Dimanche 2 décembre 2007
Nous publions un tract FSU très intéressant et très clair sur les remises en cause profondes du droit du travail ou plutôt sa mise à mort en règle et en silence.

Car la recodification du Code du travail est l’un des pendants dans le privé de la remise en cause du statut de la fonction publique beaucoup plus médiatisée pour une raison évidente : les syndicats gardent dans la fonction publique une petite capacité de mobiliser qui oblige l’État à sortir l’artillerie lourde du matraquage médiatique afin de les isoler et de les affaiblir.

Dans le privé la stratégie est bien entendu inverse. Les syndicats étant faibles et très divisés selon les secteurs économiques, les salariés illettrés en matière de connaissance de leurs droits les plus élémentaires en tant que subordonnés dans leur activité de subsistance (le mot illettré est à mon sens le plus adéquat), l’État avance masqué, d’une discrétion inouïe, se contentant des quelques grosses ficelles habituelles pour faire passer d’énormes couleuvres.

Ce que dénonce ce tract a peu de chance de sortir du sérail de l’Inspection du travail qui n’est concernée qu’au second chef, bien moins concernée que le salarié lambda du privé, et qui par ailleurs est une corporation finalement très repliée sur elle-même, comme toutes les corporations ; peu de chance également de sortir des salons feutrés des hautes instances des grandes centrales syndicales qui ont depuis longtemps fait le choix de s’émouvoir par des communiqués de presse symboliques et confidentiels, plutôt que de faire œuvre d’instruction et d’éducation des salariés. Il n’y a donc rien à attendre d’elles.

Nous n’avons par conséquent pas hésité à publier ce texte.

Le mettre en corrélation avec la volonté d’enrôler les fonctionnaires de l’Inspection du travail dans la chasse à l’étranger. Il y a cohérence. Cohérence également avec la fermeture de 63 Prud’hommes sur 271, la transmission aux Tribunaux pénaux, qui sont, si on sort de la langue de bois, littéralement à la botte du gouvernement et du patronat, certains types d’affaires du droit du travail pendant que d’autres échappent à toutes possibilités de poursuite.

Très concrètement, imaginez que votre employeur décide de ne pas vous payer le salaire du mois et de préférer un salarié tout frais sorti de l’ANPE, motivé pour retrouver du boulot, à vos services parfaitement échangeables sur le marché du travail, mais qui ont le démérite de ne pas être subventionnables par l’État. Traditionnellement le salarié allait demander des infos à l’Inspection du travail qui passait un coup de fil, faisait un petit courrier, puis le salarié saisissait les Prud’hommes.

Demain ?

Si vous avez la chance d’être syndiqué comme 8% des salariés du privé, de travailler dans une grosse boîte, de travailler dans une ville qui a un Prud’homme, vous arriverez à récupérer votre dû.

Si, par contre vous travaillez dans une PME, n’êtes pas syndiqué comme plus de 95% des salariés des PME, habitez un bled paumé, êtes ignorant de vos droits et résigné à tout, vous n’aurez plus qu’à espérer n’être pas dans la catégorie des travailleurs étrangers démunis de titre de séjour et expulsables.

Dans tous les cas vous partagerez leur sort d’esclave.

Votre employeur, lui, percevra : la plus-value habituelle que vous aurez payé en tant que consommateur, le salaire que vous auriez dû toucher mais que vous vous êtes fait siffler à la fin du mois de travail, les subventions pour l’emploi aidé de votre remplaçant. Pour vous, la facture avec les remerciements du patron.

Franchement, il n’y a aucune exagération. La politique qui est menée depuis 5 ans avec Chirac, est comme on peut s’y attendre accentuée par son héritier. Elle conduit inexorablement à multiplier les marchands d’esclaves quelle que soit la couleur de peau de ceux-ci, surtout dans les petites entreprises qui pour résister à la concurrence des gros, seront tentées de profiter de la sorte. Elle conduit à organiser l’impunité de leurs abus.

Le reste n’est qu’une question de loterie : bons secteurs économiques ou secteurs économiques en mauvaises passes, employeurs philanthropes ou du moins, légalistes, ou employeurs jean-foutistes ou sans scrupule, etc.


D’après D.H.



Communiqué de presse sur le projet de loi de ratification de l’Ordonnance no 2007-329 du 12 mars 2007 de recodification du Code du Travail

La recodification du droit du travail :
Une procédure menée à la sauvette, censée «simplifier, à droit constant» mais qui, en réalité, complexifie et aggrave la dérégulation libérale

Lancé en 2005 par Gérard Larcher le processus de recodification en droit du travail était annoncé «à droit constant» c’est-à-dire sans modification des normes et pour rendre le droit social plus lisible, notamment pour les salariés et les petits employeurs, les artisans. Qui peut être contre ?

Malgré un retard notable sur le calendrier annoncé (juin 2006) ce processus ne s’est pas déroulé dans des conditions de concertation normales avec les bénéficiaires de ce droit, les organisations syndicales de salariés, pas plus qu’avec les praticiens que sont les juristes, les avocats, les magistrats, les inspecteurs du travail, ce qui a été dénoncé publiquement à plusieurs reprises.

Mais le gouvernement n’en a cure et poursuit son œuvre avec la volonté de passer en force au besoin : alors que des recours (déposés par la CGT et un syndicat de journalistes notamment) sont pendants devant le Conseil d’État le gouvernement a publié l’ordonnance au J.O. le 13 mars 2007, en pleine campagne présidentielle. Et il a déposé un projet de loi de ratification de l’ordonnance le 18 avril 2007, au Sénat, juste avant le premier tour des élections présidentielles du 22 avril 2007.

L’Assemblée Nationale en débattra le 4 décembre sur un créneau de 3 heures : 3 heures pour adopter un code qui régit la vie au travail de 16,5 millions de salariés, cela fait peu !

Le but est clair : ratifier avant que le Conseil d’État statue sur les différents recours, de sorte que l’ordonnance sur la partie réglementaire soit prête en décembre 2007 lors de la fin de la période de «négociation» fixée aux partenaires sociaux par Sarkozy pour «réformer le marché du travail».

Quel est l’objectif de la recodification du droit du travail ?

Notons d'abord qu’il n’y a pas eu de débat préalable avec les partenaires sociaux sur la finalité de cette recodification, imposée par le gouvernement en réponse aux demandes patronales constantes, notamment depuis le rapport de Virville de janvier 2004.

Le droit social français est complexe, c’est un fait. Et cela tient pour une très grande part aux batailles systématiques menées par le patronat pour s’opposer aux obligations nouvelles nées des lois du travail ; en effet, pour ménager la chèvre et le chou, les gouvernements successifs multiplient les dérogations aux textes qu’ils promulguent, produisant ainsi des monstres juridiques.

Mais cette réécriture ne va en rien simplifier l’utilisation du code du travail : les articles auront une nouvelle numérotation à 4 chiffres au lieu de 3 et seront encore plus nombreux : le nouveau code dépasse les 3.500 articles contre 1.800 pour l’actuel. Tout cela dans une nouvelle architecture, les chapitres et les articles étant reclassés dans des titres nouveaux dont la cohérence n’est pas évidente. (voir article «La décodification du droit du travail» de M. DOCKES, professeur de droit social, dans Droit Social d’avril 2007).

Sans rentrer dans le détail d’un processus très complexe et technique nous tenons à dénoncer les principaux risques de cette recodification :

Externaliser vers d’autres codes : Des dispositions sont qualifiées de «sectorielles» et se retrouvent dans le code rural ou des transports, voir dans le code de l’action sociale et des familles. Or le code du travail doit être le cadre du traitement complet des relations salariales à travers un droit unifié du travail. Sinon on verra croître des droits du travail différenciés selon les secteurs et leurs soit-disantes spécificités. Au contraire, la puissance publique doit garantir les normes sociales protectrices pour tous les salariés de façon à lutter contre la tendance de l’économie de marché à créer des «fractures sociales». Ces diverses externalisations seront source de complexités et d’inégalités supplémentaires.

Organiser une régression, parfois imprévisible, du droit du travail : Cette recodification n’est pas vraiment réalisée à droit constant, mais aboutit à l’écriture d’un texte nouveau qui modifie notablement le contenu des articles, leur sens général et donc risque d'en modifier l’interprétation jurisprudentielle.
    Le jeu des scissions d’articles ou de certains regroupements peut remettre en cause des constructions jurisprudentielles. Par exemple, l’article sur la définition du licenciement économique lié au principe du reclassement est découpé en deux et fait l’objet de deux articles nouveaux placés dans des sections différentes : le lien entre l’obligation de reclassement et le licenciement économique est ainsi rompu.
    Enfin sur certains points la recodification constitue une nette régression des droits. Citons quelques exemples :

— Contrairement aux tendances lourdes du droit pénal général qui aggrave les sanctions contre la délinquance «banale», elle supprime les peines de récidive pour de nombreuses infractions des employeurs, notamment celles qui concernent les délits d’entrave à la représentation du personnel, au droit syndical, et y compris pour le délit d’obstacle aux fonctions d’Inspection du travail.

— Elle porte, en matière d’hygiène et de sécurité, la responsabilité des salariés à un niveau quasiment égal à celle des employeurs avec la création d’un chapitre intitulé «Obligations des travailleurs». Le nouveau texte risque de permettre aux employeurs de dégager leur responsabilité en matière d’hygiène sécurité car il ajoute une disposition («les instructions de l’employeur précisent les conditions d’utilisation des équipements de travail, des moyens de protection, des substances et préparations dangereuses») dont il est précisé qu’elle échappe au principe de responsabilité de l’employeur.

— Le rapport annuel sur l’emploi dans l’entreprise que devait fournir l’employeur au CE pour toutes les entreprises (et transmettre à l’Inspecteur du travail) a disparu pour les entreprises de moins de 300 salariés. C’est une régression forte des droits des CE des établissements de moins de 300 salariés, les plus nombreux.

— Elle insère le droit de grève dans la partie «négociation collective» alors que le droit de grève est constitutionnel et donc non négociable.

— Elle déplace les articles relatifs à la durée du travail qui figuraient dans les «conditions de travail» dans la partie «salaires». Le nouveau texte met souvent sur le même plan la règle de droit et la dérogation, qui acquière ainsi une valeur égale. Par exemple, concernant la durée du travail, la section «Durée légale du travail et heures supplémentaires» est suivie de la section «conventions de forfait» avec une sous-section consacrée aux forfaits jours pour les non-cadres, déconnectée des garanties introduites dans la loi Aubry II.

Déclasser des articles législatifs dans la partie réglementaire : Ce déclassement permet de modifier des dispositions par simple décret, donc de façon plus rapide et plus discrète que la modification de la loi devant le Parlement. Or, sur au moins deux questions, les articles recodifiés semblent préparer de dangereux glissements à venir, que cette déclassification faciliterait :
— Sur les questions de compétence de l’Inspection de travail, remplacée par «l’autorité administrative compétente», ce qui vise en général les directeurs départementaux du travail. Or si les Inspecteurs du travail voient leur indépendance garantie par la convention no 81 de l’OIT, ce n’est pas le cas des directeurs, fonctionnaires sous statut d’emploi, choisis et nommés après aval du ministre qui n’ont aucune indépendance par rapport au pouvoir politique. Se donne-t-on ainsi les moyens de transférer discrètement, demain, des compétences des uns vers les autres ?

— Idem pour le conseil des Prud’hommes qui disparaît au profit du «juge judiciaire». Il n’est pas certain du tout que derrière cette appellation figure dans les nouveaux décrets le conseil des Prud’hommes, pourtant partie prenante de notre organisation judiciaire. Or il y a une différence de taille entre un recours aux Prud’hommes, tribunal de proximité sans avocat obligatoire, avec une procédure orale et simple, et la saisine d’un TGI avec un avocat et une procédure beaucoup plus contraignante.


Bref cette recodification est tendancieuse, régressive et ne simplifie rien.

Nous engageons les parlementaires à ne pas être dupes de l’escamotage préparé pour le 4 décembre et souhaitons que les acteurs sociaux et praticiens du droit du travail interpellent les pouvoirs publics sur cette opération douteuse.

Vendredi 30 novembre 2007
Le tract trouvé que nous reproduisons ici a été publié en 2003 dans la revue Oiseau-tempête, puis dans Agone (no 33-2005), «Le syndicalisme et ses armes». Dans la recension qui lui fut consacrée dans L’Humanité (06/06/2005), le plumitif de service écrivit, au comble de l’indignation : «Une pitoyable attaque contre le secrétaire général actuel de la CGT gâche quelque peu la tenue de l’ouvrage. Misère de la polémique sans fondement !»

On jugera dudit fondement au vu de l’actualité sociale de ces dernières semaines après les grèves à la SNCF, à la RATP et à l’EDF, notamment, et au comportement de ce syndicat et de sa direction à cette occasion. Et on lira à la suite cet extrait d’un article d’un quotidien vespéral des marchés, généralement considéré comme bien informé des dessous pas toujours très reluisants de la politique des dominants, sur le rôle qu’y joua la direction de la CGT. En mai-juin 2003, la «trahison» de la CFDT obscurcit quelque peu le rôle, primordial, de la CGT dans cette défaite significative des classes populaires dont nous ne sommes pas sortis, et que les grèves de ces dernières semaines risquent d’accentuer, à moins que…

En attendant, ce n’est pas un tract humoristique et provocateur qui dit que le roi est nu et Bernard Thibault l’organisateur de la défaite, mais l’organe central de la bourgeoisie française qui sait de quoi elle parle et où est son intérêt… Qu’on le sache et que chacun en tienne compte pour agir en conséquence lors des prochains mouvements sociaux que déclenchera inévitablement la politique ouvertement pro-MEDEF du locataire de l’Élysée !




Jean-Pierre Raffarin, Premier Ministre de la France
à Bernard Thibault, Secrétaire général de la CGT

Monsieur le Secrétaire général,

Je comprends maintenant mieux ce que vous vouliez dire lorsque, à l’issue de notre dernière entrevue, vous avez déclaré avec un clin d’œil : «C’est dans les vieilles casseroles qu’on fait les meilleures soupes». Certes, je ne possède pas votre expérience d’«organisateur d’événements», mais j’avoue volontiers que vous m’en avez bouché un coin. En choisissant, en accord avec les autres responsables syndicaux, la date du 13 mai 2003 pour votre journée de grève sur une réforme des retraites que vous et moi jugeons nécessaire, non seulement vous canalisez dans les limites temporelles strictes la colère des irresponsables que les grands syndicats et les médias n’ont pas encore réussi à anesthésier, mais vous faites chanter les symboles.

En effet, il y a 35 ans — déjà —, le 13 mai 1968, la CGT et les autres centrales syndicales, pour tenter de reprendre en main un mouvement qui leur avait échappé, organisèrent une journée de grève et une grande manifestation. Cette initiative ne produisit pas instantanément les effets escomptés, puisque le pays faillit basculer dans la révolution sociale. Le geste cependant était beau et nous ne remercierons jamais assez Georges Séguy, l’un de vos illustres prédécesseurs, un homme sur lequel le général de Gaulle savait pouvoir compter.

Mais votre mérite ne s’arrête pas là. En prévoyant d’ores et déjà une manifestation nationale pour la fin du mois de mai, vous occupez le terrain jusqu’à la veille des vacances, moment que les étudiants pris par les examens et les salariés pressés de reconstituer leur force de travail jugeront peu propice pour lancer un mouvement. Il vous suffira alors, comme vous le faites si bien, de prédire une rentrée sociale agitée, non pas pour stopper — nous savons vous et moi préserver les apparences —, mais stocker les ardeurs, qui finiront bien par fondre sous la chaleur du soleil estival.

En attendant, cher Bernard — brisons la glace une fois pour toutes —, veillons entretemps à ne pas laisser les mains libres à nos vrais ennemis. J’entends par là ceux qui, malgré nos efforts conjugués, au lieu de rester sur le terrain dont nous traçons en permanence les limites pour eux, pourraient bien en profiter pour se mobiliser sur des mots d’ordre radicaux. Il ne manquerait plus que, renversant toutes les hiérarchies, ils en arrivent à remettre en cause le travail et le salariat, ce qui nous mettrait en fâcheuse posture, vous et moi, avouons-le, mon vieux Bernard.

Nos intérêts sont liés, sachons les défendre ! Pas de chichis entre nous, Nanard, charge-toi du populo, moi je m’occupe du reste.

Raff.

[Tract trouvé lors de la manifestation du 1er mai 2003 à Paris]



«IL FAUT SAUVER LE SOLDAT THIBAULT»

Le patron de la CFDT, François Chérèque, a pourtant aussi rappelé qu’en 2003, son syndicat a subi une autre hémorragie de militants, au moment de la réforme des retraites impulsée par le gouvernement Raffarin et que ceux-là ont rejoint la CGT plutôt que SUD. Ce sont eux qui, depuis le début de la grève, malmènent le plus souvent Bernard Thibault dans sa tentation de négocier. Entre la base et les dirigeants du syndicat majoritaire à la SNCF et à la RATP, la coupure est nette.

Mais Nicolas Sarkozy ne semble pas l’avoir tout de suite perçu. Le président semble en effet resté au vieux modèle gaulliste qui consiste à «passer des deals» avec la CGT. Il se vante d’avoir procédé ainsi en 2004, lorsqu’il était ministre de l’économie, pour obtenir l’ouverture du capital d’EDF. Nicolas Sarkozy en a gardé de bonnes relations avec Frédéric Imbrecht, secrétaire général de la Fédération CGT de l’énergie, qu’il tutoie et sur lequel il ne tarit pas d’éloges. «Imbrecht m’a dit : “D’accord pour négocier, mais tu mets quoi dans ma gamelle ?” Moi, j’aime ça», sourit Sarkozy.

Le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, est cependant dans une situation bien plus délicate. Le patron de sa puissante fédération des cheminots, Didier Le Reste, est en effet son rival. Partisan du non à la Constitution européenne, Le Reste a affronté Thibault en 2005 et l’a mis en minorité. On lui prête désormais l’ambition de lui succéder. Depuis le début du conflit, Le Reste navigue au plus près des intérêts de sa base, coincé entre les radicaux de SUD-Rail et les réformistes de la CFDT. Et Thibault paraît parfois tétanisé. «Il ne fait pas de politique. Il ne négocie rien», se plaint un conseiller de l’Élysée.

Xavier Bertrand a pourtant vite pris la mesure de ses difficultés. Dès le 13 novembre, à la veille de la grève reconductible, il a reçu Bernard Thibault, Didier Le Reste, Frédéric Imbrecht et Gérard Le Bœuf. Une heure et quart de palabres sans issue. Puis le patron de la CGT a fini par dire : «Je viens avec une proposition» — qu’il avait déjà présentée à la presse. Jusque-là, la CGT exigeait une négociation globale. Elle accepte la négociation tripartite, «entreprise par entreprise», qui permet l’acceptation de contrepartie. Thibault, convaincu que la CGT n’a rien à gagner à une grève longue qui n’a pas les faveurs de l’opinion, est parvenu à imposer sa stratégie à Le Reste. Mais la déchirure menace. À Bertrand qui réclame des précisions, Thibault au supplice souffle : «Ne me demandez pas de me répéter.»

Le lendemain, en constatant que le leader de la CGT, héros des cheminots de 1995, vient d’être sifflé par sa base dans certaines AG de la SNCF, Xavier Bertrand est convaincu : mieux vaut avoir Thibault pour négocier que des radicaux ou des coordinations incontrôlables. «Il faut sauver le soldat Thibault», résume Sarkozy, et lui donner le temps de convaincre ses adhérents qu’ils n’ont rien à gagner dans un conflit long. L’ouverture des négociations sera fixée selon les demandes de la CGT.

[«Jours de grève à l’Élysée :
les coulisses d’une grève qui fut un test politique»,
Le Monde, 26.11.07]
Vendredi 30 novembre 2007
Depuis quelques années, ça n’arrête pas de brasser [1]. La révolte fait bien plus que gronder : elle éclate régulièrement par sursauts plus ou moins durables et intenses.

L’État en est la cible, toujours. Les syndicats et organisations de gauche sont à la ramasse et ne cherchent qu’à calmer le jeu.

Pas la peine de chercher bien loin ce qui nous pousse tou-te-s à nous révolter : les rapports sociaux capitalistes font que la plupart des individus dans ce monde ont une vie de merde [2]. Police, travail, thunes, hiérarchies et discriminations, dépossession de nos vies, c’est la hass et toutes les occasions sont bonnes pour faire comprendre aux tenants du système qu’ils ne pourront pas nous tenir le nez dans la merde sans qu’on réagisse.

Depuis quelques semaines, plein de monde s’est retrouvé à manifester dans la rue, encore une fois. Mais les manifs plan-plan, on sait ce que ça donne si on se contente de ça : ça ne donne rien.
    T’as le droit de manifester calmement ton mécontentement, c’est la démocratie.
    Mais ne t’étonne pas si le pouvoir s’en bat les reins, c’est la démocratie.

Les cheminots se mettent en grève pendant une semaine, c’est le bordel dans la circulation des trains dans toute la France mais le gouvernement ne cède pas : il ne fait que «négocier» avec la CGT et les autres syndicats qui endorment doucement la colère des cheminots. Alors plusieurs cheminots dans toute la France ont mené des actions directes illégales pour intensifier leur lutte (sabotage de lignes et saccage de gares).

On retrouve le même phénomène dans les luttes étudiantes : de nombreuses facs sont bloquées et occupées, certaines se font expulser par la flicaille (trois fois à Grenoble, mais aussi à Paris, Nantes, Rennes, Strasbourg, Montpellier, Lyon, etc.). Les principaux syndicats désertent la lutte et «négocient» des miettes eux aussi. Là encore, certaines facs connaissent des actes de sabotage (par exemple contre des caméras de vidéo-surveillance) et quelques manifs sauvages tournent à l’affrontement avec la police et à la casse de commerces et de voitures (notamment à Paris et Grenoble).

Du côté des lycées, de nombreux établissements se retrouvent bloqués. Et la joie et l’énergie des manifs sauvages sont souvent fort lycéennes…

Ces derniers temps, d’autres secteurs ont fait grève, comme les marins-pêcheurs et les salarié-e-s d’EDF, qui pratiquent également le blocage et le sabotage pour donner plus de poids à leurs luttes.

On ne peut que se réjouir de ces moments de lutte. Quand la détermination prend le pas sur la résignation, le mot d’ordre démago de Sarkozy peut devenir le nôtre : ensemble, tout devient possible.

Et c’est là que ça coince : on parle de convergence des luttes, mais en réalité chacun-e lutte dans son coin.
    C’est le problème des luttes corporatistes et réformistes… Ne peuvent en ressortir que des aménagements du système capitaliste, ça veut dire qu’au mieux on aura une vie de merde un peu moins pourrie. Il y a un an et demi, le CPE n’est pas passé. C’est bien, mais par définition rien n’a changé. Et ça ne peut pas nous suffire.

Alors c’est encore des quartiers les plus pourris de France que nous vient un élan insurrectionnel moins restrictif : dimanche 25 novembre, à Villiers-le-Bel (dans la banlieue nord de Paris), deux jeunes qui circulaient sur une petite moto sont renversés par une voiture de police et sont tués sur le coup. Comme il y a deux ans, cela déclenche des émeutes dans le quartier. Des dizaines et des centaines de personnes s’insurgent contre la police, en solidarité avec les deux morts : le bureau de police de Villiers-le-Bel a été incendié, celui d’Arnouville (ville voisine) a été saccagé. Plusieurs voitures ont été incendiées, dont des véhicules de police et de pompiers.

Comme ils l’ont fait pour les grévistes des transports publics et pour les bloqueur-e-s d’universités, les médias sont à l’affût et s’empressent d’insulter les émeutier-e-s : par exemple, sur France Info le 26 novembre, un salarié [3] d’une agence immobilière [4] de Villiers-le-Bel déclare que c’est «stupide» de «casser» dans le quartier même où les émeutier-e-s vivent… Mais dans ces moments là, la rage s’exprime comme elle peut. De toute façon, qu’est-ce qui a été cassé ou crâmé à part des voitures ce soir-là ? Des comicos, des concessionnaires automobiles, une agence immobilière, différents commerces dont une bijouterie qui a été pillée (bien joué !).

Les possédants se plaignent qu’on casse leurs magasins mais jamais ils ne se poseront la question de comment c’est relou qu’ils cassent nos vies en trois mille morceaux. Le seul moyen de s’en sortir c’est de se faire de la maille par tous les moyens : tout le monde reste en mode «survie», et ceux qui «réussissent» changent de camp. C’est la loi de la jungle et faut pas avoir peur des mots, ça s’appelle «capitalisme». Et c’est pas une fatalité, ce système d’exploitation et d’inégalités n’a rien de «naturel». Alors Pourquoi On Resterait Calmes [5] ?

À gauche, la réaction est claire, quand on demande à François Hollande (chef du Parti socialiste) s’il cherche à «comprendre» les émeutier-e-s, il répond direct : «Il n’y a pas à comprendre, il faut condamner [6]».

Bref, c’est toujours le même cirque politico-médiatique.

Et si la meilleure des polices ne porte pas l’uniforme [7], il n’empêche que la flicaille en uniforme (et la BAC et les «RG» et les indics) est en force partout, du campus de Grenoble jusqu’à Fontaine et la Villeneuve en passant par les rues du centre-ville.

Preuve permanente que l’État nous met un max de pression… mais on lâchera pas l’affaire [8].

Les preneurs et preneuses d’otages
du campus universitaire de Grenoble - saintMartin-d’Hères


1. Entre autres occasions ces derniers temps : mouvement lycéen lors du printemps 2005, émeutes des quartiers pauvres dans toute la France en automne 2005, mouvement «anti-CPE» au printemps 2006, émeutes de la gare du Nord à Paris en mars 2007, actions directes contre les locaux de partis politiques et manifs sauvages avant et pendant les élections présidentielles, etc.
2. À des degrés divers, certes, c’est d’ailleurs là-dessus que «jouent» ceux qui cherchent à nous diviser.
3. Un cadre ? un sous-directeur ? un employé de base ? on ne le saura pas…
4. À part les bourgeois pleins aux as, qui n’a jamais eu envie d’exploser une vitrine d’agence immobilière ? Qui, d’une façon ou d’une autre, ne connaît pas ou n’a jamais connu de galères de logement ? Qui nous rackette le «droit» de vivre sous un toit si ce ne sont pas l’État, les proprios et les agences immobilières ?
5. Pendant que la censure peine de tous ses efforts et que d’obscurs syndicats de porcs, en cas d’encombrantes bavures invoquent le coup du sort et nous convoquent leur état-major.
6. Sur France Info le 26 novembre 2007.
7. Parce que la meilleure des polices, c’est ton taf, ta télé, tes crédits, tes anxiolytiques, neuroleptiques, antidépresseurs (…) la meilleure des polices, c’est tout ce qui te fait marcher droit avec ton propre consentement, sans jamais oser montrer les crocs…
8. Et qu’on ne vienne pas nous parler d’aller voter ! Ni pour Ségolène Royal ni pour qui que ce soit, ce qu’on veut c’est modifier les rapports sociaux. Parce que le le problème, c’est pas le nom ou la tête du Président de la République, le problème, c’est la République, c’est l’État, c’est la hiérarchie sociale, économique et politique, c’est un système. Alors ouais, on a du pain sur la planche si on veut révolutionner ce monde de merde, mais on n’a pas grand-chose à perdre…


Vendredi 30 novembre 2007
Le 20 novembre à minuit la chaîne de montage s’est arrêtée. Sur les 2.200 salariés de l’usine Ford-Vsevolojsk (région de Saint-Pétersbourg), 1.500 participent à la grève. La direction a réagi en interdisant l’entrée de l’usine aux ouvriers du poste du matin. Elle a même fait appel aux OMONs (les CRS russes) pour bloquer l’entrée. Depuis, chaque jour, des centaines d’ouvriers tiennent meeting permanent devant l’usine, veillant à ne pas laisser passer d’éventuels briseurs de grève. Dans un élan d’enthousiasme, ils dansent et chantent. Les salariés de la cantine, en grève eux aussi, distribuent thé et sandwichs. Atmosphère euphorisante et enthousiasme de se retrouver ensemble uni au combat pour ses droits.

La principale revendication des grévistes porte sur le niveau de salaire, dont ils demandent un relèvement de 30%. Pour le moment le salaire moyen dans l’usine tourne autour de 19.000 roubles (550 euros). L’affaire fait beaucoup de bruit, en lien avec les mouvements massifs de grève en France et dans d’autres pays d’Europe — on peut entendre les ouvriers scander «La France nous montre la voie à suivre, hourra !», et également en lien avec les prochaines élections parlementaires, qui se tiendront le 2 décembre.

Surtout, l’opinion publique et même les syndicats traditionnels de la Centrale FNPR, pourtant hostile par principe à tout conflit ouvert avec les directions d’entreprise, commencent à bouger. Une lettre publique signée par vingt sociologues du travail, demandant une libéralisation du Code du travail concernant la réglementation du droit à la grève, a été publiée par plusieurs journaux. Les syndicats et collectifs d’autres entreprises du pays, et également de l’étranger, envoient messages de soutien. Des piquets de soutien à la grève ont été organisés à Saint-Pétersbourg et à Moscou. Le président de la FNPR, Mikhail Chmakov — allié de «Russie unie» aux élections — ose parler publiquement de la nécessité de réviser le Code du travail, adopté pourtant en 2001 par ses soins et ceux du parti du pouvoir.

En revanche, la direction de Ford Russie, pour le moment, déclare refuser toute négociation avant la cessation de la grève. Les grévistes ont été prévenus qu’ils ne seront pas payés. Ceux des salariés qui acceptent de signer une déclaration formelle de non-participation à la grève ont reçu la promesse de recevoir les deux-tiers de leur salaire pour «chômage forcé».

Sentant que la grève allait se prolonger, les grévistes réunis en assemblée générale le 22 novembre ont décidé à l’unanimité de se scinder en deux groupes : l’un reprend le travail pour être rémunéré un minimum, l’autre poursuit la grève et le meeting permanent à l’entrée de l’usine.

«De toute façon, — explique Alexeï Etmanov, le président du syndicat de l’usine, ça ne suffira pas pour faire repartir la production et ne fera qu’aggraver les pertes financières dues à la grève.»

Le cas des «Fordistes» est assez unique et exemplaire pour la Russie. Un jeune syndicat sorti de la confédération traditionnelle FNRP il y a deux ans, un travail de terrain continu des leaders syndicaux pour faire comprendre aux ouvriers que le syndicat, c’est eux tous et non pas une agence de services en connivence avec la direction, une stratégie d’union syndicale offensive. À l’iniative du comité syndical de Ford est ainsi né cet été le Syndicat interrégional des travailleurs de l’automobile, regroupant des syndicats indépendants de plusieurs grandes entreprises, notamment l’usine Lada à Togliatti (où a eu lieu une grève — férocement réprimée — début août) et l’usine Renault-Autoframos à Moscou. C’est donc un cas exemplaire de syndicat combattif soutenu par la majorité des salariés.

C’est à la suite de la première grève des «Fordistes» (conclue par la signature d’un accord collectif), en février dernier, que le mouvement de grève a commencé à se développer dans le pays. Des dizaines de cas de grèves ont été répertoriés depuis. La plupart du temps, du fait de la législation du travail régressive et de la répression patronale, elles se sont terminées par des licenciements, des sanctions disciplinaires et des condamnations pour «grève illégale».

Derniers exemples en date : la grève des dockers du port de Tuapse (4-7 novembre), puis de Saint-Pétersbourg (13-17 novembre), et celle de la Poste de St-Pétersbourg (26 octobre). Les deux premières ont été arrêtées par décision de justice. La troisième — grève du zèle en fait — s’est terminée par le licenciement de trois responsables du syndicat des camionneurs de la Poste. Mais l’épidémie se propage malgré les répressions. Le 28 novembre est annoncée une grève des cheminots appartenant au syndicat indépendant RPLBJ. La grève, même pas entamée, fait déjà l’objet d’un procès engagé par la direction. Les cheminots se déclarent néanmoins prêts à passer à l’acte. Les revendications portent sur la réglementation du salaire et sur le droit du syndicat minoritaire à participer aux négociations collectives.

Un vent de grèves souffle donc sur la Russie. Même si la dimension est moindre par rapport à ce que connaît la France, la radicalité du changement est à remettre dans le contexte russe, où les grèves avaient pratiquement disparu depuis le début des années 2000, date de l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine. Changement dans les mentalités, dans la conception de ce qu’est un syndicat, dans les pratiques solidaires qui se mettent en place. Changement de génération aussi avec l’arrivée de jeunes ouvriers refusant de brader leur force de travail, revendiquant juste reconnaissance de leur qualification et moins imprégnés par les représentations paternalistes traditionnelles vis-à-vis du patronat et des syndicats.

En bref, si ce n’est pas comparable aux mouvements qui embrasent la France, les germes d’un changement de tendance sont indéniables. Et ni les élections, ni les répressions n’y feront rien. Les transformations, essentiellement qualitatives, sont bien plus profondes.

Ces changements sont liés également aux évolutions socio-économiques. Une croissance économique stable, une élévation des profits et des salaires du management, une inflation galopante — tous ces facteurs s’accumulent pour faire monter le mécontentement. À cela s’ajoutent les incidences de la mondialisation en Russie. Les conflits du travail touchent particulièrement les multinationales, les ouvriers voyant comment fonctionnent les syndicats des autres pays et mesurant l’écart entre leurs salaires et ceux des ouvriers d’autres pays. Enfin, le facteur-clé est fourni par la seconde vague (après celle du début des années 90) de création de syndicats indépendants, constitués le plus souvent par la base, à partir d’un noyau d’ouvriers plus conscientisés que la moyenne.

Carine CLÉMENT
Attac France, 26 novembre 2007
Jeudi 29 novembre 2007
Petit tract général A5, à reprendre si ça vous dit, en provenance de Dijon où la lutte continue (manif jeudi à 14h place Wilson) dans les lycées, assemblées populaires, dans la rue, et tant bien que mal à la fac malgré les trahisons de l’Unef et consorts.

C’est pas maintenant qu’on va s’arrêter !

Depuis plus d’un mois partout en France, on proteste contre la privatisation de l’éducation (Loi LRU) ou contre l’offensive libérale chez les employé·e·s (réforme des retraites chez les cheminots, privatisations, suppressions d’emplois massives chez les profs et instits…). Les voies officielles et médiatiques l’étouffent tant bien que mal, mais une cinquantaine de facs restent bloquées ou fermées, certaines depuis plus d’un mois et des centaines de lycées les ont rejoint.

Malgré la répression, les flics dans les facs, les menaces des proviseurs, les fins de mois qui tirent en bout de grève, les saloperies colportées dans les médias et l’opposition de la France d’après, on continue à se battre. On continue parce que l’on sait que l’on est à un moment historique où le droit même de lutter est menacé. On continue parce qu’on ne peut pas laisser ce pays à ses rafles d’étrangers, à ses SDFs et à ses banlieues ghettos, à ses milliards de cadeaux fiscaux pour les riches et à sa destruction systématique des services publics et des quelques freins subsistants face à l’exploitation des plus pauvres. On continue parce qu’on aurait trop honte sinon, parce qu’il va bien falloir survivre à Sarkoland ou parce qu’on a déjà bien trop la rage pour s’arrêter quand TF1 nous dit de rentrer chez soi.

Pendant ce temps, nous assistons une fois encore aux trahisons attendues et répétées de certains syndicats collabos : certains ont demandé aux cheminots l’arrêt des grèves avant même le début des négociations, dans les facs, l’UNEF a rejoint en route un mouvement contre une loi qu’ils avaient soutenu auparavant. Ils ont ensuite, comme à l’habitude, tenter de freiner, de contrôler la lutte et de s’en proclamer porte-paroles dans les médias. Ils ont pour finir choisi d’envoyer leur leaders négocier quelques détails de la loi, tou·te·s miels et sourires avec les ministres. Pourtant dans le cas de la LRU, les AG, seules représentatives, revendiquaient l’abolition pure et simple de la loi. Il est donc maintenant clair que l’UNEF, la CFDT et consorts n’ont plus et n’auront plus leur place, ni dans les AG, ni dans les manifs, ni dans la suite du mouvement ni dans ceux à venir.

Continuer le mouvement c’est faire converger nos luttes. C’est briser l’offensive des médias aux mains de sarkozy et consorts et leur machine de propagande à faire passer les grévistes pour des parasites inadapté·e·s. C’est ne pas oublier que tou·te·s, étudiant·e·s comme salarié·e·s luttent pour conserver des droits sociaux acquis dans la sueur et le sang depuis deux siècles. C’est prendre le temps de débattre et d’expliquer que si eux perdent, c’est la loi de la jungle pour tous. C’est briser l’égoïsme du «chacun·e pour soi, chacun·e sa merde» et apporter des sourires, des soutiens matériels, humains et financiers à ceux qui se battent, malgré l’amnésie historique et l’individualisme qui les entoure. Mais c’est aussi savoir que les grèves qui gagnent sont celles qui durent et coûtent à l’État et aux patrons et se donnent les moyens de chocs frontaux et d’actions perturbatrices.

Combattre pour que l’éducation ne soit pas soumise à la rentabilité et aux patrons, c’est ne pas oublier que de nombreux lycéen·ne·s des classes populaires n’auront de toute façon pas droit à la fac. C’est donc aussi s’attaquer à la France des jobs précaires payés des miettes, à cette France post-coloniale qui discrimine, tue et harcèle nos frères et sœurs de banlieue, de Villiers-le-Bel et d’ailleurs. C’est construire, prendre, arracher pour tou·te·s une vie meilleure, des forces collectives, du sens, du temps et des activités choisies.

On n’a qu’une vie, on ne la passera pas à trimer
pour les actionnaires, les cadres et les nantis.

Bloquons leur économie, réapproprions-nous leurs richesses !

CPE – LRU – RTT
(ChômeurEs- PrécairEs- EtudiantEs,
LycéenEs RageurEs Utopistes,
RévoltéEs de Tout Temps)
Mercredi 28 novembre 2007
Travailler «en échange» d’un salaire, nous sommes nombreux et nombreuses à devoir le faire (à l’exception des travailleurs-ses indépendant-e-s que l’idéologie libérale amalgame trompeusement aux patrons). L’idéologie dominante nous présente notre situation comme un «échange» équitable, en bonne et due forme. Ceux et celles qui détiennent le capital paient ceux et celles qui ne le détiennent pas et qui vendent leur force de travail pour vivre. En réalité, cette situation n’a rien d’un choix, elle nous est imposée par le système capitaliste et l’État, et nous est rappelée au besoin par la contrainte.

Cette description de l’ordre économique qui s’impose à nous repose sur un mythe : celui d’une égalité théorique entre les deux parties «contractantes», le patron d’un côté (et le cas échéant les actionnaires qu’il représente), le travailleur ou la travailleuse salarié (note : en cohérence avec les mêmes autres mots dans le texte) de l’autre. Entre les deux, le «contrat de travail».

La dictature en entreprise
Mais nous pouvons voir en tant que travailleurs et travailleuses salariés que cette belle théorie est un mensonge, parce que nous le vivons dans notre chair et notre dignité au quotidien :

— Nous sommes placés sous la dépendance, sous la domination hiérarchique du patron et de ses représentants. Toute la propagande en vogue dans les boîtes, qu’elles soient petites ou grandes («On est une grande famille», «on a les mêmes intérêts au final», «on est tous dans le même bateau»), ne peut masquer cette réalité : le salariat, c’est d’abord un lien de subordination, c’est-à-dire une situation de domination hiérarchique de l’employeur (le patron et ses représentants patentés) sur l’employé (le travailleur ou la travailleuse salarié). À la clé, harcèlement, retenues sur salaire, brimades, menace et chantage au licenciement et l’ultime étape, le licenciement, avec en prime la galère et tout son cortège d’impayés, d’huissiers et de misère…

Racket organisé
— Les richesses que nous créons en tant que travailleurs et travailleuses nous sont volées. Ce que l’on appelle communément le «profit», c’est le vol légal et organisé des produits du travail par le Capital (actionnaires et patrons). Le profit est justifié par l’idéologie dominante comme la juste rétribution du risque, et de l’investissement de capital dans l’entreprise. Mais ce capital investi a lui même été obtenu le plus souvent par un vol antérieur du même type. Les travailleuses et travailleurs salariés risquent tous les jours leur santé, mais aussi leur boulot. Mais surtout, tout cela repose sur la conviction que la hiérarchie est nécessaire dans l’entreprise, et que le patron crée des richesses. Mais ce sont les travailleuses et les travailleurs qui créent ces richesses, par leur travail. Les capitaux ne créent rien en eux-mêmes. Il est surtout possible de se passer de patrons (les expériences autogestionnaires et le principe coopératif comme celui des SCOP le montrent). Dès lors le patronat apparaît pour ce qu’il est réellement : un groupe parasitaire qui s’enrichit du travail des autres. Comme le dit l’adage, «les patrons ont besoin de nous, nous n’avons pas besoin d’eux». Les richesses sont le produit de l’intervention de multiples travailleuses et travailleurs dans le processus de production. Toutes et tous sont nécessaires, il n’y a donc pas de raisons que certains s’accaparent une plus grande part des richesses créées et/ou qu’ils exploitent le travail des autres. Tout l’encadrement hiérarchique dans l’entreprise n’a «d’utilité» que pour organiser le vol légal, sous forme de profit, des richesses que les travailleuses et les travailleurs créent. Une organisation collective de l’économie rendrait inutile cet encadrement, la gestion directe et partagée de l’économie par des assemblées de travailleurs et travailleuses, sous le conseil de techniciens comme experts et non comme décideurs (note : on ne met pas de féminin s’il s’agit de «techniciens»), permettrait de restituer l’intégralité des fruits du travail aux producteurs selon le principe communiste libertaire «de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins».

La bourgeoisie à l’offensive : augmenter le magot
Que ce vol des richesses par les actionnaires et les patrons soit légal dans le système actuel n’enlève rien au fait qu’il s’agit d’un racket organisé, au quotidien. La lutte de classes qui oppose classes laborieuses et patronat/actionnaires vise pour les seconds à voler une part toujours plus grande des richesses produites, et pour les premiers à récupérer ce qui lui est volé légalement dans le système économique capitaliste. La bourgeoisie (actionnaires et patrons), consciente de ses intérêts mène l’offensive sur ce terrain : en France, en 30 ans, la part des richesses créées allant aux actionnaires et aux patrons a augmenté de 10% en passant de 30 à 40% alors que la part allant au travail (sous la forme des «salaires») a diminué de 10% en passant de 70 à 60%. Tout cela, alors que dans le même temps, la productivité du travail n’a pas cessé d’augmenter.

Travailler plus pour payer plus et gagner moins
Depuis plusieurs dizaines d’années, les gouvernements de gauche comme de droite multiplient les cadeaux au patronat en s’attaquant à la part du salaire qui est socialisée. C’est une part de notre salaire à laquelle les patrons peuvent s’attaquer d’autant plus facilement qu’elle n’est pas aussi directement visible sur notre compte en banque que le salaire lui-même. En effet, elle nous revient de manière indirecte sous forme de remboursements de soins, d’allocations chômage, de pensions retraite. Les diminutions successives de tous ces reversements constituent bien des baisses de salaire effectives. Elles se traduisent indirectement par la casse des retraites, de la sécurité sociale, de l’assurance chômage tout en asséchant artificiellement les caisses de la sécu. Il s’agit ici d’un sabotage organisé.

C’est «l’État» qui, nous dit-on, compense une partie de ces cadeaux aux patrons. Or cette compensation n’est pas intégrale, puisque plus de deux milliards et demi d’euros ne sont pas reversés. Qui plus est, ce n’est pas l’État comme classe dirigeante, mais bel et bien les contribuables, c’est-à-dire les travailleuses et les travailleurs, qui payent l’addition à la place des patrons : CSG, RDS, mais aussi projets de «TVA sociale», alors que dans le même temps les prestations sociales baissent (déremboursement, franchise médicale, flicage des chômeurs, augmentation des annuités retraite). L’objectif, c’est de réduire le plus possible la contribution patronale (en augmentant le vol légal qu’est le profit), et d’augmenter la participation des travailleurs-ses, tout en ouvrant de nouveaux marchés juteux aux capitalistes : fonds de pensions, assurances médicales viennent, ou viendront pour ceux qui le pourront, compléter des pensions et des remboursements de plus en plus misérables. Avec pour conséquence de faire payer les malades (tout en les culpabilisant) et engraisser des fonds d’assurance plus préoccupés par le profit que par la santé des souscripteurs.

Le «trou de la sécu» est ainsi un mythe, puisqu’il a été créé artificiellement par le patronat et les gouvernements successifs dans le but de saboter la sécurité sociale, par les exonérations de charges (dont les dernières en date sont les exonérations des heures supplémentaires) et le non reversement de taxes sur les alcools et tabacs. Le «trou» annoncé représente 12 milliards d’euros, quand les dettes de l’État à la sécu représentent 25 milliards d’euros, et que les exonérations, qu’il ne compense qu’en partie, représentent 28 milliards d’euros chaque année. Largement de quoi combler un «trou» qui n’est que la faillite organisée de la sécu par l’État !

Organisons-nous pour lutter
Ce sont essentiellement les exonérations de «charges» qui ont permis aux capitalistes de voler toujours plus aux travailleuses et aux travailleurs. Les patrons étaient obligés de rendre jusque-là par ce biais une part de ce qu’ils volaient (le profit) pour alimenter les caisses de retraites, de sécurité sociale, d’assurance chômage. Ce principe a été conquis en 1945, comme concession d’un patronat discrédité par sa collaboration avec l’occupant nazi pour prévenir toute éventualité révolutionnaire dans un contexte de guerre froide, alors que le mouvement ouvrier était à l’apogée de sa force.

Depuis lors, le patronat n’a eu de cesse de récupérer le fruit de ces concessions forcées, en profitant de l’affaiblissement du mouvement ouvrier.

La généralisation de la grève en Mai 68 et la crainte d’une situation révolutionnaire ont conduit à d’autres concessions temporaires, sous la forme de fortes augmentations de salaires après les accords de Grenelle, dans le but d’acheter un retour au calme. Ces augmentations ont été rapidement compensées par le biais de l’inflation, la hausse des prix permettant de récupérer d’une main ce qu’ils avaient fait mine de rendre de l’autre. La caisse noire de l’UIMM (fédération patronale de la métallurgie affiliée au MEDEF), découverte récemment et dont le montant dépasse 168 millions, qui vise à soutenir financièrement les patrons face aux grèves (mais aussi à «fluidifier les relations sociales» sous forme de corruption de politiciens et de bureaucrates syndicaux), montre la volonté de la bourgeoisie de défendre ses intérêts de classe.

Face à cette volonté organisée, les bonnes habitudes des origines du mouvement ouvrier se sont perdues (caisse de grève, solidarité de classe…), sous l’effet de l’idéologie dominante visant à détruire toute solidarité chez les exploité-e-s. Mais les exploiteurs, bien organisés pour défendre leurs intérêts, nous rappellent si besoin était que la lutte de classes est bel et bien une réalité, et que nous avons tout intérêt à nous organiser nous aussi et à être solidaires, à lutter pour l’abolition du salariat.

Sam (groupe de Seine-saintDenis)

Infos & analyses libertaires no 68, novembre-décembre 2007
Mardi 27 novembre 2007
La régression sociale entamée depuis plus de 25 ans semble aujourd’hui avoir atteint son rythme de croisière. Si rien ne vient la troubler, 150 ans de conquêtes sociales arrachées de hautes luttes seront bientôt réduites à peu de choses. Plus de 150 ans de combats sociaux pour faire reculer les injustices, les inégalités et finalement sauver une part considérable de la population des griffes les plus acérées de la sauvagerie capitaliste. Congés payés, retraites par répartition, sécurité sociale, IVG, contraception et services publics en général, bien qu’encore imparfaits, sont tout simplement menacés d’extinction totale.

Nous sommes actuellement engagés dans une course folle vers un capitalisme sauvage qui va faire exploser les inégalités économiques et sociales. Or, comme à chaque période similaire de l’histoire, il est évident que ces inégalités vont provoquer une intensification de la violence dans notre société, une intensification de toutes les violences : les violences à caractère ethnique avec la montée des sentiments racistes qui a toujours accompagné les périodes de misère et d’incertitude économique et sociale comme dans les années 30 en Allemagne ; à caractère sexuel, en particulier dans un monde du travail toujours plus injuste où la domination masculine habituelle fera des femmes les premières victimes ; enfin à caractère «intraclasse» c’est à dire la multiplication des violences entre les plus pauvres.

Toutes ces violences vont se développer car les inégalités sont bien évidemment synonymes d’une aggravation des conditions de vie pour toujours plus de personnes, notamment du point de vue de la santé et du travail : chômage non indemnisé, frais de santé non remboursés, etc.

Mais encore, et ce phénomène est déjà observable depuis une dizaine d’années, les inégalités vont provoquer une restriction des libertés individuelles et collectives. On ne compte plus le nombre de lois sécuritaires pondues depuis dix ans par tous les gouvernements successifs de gauche comme de droite. L’État, rose ou bleu, reste l’État et renforce son arsenal policier et judiciaire indispensable pour «maîtriser» les conséquences de la montée de la précarité. Et c’est pour protéger les intérêts et les fortunes de plus en plus indécentes et inavouables des plus puissants, que la censure de l’expression politique a un bel avenir devant elle. En somme, la montée des inégalités va mécaniquement aggraver encore la tendance à la concentration du pouvoir politique. Tout est logique : si les inégalités augmentent, c’est qu’il y a une concentration du pouvoir économique, qui exige à son tour concentration du pouvoir politique pour se défendre.

Les inégalités sont donc source de violences, elles détériorent les conditions de vie de la grande majorité de la population, elles attisent l’autoritarisme de l’État et la déliquescence des libertés publiques… non, ce n’est pas fini : le comble c’est qu’elles tendent à se reproduire, voilà maintenant trente ans que les sciences sociales l’ont démontré. Plus une société est inégalitaire, plus elle tend à renforcer son caractère inégalitaire, et donc les violences, etc.

Il s’agit donc de bien savoir contre quoi nous luttons. L’affaire est sérieuse, les enjeux énormes. Quand on mesure les cercles vicieux d’impacts négatifs qu’ont les inégalités sociales sur une collectivité humaine, on ne peut douter que la justice sociale est l’objectif prioritaire que doit se fixer toute société, pour ne pas sombrer dans la barbarie (inculture, violences, égoïsmes). Aucun esprit honnête ne saurait passer à côté de ce combat. Les perspectives de luttes qui se dessinent dans le pays depuis plusieurs semaines, ne devraient laisser personne indifférent car c’est dans un mouvement social que la conscience de classe peut se développer et renforcer à son tour le mouvement social pour lui donner la capacité d’imposer de nouveaux droits pour les travailleurs et les travailleuses. Et, plus loin encore, de construire lui-même la justice sans et contre l’État, d’atteindre notre émancipation totale. Il faut lutter pour et par la reprise en main de nos vies, c’est-à-dire en développant des pratiques autogestionnaires partout où c’est possible. Le chef de l’État français annonce clairement la couleur en affirmant qu’il rejette tout égalitarisme. Nous, anarchistes, sommes égalitaristes car nous savons qu’une économie enfin au service de l’Homme ne peut être qu’égalitariste. Il faut lutter ! Luttons pour l’égalité sur les lieux de travail, pour la rotation des tâches difficiles et des postes clés, pour le partage du pouvoir de décision c’est-à-dire pour l’abolition de la direction patronale remplacée par l’assembléisme de démocratie directe !

Hélas, les révoltés ne sont plus assez nombreux pour maintenir le rapport de force et nous sommes condamnés, tout du moins dans un premier temps, à tenter de stopper la régression. La faiblesse du syndicalisme d’action directe et de la conscience de classe parmi les dominées invitent tout naturellement l’État à retrouver sa fonction première et véritable : enrichir les riches en appauvrissant les pauvres et maintenir l’ordre de la façon la plus durable possible par tous les moyens. Faute de réaction sociale consciente, déterminée et massive contre les oligarchies politique et économique qui se servent l’une l’autre et qui sont en définitive la source essentielle de nos maux, les années à venir s’annoncent mal, très mal. Le débat véritable est, a toujours été, celui de la répartition des richesses et du pouvoir de décision. Faisons en sorte que 2007 marque le retour de la défense organisée des travailleurs et des travailleuses sur le terrain social ! Que la peur change de camp maintenant !

Infos & analyses libertaires no 68, novembre-décembre 2007
Bimestriel de la Coordination des Groupes Anarchistes
Dimanche 25 novembre 2007
Le code du travail va être réécrit en quelques heures à l’Assemblée nationale, le 27 novembre et le 4 décembre.

En 2005, une commission de cinq «rédacteurs» avait été mise en place et il était prévu de publier le nouveau code en mai-juin 2006 si la grande mobilisation victorieuse contre le CPE ne l’avait empêché. Au forcing, l’UMP a glissé dans la loi «sur le développement de l’actionnariat salarié», publiée le 30 décembre 2006, un «cavalier parlementaire», l’article 57, renouvelant les délais du 1er janvier au 30 septembre. Puis le ministre Gérard Larcher a annoncé qu’ils allaient le passer avant la présidentielle. Tous les syndicats ont protesté : «Ne faites pas de coup de force, pas à marche forcée !» Mais Larcher, Villepin, Chirac et Sarkozy l’ont imposé quand même, le 7 mars, en Conseil des ministres. On a donc pu, dans ce pays, en dépit de l’opposition totale des syndicats, changer le code du travail de fond en comble.

On est, depuis le 1er octobre, dans une zone de non-droit : quel code s’applique, l’ancien ou le nouveau ? La partie réglementaire serait prête le 1er janvier 2008, applicable le 1er mars 2008 au plus tard. La partie législative n’entrerait, semble-t-il, mais c’est contesté, en vigueur qu’à ce moment-là.

Sur le fond, ils n’ont rien simplifié, ils ont complexifié : «Plusieurs mois, voire plusieurs années seront sans doute nécessaires pour que ce nouveau code révèle tous ses secrets», a reconnu Christian Redé, l’un des cinq rédacteurs du «comité d’experts».

Il y avait 271 subdivisions, on en arrive à 1.890. Il y avait 1.891 articles de loi, il y en a 3.652 ! Ils ont déclassé près de 500 lois en décrets modifiables à l’avenir… sans repasser par le Parlement. Ils font s’écrouler toutes les jurisprudences, abrogent des articles clés, restructurent le fond théorique et pratique du code. Tout est modifié. Dans les questions d’hygiène, de santé, de sécurité, les obligations des employeurs sont devenues un élément avec «les obligations des travailleurs» faisant partager les risques et responsabilités avec les salariés — ce qui est un recul décisif d’un siècle !

Certaines catégories de salariés sont externalisées vers d’autres codes : salariés agricoles, assistants maternels, salariés du transport, des mines, de l’éducation, marins, dockers. Les contrats de travail sont de plus en plus précaires avec la permissivité à l’égard du marchandage du prêt de main-d’œuvre : intérim et CDD, salariés détachés, pigistes, indépendants, etc. Les moyens de contrôle de l’inspection du travail sont démantelés, ainsi que les obligations d’information de l'employeur (registres, affichage). On a une quasi-suppression du droit pénal du travail : plus de sanctions prévues en récidive pour les employeurs. Les prud’hommes sont quasi supprimés, le nombre de délégués baisse. La question de la durée du travail est renvoyée à la partie «salaires».

L’apprentissage a été chassé de la partie «contrat de travail» pour être renvoyé à la formation professionnelle. Le droit de grève a été introduit dans la partie «négociation collective» alors que c’est un droit constitutionnel non négociable. L’inspection du travail, indépendante des gouvernements en place du fait de la convention 81 de l’Organisation internationale du travail, a été renvoyée dans la partie «administration du travail».

Tous les professionnels — syndicalistes, inspecteurs du travail, juristes, avocats, magistrats — signent des pétitions, des appels contre ce massacre. Des recours devant le Conseil d’État ont été déposés contre cette étrange procédure, alors le gouvernement envisage de passer par l’Assemblée plus tôt que prévu : le 27 novembre en commission. Ce n’est pas un classique débat parlementaire, il s’agit de ratifier une ordonnance. On peut encore rétablir ce qui a été supprimé (nous avons fait le travail, avec quelques inspecteurs du travail, et proposons environ quatre cents modifications pour réintroduire le droit constant).

Le code du travail, c’est le droit le plus intime, le plus quotidien, pour seize millions de salariés du privé, mais aussi le droit le moins connu, le plus contesté, le plus fraudé. C’est la base de l’État de droit dans l’entreprise. C’est le seul droit qui protège — trop fragilement — et contribue à fixer le coût de la force de travail de 91% de la population active.

C’est un droit évolutif, élaboré en cent trente ans, avec des hauts et des bas, minutieusement, sous l’impact des luttes sociales et politiques. Chaque ligne, chaque article, chaque alinéa représente de la sueur et des larmes, des souffrances et des grèves, des victoires et des échecs, produits de toute l’histoire des mouvements sociaux de notre pays. C’est un texte de notre droit qui ne devrait pas être réécrit. Ce qui est effrayant, c’est le silence général, déterminé, étouffant sur une telle affaire. Pas de Une. Pas de débat. Pas d’explication. Motus et bouche cousue de tous. Il paraît que c’est «trop compliqué» pour «intéresser les gens» alors que la vie de seize millions de salariés en dépend et qu’ils savent, souvent instinctivement, ce qui va en résulter pour eux : des conditions de travail dégradées, une souffrance accrue, une protection moindre, des salaires bloqués et des droits syndicaux diminués.

Jeudi 22 novembre 2007
(avant qu’ils ne nous broient)
Le pouvoir étatique, géré par la «majorité» politique mais conforté par l’ensemble de la classe (casse) politique pour le bien-être et le développement du capital, a enclenché une nouvelle attaque forte dans la guerre sociale qui oppose les «maîtres» au petit peuple qui les subit.
Le parti de l’ordre — composé certes des politiciens mais aussi des bureaucraties syndicales dont les louvoiements, compromissions et trahisons actuelles (et passées) en disent long sur la décomposition sociale et la confusion des esprits — est donc actuellement occupé à confisquer ce qu’il pouvait rester d’acquis sociaux, toujours conquis de haute lutte par les exploités.

Faut-il rappeler le démantèlement de la sécurité sociale et la santé livrée aux assurances privées réservées à celles et ceux qui auront les moyens de payer, la fin du régime des retraites par répartition (les fonds de pension seront bientôt à l’œuvre), la précarisation galopante des emplois (le «service public» donnant l’exemple), le flicage des chômeurs, des RMIstes et autres assujettis aux «minimas sociaux» etc… etc… etc… ?

Le démantèlement des «régimes spéciaux» de retraites n’est qu’un épiphénomène dans cette offensive qui a pour but la restructuration et la rentabilisation du capital à l’échelle nationale et européenne, dans la perspective d’un nouveau partage planétaire entre capitalismes rivaux mais complices sur le fond.

Ce type de société, dont l’arrogance provocatrice et décomplexée dans ses basses besognes est désormais une valeur dominante, nous écœure, avec sa phraséologie «démocratique»…

Rien de positif ne peut s’en dégager tant que ses victimes souscriront de quelque manière que ce soit à sa «logique» fondée sur la loi du plus fort, la concurrence, l’étouffement de la pensée, la manipulation des consciences, la répression de la «déviance», la confiscation et la gestion des luttes par des spécialistes prétendument représentatifs (qui ne remettent pas en cause les fondements du modèle dominant et ce depuis belle lurette !).

Actuellement, le gouvernement en place opère de deux façons :
— Il frappe vite et violemment en utilisant son bras armé policier, par exemple sur les campus des universités contre les étudiantEs qui, au-delà de la privatisation annoncée par la LRU de la ministre Pécresse, luttent pour certainEs précisément contre le système dans son ensemble. L’utilisation de sbires et milices diverses est également préconisée et utilisée…

— Il utilise la méthode «négociation-liquidation», dans le cadre qu’il impose et qui n’est pas discutable, s’appuyant sur la complicité des «partenaires sociaux» garants de la paix sociale dans les entreprises.

Notons, également certaines petites phrases inquiétantes lâchées dans les médias à destination des grévistes par ces chers gouvernants…

Toutes les luttes sociales actuelles sont uniquement défensives et s’inscrivent dans une tentative de sauvegarde de maigres bénéfices sociaux que la majorité des personnes a perdu depuis longtemps. Il est à déplorer, à cet égard, que le « service public » s’inscrive dans un cadre mercantile pour ce qui est de la vie quotidienne et des besoins humains (nourriture, logement, santé, transports, communications, éducation, culture) alors qu’il devrait bénéficier à chacunE égalitairement dans la gratuité intégrale.
Il est temps de reprendre la main en renouant avec les méthodes historiques de la lutte des classes, en organisant un blocage généralisé de l’économie par la grève générale et l’action directe.

Sans-papiers, sans-domiciles, pauvres, chômeurs, précaires, salariés, retraités, étudiants en lutte…, regroupons-nous. Le temps des dupes est terminé !

RÉVOLUTION SOCIALE ANTICAPITALISTE ET LIBERTAIRE
Périgueux, le 20 novembre 2007
Collectif libertaire Marius Jacob
Dimanche 18 novembre 2007
Contre le chacun pour soi - Pour changer de société

Ensemble dans la grève !

Face aux agressions répétées de l’État et du capital, étudiants, salariés, précaires nous devons tous et toutes faire preuve de solidarité et de détermination. La semaine en cours nous donne la possibilité de concrétiser un début de convergence des luttes, ne la loupons pas. Les fonctionnaires rejoindront dans une journée de grève le 20 novembre les étudiants qui ont ouvert la voie et les salariés de la SNCF et des transports en grève reconductible. Face à la volonté des gouvernants et des patrons de dépecer ce qu’il reste des conquêtes sociales nous devons organiser une riposte généralisée car des journées d’action dispersées ne suffiront pas. La journée du 20 novembre doit être prise comme un appui pour construire cette riposte. On ne fera reculer l’État qu’en s’attaquant au portefeuille des patrons en paralysant le pays par une grève massive où le maximum de secteurs sont en lutte.

On ne négocie pas le recul social !

La construction de cette riposte globale n’est pas aisée. La propagande gouvernementale relayée par les médias à sa botte, bat son plein pour faire passer les salariés des régimes spéciaux pour des privilégiés et rendre ainsi leur grève impopulaire et isolée. Le même traitement est appliqué aux étudiants grévistes que
l’on tente de faire passer pour des «étudiants-touristes», des vandales ou encore, dans certaines universités, pour des clochards. Il est alors plus simple pour le pouvoir de faire intervenir la matraque afin d’expulser les étudiants dans au moins sept universités. C’est la stratégie bien connue des gouvernants de criminaliser les mouvements sociaux afin d’utiliser contre eux tout un arsenal répressif.

Pendant ce temps là, les directions syndicales des confédérations dites représentatives, négocient pitoyablement de nouveaux reculs sociaux sur le dos des travailleuses et travailleurs en grève. Concernant les «régimes spéciaux», en acceptant la négociation entreprise par entreprise, elles ne font plus de la durée de cotisation de 37,5 ans un principe et participent à la division des salariés concernés. Elles accréditent ainsi le discours officiel sur les salariés des régimes spéciaux présentés comme «les privilégiés». Ce jeu de dupes entérine les reculs d’aujourd’hui et ceux de demain pour tous les salariés. Patrons, actionnaires, députés qui cumulent sommes indécentes, passe-droits et petits arrangements entre amis apprécient sûrement… Ne tombons pas dans le chausses-trappe de ces négociations où nous sortons toujours perdants. Organisons-nous à la base pour tisser des solidarités de classe et imposer le rapport de force à l’État et aux patrons, seuls véritables privilégiés.

S’organiser, se révolter pour une autre société

«Réformes» après «réformes» nous ne pouvons pas nous contenter de tenter d’empêcher que s’écroulent les murs de ce qu’il reste du modèle social français. Nous devons passer à l’offensive et préparer un projet alternatif au capitalisme sur des bases autogestionnaires loin des sirènes électoralistes. À l’opposé des valeurs de concurrence, de réussite individuelle et de hiérarchie mettons en avant la solidarité, organisons-nous à la base sans chef pour partager égalitairement les richesses.

Relations Extérieures de la Coordination des Groupes Anarchistes
le 18 novembre 2007
Lundi 12 novembre 2007
Tract qui sera distribué préalablement à des AGs de lutte du mouvement actuel (et non dans la rue) par des membres de Non Fides mobilisés actuellement dans le blocage de Clignancourt (prochaine AG lundi à 12h) et la mobilisation en Sorbonne grand-mére (prochaine AG mardi 12h).



Sur les syndicats, les partis et autres directeurs de consciences qui souhaitent récupérer (ou encarter) nos luttes afin de les tuer.


Parce que 30 jours de grève générale font plus que 30 ans de négociations syndicales !

Alors qu’un nouveau mouvement étudiant semble jour après jour prendre forme, les syndicats d’étudiants et de salariés tout autant que les partis —plus rapides que des chiens policiers— tentent déjà d’étouffer les efforts de ceux qui luttent pour des idées et non pour des places. Ils organisent unilatéralement les AG, les préparent à l’avance pour gérer ensemble les stratégies de manipulation et de prises de paroles abusives et systématiques, coupant court à tout esprit d’initiative de ceux qui souhaitent lutter eux aussi sans pour autant avoir été formés à l’école du marketing politicard (il existe d’ailleurs une note interne de l’UNEF expliquant précisément comment détourner une AG). Les manipulateurs s’imposent aux tribunes et font en sorte de faire passer leurs discours réformistes et incohérents de partenaires «sociaux» du pouvoir.

Tandis que l’UNEF vient martyriser le bon sens en se plaignant à qui veut encore l’entendre de la loi sur «l’autonomie des universités» après l’avoir négociée avec le gouvernement puis approuvée avec une satisfaction avouée, les syndicats classiques (CGT, FO, CFDT etc.) eux, sont déjà prêts à venir recruter de futurs syndicalistes dans les luttes, comme le feront bientôt les intervenants privés tel que le prévoit la loi Pécresse sur les universités. Ce sont ces mêmes «activistes» qui, lors des mouvements sociaux précédents, étaient prêts à former des boucliers humains pour protéger banques et autres fast-food dégueulasses contre les «affreux casseurs»…

S’ils protègent avec autant de conviction le capital, qu’ils négocient allégrement avec l’État et le MEDEF (en profitant sans scrupules de ses caisses noires) ou qu’ils syndiquent autant des flics et des matons que leurs victimes directes, c’est qu’il y a bien longtemps que les idées ont été remplacées par le carriérisme. Ils n’ont de radical que la façon de rayer le parquet de leurs dents longues et nous pouvons déjà prédire l’avenir de ce mouvement : il sera balisé, aseptisé et même réprimé par les syndicats et leurs services d’ordre aux méthodes policières (souvenons nous des passages à tabac ciblés opérés par le service d’ordre de la CGT lors de la manifestation dite «anti-CPE» qui s’était terminée sur la place de la République en 2006).

Seulement, nous refusons cet état de fait et nous ne comptons pas réitérer les erreurs passées. Ne leur donnons plus notre confiance aveugle et ne les laissons plus prendre le contrôle de nos luttes. Si le pouvoir fournit déjà beaucoup d’efforts pour étouffer toute forme de révolte, les syndicats et les partis sont ses meilleurs alliés en ce qu’ils déploient tous leurs moyens pour la contenir.

Contre la lutte des places et pour l’autonomie des luttes, menons-les sans eux !

Foutons le pouvoir hors de nos vies !


Non Fides


Lundi 12 novembre 2007
Boutons les étudiants hors des facs !

À Lille, l’AG a voté la nécessité d’avoir sur soi sa carte d’étudiant pour participer à l’AG, à Clignancourt, les anti bloqueurs débarquent armés de barres en fer et de gazs lacrymos. Tandis que le mouvement étudiant grossit et se renforce, la réaction s’organise et se prépare. Nous devons nous attendre dès maintenant à devoir répondre à ces attaques.

Depuis quand faut-il avoir sa carte pour participer à une lutte sociale ?

Les étudiants précaires et étrangers obligés de cumuler deux emplois pour survivre, les prostituées qui se battent contre les perpétuels harcèlements policiers, des collectifs de sans-papiers dont la vie est en jeu, les cheminots en lutte depuis un siècle, le personnel technique de la Fac soutraité à bas prix par des boîtes de nettoyage, autant de personnes qui ont sans doute bien plus de légitimité de participer à une occupation qu’une poignée d’étudiants petits-bourgeois pris jusqu’au cul par leurs angoisses d’échec, incapables de se cultiver par eux mêmes et qui sont prêts à se battre pour défendre l’institution qui les opresse. Nous avons à faire en sorte que les Facs soient des espaces inhospitaliers pour ceux qui veulent détruire notre force d’émancipation, elles doivent être des lieux de convergence pour tous ceux que la société exploite et humilie.

Alors que partout se multiplient les dispositifs de contrôle, qu’à Lyon la Fac est truffée de caméras et entourée de grilles, que des camarades se font évacuer par les flics au sein même de Facs cloturées et vigilées, que Tolbiac est entourée par les CRS, voilà que maintenant ce sont les étudiants eux-mêmes qui se mettent à faire le boulot de la direction de la Fac et des flics en coupant volontairement le lien avec l’extérieur !

«En milieu d’aprés midi (hier), des anti bloqueurs munis de barres et de gaz ont penétré la Fac de Clignancourt en forcant ou escaladant les entrées et ont répendu des gaz lacrymogènes dans l’amphi où se déroulait l’AG, en lieu clos et ont renversé ce qu’ils pouvaient sur leur passage jusqu’à être maîtrisés…»

Aucune hésitation maintenant à répondre à la provocation par l’auto-défense, il en va de l’avenir même du mouvement. Nous devons former des groupes de protection, clôturer les AG, nous devons nous protéger par n’importe quel moyen de l’intrusion de la droite dans un mouvement qui ne lui appartient pas.

La démocratie pacifiée fait oublier à beaucoup (mais pas à l’UNI apparemment) que la politique, c’est d’abord le conflit, c’est l’affirmation de notre puissance d’agir contre toute forme de pouvoir. Refuser le conflit dans la situation présente c’est se ranger du côté de l’ordre, ne pas prendre parti c’est s’engager du côté des flics.

Ceux qui nous empêchent de partager autre chose qu’un banc et un couloir, de reprendre en main nos vies, de faire en sorte que la Fac soit un lieu stratégique offensif, ceux là sont du côté du pouvoir et de la réaction. Avec eux, il n’est pas question de s’entendre : où ils sont avec nous, ou ils sont contre nous.

Les étudiants sont des flics ? Boutons les étudiants hors des facs !

Rebellyon, 9 novembre 2007
Dimanche 11 novembre 2007
C’est bien une guerre dont il s’agit de révéler par la lutte, les fronts, les blessures et le sens. Les élections démocratiques de 2007 marquent le retour d’une politique offensive, assumée comme telle. Le président est en guerre comme tous les chefs de LA mafia mondiale. Le monde des sarkozistes, ses bataillons de jeunes filles technonik et ses gangs de citoyens bio nous montrent la profondeur du désastre.

La LRU fait partie de ces lois qui sous tendent des lois qui sont au dessus de tout : Progrès, Contrôle, Loi du marché, Guerre globale de la démocratie pacifiée, Anéantissement de toute forme de partage et de solidarité. Ni les gauchistes, ni les plus subtils réformismes ne nous feront avaler la pilule de l’adéquation avec cette société. «S’intégrer» aujourd’hui, c’est se modifier à l’image des OGM. Nous détestons ce monde et ses cancers. Ses robots qui ne demandent qu’à travailler. Ses sarko-cyniques de gauche —des assos et des Facs— qui inculquent la misère de la pensée servie sous vide.

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Lutter, c’est soutenir les rapports de forces. C’est ce qui nous donne le courage nécessaire de nous organiser à la hauteur de la guerre. Bloquer, ce n’est pas seulement arrêter les cours, mais le cours insupportable de ce monde. C’est suspendre la philosophie libérale qui consiste à dire que MA liberté est d’avoir le droit d’aller en cours tous les jours. Nous sommes de ceux qui se sont sentis beaucoup plus vivant pendant les deux mois de lutte contre le CPE que pendant nos 7 années de collège-lycée. C’est aussi de là que nous partons.

Toutes les facs ressemblent maintenant à des halls de gare, où chaque étudiant en exil change de visage comme de filière. La carte étudiante est un permis de séjour dans un pays étranger, le rapport au savoir est consommé pour réussir SA vie. Dans ces halls de gare froids, chaque militant électroniqué s’exige de gérer le premier bouleversement venu. À tout souci de majorité ou de légitimité, sur la question du blocage et de l’occupation peut se poser simplement la question de la force. Sommes nous assez forts pour vaincre sans fin ce qui nous affaiblit ? Comment rejoindre et partager nos foyers de Résistance ?

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Aux grévistes de partout, nous appelons au blocage généralisé de l’économie. Nous étudiants, précaires, sans-papiers, vendeurs de shit et travailleurs, pouvons par de simple gestes, habités d’une manière suffisamment déterminée, détraquer la désolation quotidienne. Quand les marins-pécheurs retournent les voitures de flics et s’emparent des dépôts de pétrole, quand les cheminots paralysent «la France qui se lève tôt», quand les électriciens coupent les lignes, quand les avocats affrontent les CRS, c’est que la situation exige que nous en soyons.

Pour en finir avec la solitude carcérale nous affirmons le partage entre ceux qui n’ont plus rien à faire avec ce monde, que de l’anéantir ! Bloquons tout ! Rencontrons-nous ! Organisons l’auto-défense ! Que nous rejoignent, tous ceux, qui depuis là où ils sont, savent que la Résistance est plus forte que tous les mots d’ordre. Nous sommes un des foyers de la Résistance. Et votre pauvre démocratie n’y pourra rien. Nous avons toute la vie pour ne pas mériter ce sort, nous aurons toute la mort pour nous reposer des porcs.

Comité d’occupation de Rennes 2, 10 novembre 2007
Vendredi 9 novembre 2007
Ensemble nous sommes invincibles

La journée du 18 octobre a montré ses forces et ses faiblesses. D’une part une grande mobilisation tant dans la grève que pour les manifs. D’autre part, la frilosité des centrales syndicales qui se refusent à reconduire une grève qui avait bien démarré. Néanmoins, il y a actuellement, malgré l’anesthésie du sport et de la politique spectacle, comme un réveil…
engreve2oy2.jpg L’actuel président ne veut pas la rupture avec l’héritage de 68 mais bel et bien avec les avancées sociales définies dans le programme du Comité national de la Résistance. Tous ces acquis sont actuellement remis en cause : les régimes spéciaux, c’est fini, nous sommes dans un monde où le travail est devenu un bonheur quotidien ; le contrat de travail n’est qu’un frein à la liberté d’embaucher librement, et de licencier encore plus librement ; la Sécurité sociale, un poids mort qui grève le budget de l’État au nom d’une solidarité périmée, vieux principe de l’État providence et de la mentalité d’assistés des habitants de ce pays… Chaque nouvelle attaque va dans le même sens. Coup après coup, les différents acquis sont démantelés.

Les arguments invoqués ne sont que des alibis commodes pour faire main basse sur les quelques sous des travailleurs et des sans-revenu. Car le trou de la Sécu n’existe que parce que ceux qui doivent payer sont exonérés, sans que cela serve à quoi que ce soit. Au bout du énième plan de lutte contre le chômage, les chiffres contredisent tout autant les désirs des gouvernants. Le problème des retraites n’est un problème que parce que la majorité des ressources, les dividendes, stock-options et autres cadeaux n’est pas sujette à retenues sociales, à l’opposé de nos plus ou moins maigres revenus.

Et les franchises médicales, tout comme le déremboursement de nombreux médicaments, loin de rendre «responsables» les assurés sociaux, mais ce sont surtout les médecins qui sont «irresponsables» avec leurs honoraires en continuelle augmentation, ne feront que rendre encore plus injuste cette société en ex-cluant de fait bon nombre de personnes de toute possibilité de soins. Ne parlons même pas du service public, amputé par les non-remplacements de postes, l’école qui doit s’adapter aux fermetures de classes et à la gestion de la pénurie.

Et, pour assumer pleinement ce retour en arrière, le gardien vigilant de l’identité nationale impose aux demandeurs de regroupement familial le fichage ADN. Et même s’il va ressortir passablement édulcoré de ses navettes parlementaires, et quasiment inefficace, l’idée a fait son chemin de la banalisation de ce type de fichage. Enfin, les méthodes policières actuelles, le chantage sur ceux qui travaillent avec les sans-papiers, rappellent d’autres époques, beaucoup moins glorieuses, de notre passé. Un temps et un régime que le CNR avait cru révolus. La rupture avec le présent est un retour en arrière inquiétant, il est temps de rentrer en résistance, sur nos lieux de travail, dans nos quartiers. Parce qu’ils nous veulent résignés, engageons la guerre sociale.

Jean Giskan, STE 75
Le Combat Syndicaliste no 322, novembre 2007
Jeudi 8 novembre 2007
RMC : ... Jean-Robert Pitte, qui est le Président de la Sorbonne. Ça commence comme lors de la crise du CPE.

Jean-Robert Pitte : C’est exactement la même chose : ça part pareil, de la même façon. Il suffirait que par un arrangement syndical les lycéens s’y mettent pour que ça devienne exactement le même mouvement que celui du CPE. Le but est de créer de l’agitation, et bon, c’est un mouvement typiquement anarchiste et révolutionnaire, que je trouve inadmissible dans un État de droit.

Interview du président de Paris 4 ce matin sur RMC
à propos du mouvement étudiant.

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