiérarchisé, dont le nombre de membres est en constante augmentation.

qui-sont-les-black-blocks.jpg
Ils auront fait parler d’eux trois fois en septante jours. Après un passage par Genève et Lausanne, les casseurs gauchistes dits du «Black Block» ont déferlé à Berne, samedi dernier. Mêmes scènes de combat, mêmes équipements, mêmes stratégies : les rassemblements de casseurs sont devenus des rituels bien rodés.

Qui se cache sous les cagoules ? Qui s’habille en noir ? Des «soldats» commandés par un groupuscule de «vieux révolutionnaires professionnels», affirment les experts des services de renseignements. Une foule totalement hétéroclite allant du redskin au squatter écolo, ajoutent les connaisseurs du milieu.

Premier enseignement : les assauts des Black Blocks sont la plupart du temps méthodiquement organisés. Il n’y paraît pas toujours, mais des têtes pensantes préparent bel et bien, en coulisses, les actions à mener. Le Service d’analyse et de prévention (SAP) de l’Office fédéral de la police décrit quatre échelons hiérarchiques d’activistes.

53230.jpg
Des chefs âgés de plus de 50 ans
Un «commandement» — constitué d’une douzaine de militants basés à Zurich et regroupés dans un mouvement appelé «Reconstruction révolutionnaire» — officie comme éminence grise. Activistes de la première heure, âgés de plus de 50 ans, ils conservent des liens avec plusieurs groupes terroristes européens. «Ils ne prennent jamais de risque en quittant toujours les lieux de la manifestation lorsque les violences commencent», note Jürg Bühler, vice-chef du SAP.

La Coordination anti-OMC sise à Berne joue parfois aussi ce rôle de direction des Black Blocks. Les idéologues délèguent à un «noyau» d’une centaine de militants l’organisation du déploiement des forces sur le terrain. Ces «cadres opérationnels» communiquent les plans adoptés — l’heure à laquelle certains Black Blocks devaient se retrouver face au cortège de l’UDC, par exemple — par Internet et via SMS. Ils sont eux-mêmes aux commandes d’un «réseau de connaissances personnelles», divisé en deux catégories d’activistes plus ou moins politisés de toute la Suisse, souvent très jeunes. «Âgés en général d’une vingtaine d’années, ces activistes servent de soldats qu’on fait descendre dans la rue», explique Jürg Bühler. En mai dernier, le SAP estimait à 2000 le nombre de Black Blocks mobilisables en Suisse. Ils étaient seulement 850 il y a trois ans.

Qui sont ces soldats adeptes des cocktails Molotov et des vitrines brisées ? C’est le deuxième enseignement : on trouve de tout au sein des Black Blocks. «Aujourd’hui, tous les genres — punks anarchistes, redskins, squatters — sont mélangés», constate Sandro*, 35 ans, un ancien du milieu rock alternatif lausannois. Un coup d’œil à l’habillement des casseurs le prouve. Derrière une apparence uniforme de veste à capuchon noire, une kyrielle de codes vestimentaires apparaît. Seul dénominateur commun pour la majorité de ces gauchistes violents : un leitmotiv antiraciste, antifasciste voire antiglobalisation. «Mais il y a aussi des jeunes qui n’en ont rien à foutre de la politique», nuance Juliane*, une ex-squatteuse avec plusieurs manifestations à son actif. Un constat corroboré par la police bernoise. «Entre 50 et 60 casseurs sont venus sans idéologie politique, comme ils iraient en forêt pour se défouler sur des arbres», observe le commandant Jürg Gabi. Parmi les 42 personnes interpellées à Berne, on trouve deux Vaudois (d’Yverdon et de Tannay). Un seul étranger a été arrêté, un Français.

À l’avenir, les forces de l’ordre sont préparées à devoir gérer un front Black Block de plus en plus important. «Même si, tempère le vice-chef du SAP, Jürg Bühler, il n’est pas assez influent ou puissant pour menacer la société suisse.» Rassurant ?

* Prénoms fictifs

Grégoire Duruz & Vincent Donzé, Le Matin, 8 octobre 2007


53253.jpg

L’amie des terroristes à été repérée à Berne
La militante Andrea Stauffacher, 58 ans, qui appartiendrait au «commandement» du Black Block, était samedi à la manif contre l’UDC. Elle est connue pour avoir côtoyé des terroristes.

l-amie-des-terroristes.jpgAndrea Stauffacher (ici lors de la manif du 1er mai 2004 à Zurich)
compte parmi les plus anciennes activistes d’extrême gauche en Suisse.

Des témoignages sont formels : Andrea Stauffacher, 58 ans, l’égérie zurichoise du Black Block, était présente lors des manifs qui ont dégénéré à Berne samedi dernier. Elle compte parmi les plus anciennes activistes de l’extrême gauche.

Sa présence se remarque pratiquement à chaque manif du 1er Mai qui suit le cortège officiel à Zurich, où l’on reconnaît l’ancienne pédagogue sociale à son éternel mégaphone. Mais le parcours de celle qui fut longtemps l’assistante de Me Bernard Rambert, avocat zurichois de nombreux terroristes, croise aussi des activistes plus violents que les casseurs du Black Block. On signale sa présence dans le sillage de l’ETA et elle a été soupçonnée au début de l’année d’appartenir à une cellule terroriste italienne, les Nouvelles Brigades rouges.

Elle donnait des cours aux Nouvelles Brigades rouges
Dans ce contexte, une perquisition a été effectuée à son domicile après la découverte d’un véritable arsenal dans le nord de l’Italie. D’après un juge informateur milanais, Andrea Stauffacher dispensait des cours pour permettre aux activistes de déjouer toute surveillance lors de leurs échanges d’informations électroniques. Andrea Stauffacher a déjà dû tâter de la prison pour sa participation répétée à des manifestations interdites qui avaient dégénéré. On la retrouve aussi dans le sillage de Marco Camenisch, «l’éco-terroriste» condamné à 17 ans de prison pour le meurtre d’un douanier.

Andrea Stauffacher appartiendrait à un «commandement» constitué d’une douzaine de militants basés à Zurich et qui ont tous dépassé la cinquantaine. Ce sont eux qui tireraient les ficelles des manifs violentes qui se sont déroulées récemment à Genève, à Lausanne et à Berne.


Victor Fingal, Le Matin, 9 octobre 2007


53258.jpg

«
Le Black Block est un pôle hétéroclite»
Jürg Bühler, du Service d’analyse et de prévention de l’Office fédéral de la police, évalue le danger des émeutiers de Berne.

Le Temps : Qui retrouve-t-on sous la dénomination Black Block ?
Jürg Bühler : Le Black Block n’est pas une organisation avec une hiérarchie identifiable, mais un pôle d’action hétéroclite qui se forme au gré des manifestations. Selon le rapport de l’extrémisme 2004, le Black Block est composé d’environ 850 activistes d’un âge moyen d’une vingtaine d’années. Ils proviennent de tous les milieux sociaux et de toute la Suisse. Le Black Block se divise en quatre cercles concentriques. Le noyau central est composé d’une cinquantaine de leaders de mouvements d’extrême gauche. Le second cercle réunit une centaine d’activistes qui appartiennent à des groupuscules d’idéologies anarchiste ou autonome. L’avant-dernier cercle compte plus de 700 activistes militants dont seuls quelques-uns affichent encore une appartenance politique. Enfin, le dernier cercle rassemble une centaine de sympathisants apolitiques qui s’organisent en fonction des événements et qui sont enclins à la violence. Aujourd’hui, le potentiel de mobilisation des extrémistes de gauche violents est estimé à 2000 personnes.

— Existe-t-il également une mobilisation internationale ?
— Cette tendance s’est plutôt inversée. Une forte mobilisation anti-G8 ou anti-Davos a existé. Pour le rassemblement contre l’UDC, on a plutôt affaire à une mobilisation nationale. Les quelques étrangers présents sont des personnes qui résident en Suisse.

— Pourquoi certains leaders n’ont-ils pas encore été interpellés ?
— Nous savons que quelques membres dirigeants d’organisations du Revolutionärer Aufbau (ndlr : édification révolutionnaire) à Zurich organisent les contacts. Ils jouent le rôle de rassembleurs mais ne participent plus aux violences. Pour cette raison, il est difficile de prouver formellement, dans une procédure pénale, leur lien direct entre leurs appels et les débordements.

53310.png
— Sans une hiérarchie claire, comment ces jeunes parviennent-ils à se rassembler et s’organiser ?
— Essentiellement grâce aux moyens modernes de communication qui pallient l’absence de leader durant les manifestations. Internet joue un rôle important pour faciliter la mobilisation de ces jeunes. Au travers d’Internet circulent aussi les techniques modernes de luttes et les comportements à adopter avec la police. Les Natel constituent un autre moyen de s’informer rapidement durant les actions. Ces jeunes ont aussi des points de ralliement tout indiqués avec les espaces autogérés ou les squats. La Reitschule à Berne joue ce rôle.

— N’avez-vous pas le moyen de contrôler ces sites ?
— Nous n'avons pas toujours la possibilité de nous introduire dans les sites en raison de leurs mesures de sécurité et de leurs espaces réservés. Mais nous tâchons d’établir le potentiel de mobilisation lors d’événements annoncés en nous connectant. Nous transmettons ces données aux autorités locales qui décident ensuite des mesures à déployer.

— Dans le cas de Berne, aviez-vous évalué le potentiel de rassemblement ?
— Nous avons a peu près établi l’ampleur du rassemblement, mais l’évaluation des actions violentes qui se produisent dans le cours des événements reste difficile à évaluer.


Philippe Miauton, Le Temps, 9 octobre 2007


53311.png

Point de vue policier
Après les heurts de samedi à Berne et alors que «Le mouton noir» s’explique, la Berner Zeitung propose jeudi un point de vue encore inédit, celui d’un policier bernois, qui souhaite s’expliquer, sous couvert d’anonymat.

Dans un e-mail envoyé à la rédaction du quotidien bernois, il dit avoir eu honte de porter l’uniforme, que ce qui s’est passé mérite bien le terme de débâcle et que sa direction a échoué.

Il accuse aussi les médias d’avoir joué un rôle important dans la tournure qu’ont pris les événements. Selon lui, la présence des nombreux journalistes, photographes et caméramen a eu pour effet de paralyser l’action des forces de l’ordre. Pour ne pas passer pour des brutes, leurs supérieurs préfèrent donner l’ordre de laisser faire, dit-il. La faute, selon lui, à une presse qui est depuis des années critique à l’égard des corps de polices.

Mais les journalistes, au lieu de donner des leçons, devraient une fois aller au front, dit-il pour savoir ce que c’est de maîtriser des manifestations qui tournent au chaos. Peut-être qu’après ça on lirait moins souvent des titres où la police est décrite comme violente et brutale.


TSR, 11 octobre 2007

«Unsere Führung hat völlig versagt»
Ein Polizist* hat sich per E-Mail auf der Redaktion gemeldet. Er stand den Chaoten in Berns Gassen gegenüber und kritisiert die Polizeitaktik. Aber auch die Rolle der Medien, die seit Jahren auf der Polizei herumhacken.

«Als Polizist war ich am letzten Samstag ebenfalls beteiligt an diesem Debakel. Ich habe mich zwischenzeitlich geschämt, diese Uniform zu tragen. Obwohl ich an vorderster Front keinen Einfluss auf die Geschehnisse um mich herum nehmen konnte. Unsere Führung hat völlig versagt. Vieles wurde falsch gemacht. Aus-reden zwecklos! Dieses Schön-reden wurde auch von der Mannschaft aufs Schärfste kritisiert.

Jedoch haben auch die Medien das Nötige zu diesem Debakel beigetragen. Einerseits wurde der 6.Oktober in der Presse dermassen breitgeschlagen, dass schliesslich auch der hinterletzte Chaot und Schulhofterrorist Kenntnis davon genommen hatte. Andererseits ist es beängstigend, wie sich die Polizei durch die starke Medienpräsenz beeinflussen lässt. Im Vorfeld wurde mehrmals durch die Einsatzleitung darauf aufmerksam gemacht, dass auf Grund der vielen Kameras äusserste Zurückhaltung geboten sei. So musste zum Beispiel meine Gruppe erst einmal einen viertelstündigen Pflasterstein- und Bierflaschenhagel ertragen, bis wir endlich Mittel einsetzen durften. Dies ist klar das Ergebnis einer jahrelangen Anti-Polizei-Berichterstattung durch die Medien. Dies kommt nicht von irgendwo her.

Wie oft wurde die Polizei schon von Journalisten in der Luft zerrissen, als sie entschiedener gegen Chaoten vorgegangen war? Wie oft wurde der Polizei in den vergangen Jahren medial den Rücken gestärkt? Gewisse Journalisten sollten einmal in einen Grenadieranzug gesteckt und an die Front gestellt werden. Sie würden feststellen, dass sich ein Chaot nicht einfach durch «gut zureden» festnehmen lässt. Hier muss gekämpft und Gewalt angewendet werden. Es ist logisch, dass solche Bilder für Aussenstehende stossend wirken.

«Brutal» und «unverhältnismässig» steht dann jeweils auf den Titelseiten. Dazu die passende Sekundenaufnahme mit einem schreienden Demonstranten, der gerade von zwei Polizisten in unbequemer Lage arretiert wird. Dass dieser fünf Minuten zuvor faustgrosse Steine auf Menschen geworfen hat, zeigt niemand. Ergo wird sich auch in Zukunft kein Polizist die Finger verbrennen wollen, solange die politischen und medialen Rückhalte fehlen. Wer will schon am nächsten Tage eine Beschwerde und ein Heer von Anwälten am Hals haben, nur weil er einen Randalierer ein wenig härter angefasst hat? Daniele Jenni lässt grüssen. Wieso darf die Polizei diesem Pack nicht in der Sprache antworten, die es versteht?»


*Name der Redaktion bekannt.

Berner Zeitung, 11 octobre 2007


Voir aussi,
Berne, six octobre deux mille sept
Knockin’ on heaven’s door
L’UDC, capitalisme total et guerre sociale
Paroles de flics
Mardi 9 octobre 2007
La police va expérimenter des «avions sans pilote» pour surveiller des zones «sensibles»

Un avion sans pilote dans le ciel des zones «sensibles» : la police va tester dès décembre l’utilisation d’un drone, l’une des attractions du salon Milipol qui s’ouvre demain à Paris.

C’est une recrue de choix pour la police : Elsa, pour «engin léger de surveillance aérienne», va intégrer les rangs des forces de l’ordre en décembre prochain. Un drone de 600 grammes, un mètre d’envergure, 30 minutes d’autonomie en vol. Muni de sa caméra embarquée à visée infrarouge, Elsa pourra, de jour comme de nuit, survoler rassemblements et manifestations, venir en aide aux forces de l’ordre en cas de violences urbaines ou encore recueillir des informations avant une intervention délicate du GIGN ou du GIPN. Michèle Alliot-Marie découvrira l’engin demain au salon Milipol (Mondial de la sécurité intérieure des états), le grand supermarché de la police, à Paris-Expo porte de Versailles.

Les premiers drones («bourdons» en français) ont été testés par l’armée allemande dès 1938. Puis par les Américains pendant la guerre du Vietnam. Mais ce sont les Israéliens qui les ont utilisés pour la première fois en opération il y a une quinzaine d’années. Aussi, sur le plan symbolique, l’usage civil de ces engins militaires n’est pas anodin. Des dizaines de drones sont déjà pourtant en service en France. Mais pas dans la police. Pour le contrôle du trafic routier ou encore le relais de transmissions. En Belgique, aux États-Unis et en Grande-Bretagne, la police a mis en service ses premiers drones. Scotland Yard réfléchit d’ailleurs d’ores et déjà à un système d’armement embarqué. Ce type de surveillance automatisée pourrait donc devenir rapidement la norme en matière de police urbaine. À l’heure actuelle, plus de 250 entreprises fabriquent des drones dans une cinquantaine de pays.

Maire-Info, 8 octobre 2007
_bug_fck
Jeudi 4 octobre 2007
Toujours prêt à venir représenter la «gauche radicale» dans les médias, le philosophe Michel Onfray se définit comme «libertaire». Mais les libertaires ont-ils à gagner d’un tel «représentant» ?
544uv1.png«Voilà un libertaire !» [«Les vacances d’Onfray et Sarkozy», Le Plan B no 7, avril-mai 2007, p. 7] C’est à Nicolas Sarkozy que Michel Onfray a adressé ce compliment, lors d’un entretien très cordial organisé par Philosophie Magazine au ministère de l’Intérieur. Quelqu’un capable d’associer l’adjectif «libertaire» à Sarkozy a, convenons-en, une définition extrêmement extensive du concept ! Et effectivement, le «libertaire» Onfray proclame des opinions bien éloignées de l’anarchisme.

«Moi, je suis capitaliste, clame-t-il, pour le capitalisme, je pense qu’effectivement la propriété privée est tout à fait défendable.» [Réplique à un auditeur sur France Inter] Il adore le caractère monarchique de la Ve République : «Je défends la Constitution de 1958. Je suis gaullien, “gaullo-gauchiste” aurait dit Maurice Clavel ! […] Je pense que la présidentielle, c’est, de fait, la rencontre d’un homme et d’un peuple.» [Débat avec Philippe Raynaud, Le Nouvel Observateur, 25 janvier 2007] Et le pire pour lui est d’entendre «les vieilles scies militantes d’hier et d’avant-hier : cosmopolitisme des citoyens du monde, fraternité universelle, abolition des classes et des races, disparition du travail et du salariat, suppression du capitalisme, pulvérisation de toutes les aliénations, égalitarisme radical.» [Michel Onfray, L’Archipel des comètes, Grasset, 2001]

Ses paroles sont tissées des lieux communs du thatchérisme. Mépris des fonctionnaires : «L’enseignant est infecté par son statut de fonctionnaire». Mépris des syndicats : «Pas plus que les hommes politiques ne défendent l’intérêt national, les syndicalistes encartés ne défendent l’intérêt des ouvriers, mais plutôt souvent de leur machine.» [Sur France Inter] Éloge de la flexibilité : selon lui «ils ne refusent pas la flexibilité mais ils voudraient qu’on paie cette acceptation par de la sécurité» [Le Parisien du 6 avril 2006].

onfray.jpgEn fait, Onfray croit que l’anarchisme, c’est l’addition de trois concepts : individualisme, hédonisme et athéisme. Bref, une pensée-croupion aisément récupérable par la société de consommation [Lire à ce propos Aymeric Monville, Misère du nietzschéisme de gauche, de Georges Bataille à Michel Onfray, Éditions Aden, 2007]. L’hédonisme est commode pour disserter sur ses restaurants préférés dans le Figaro. L’athéisme, lui, autorise à taper courageusement sur les musulmans, avec une rhétorique très «choc des civilisations» qu’un Finkelkraut ne renierait pas : «Désormais l’islam place des coins dans le vieux marbre d’une Europe qui ne croit plus en elle, en ses valeurs, en ses vertus, et ce avant destruction définitive» [Chronique mensuelle (mars 2006)]. Quant à l’individualisme, il conduit tout bonnement… au culte de l’individu Onfray !

Invité par les mass-médias comme «représentant de la gauche radicale», il y passe le plus clair de son temps à taper sur… la gauche radicale. Adepte du retournement de veste, il a été en cinq mois, successivement, supporter de Besancenot, puis d’une candidature unique antilibérale, puis de Royal, puis de Bové, puis de Besancenot, puis de nouveau de Royal, et, aux dernières nouvelles, du PCF [Michel Onfray, «Supplique au Parti pour qu’il fasse la révolution», L’Humanité, 22 mai 2007. À l’heure où nous mettons sous presse, il semble n’avoir pas encore changé d’avis.] ! En tout cas, qu’il ne s’avise pas de s’amouracher soudain d’Alternative libertaire, il sera proprement éconduit !

Car à chaque retournement de veste, Onfray aura abondamment craché sur ses précédentes (ou futures) amours. Tantôt le PCF «est toujours à déstaliniser quoi qu’on en dise», tantôt c’est la LCR qui «veut disposer d’un leadership sur l’extrême gauche française». Puis c’est LO qui attire les foudres du cérébral philosophe : «Cette façon de dire on interdit aux usines de licencier, faut quand même un peu le sens du réel…» [Interview mise en ligne sur le site du Monde le 22 décembre 2006. La proposition no 15 des collectifs unitaires antilibéraux soutenus par Onfray évoquait pourtant l’interdiction des licenciements dans les entreprises qui font des profits…] rubon102-133.jpgEnfin, brûlant l’idole qu’il a adorée : «José Bové en personne flottant dans les habits d’un général de Gaulle, souhaitant le plébiscite en quittant le terrain pendant la bataille, alors que son appel du 18 juin se réduit au démontage d’un préfabriqué américain de boîtes à mauvais casse-croûtes… » [Chronique mensuelle (janvier 2007)]

Seule constante chez cette girouette : il restera toujours poli sous les flatteries de Michel Denisot… ou de Sarkozy !

Sébastien Marchal (AL paris Nord-Est)
Alternative libertaire no 164, juillet-août 2007

Grand merci à la BDD (banque de données délicieuses) du Plan B.
Lundi 1 octobre 2007
Le Ministre de l’Identité Nationale crée son think-tank sur l’immigration

Un nouvel Institut d’Études sur l’Immigration et l’Intégration (I.E.I.I.) sera inauguré par le Ministre de l’Identité Nationale le 8 octobre 2007 […]. La mission de cet institut est de «mettre en réseau — les chercheurs et universitaires travaillant sur la question de l’immigration et de l’intégration ; — les administrations commanditaires de recherches et de travaux sur l’intégration et l’immigration ; — les entreprises privées qui s’intéressent à ces
recherches en fonction de leurs besoins.»

82hortefeux.jpg

«Ses missions sont : 1) De constituer un guichet unifié des études sur l’immigration et l’intégration donnant des moyens élargis à la recherche et finançant des recherches d’université (notamment des doctorants) et de laboratoire ; 2) De déterminer des champs et des sujets pertinents dans une durée annuelle ; 3) Plus spécifiquement, les missions du Groupe travail (réunions mensuelles) sont de dégager les grands axes de recherche en cours ou souhaitables, de les soumettre au Conseil scientifique (réunions trimestrielles), d’assurer un suivi et une visibilité des travaux. Il se réunira mensuellement. Les missions du Conseil scientifique sont de valider ou d’orienter les grands axes de recherche et veiller à la neutralité et à la qualité des recherches qui seront rendues publiques.»

À quelques exceptions près, les chercheurs réunis dans le «groupe de travail» de l’I.E.I.I. (COTTIAS Myriam, DAMANI Abderkader, DELHAY Cyril, DOUMBE BILLE Stéphane, JAZOULI Adil, KEDADOUCHE Zair, KOVACS Peter, M’BOKOLO Elikia, MANDE Issiaka, MICHEL Vincent, RICHARD Jean-Luc, SCHOR Paul, STORA Benjamin, THCIKAYA Blaise, TREFFEL Frédéric, WHITOL DE WENDEN Catherine, WUNENBURGER Jean-Jacques, YOUNES Chris) n’ont pas de compétence sur le domaine scientifique et ont, de toute évidence, été sélectionnés sur des critères politiques ou simplement par défaut, après les nombreux refus de spécialistes du domaine de rejoindre cet institut. Ce «Groupe de travail» dirigée par la bien transparente et médiatique Catherine Whitol de Wenden, qui devient ainsi la Bernard Kouchner et al. de ce secteur de la recherche est placé sous tutelle d’un «Comité Scientifique» composé de technocrates ministériels, académiques et industriels, ce qui constitue une véritable humiliation pour ces chercheurs mais aussi pour la profession des chercheurs dans son ensemble.

Hallucinante composition d’un institut supposé être spécialisé dans un domaine et qui a été constitué sans aucun des spécialistes du domaine notamment (mes excuses à tous les autres collègues travaillant sur le sujet depuis des années et que j’ai pu oublier dans cette liste qui recense les personnes scientifiquement reconnues pour la qualité de leurs travaux et surtout ayant publié sur ce domaine) : AGIER Michel, ALAUX Jean-Pierre, AlIoua Mehdi, ANDRES Hervé, ATTALI Sarah, BALIBAR Etienne, BANCEL Nicolas, BAZENGUISSA Remy, BELGUENDOUZ Abdelkrim, BELORGEY Jean Michel, BENSAAD Ali, BENVENISTE Annie, BERGER Nathalie, BERNARDOT Marc, BIETLOT Mathieu, BIGO Didier, BLANC-CHELEARD Marie-Claude, BLANCHARD Pascal, BONELLI Laurent, BOUBAKRI Hassan, BOUTEILLET-PAQUET Daphné, BOUX Dominique, BRIBOSIA Emmanuelle, BROSSAT Alain, BRUN François, BRUNETEAUX Patrick, CALOZ-TSCHOPP Marie-Claude, CARRERE Violaine, CASTAGNOS-SEN Anne, CHAREF Mohamed, CHEMILLIER-GENDREAU Monique, CHOUKRI Hmed, CLOCHARD Olivier, COGNET Marguerite, COLLOVALD Annie, COSTA-LACOUX Jeannine, CREPEAU François, CUTURELLO Paul, DAL LAGO Alessandro, DARRIEUMERLOU Josée, DAVAULT Corinne, DE BARROS Françoise, DE RUUDER Véronique, DECOURCELLE Antoine, DELAVEAU Françoise, DELDYCK Jean-Jacques, DELOUVIN Patrick, DIBIE Pascal, DIETRICH Helmut, DREYFUS-ARMAND Geneviève, DUBOST Isabelle, DUEZ Jean-Baptiste, DUFOIX Stéphane, EBERHARD Mireille, ERLICH Valérie, ESCOFFIER Claire, FARDOUET Eliane, FASSIN Didier, FRANCHI Vije, FRANGUIADAKIS Spyros, FREEDMAN Jane, FRIGOLI Gilles, GASTAUT Yvan, GIBB Robert, GLOWCZEWSKI Barbara, GREEN Nancy, GAUTHIER Catherine, GONIN Patrick, GOTMAN Anne, GOUSSEF Catherine, GUICHAOUA André, GUILD Elspeth, GUILLAUMIN Colette, GUIRAUDON Virginie, HERAN François, HOVANESSIAN Martine, IVALDI Gilles, JOUNIN Nicolas, JULINET Stéphane, KAMEL-DORAÏ Mohamed, LAACHER Smaïn, LARBIOU Benoît, LASSAILLY-JACOB Véronique, LAURENS Sylvain, LE HOUEROU Fabienne, LE PORS Anicet, LECOUR GRANDMAISON Olivier, LEGOUX Luc, LEMAIRE Sandrine, LESTAGE Françoise, LHUILIER Gilles, LOCHAK Danièle, MAMMUNG Emmanuel, MAHJOUB Faiza, MANN Patrice, MASSE Jean-Pierre, MATHIEU Lilian, MERMAZ Louis, MORICE Alain, NOËL Olivier, NOIRIEL Gérard, OUADAH-BEDIDI Zahia, PALIDDA Salvatore, PALOMARES Elise, PERRIN Delphine, PERRIN-MARTIN Jean-Pierre, PERROUTY Pierre Arnaud, PESCHANSKI Denis, PINATONI Frédéric, PLANCQ Clément, POINARD Michel, POIRET Christian, PREUSS-LAUSSINOTTE Sylvia, QUESTIAUX Nicole, QUIMINAL Catherine, RABAUD Aude, REA Andrea, RIGONI Isabelle, RINAUDO Christian, RITAINE Evelyne, ROCHEREAU Roselyne, RODIER Claire, RYGIEL Philippe, SAADA Emmanuelle, SAINATI Gilles, SAINT-SAENS Isabelle, SALZBRUNN Monika, SCHMITT Josette, SIMEANT Johanna, SIMON Gildas, SIMON Patrick, SLAMA Serge, SOSSI Federica, SPIRE Alexis, STREIFF-FENART Jocelyne, TALIOT Virginie, TARRIUS Alain, TEITGEN-COLLY Catherine, TEMIME Emile, TERRAY Emmanuel, THENAULT Sylvie, TIMERA Mahamet, TRIPIER Maryse, TSOUKALA Anastasia, VALLUY Jérôme, VIET Vincent, VOLOVITCH-TAVARES Marie-Christine, VOURC’H François, WACQUANT Loïc, WAGNER Anne-Catherine, WEIL Patrick… (liste évidemment non exhaustive).

À l’inverse et très loin ce monde de la recherche, la composition de l’I.E.I.I. en fait une sorte de «légion étrangère» dans ce domaine… avec les cautions de Sciences Po Paris (notamment R. Decoings, Dir. de Sciences Po, C. Whitol de Wenden, G. Képel…) de l’EHESS (D. Hervieu-Leger, Dir. de l’EHESS, B. Stora, E. M’Bokolo)… et une «ouverture» vers Lyon III (F. Guéry, D. Billé, J.J. Wunenburger) sans doute en raison des nombreux scandales médiatiques (révisionnisme, extrême-droite…) qui ont rendu cette université tristement célèbre. On avait pu observer déjà la surreprésentation des mandarins de Science Po Paris et de l’EHESS dans la Fondation pour l’Innovation Politique créée par Jacques Monod, alors conseiller de Jacques Chirac, puis réalignée sur le tard dans les rangs sarkozystes. On découvre aujourd’hui un nouveau think-tank conservateur associant la droite sarkozyenne, l’extrême-droite et la gauche-caviar dévoyée qui prolongent dans le monde académique les rapprochements et les débauchages observés ces derniers mois sur la scène politique.

La première mission de cet institut — «De constituer un guichet unifié des études sur l’immigration et l’intégration donnant des moyens élargis à la recherche et finançant des recherches d’université (notamment des doctorants) et de laboratoire…» — peut faire craindre que les autres sources de financement notamment celles du Ministère de la Recherche et de l’Agence Nationale de la Recherche se tarissent pour tous ceux qui n’accepteront d’aller à l’abreuvoir de cet institut. J’espère que tous les chercheurs travaillant sur ce domaine auront assez d’esprit scientifique et d’amour propre pour ne pas aller à la soupe des financements qui passeront maintenant principalement par cette voie. «Cet institut aura enfin pour objet de rendre publics annuellement les travaux et les études en la matière par des publications ou par l’organisation de colloques et journées d’études.» Il faut que la profession s’organise pour boycotter non seulement les financements mais aussi l’ensemble des activités de cet institut c’est-à-dire boycotter à la fois les publications, colloques et journées d’études organisés par cet institut mais aussi les personnes qui s’engageront dans ce dispositif honteux. Il faut qu’elle s’organise pour tenter enfin de maîtriser son agenda de travail : l’agenda scientifique c’est-à-dire la définition des sujets à traiter prioritairement par les chercheurs.

Tout ceux qui font ainsi de l’indépendance et de l’autonomie des valeurs cardinales du travail scientifique peuvent rejoindre l’observatoire de l’institutionnalisation de la xénophobie [observ.i.x] qui est un collectif de recherches en sciences de l’humain et de la société créé, face aux amalgames gouvernementaux de l’identité nationale et de l’immigration. Il vise à favoriser l’autonomie de la production intellectuelle, des savoirs scientifiques et de leur diffusion en ce qui concerne l’érosion des perceptions humanistes de l’altérité et la stygmatisation de l’étranger comme problème, risque ou menace dans le fonctionnement ordinaire d’autorités instituées (ministérielles, administratives, judiciaires, médiatiques, scientifiques, intellectuelles, scolaires, économiques, partisanes, associatives…). Il étudie également le développement de la xénophobie dans l’ensemble de la population sous l’effet des discours et des actes de ces autorités. Nul doute que les futurs choix politiques et les activités de communication de l’I.E.I.I. font partie du domaine d’étude de l’observatoire


Jérôme VALLUY
30 septembre 2007
  Professeur (Dr. MdC) de sociologie politique
Université Panthon-Sorbonne (Paris 1)
Réseau scientifique TERRA

[…]
Lundi 24 septembre 2007
Parmi d’autres comportements déviants, propres à certains policiers, le viol en réunion, que la hiérarchie policière déplore mais que la justice condamne mollement, constitue une pratique peu compatible avec le métier de gardien de la paix. L’affaire des policiers violeurs de la CRS 7, récemment jugée par le tribunal de Bobigny, n’est que le dernier épisode de faits identiques révélés par la presse, en 2006 et 2007.

leclercq.jpg
— Le 10 avril 2006, le tribunal de Bobigny prononce des peines allant de 18 mois à quatre ans de prison ferme contre cinq policiers qui avaient abusé de prostituées, en 2002, tout en les dépouillant de leur argent, à la porte de La Chapelle, à Paris. À cette occasion, le secrétaire général du syndicat Alliance de la police en tenue expliquait : «Il s’agit de comportements inadmissibles, qui ne sont que des cas exceptionnels.» (Pour la période allant de d’octobre 1994 à décembre 2000, il nous a été possible de relever une quarantaine d’affaires de viols, mettant en cause des policiers. Sur ce sujet, se reporter à Bavures, de Maurice Rajsfus, paru à L’Esprit Frappeur, 2001.)

— En mai 2006, à Marseille, quatre policiers proxénètes, qui avaient monté un réseau de prostitution, entre 2003 et 2005, écopent l’un de quatre ans de prison, un autre de deux ans de la même peine, deux de leurs collègues n’étant condamnés qu’à deux ans de prison avec sursis.

— Le 21 décembre 2006, trois policiers lillois, jugés en cour d’assises, à Douai, pour avoir violé des prostituées, pendant leurs heures de service, en octobre 2003, sont simplement condamnés à de la prison avec sursis pour «corruption passive» — un quatrième étant purement et simplement acquitté.
crs7.jpgRappelons, les faits. En 2002 et 2003, sept policiers de la CRS 7, cantonnés à Deuil-la-Barre (95) s’étaient livrés à des agressions que la morale réprouve. Accusés de «viols aggravés, en réunion, par personnes abusant de l’autorité conférée par ses fonctions», ils n’effectueront que quelques mois de prison préventive. Trois de ces fonctionnaires avaient été révoqués en 2004, quatre autres étant simplement suspendus pour complicité.
    Il se trouve que les policiers de la CRS 7 agressaient des prostituées, en situation de faiblesse puisque ces femmes étaient étrangères, et même en situation irrégulière sur le territoire. C’est ainsi qu’en échange de relations sexuelles «gratuites», ces policiers promettaient à leurs victimes de ne pas les inquiéter. Malgré onze viols avérés, si le scandale éclate au printemps 2003, les fonctionnaires violeurs n’ont comparu en cour d’assises que les 7 et 13 septembre 2007.
    Il aura donc fallu quatre ans pour instruire ce dossier mettant en cause des délinquants en uniforme, dont l’un des avocats mettait en avant, en forme d’excuse : «Le manque d’encadrement». Au fil des audiences, ces voyous expliquaient tranquillement qu’ils «prenaient la vague». Ce qui signifie, comme le révélait l’un d’eux, les sorties dans des clubs échangistes, où ils passaient en priorité. Au cantonnement de Deuil-la-Barre, il y avait un bar «ouvert à tous». À un juge d’instruction, à propos des viols des prostituées, l’un de ces policiers avait confié : «C’était comme le fait d’avoir un sandwich à tarif réduit…»
    Ces policiers, tous bacheliers, et parfois au-delà, étaient dotés d’un passé moral à toute épreuve : scoutisme, pompiers volontaires avec, plus tard «une vocation pour servir le pays et apporter la sécurité aux gens…» Dans la soirée du 14 septembre, le verdict est tombé : sept ans de prison ferme pour les trois principaux accusés, du sursis pour les quatre autres. Pas cher payé ! (Sources : Le Parisien, Le Monde, France Info et France Inter, du 8 au 14 septembre 2007.)

bavures.gifLa police de ce pays constituerait-elle un milieu criminogène ? Terrible interrogation ! Nous a-t-on suffisamment répété qu’il n’y avait pas plus de racistes dans la police que dans la moyenne de la population — 30% selon les enquêtes habituelles. Il semble qu’il en va parfois de même dans d’autres domaines. Si l’on se réfère aux quelques 2.500 comparutions annuelles de fonctionnaires d’autorité devant les Commissions de discipline de la police nationale (nous manquons de chiffres pour la gendarmerie) il y a de quoi être inquiet. Surtout si les délits concernés ne sont pas détaillés.
    Donc, pas plus de racistes, pas plus de truands ordinaires, pas plus de voleurs à la tire qui dévalisent leurs victimes lors d’une garde à vue au commissariat, pas plus de violeurs ou d’amateurs de ces «tournantes» dont les auteurs sont frappés de lourdes peines de prison. En tout cas, certainement pas davantage de brutes avinées, avec cette circonstance aggravante que les pochtrons en uniforme sont des fonctionnaires assermentés et protégés par la justice.
    Quelque 2.500 délinquants, cela représente environ 1,6% de l’effectif policier. Peu de choses, pourrait-on dire. Voire. Rapporté à la population adulte de ce pays — soit environ 40 millions «d’individus» — cela ferait près de 600.000 justiciables, susceptibles d’être déférés devant les différentes instances de la justice. Il serait donc nécessaire de multiplier par dix la capacité d’accueil de nos prisons républicaines.

Que fait la police ? Bulletin d’information anti-autoritaire,
nouvelle série, no 13, octobre 2007
Lundi 17 septembre 2007
Les lois «antiterroristes» imposées par les États-Unis ont servi à jeter les bases sur lesquelles se construit un nouvel ordre de droit, observe le sociologue belge Jean-Claude Paye. Elles s’appliquent désormais dans tous les États européens. Tout citoyen européen ordinaire peut, aujourd’hui, être surveillé dans son propre pays par des services secrets étrangers, être désigné comme un «ennemi combattant», être remis aux tortionnaires de la CIA et être jugé par des commissions militaires états-uniennes.

k33b0e43.jpgSilvia Cattori : En lisant vos deux ouvrages La fin de l’État de droit. La lutte antiterroriste : de l’état d’exception à la dictature et Global War on Liberty [1] on comprend une chose que les responsables politiques veulent nous cacher : que toutes les mesures prises dans le cadre du Patriot Act [2] —présentées comme devant concerner des organisations terroristes— ont été généralisées et touchent désormais l’ensemble des citoyens. On peine à comprendre comment les États européens ont pu approuver l’abandon de leur ordre légal et soumettre leurs sociétés à ces lois d’exception ?
Jean-Claude Paye : Il n’y a rien en effet dans les accords européens d’extradition, signés en 2003, qui empêche les citoyens européens d’êtres traînés devant les juridictions d’exception des États-Unis. Il faut savoir que ces accords, qui légitiment ces Tribunaux d’exception, sont le résultat d’années de négociations secrètes. Ils ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Une partie du texte concernant ces accords a été rendue visible parce qu’elle devait être ratifiée par le Congrès des États-Unis.
   
Du côté européen, il n’était pas nécessaire de les faire ratifier par le Parlement européen et les Parlements des États membres n’ont eu aucune possibilité d’influer sur le contenu des accords. Ce sont de simples fonctionnaires mandatés par les divers États membres qui négocient au niveau européen.

Silvia Cattori : Mais, en signant ces accords, le Conseil européen a précipité nos pays dans un univers kafkaïen ! Si ces accords n’ont pas été ratifiés par le Parlement européen pourquoi les avoir acceptés ?
Jean-Claude Paye : Ils n’ont pas été ratifiés —le Parlement européen a seulement un avis consultatif— mais ils ont force de loi. C’est très révélateur de la structure impériale mise en place. On peut voir que la seule structure étatique souveraine qui subsiste, ce sont les États-Unis. L’Union européenne, par exemple, est une structure tout à fait éclatée.

Silvia Cattori : À quel niveau cette négociation a-t-elle lieu ?
Jean-Claude Paye : Au niveau des représentants du Conseil européen. Ce sont des fonctionnaires qui ne doivent quasiment pas rendre de comptes. Ce sont les délégués permanents en charge des affaires de police et justice, désignés par les États membres. Ce sont des fonctionnaires européens ou nationaux qui deviennent des satellites de l’Administration des États-Unis. Cela est valable au plan judiciaire, mais aussi au plan économique.

Silvia Cattori : L’Union européenne n’est donc pas intéressée à protéger ses citoyens. Tout lui échappe ?
Jean-Claude Paye : Oui, évidemment. On l’a construite de façon à ce que tout lui échappe. Cela montre que l’Union européenne n’est pas une alternative à la puissance des États-Unis. Au contraire, elle est intégrée dans cette puissance impériale, elle en est un simple relais [3].response-terrorism-9090.jpg
Avant le 11 septembre 2001 les États-Unis négociaient de façon bilatérale. À l’époque, ils hésitaient à négocier avec une entité comme l’Europe des quinze car il y avait toujours un État membre qui n’était pas d’accord. Avec les attentats du 11 septembre, les choses se sont accélérées et simplifiées pour les États-Unis. Ils continuent de négocier des accords bilatéraux mais, maintenant, ils traitent aussi directement avec l’Union européenne parce qu’ils ont le rapport de force nécessaire pour que leurs demandes soient d’emblée acceptées. On l’a vu lors des accords concernant les données de surveillance des passages aériens. Un premier accord avait été signé en 2004, puis un second en 2006 et un troisième en 2007. À chaque fois, les États-Unis ont augmenté leurs exigences.
   
L’accord sur les données concernant les voyageurs qui se rendent aux États-Unis —entré en vigueur le 29 juillet 2007— est un bel exemple. Dans cet accord, les Européens ont vidé de leur substance toutes les protections légales, nationales et européennes, qui existent en matière de données personnelles. Celles-ci sont accessibles 72 heures avant l’embarquement. Les compagnies aériennes doivent transmettre le numéro des cartes bancaires, le trajet que vous ferez aux États-Unis. Ces derniers ont le droit d’empêcher l’accès au territoire, ils ont tous les droits. Les citoyens étrangers ne sont pas protégés par les lois des États-Unis. Lors des négociations, Washington a concédé que les Européens seraient traités comme les citoyens des États-Unis, mais il s’agit là d’un privilège concédé par l’administration, qui n’a pas force de loi et sur lequel le pouvoir exécutif peut revenir.

Silvia Cattori : Plus rien ne s’oppose à la mise en place d’un système policier ?
Jean-Claude Paye : Évidemment ! Les gouvernements européens veulent réaliser la même prise en main de nos libertés. Les exigences des États-Unis leur en donnent l’occasion. Ils vous disent : «Nous sommes obligés d’accepter les demandes des États-Unis car les compagnies européennes ne pourront plus atterrir là bas». Ils agissent comme si les États européens n’avaient aucun moyen de rétorsion et ne pouvaient pas, à leur tour, interdire aux compagnies US d’atterrir en Europe. En fait, ils veulent faire la même chose que l’administration états-unienne. Il y a déjà le projet d’instaurer des échanges d’information similaires au niveau européen.

Silvia Cattori : En Grande-Bretagne, les lois «antiterroristes» permettent de poursuivre toute personne tenant des propos considérés comme susceptibles de «créer une atmosphère favorable au terrorisme». Ces lois peuvent-elles également s’étendre à d’autres États ?
Jean-Claude Paye : Oui. En Grande-Bretagne, le gouvernement Blair a pu criminaliser toute forme d’opposition radicale à sa politique étrangère par le biais de la loi. Sur le continent, les États cherchent à agir par le biais de la jurisprudence. Il y a eu un procès fort intéressant concernant des militants et sympathisants du DHKPC en Belgique, une organisation d’opposition radicale turque [4], qui montre comment le pouvoir cherche à créer des tribunaux d’exception pour faire passer une jurisprudence d’exception. Par la création de ces tribunaux le pouvoir cherche à criminaliser toute forme de soutien, même verbal, à des groupes labellisés comme «terroristes» par les États-Unis, inscrits ensuite dans la liste européenne des organisations «terroristes».

DISSENT-TERRORISM.jpgSilvia Cattori : En somme, ces lois «antiterroristes» mises en place après les attentats du 11 septembre 2001, servent non seulement les desseins de l’administration Bush, mais aussi ceux des gouvernements européens ?
Jean-Claude Paye : Les mesures dont nous parlons ont été mises en place
avant le 11 septembre 2001. Le Patriot Act réunit un ensemble de mesures qui existaient déjà partiellement. Le but du Patriot Act n’était pas uniquement d’imposer les mesures prises, mais de leur donner une légitimité. Ce qui était parcellaire, dispersé, est maintenant rassemblé en une seule loi. Ce qui donne une légitimité aux mesures qui sont prises.

Silvia Cattori : Peut-on en déduire que les États-Unis avaient besoin d’un grand attentat pour faire passer en force cette modification du droit pénal ?
Jean-Claude Paye : Bien évidemment ! Il faut savoir que le Patriot Act, qui a été déposé trois jours après les attentats, comprend 128 pages. Le système pénal des États-Unis est complexe, il fonctionne par renvois. Cela veut dire qu’une loi modifie le contenu d’autres lois pénales. Si on prend l’ensemble des modifications, cela correspond à 350 pages. Il faut au moins un an pour rédiger un tel texte.
   
Au niveau de l’Union européenne, ce n’est pas moins caricatural. Les deux décisions cadre —celle relative aux organisations «terroristes» et celle relative au mandat d’arrêt européen— ont été déposées une semaine après les attentats. Là aussi il s’agit de textes qui étaient prêts. On attendait une occasion pour les faire passer.

Silvia Cattori : Ce qui veut dire que M. Bush depuis 2001, M. Sarkozy maintenant, peuvent se servir de ces procédures d’exception pour transformer en ennemis qui ils veulent ?
Jean-Claude Paye : Au moment où ces textes ont été adoptés, on avait déjà une bonne idée de ce à quoi ils pouvaient conduire. La liste des réseaux «terroristes» vient de l’Union européenne. C’est un règlement européen de 2001 qui la met en place. Dans mon livre La fin de l’État de droit, je prends le cas d’un communiste philippin, José Maria Sison, un réfugié politique reconnu qui avait obtenu l’asile politique aux Pays-Bas. Inscrit sur la liste «terroriste» des États-Unis, son nom a été ensuite transcrit sur la liste «terroriste» hollandaise. M. Sison a appris qu’il était inscrit sur la liste «terroriste», quand on a bloqué ses comptes et qu’on l’a expulsé du logement social qu’on lui avait attribué. Il a été par la suite retiré de la liste hollandaise mais comme, entre temps, il avait été inscrit sur la liste européenne du Conseil, le gouvernement hollandais s’est servi du prétexte que M. Sison figurait sur la liste «terroriste» européenne, pour maintenir les dispositions qu’il ne pouvait pas justifier.
   
Ce qui est intéressant dans ce cas, c’est que, le 11 juillet 2007, la Cour européenne de Luxembourg a cassé la décision du Conseil européen. Elle a stipulé qu’il n’y avait pas de raison d’inscrire M. Sison sur la liste «terrorisme» du Conseil qui permet le blocage des comptes. Le jugement stipule bien que c’est l’absence de «motifs pertinents» et le non-respect des droits de la défense qui ont fait que la décision du Conseil européen a été cassée.
   
Cependant, le 28 août, M. Sison a été une nouvelle fois arrêté par la police hollandaise, en violation de la décision de la Cour de justice. Ce cas est significatif des rapports qu’il y a aujourd’hui entre la Justice —qui est la dernière institution de résistance à la concentration des pouvoirs aux mains de l’exécutif— et la police. Cela montre que la police fait ce qu’elle veut, en violant les décisions de justice.

5-ans-de-guerre-contre-le-terrorisme.jpg
Silvia Cattori : Il semblerait que la première transcription sur la