Vendredi 30 novembre 2007
Le tract trouvé que nous reproduisons ici a été publié en 2003 dans la revue Oiseau-tempête, puis dans Agone (no 33-2005), «Le
syndicalisme et ses armes». Dans la recension qui lui fut consacrée dans L’Humanité (06/06/2005), le plumitif
de service écrivit, au comble de l’indignation : «Une pitoyable attaque contre le secrétaire général actuel de la CGT gâche quelque peu la tenue de l’ouvrage. Misère de la polémique sans
fondement !»
On jugera dudit fondement au vu de l’actualité sociale de ces dernières semaines après les grèves à la SNCF, à la RATP et à l’EDF, notamment, et au comportement de
ce syndicat et de sa direction à cette occasion. Et on lira à la suite cet extrait d’un article d’un quotidien vespéral des marchés, généralement considéré comme bien informé des dessous pas
toujours très reluisants de la politique des dominants, sur le rôle qu’y joua la direction de la CGT. En mai-juin 2003, la «trahison» de la CFDT obscurcit quelque peu le rôle, primordial, de la
CGT dans cette défaite significative des classes populaires dont nous ne sommes pas sortis, et que les grèves de ces dernières semaines risquent d’accentuer, à moins que…
En attendant, ce n’est pas un tract humoristique et provocateur qui dit que le roi est nu et Bernard Thibault l’organisateur de la défaite, mais l’organe central
de la bourgeoisie française qui sait de quoi elle parle et où est son intérêt… Qu’on le sache et que chacun en tienne compte pour agir en conséquence lors des prochains mouvements sociaux que
déclenchera inévitablement la politique ouvertement pro-MEDEF du locataire de l’Élysée !
Jean-Pierre Raffarin, Premier Ministre de la France
à
Bernard Thibault, Secrétaire général de la CGT
Monsieur le Secrétaire général,
Je comprends maintenant mieux ce que vous vouliez dire lorsque, à l’issue de notre dernière entrevue, vous avez déclaré avec un clin d’œil : «C’est dans les vieilles casseroles qu’on fait les
meilleures soupes». Certes, je ne possède pas votre expérience d’«organisateur d’événements», mais j’avoue volontiers que vous m’en avez bouché un coin. En choisissant, en accord avec les autres
responsables syndicaux, la date du 13 mai 2003 pour votre journée de grève sur une réforme des retraites que vous et moi jugeons nécessaire, non seulement vous canalisez dans les limites
temporelles strictes la colère des irresponsables que les grands syndicats et les médias n’ont pas encore réussi à anesthésier, mais vous faites chanter les symboles.
En effet, il y a 35 ans — déjà —, le 13 mai 1968, la CGT et les autres centrales syndicales, pour tenter de reprendre en main un mouvement qui leur avait échappé, organisèrent une journée de
grève et une grande manifestation. Cette initiative ne produisit pas instantanément les effets escomptés, puisque le pays faillit basculer dans la révolution sociale. Le geste cependant était
beau et nous ne remercierons jamais assez Georges Séguy, l’un de vos illustres prédécesseurs, un homme sur lequel le général de Gaulle savait pouvoir compter.
Mais votre mérite ne s’arrête pas là. En prévoyant d’ores et déjà une manifestation nationale pour la fin du mois de mai, vous occupez le terrain jusqu’à la veille des vacances, moment que les
étudiants pris par les examens et les salariés pressés de reconstituer leur force de travail jugeront peu propice pour lancer un mouvement. Il vous suffira alors, comme vous le faites si bien, de
prédire une rentrée sociale agitée, non pas pour stopper — nous savons vous et moi préserver les apparences —, mais stocker les ardeurs, qui finiront bien par fondre sous la chaleur du soleil
estival.
En attendant, cher Bernard — brisons la glace une fois pour toutes —, veillons entretemps à ne pas laisser les mains libres à nos vrais ennemis. J’entends par là ceux qui, malgré nos efforts
conjugués, au lieu de rester sur le terrain dont nous traçons en permanence les limites pour eux, pourraient bien en profiter pour se mobiliser sur des mots d’ordre radicaux. Il ne manquerait
plus que, renversant toutes les hiérarchies, ils en arrivent à remettre en cause le travail et le salariat, ce qui nous mettrait en fâcheuse posture, vous et moi, avouons-le, mon vieux
Bernard.
Nos intérêts sont liés, sachons les défendre ! Pas de chichis entre nous, Nanard, charge-toi du populo, moi je m’occupe du reste.
Raff.
[Tract trouvé lors de la manifestation du 1er mai 2003 à Paris]
«IL FAUT SAUVER LE SOLDAT THIBAULT»
Le patron de la CFDT, François Chérèque, a pourtant aussi rappelé qu’en 2003, son syndicat a subi une autre hémorragie de militants, au moment de la réforme
des retraites impulsée par le gouvernement Raffarin et que ceux-là ont rejoint la CGT plutôt que SUD. Ce sont eux qui, depuis le début de la grève, malmènent le plus souvent Bernard Thibault
dans sa tentation de négocier. Entre la base et les dirigeants du syndicat majoritaire à la SNCF et à la RATP, la coupure est nette.
Mais Nicolas Sarkozy ne semble pas l’avoir tout de suite perçu. Le président semble en effet resté au vieux modèle gaulliste qui consiste à «passer des deals»
avec la CGT. Il se vante d’avoir procédé ainsi en 2004, lorsqu’il était ministre de l’économie, pour obtenir l’ouverture du capital d’EDF. Nicolas Sarkozy en a gardé de bonnes relations avec
Frédéric Imbrecht, secrétaire général de la Fédération CGT de l’énergie, qu’il tutoie et sur lequel il ne tarit pas d’éloges. «Imbrecht m’a dit : “D’accord pour négocier, mais tu mets quoi dans
ma gamelle ?” Moi, j’aime ça», sourit Sarkozy.
Le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, est cependant dans une situation bien plus délicate. Le patron de sa puissante fédération des cheminots,
Didier Le Reste, est en effet son rival. Partisan du non à la Constitution européenne, Le Reste a affronté Thibault en 2005 et l’a mis en minorité. On lui prête désormais l’ambition de lui
succéder. Depuis le début du conflit, Le Reste navigue au plus près des intérêts de sa base, coincé entre les radicaux de SUD-Rail et les réformistes de la CFDT. Et Thibault paraît parfois
tétanisé. «Il ne fait pas de politique. Il ne négocie rien», se plaint un conseiller de l’Élysée.
Xavier Bertrand a pourtant vite pris la mesure de ses difficultés. Dès le 13 novembre, à la veille de la grève reconductible, il a reçu Bernard Thibault,
Didier Le Reste, Frédéric Imbrecht et Gérard Le Bœuf. Une heure et quart de palabres sans issue. Puis le patron de la CGT a fini par dire : «Je viens avec une proposition» — qu’il avait déjà
présentée à la presse. Jusque-là, la CGT exigeait une négociation globale. Elle accepte la négociation tripartite, «entreprise par entreprise», qui permet l’acceptation de contrepartie.
Thibault, convaincu que la CGT n’a rien à gagner à une grève longue qui n’a pas les faveurs de l’opinion, est parvenu à imposer sa stratégie à Le Reste. Mais la déchirure menace. À Bertrand qui
réclame des précisions, Thibault au supplice souffle : «Ne me demandez pas de me répéter.»
Le lendemain, en constatant que le leader de la CGT, héros des cheminots de 1995, vient d’être sifflé par sa base dans certaines AG de la SNCF, Xavier Bertrand
est convaincu : mieux vaut avoir Thibault pour négocier que des radicaux ou des coordinations incontrôlables. «Il faut sauver le soldat Thibault», résume Sarkozy, et lui donner le temps de
convaincre ses adhérents qu’ils n’ont rien à gagner dans un conflit long. L’ouverture des négociations sera fixée selon les demandes de la CGT.
[«Jours de grève à l’Élysée :
les coulisses d’une grève qui fut un test politique»,
Le Monde, 26.11.07]
Vendredi 30 novembre 2007
Depuis quelques années, ça n’arrête pas de brasser [1]. La révolte fait bien plus que gronder : elle éclate régulièrement par sursauts plus ou moins durables et
intenses.
L’État en est la cible, toujours. Les syndicats et organisations de gauche sont à la ramasse et ne cherchent qu’à calmer le jeu.
Pas la peine de chercher bien loin ce qui nous pousse tou-te-s à nous révolter : les rapports sociaux capitalistes font que la plupart des individus dans ce monde ont une vie de merde [2].
Police, travail, thunes, hiérarchies et discriminations, dépossession de nos vies, c’est la hass et toutes les occasions sont bonnes pour faire comprendre aux tenants du système qu’ils
ne pourront pas nous tenir le nez dans la merde sans qu’on réagisse.
Depuis quelques semaines, plein de monde s’est retrouvé à manifester dans la rue, encore une fois. Mais les manifs plan-plan, on sait ce que ça donne si on se contente de ça : ça ne donne
rien.
T’as le droit de manifester calmement ton mécontentement, c’est la démocratie.
Mais ne t’étonne pas si le pouvoir s’en bat les reins, c’est la démocratie.
Les cheminots se mettent en grève pendant une semaine, c’est le bordel dans la circulation des trains dans toute la France mais le gouvernement ne cède pas : il ne fait que «négocier» avec la CGT
et les autres syndicats qui endorment doucement la colère des cheminots. Alors plusieurs cheminots dans toute la France ont mené des actions directes illégales pour intensifier leur lutte
(sabotage de lignes et saccage de gares).
On retrouve le même phénomène dans les luttes étudiantes : de nombreuses facs sont bloquées et occupées, certaines se font expulser par la flicaille (trois fois à Grenoble, mais aussi à Paris,
Nantes, Rennes, Strasbourg, Montpellier, Lyon, etc.). Les principaux syndicats désertent la lutte et «négocient» des miettes eux aussi. Là encore, certaines facs connaissent des actes de sabotage
(par exemple contre des caméras de vidéo-surveillance) et quelques manifs sauvages tournent à l’affrontement avec la police et à la casse de commerces et de voitures (notamment à Paris et
Grenoble).
Du côté des lycées, de nombreux établissements se retrouvent bloqués. Et la joie et l’énergie des manifs sauvages sont souvent fort lycéennes…
Ces derniers temps, d’autres secteurs ont fait grève, comme les marins-pêcheurs et les salarié-e-s d’EDF, qui pratiquent également le blocage et le sabotage pour donner plus de poids à leurs
luttes.
On ne peut que se réjouir de ces moments de lutte. Quand la détermination prend le pas sur la résignation, le mot d’ordre démago de Sarkozy peut devenir le nôtre : ensemble, tout devient
possible.
Et c’est là que ça coince : on parle de convergence des luttes, mais en réalité chacun-e lutte dans son coin.
C’est le problème des luttes corporatistes et réformistes… Ne peuvent en ressortir que des aménagements du système capitaliste, ça veut dire qu’au mieux on aura une vie de
merde un peu moins pourrie. Il y a un an et demi, le CPE n’est pas passé. C’est bien, mais par définition rien n’a changé. Et ça ne peut pas nous suffire.
Alors c’est encore des quartiers les plus pourris de France que nous vient un élan insurrectionnel moins restrictif : dimanche 25 novembre, à Villiers-le-Bel (dans la banlieue nord de Paris),
deux jeunes qui circulaient sur une petite moto sont renversés par une voiture de police et sont tués sur le coup. Comme il y a deux ans, cela déclenche des émeutes dans le quartier. Des dizaines
et des centaines de personnes s’insurgent contre la police, en solidarité avec les deux morts : le bureau de police de Villiers-le-Bel a été incendié, celui d’Arnouville (ville voisine) a été
saccagé. Plusieurs voitures ont été incendiées, dont des véhicules de police et de pompiers.
Comme ils l’ont fait pour les grévistes des transports publics et pour les bloqueur-e-s d’universités, les médias sont à l’affût et s’empressent d’insulter les émeutier-e-s : par exemple, sur
France Info le 26 novembre, un salarié [3] d’une agence immobilière [4] de Villiers-le-Bel déclare que c’est «stupide» de «casser» dans le quartier même où les émeutier-e-s vivent… Mais dans ces
moments là, la rage s’exprime comme elle peut. De toute façon, qu’est-ce qui a été cassé ou crâmé à part des voitures ce soir-là ? Des comicos, des concessionnaires automobiles, une agence
immobilière, différents commerces dont une bijouterie qui a été pillée (bien joué !).
Les possédants se plaignent qu’on casse leurs magasins mais jamais ils ne se poseront la question de comment c’est relou qu’ils cassent nos vies en trois mille morceaux. Le seul moyen de s’en
sortir c’est de se faire de la maille par tous les moyens : tout le monde reste en mode «survie», et ceux qui «réussissent» changent de camp. C’est la loi de la jungle et faut pas avoir peur des
mots, ça s’appelle «capitalisme». Et c’est pas une fatalité, ce système d’exploitation et d’inégalités n’a rien de «naturel». Alors Pourquoi On Resterait Calmes [5] ?
À gauche, la réaction est claire, quand on demande à François Hollande (chef du Parti socialiste) s’il cherche à «comprendre» les émeutier-e-s, il répond direct : «Il n’y a pas à comprendre, il
faut condamner [6]».
Bref, c’est toujours le même cirque politico-médiatique.
Et si la meilleure des polices ne porte pas l’uniforme [7], il n’empêche que la flicaille en uniforme (et la BAC et les «RG» et les indics) est en force partout, du campus de Grenoble
jusqu’à Fontaine et la Villeneuve en passant par les rues du centre-ville.
Preuve permanente que l’État nous met un max de pression… mais on lâchera pas l’affaire [8].
Les preneurs et preneuses d’otages
du campus universitaire de Grenoble - saintMartin-d’Hères
1. Entre autres occasions ces derniers temps : mouvement lycéen lors du printemps 2005, émeutes des quartiers pauvres dans toute la France en
automne 2005, mouvement «anti-CPE» au printemps 2006, émeutes de la gare du Nord à Paris en mars 2007, actions directes contre les locaux de partis politiques et manifs sauvages avant et
pendant les élections présidentielles, etc.
2. À des degrés divers, certes, c’est d’ailleurs là-dessus que «jouent» ceux qui cherchent à nous diviser.
3. Un cadre ? un sous-directeur ? un employé de base ? on ne le saura pas…
4. À part les bourgeois pleins aux as, qui n’a jamais eu envie d’exploser une vitrine d’agence immobilière ? Qui, d’une façon ou d’une autre, ne
connaît pas ou n’a jamais connu de galères de logement ? Qui nous rackette le «droit» de vivre sous un toit si ce ne sont pas l’État, les proprios et les agences immobilières ?
5. Pendant que la censure peine de tous ses efforts et que d’obscurs syndicats de porcs, en cas d’encombrantes bavures invoquent le coup du
sort et nous convoquent leur état-major.
6. Sur France Info le 26 novembre 2007.
7. Parce que la meilleure des polices, c’est ton taf, ta télé, tes crédits, tes anxiolytiques, neuroleptiques, antidépresseurs (…) la
meilleure des polices, c’est tout ce qui te fait marcher droit avec ton propre consentement, sans jamais oser montrer les crocs…
8. Et qu’on ne vienne pas nous parler d’aller voter ! Ni pour Ségolène Royal ni pour qui que ce soit, ce qu’on veut c’est modifier les rapports
sociaux. Parce que le le problème, c’est pas le nom ou la tête du Président de la République, le problème, c’est la République, c’est l’État, c’est la hiérarchie sociale, économique et
politique, c’est un système. Alors ouais, on a du pain sur la planche si on veut révolutionner ce monde de merde, mais on n’a pas grand-chose à perdre…
Vendredi 30 novembre 2007
Le 20 novembre à minuit la chaîne de montage s’est arrêtée. Sur les 2.200 salariés de l’usine Ford-Vsevolojsk (région de Saint-Pétersbourg), 1.500 participent à la
grève. La direction a réagi en interdisant l’entrée de l’usine aux ouvriers du poste du matin. Elle a même fait appel aux OMONs (les CRS russes) pour bloquer l’entrée. Depuis, chaque jour, des
centaines d’ouvriers tiennent meeting permanent devant l’usine, veillant à ne pas laisser passer d’éventuels briseurs de grève. Dans un élan d’enthousiasme, ils dansent et chantent. Les salariés
de la cantine, en grève eux aussi, distribuent thé et sandwichs. Atmosphère euphorisante et enthousiasme de se retrouver ensemble uni au combat pour ses droits.
La principale revendication des grévistes porte sur le niveau de salaire, dont ils demandent un relèvement de 30%. Pour le moment le salaire moyen dans l’usine tourne autour de 19.000 roubles
(550 euros). L’affaire fait beaucoup de bruit, en lien avec les mouvements massifs de grève en France et dans d’autres pays d’Europe — on peut entendre les ouvriers scander «La France nous montre
la voie à suivre, hourra !», et également en lien avec les prochaines élections parlementaires, qui se tiendront le 2 décembre.
Surtout, l’opinion publique et même les syndicats traditionnels de la Centrale FNPR, pourtant hostile par principe à tout conflit ouvert avec les directions d’entreprise, commencent à bouger. Une
lettre publique signée par vingt sociologues du travail, demandant une libéralisation du Code du travail concernant la réglementation du droit à la grève, a été publiée par plusieurs journaux.
Les syndicats et collectifs d’autres entreprises du pays, et également de l’étranger, envoient messages de soutien. Des piquets de soutien à la grève ont été organisés à Saint-Pétersbourg et à
Moscou. Le président de la FNPR, Mikhail Chmakov — allié de «Russie unie» aux élections — ose parler publiquement de la nécessité de réviser le Code du travail, adopté pourtant en 2001 par ses
soins et ceux du parti du pouvoir.
En revanche, la direction de Ford Russie, pour le moment, déclare refuser toute négociation avant la cessation de la grève. Les grévistes ont été prévenus qu’ils ne seront pas payés. Ceux des
salariés qui acceptent de signer une déclaration formelle de non-participation à la grève ont reçu la promesse de recevoir les deux-tiers de leur salaire pour «chômage forcé».
Sentant que la grève allait se prolonger, les grévistes réunis en assemblée générale le 22 novembre ont décidé à l’unanimité de se scinder en deux groupes : l’un reprend le travail pour être
rémunéré un minimum, l’autre poursuit la grève et le meeting permanent à l’entrée de l’usine.
«De toute façon, — explique Alexeï Etmanov, le président du syndicat de l’usine, ça ne suffira pas pour faire repartir la production et ne fera qu’aggraver les pertes financières dues à la
grève.»
Le cas des «Fordistes» est assez unique et exemplaire pour la Russie. Un jeune syndicat sorti de la confédération traditionnelle FNRP il y a deux ans, un travail de terrain continu des leaders
syndicaux pour faire comprendre aux ouvriers que le syndicat, c’est eux tous et non pas une agence de services en connivence avec la direction, une stratégie d’union syndicale offensive. À
l’iniative du comité syndical de Ford est ainsi né cet été le Syndicat interrégional des travailleurs de l’automobile, regroupant des syndicats indépendants de plusieurs grandes entreprises,
notamment l’usine Lada à Togliatti (où a eu lieu une grève — férocement réprimée — début août) et l’usine Renault-Autoframos à Moscou. C’est donc un cas exemplaire de syndicat combattif soutenu
par la majorité des salariés.
C’est à la suite de la première grève des «Fordistes» (conclue par la signature d’un accord collectif), en février dernier, que le mouvement de grève a commencé à se développer dans le pays. Des
dizaines de cas de grèves ont été répertoriés depuis. La plupart du temps, du fait de la législation du travail régressive et de la répression patronale, elles se sont terminées par des
licenciements, des sanctions disciplinaires et des condamnations pour «grève illégale».
Derniers exemples en date : la grève des dockers du port de Tuapse (4-7 novembre), puis de Saint-Pétersbourg (13-17 novembre), et celle de la Poste de St-Pétersbourg (26 octobre). Les deux
premières ont été arrêtées par décision de justice. La troisième — grève du zèle en fait — s’est terminée par le licenciement de trois responsables du syndicat des camionneurs de la Poste. Mais
l’épidémie se propage malgré les répressions. Le 28 novembre est annoncée une grève des cheminots appartenant au syndicat indépendant RPLBJ. La grève, même pas entamée, fait déjà l’objet d’un
procès engagé par la direction. Les cheminots se déclarent néanmoins prêts à passer à l’acte. Les revendications portent sur la réglementation du salaire et sur le droit du syndicat minoritaire à
participer aux négociations collectives.
Un vent de grèves souffle donc sur la Russie. Même si la dimension est moindre par rapport à ce que connaît la France, la radicalité du changement est à remettre dans le contexte russe, où les
grèves avaient pratiquement disparu depuis le début des années 2000, date de l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine. Changement dans les mentalités, dans la conception de ce qu’est un syndicat,
dans les pratiques solidaires qui se mettent en place. Changement de génération aussi avec l’arrivée de jeunes ouvriers refusant de brader leur force de travail, revendiquant juste reconnaissance
de leur qualification et moins imprégnés par les représentations paternalistes traditionnelles vis-à-vis du patronat et des syndicats.
En bref, si ce n’est pas comparable aux mouvements qui embrasent la France, les germes d’un changement de tendance sont indéniables. Et ni les élections, ni les répressions n’y feront rien. Les
transformations, essentiellement qualitatives, sont bien plus profondes.
Ces changements sont liés également aux évolutions socio-économiques. Une croissance économique stable, une élévation des profits et des salaires du management, une inflation galopante — tous ces
facteurs s’accumulent pour faire monter le mécontentement. À cela s’ajoutent les incidences de la mondialisation en Russie. Les conflits du travail touchent particulièrement les multinationales,
les ouvriers voyant comment fonctionnent les syndicats des autres pays et mesurant l’écart entre leurs salaires et ceux des ouvriers d’autres pays. Enfin, le facteur-clé est fourni par la seconde
vague (après celle du début des années 90) de création de syndicats indépendants, constitués le plus souvent par la base, à partir d’un noyau d’ouvriers plus conscientisés que la moyenne.
Carine CLÉMENT
Attac France, 26 novembre 2007
Mercredi 28 novembre 2007
Travailler «en échange» d’un salaire, nous sommes nombreux et nombreuses à devoir le faire (à l’exception des travailleurs-ses indépendant-e-s que l’idéologie
libérale amalgame trompeusement aux patrons). L’idéologie dominante nous présente notre situation comme un «échange» équitable, en bonne et due forme. Ceux et celles qui détiennent le capital
paient ceux et celles qui ne le détiennent pas et qui vendent leur force de travail pour vivre. En réalité, cette situation n’a rien d’un choix, elle nous est imposée par le système capitaliste
et l’État, et nous est rappelée au besoin par la contrainte.
Cette description de l’ordre économique qui s’impose à nous repose sur un mythe : celui d’une égalité théorique entre les deux parties «contractantes», le patron d’un côté (et le cas échéant les
actionnaires qu’il représente), le travailleur ou la travailleuse salarié (note : en cohérence avec les mêmes autres mots dans le texte) de l’autre. Entre les deux, le «contrat de travail».
La dictature en entreprise
Mais nous pouvons voir en tant que travailleurs et travailleuses salariés que cette belle théorie est un mensonge, parce que nous le vivons dans notre chair et notre dignité au quotidien :
— Nous sommes placés sous la dépendance, sous la domination hiérarchique du patron et de ses représentants. Toute la propagande en vogue dans les boîtes, qu’elles soient petites ou grandes («On
est une grande famille», «on a les mêmes intérêts au final», «on est tous dans le même bateau»), ne peut masquer cette réalité : le salariat, c’est d’abord un lien de subordination, c’est-à-dire
une situation de domination hiérarchique de l’employeur (le patron et ses représentants patentés) sur l’employé (le travailleur ou la travailleuse salarié). À la clé, harcèlement, retenues sur
salaire, brimades, menace et chantage au licenciement et l’ultime étape, le licenciement, avec en prime la galère et tout son cortège d’impayés, d’huissiers et de misère…
Racket organisé
— Les richesses que nous créons en tant que travailleurs et travailleuses nous sont volées. Ce que l’on appelle communément le «profit», c’est le vol légal et organisé des produits du travail par
le Capital (actionnaires et patrons). Le profit est justifié par l’idéologie dominante comme la juste rétribution du risque, et de l’investissement de capital dans l’entreprise. Mais ce capital
investi a lui même été obtenu le plus souvent par un vol antérieur du même type. Les travailleuses et travailleurs salariés risquent tous les jours leur santé, mais aussi leur boulot. Mais
surtout, tout cela repose sur la conviction que la hiérarchie est nécessaire dans l’entreprise, et que le patron crée des richesses. Mais ce sont les travailleuses et les travailleurs qui créent
ces richesses, par leur travail. Les capitaux ne créent rien en eux-mêmes. Il est surtout possible de se passer de patrons (les expériences autogestionnaires et le principe coopératif comme celui
des SCOP le montrent). Dès lors le patronat apparaît pour ce qu’il est réellement : un groupe parasitaire qui s’enrichit du travail des autres. Comme le dit l’adage, «les patrons ont besoin de
nous, nous n’avons pas besoin d’eux». Les richesses sont le produit de l’intervention de multiples travailleuses et travailleurs dans le processus de production. Toutes et tous sont nécessaires,
il n’y a donc pas de raisons que certains s’accaparent une plus grande part des richesses créées et/ou qu’ils exploitent le travail des autres. Tout l’encadrement hiérarchique dans l’entreprise
n’a «d’utilité» que pour organiser le vol légal, sous forme de profit, des richesses que les travailleuses et les travailleurs créent. Une organisation collective de l’économie rendrait inutile
cet encadrement, la gestion directe et partagée de l’économie par des assemblées de travailleurs et travailleuses, sous le conseil de techniciens comme experts et non comme décideurs (note : on
ne met pas de féminin s’il s’agit de «techniciens»), permettrait de restituer l’intégralité des fruits du travail aux producteurs selon le principe communiste libertaire «de chacun selon ses
capacités, à chacun selon ses besoins».
La bourgeoisie à l’offensive : augmenter le magot
Que ce vol des richesses par les actionnaires et les patrons soit légal dans le système actuel n’enlève rien au fait qu’il s’agit d’un racket organisé, au quotidien. La lutte de classes qui
oppose classes laborieuses et patronat/actionnaires vise pour les seconds à voler une part toujours plus grande des richesses produites, et pour les premiers à récupérer ce qui lui est volé
légalement dans le système économique capitaliste. La bourgeoisie (actionnaires et patrons), consciente de ses intérêts mène l’offensive sur ce terrain : en France, en 30 ans, la part des
richesses créées allant aux actionnaires et aux patrons a augmenté de 10% en passant de 30 à 40% alors que la part allant au travail (sous la forme des «salaires») a diminué de 10% en passant de
70 à 60%. Tout cela, alors que dans le même temps, la productivité du travail n’a pas cessé d’augmenter.
Travailler plus pour payer plus et gagner moins
Depuis plusieurs dizaines d’années, les gouvernements de gauche comme de droite multiplient les cadeaux au patronat en s’attaquant à la part du salaire qui est socialisée. C’est une part de notre
salaire à laquelle les patrons peuvent s’attaquer d’autant plus facilement qu’elle n’est pas aussi directement visible sur notre compte en banque que le salaire lui-même. En effet, elle nous
revient de manière indirecte sous forme de remboursements de soins, d’allocations chômage, de pensions retraite. Les diminutions successives de tous ces reversements constituent bien des baisses
de salaire effectives. Elles se traduisent indirectement par la casse des retraites, de la sécurité sociale, de l’assurance chômage tout en asséchant artificiellement les caisses de la sécu. Il
s’agit ici d’un sabotage organisé.
C’est «l’État» qui, nous dit-on, compense une partie de ces cadeaux aux patrons. Or cette compensation n’est pas intégrale, puisque plus de deux milliards et demi d’euros ne sont pas reversés.
Qui plus est, ce n’est pas l’État comme classe dirigeante, mais bel et bien les contribuables, c’est-à-dire les travailleuses et les travailleurs, qui payent l’addition à la place des patrons :
CSG, RDS, mais aussi projets de «TVA sociale», alors que dans le même temps les prestations sociales baissent (déremboursement, franchise médicale, flicage des chômeurs, augmentation des annuités
retraite). L’objectif, c’est de réduire le plus possible la contribution patronale (en augmentant le vol légal qu’est le profit), et d’augmenter la participation des travailleurs-ses, tout en
ouvrant de nouveaux marchés juteux aux capitalistes : fonds de pensions, assurances médicales viennent, ou viendront pour ceux qui le pourront, compléter des pensions et des remboursements de
plus en plus misérables. Avec pour conséquence de faire payer les malades (tout en les culpabilisant) et engraisser des fonds d’assurance plus préoccupés par le profit que par la santé des
souscripteurs.
Le «trou de la sécu» est ainsi un mythe, puisqu’il a été créé artificiellement par le patronat et les gouvernements successifs dans le but de saboter la sécurité sociale, par les exonérations de
charges (dont les dernières en date sont les exonérations des heures supplémentaires) et le non reversement de taxes sur les alcools et tabacs. Le «trou» annoncé représente 12 milliards d’euros,
quand les dettes de l’État à la sécu représentent 25 milliards d’euros, et que les exonérations, qu’il ne compense qu’en partie, représentent 28 milliards d’euros chaque année. Largement de quoi
combler un «trou» qui n’est que la faillite organisée de la sécu par l’État !
Organisons-nous pour lutter
Ce sont essentiellement les exonérations de «charges» qui ont permis aux capitalistes de voler toujours plus aux travailleuses et aux travailleurs. Les patrons étaient obligés de rendre jusque-là
par ce biais une part de ce qu’ils volaient (le profit) pour alimenter les caisses de retraites, de sécurité sociale, d’assurance chômage. Ce principe a été conquis en 1945, comme concession d’un
patronat discrédité par sa collaboration avec l’occupant nazi pour prévenir toute éventualité révolutionnaire dans un contexte de guerre froide, alors que le mouvement ouvrier était à l’apogée de
sa force.
Depuis lors, le patronat n’a eu de cesse de récupérer le fruit de ces concessions forcées, en profitant de l’affaiblissement du mouvement ouvrier.
La généralisation de la grève en Mai 68 et la crainte d’une situation révolutionnaire ont conduit à d’autres concessions temporaires, sous la forme de fortes augmentations de salaires après les
accords de Grenelle, dans le but d’acheter un retour au calme. Ces augmentations ont été rapidement compensées par le biais de l’inflation, la hausse des prix permettant de récupérer d’une main
ce qu’ils avaient fait mine de rendre de l’autre. La caisse noire de l’UIMM (fédération patronale de la métallurgie affiliée au MEDEF), découverte récemment et dont le montant dépasse 168
millions, qui vise à soutenir financièrement les patrons face aux grèves (mais aussi à «fluidifier les relations sociales» sous forme de corruption de politiciens et de bureaucrates syndicaux),
montre la volonté de la bourgeoisie de défendre ses intérêts de classe.
Face à cette volonté organisée, les bonnes habitudes des origines du mouvement ouvrier se sont perdues (caisse de grève, solidarité de classe…), sous l’effet de l’idéologie dominante visant à
détruire toute solidarité chez les exploité-e-s. Mais les exploiteurs, bien organisés pour défendre leurs intérêts, nous rappellent si besoin était que la lutte de classes est bel et bien une
réalité, et que nous avons tout intérêt à nous organiser nous aussi et à être solidaires, à lutter pour l’abolition du salariat.
Sam (groupe de Seine-saintDenis)
Dimanche 25 novembre 2007
Le code du travail va être réécrit en quelques heures à l’Assemblée nationale, le 27 novembre et le 4 décembre.
En 2005, une commission de cinq «rédacteurs» avait été mise en place et il était prévu de publier le nouveau code en mai-juin 2006 si la grande mobilisation victorieuse contre le CPE ne l’avait
empêché. Au forcing, l’UMP a glissé dans la loi «sur le développement de l’actionnariat salarié», publiée le 30 décembre 2006, un «cavalier parlementaire», l’article 57, renouvelant les délais du
1er janvier au 30 septembre. Puis le ministre Gérard Larcher a annoncé qu’ils allaient le passer avant la présidentielle. Tous les syndicats ont protesté : «Ne faites pas de coup de force, pas à
marche forcée !» Mais Larcher, Villepin, Chirac et Sarkozy l’ont imposé quand même, le 7 mars, en Conseil des ministres. On a donc pu, dans ce pays, en dépit de l’opposition totale des syndicats,
changer le code du travail de fond en comble.
On est, depuis le 1er octobre, dans une zone de non-droit : quel code s’applique, l’ancien ou le nouveau ? La partie réglementaire serait prête le 1er janvier 2008, applicable le 1er mars 2008 au
plus tard. La partie législative n’entrerait, semble-t-il, mais c’est contesté, en vigueur qu’à ce moment-là.
Sur le fond, ils n’ont rien simplifié, ils ont complexifié : «Plusieurs mois, voire plusieurs années seront sans doute nécessaires pour que ce nouveau code révèle tous ses secrets», a reconnu
Christian Redé, l’un des cinq rédacteurs du «comité d’experts».
Il y avait 271 subdivisions, on en arrive à 1.890. Il y avait 1.891 articles de loi, il y en a 3.652 ! Ils ont déclassé près de 500 lois en décrets modifiables à l’avenir… sans repasser par le
Parlement. Ils font s’écrouler toutes les jurisprudences, abrogent des articles clés, restructurent le fond théorique et pratique du code. Tout est modifié. Dans les questions d’hygiène, de
santé, de sécurité, les obligations des employeurs sont devenues un élément avec «les obligations des travailleurs» faisant partager les risques et responsabilités avec les salariés — ce qui est
un recul décisif d’un siècle !
Certaines catégories de salariés sont externalisées vers d’autres codes : salariés agricoles, assistants maternels, salariés du transport, des mines, de l’éducation, marins, dockers. Les contrats
de travail sont de plus en plus précaires avec la permissivité à l’égard du marchandage du prêt de main-d’œuvre : intérim et CDD, salariés détachés, pigistes, indépendants, etc. Les moyens de
contrôle de l’inspection du travail sont démantelés, ainsi que les obligations d’information de l'employeur (registres, affichage). On a une quasi-suppression du droit pénal du travail : plus de
sanctions prévues en récidive pour les employeurs. Les prud’hommes sont quasi supprimés, le nombre de délégués baisse. La question de la durée du travail est renvoyée à la partie «salaires».
L’apprentissage a été chassé de la partie «contrat de travail» pour être renvoyé à la formation professionnelle. Le droit de grève a été introduit dans la partie «négociation collective» alors
que c’est un droit constitutionnel non négociable. L’inspection du travail, indépendante des gouvernements en place du fait de la convention 81 de l’Organisation internationale du travail, a été
renvoyée dans la partie «administration du travail».
Tous les professionnels — syndicalistes, inspecteurs du travail, juristes, avocats, magistrats — signent des pétitions, des appels contre ce massacre. Des recours devant le Conseil d’État ont été
déposés contre cette étrange procédure, alors le gouvernement envisage de passer par l’Assemblée plus tôt que prévu : le 27 novembre en commission. Ce n’est pas un classique débat parlementaire,
il s’agit de ratifier une ordonnance. On peut encore rétablir ce qui a été supprimé (nous avons fait le travail, avec quelques inspecteurs du travail, et proposons environ quatre cents
modifications pour réintroduire le droit constant).
Le code du travail, c’est le droit le plus intime, le plus quotidien, pour seize millions de salariés du privé, mais aussi le droit le moins connu, le plus contesté, le plus fraudé. C’est la base
de l’État de droit dans l’entreprise. C’est le seul droit qui protège — trop fragilement — et contribue à fixer le coût de la force de travail de 91% de la population active.
C’est un droit évolutif, élaboré en cent trente ans, avec des hauts et des bas, minutieusement, sous l’impact des luttes sociales et politiques. Chaque ligne, chaque article, chaque alinéa
représente de la sueur et des larmes, des souffrances et des grèves, des victoires et des échecs, produits de toute l’histoire des mouvements sociaux de notre pays. C’est un texte de notre droit
qui ne devrait pas être réécrit. Ce qui est effrayant, c’est le silence général, déterminé, étouffant sur une telle affaire. Pas de Une. Pas de débat. Pas d’explication. Motus et bouche cousue de
tous. Il paraît que c’est «trop compliqué» pour «intéresser les gens» alors que la vie de seize millions de salariés en dépend et qu’ils savent, souvent instinctivement, ce qui va en résulter
pour eux : des conditions de travail dégradées, une souffrance accrue, une protection moindre, des salaires bloqués et des droits syndicaux diminués.
Gérard FILOCHE, inspecteur du travail
Libération, 23 novembre 2007
Dimanche 18 novembre 2007
Contre le chacun pour soi - Pour changer de société
Ensemble dans la grève !
Face aux agressions répétées de l’État et du capital, étudiants, salariés, précaires nous devons tous et toutes faire preuve de solidarité et de détermination. La semaine en cours nous donne la
possibilité de concrétiser un début de convergence des luttes, ne la loupons pas. Les fonctionnaires rejoindront dans une journée de grève le 20 novembre les étudiants qui ont ouvert la voie et
les salariés de la SNCF et des transports en grève reconductible. Face à la volonté des gouvernants et des patrons de dépecer ce qu’il reste des conquêtes sociales nous devons organiser une
riposte généralisée car des journées d’action dispersées ne suffiront pas. La journée du 20 novembre doit être prise comme un appui pour construire cette riposte. On ne fera reculer l’État qu’en
s’attaquant au portefeuille des patrons en paralysant le pays par une grève massive où le maximum de secteurs sont en lutte.
On ne négocie pas le recul social !
La construction de cette riposte globale n’est pas aisée. La propagande gouvernementale relayée par les médias à sa botte, bat son plein pour faire passer les salariés des régimes spéciaux pour
des privilégiés et rendre ainsi leur grève impopulaire et isolée. Le même traitement est appliqué aux étudiants grévistes que l’on tente de faire passer pour
des «étudiants-touristes», des vandales ou encore, dans certaines universités, pour des clochards. Il est alors plus simple pour le pouvoir de faire intervenir la matraque afin d’expulser les
étudiants dans au moins sept universités. C’est la stratégie bien connue des gouvernants de criminaliser les mouvements sociaux afin d’utiliser contre eux tout un arsenal répressif.
Pendant ce temps là, les directions syndicales des confédérations dites représentatives, négocient pitoyablement de nouveaux reculs sociaux sur le dos des travailleuses et travailleurs en grève.
Concernant les «régimes spéciaux», en acceptant la négociation entreprise par entreprise, elles ne font plus de la durée de cotisation de 37,5 ans un principe et participent à la division des
salariés concernés. Elles accréditent ainsi le discours officiel sur les salariés des régimes spéciaux présentés comme «les privilégiés». Ce jeu de dupes entérine les reculs d’aujourd’hui et ceux
de demain pour tous les salariés. Patrons, actionnaires, députés qui cumulent sommes indécentes, passe-droits et petits arrangements entre amis apprécient sûrement… Ne tombons pas dans le
chausses-trappe de ces négociations où nous sortons toujours perdants. Organisons-nous à la base pour tisser des solidarités de classe et imposer le rapport de force à l’État et aux patrons,
seuls véritables privilégiés.
S’organiser, se révolter pour une autre société
«Réformes» après «réformes» nous ne pouvons pas nous contenter de tenter d’empêcher que s’écroulent les murs de ce qu’il reste du modèle social français. Nous devons passer à l’offensive et
préparer un projet alternatif au capitalisme sur des bases autogestionnaires loin des sirènes électoralistes. À l’opposé des valeurs de concurrence, de réussite individuelle et de hiérarchie
mettons en avant la solidarité, organisons-nous à la base sans chef pour partager égalitairement les richesses.
Dimanche 11 novembre 2007
C’est bien une guerre dont il s’agit de révéler par la lutte, les fronts, les blessures et le sens. Les élections démocratiques de 2007 marquent le retour d’une
politique offensive, assumée comme telle. Le président est en guerre comme tous les chefs de LA mafia mondiale. Le monde des sarkozistes, ses bataillons de jeunes filles technonik et ses gangs de
citoyens bio nous montrent la profondeur du désastre.
La LRU fait partie de ces lois qui sous tendent des lois qui sont au dessus de tout : Progrès, Contrôle, Loi du marché, Guerre globale de la démocratie pacifiée, Anéantissement de toute forme de
partage et de solidarité. Ni les gauchistes, ni les plus subtils réformismes ne nous feront avaler la pilule de l’adéquation avec cette société. «S’intégrer» aujourd’hui, c’est se modifier à
l’image des OGM. Nous détestons ce monde et ses cancers. Ses robots qui ne demandent qu’à travailler. Ses sarko-cyniques de gauche —des assos et des Facs— qui inculquent la misère de la pensée
servie sous vide.

Lutter, c’est soutenir les rapports de forces. C’est ce qui nous donne le courage nécessaire de nous organiser à la hauteur de la guerre. Bloquer, ce n’est pas seulement arrêter les cours, mais
le cours insupportable de ce monde. C’est suspendre la philosophie libérale qui consiste à dire que MA liberté est d’avoir le droit d’aller en cours tous les jours. Nous sommes de ceux qui se
sont sentis beaucoup plus vivant pendant les deux mois de lutte contre le CPE que pendant nos 7 années de collège-lycée. C’est aussi de là que nous partons.
Toutes les facs ressemblent maintenant à des halls de gare, où chaque étudiant en exil change de visage comme de filière. La carte étudiante est un permis de séjour dans un pays étranger, le
rapport au savoir est consommé pour réussir SA vie. Dans ces halls de gare froids, chaque militant électroniqué s’exige de gérer le premier bouleversement venu. À tout souci de majorité ou de
légitimité, sur la question du blocage et de l’occupation peut se poser simplement la question de la force. Sommes nous assez forts pour vaincre sans fin ce qui nous affaiblit ? Comment rejoindre
et partager nos foyers de Résistance ?
Aux grévistes de partout, nous appelons au blocage généralisé de l’économie. Nous étudiants, précaires, sans-papiers, vendeurs de shit et travailleurs, pouvons par
de simple gestes, habités d’une manière suffisamment déterminée, détraquer la désolation quotidienne. Quand les marins-pécheurs retournent les voitures de flics et s’emparent des dépôts de
pétrole, quand les cheminots paralysent «la France qui se lève tôt», quand les électriciens coupent les lignes, quand les avocats affrontent les CRS, c’est que la situation exige que nous en
soyons.
Pour en finir avec la solitude carcérale nous affirmons le partage entre ceux qui n’ont plus rien à faire avec ce monde, que de l’anéantir ! Bloquons tout ! Rencontrons-nous ! Organisons
l’auto-défense ! Que nous rejoignent, tous ceux, qui depuis là où ils sont, savent que la Résistance est plus forte que tous les mots d’ordre. Nous sommes un des foyers de la Résistance. Et votre
pauvre démocratie n’y pourra rien. Nous avons toute la vie pour ne pas mériter ce sort, nous aurons toute la mort pour nous reposer des porcs.
Comité d’occupation de Rennes 2, 10 novembre 2007