Lundi 7 mai 2007
Onze heures trente-trois, Besançon :
Le combat pour les sans-papiers a déjà repris ce soir dans les rues de Besançon où le RESF a d’abord déployé sa banderole devant le bureau centralisateur des résultats, puis défilé pendant deux heures aux cris de «C’est pas d’vant sa télé qu’il faut pleurer, mais dans la rue qu’il faut gueuler» ou «Première, deuxième, troisième génération, on s’en fout, on est chez nous»… Des centaines de personnes ont tenu le pavé, en majorité de très jeunes gens très remontés, qui criaient très haut leur rejet du sarko-facho. Accueil favorable aux balcons et terrasses, et grossissement progressif du cortège…
    Les flics étaient claquemurés dans leur commissariat et l’UMP avait déserté sa permanence, donc pas d’incidents…
    On n’a pas vu les partisans de la gauche présidentielle non plus…


Minuit vingt-et-une, Lyon :
À 21 h, on cherchait encore le lieu d’un hypothétique rassemblement, annoncé nulle part et qui avait circulé par le bouche à oreille. Place des Terreaux 20 personnes, on part vers la place Bellecour sans trop d’espoir. Nous rejoignons en chemin mille ou deux mille personnes qui font le chemin inverse, via la rue de la Ré. La classe.
    La manif’ est complètement spontanée, à part un ou deux drapeaux rouges, un drapeau noir, elle est sans étiquette. Juste un mégaphone, perdu au milieu de la foule, mais qui sert bien quand même pour repartir, après un moment d’hésitation, de la place des Terreaux envahie. On veut pas rester sur place, ne pas stagner, la présence des flics se rapproche. On file sur les quais de Saône. On croyait la rue barrée, en fait 5 ou 6 flics se hâtent de nous laisser passer. On passe à St-Jean. La manif’ est devenue énorme. On remonte les quais de Saône à contre-sens jusqu’au palais de Justice. Un couple de vieux sarkozystes se met à nous gueuler dessus, les pouces vers le bas (à mort ?) bien au chaud depuis leur chouette appart’ des quais. Une bouteille éclate leur fenêtre. L’ambiance se tend quand on arrive au palais de Justice, à la vue de quelques CRS.

    Après quelques jets de bouteille, la manif’ se scinde en deux. CertainEs se sont réfugiéEs sur la passerelle et passent de l’autre côté de la Saône, les autres arrivent finalement à continuer. On se rejoint à l’entrée de Bellecour, ça va vite, c’est speed. Les bonnes habitudes du CPE ne se sont pas parties, les foulards et les cagoules sont de sortie. Place Bellecour, on s’ennuie vite, on se demande où aller, alors qu’on est de plus en plus nombreux.
    Un gros détachement de flics nous barre le passage vers la Guille, rue de la Barre, chemin obligé vers la péniche sarkozyste, le Q-Boat, déjà assiégé plus tôt dans la soirée par 500 personnes. On décide d’aller aux Terreaux, mais au moment où on passe près d’eux, à l’angle de Bellecour, ça part en live. Premières lacrymos, premier mc do attaqué, premières charges de flics, on court un peu, la manif se scinde en deux : entre celles et ceux qui ont couru rue de la Ré et les autres restéEs place Bellecour.

    On stagne dans les rues alentours, les grosses rues bourgeoises du coin. On entend au loin les déflagrations place Bellecour, où le gros de la manif’ est resté. Là-bas, pendant près de deux heures, jusqu’à 23h30, la manif’ fait face aux flics. Les poubelles sont retournées pour trouver des projectiles, les charges de flics sont contenues par des contre-charges de manifestantEs. Les techniques se précisent pour éviter la dispersion des lacrymos.
    Vers 23h30, un nouveau détachement de CRS arrive, et charge violemment, avec flash balls, lacrymos et grenades assourdissantes.
    Une partie du rassemblement part vers St-Jean, l’autre se disperse vers Ampère. Peut-être une dizaine d’arrestations place Bellecour, de nombreuses personnes blessées légèrement par des tirs de flash balls (une plus grièvement au visage ?). La manif’ partie vers St-Jean est chargée vers St-Georges. Pas de nouvelles après.

    En revenant vers les Terreaux, on a pu voir que la rue Édouard Herriot et ses magasins de luxe avait essuyé la colère des manifestantEs. Poubelles retournées, qui crament, vitrines fracassées (ah, le nouveau mc do Herriot avec sa nouvelle décoration «OGM»), tags sur les magasins, abribus Decaux défoncés. Des incendies se sont déclarés à plusieurs endroits, notamment place des Terreaux. Apparemment il y aurait eu de nombreuses arrestations à proximité de la Place Sathonay. On parle d’au moins 25 arrestations cette nuit-là à Lyon.


Deux heures trente-cinq, Dijon :
Dijon, fin de soirée. La rumeur court d’un rassemblement à 21h place de la Libération, en face de la Mairie. Sur place, entre 200 et 300 personnes sont rassemblées. Un groupe entreprend d'escalader la façade de la Mairie, pour y décrocher le drapeau bleu-blanc-rouge, et tenter de le brûler, sans grand succès.
    À l’annonce qu’une centaine de sarkozystes sont rassemblés autour de drapeaux place Wilson, un cortège se met en branle, derrière une banderole «Rage sociale», accompagnée de divers slogans. Finalement, la manif bifurque en direction du siège de l'UMP, protégé par une rangée de CRS, qui improvisent une protection avec une barrière de chantier.
   
Des écharpes commencent à recouvrir les visages, et divers slogans apparaissent sur les murs, comme «Chassons la racaille policière», «Quand les urnes mènent à l’impasse, reste l’insoumission», «Violences policières, autodéfense populaire !» Après quelques minutes de face à face, le cortège fait marche arrière, pour contourner le dispositif policier.
    De l’autre côté, rebelotte. Des fumigènes et pétards sont allumés, et quelques projectiles atteignent les forces de l’ordre. Alors que la situation se tasse et que la manifestation commence à se disperser, la police a le bon goût de charger. Des barricades s’improvisent alors, à base de bacs à fleurs et d’arbustes, pendant que des poubelles sont incendiées.

    Des gaz lacrymogènes font refluer partie des manifestant-e-s vers le centre ville, qui ne parviennent cependant pas à se regrouper. Certains souhaitent marcher sur la ville, tandis que d’autres cherchent la confrontation avec la police. L’initiative vient alors d’un bord inattendu : c’est armée d’un djembé qu’une manifestante s’attaque à la vitrine d’un magasin Hugo Boss, bientôt suivie par d’autres énervé-e-s.
    Une rue plus loin, c’est une banque qui est attaquée, alors que les manifestant-e-s se dispersent, et que le drapeau français brûle, cette fois pour de bon, au sommet d’une poubelle. Plus tard, un McDo voit sa vitrine abimée, tandis que le contrôle policier se reserre. Un petit groupe de manifestant-e-s se voit poursuivi par une voiture de flics, qui se gare en travers et plaque au sol deux personnes chopées au hasard, les rouant de coups.
    Il semblerait que la police ait procédé à au moins trois arrestations. Pendant la manifestation, les médias locaux annonçaient que des incendies avait commencé en divers points des banlieues dijonnaises.

(Bilan de la Direction générale de la police nationale : 730 voitures brûlées, 592 interpellations, 78 policiers et gendarmes blessés.)
Mercredi 25 avril 2007
Bourg-en-Bresse : Des lycéens anti-Sarkozy descendent dans la rue
Hier, une centaine de jeunes ont spontanément manifesté, bien décidés à «barrer la route» au candidat UMP avant le second tour de la présidentielle
La plupart ont voté pour la première fois dimanche dernier. Certains n'ont pas encore la majorité. Mais tous veulent la même chose : ne pas voir Nicolas Sarkozy sortir vainqueur du second tour de la présidentielle dimanche 6 mai.
    Spontanément hier en début d’après-midi, un rassemblement d’une centaine de jeunes venant des lycées Quinet, Lalande et Carriat a eu lieu place de «la Vizirette», en plein centre ville de Bourg-en-Bresse. Des jeunes bien décidés à «barrer la route» au candidat UMP en misant sur l’explication de texte.
    «Moi, je suis d’abord un étudiant citoyen avec une conscience politique, explique Rémi, 18 ans. Je ne suis pas un militant de parti. Et en tant que citoyen, on a décidé d’expliquer les points qui nous déplaisent dans l’homme politique Sarkozy et dans son programme.»    Morgane voit les choses avec moins de modération. À 16 ans, elle n’a pas encore pu s’exprimer dans les urnes. Mais elle n’en pense pas moins. «Ne pas voter ne m’empêche pas de dire ce que je pense. Je ne veux pas de Sarkozy au pouvoir. Pour moi, il n’a pas tenu sa promesse. Il a viré des immigrés intégrés. Ça m’a révolté. Et puis des mots comme Kärcher, ça ne s’oublie pas.»Une jeune fille blonde juste derrière Morgane renchérit : «On veut montrer que la jeunesse est là. Que les petits-enfants de résistants sont encore là.»
    Vers 14h30, un cortège s’est formé. De la place Quinet, la centaine de manifestants a remonté l’avenue Alsace-Lorraine plus vite que les services de police qui n’avaient pas vu venir cette mobilisation spontanée.
G. AR. (Le Progrès de l’Ain, 25 avril 2007)
Samedi 7 avril 2007
Samedi 24 mars 2007
Mars 2006. Depuis un an, je te revois à tous les carrefours de ma ville. Dans toutes les rues je revois leurs silhouettes menaçantes. Carapace noire, casque luisant, matraque, bouclier, masque-à-gaz. Les robots massifs du pouvoir, en lignes, en carrés, en patrouilles. Gyrophares, cars bleus, voitures blanches. Brassards oranges, crânes rasés, flash-ball au poing. Ici je cours devant la charge, là le copain s’effondre touché par un flash-ball, il s’appuie sur moi, cette boutique qui reste fermée, ici je distribue du sérum, les fauves de la BAC qui surgissent de cette ruelle, là je me cache parmi les badauds, les arrestations contre ce mur, la barricade dans cette rue, notre hésitation à ce carrefour, ma peur à cet angle, ma colère à cet autre, la grenade qui explose sur ce trottoir, le pied du flic sur la tête d’un jeune allongé devant ce cinéma, l’indifférence des gens qui sortent de ce magasin, l’indignation d’une grand-mère devant cette porte, le sit-in à ce rond-point, ici une autre charge, courir encore, les détonations, les cris, les sirènes, les larmes, à nouveau les matraques, et toujours devant nous les robots noirs du pouvoir, sans visage. Je me souviens de tout, de leur violence et de notre force.


Printemps 2006. Tu courais avec nous par les rues reconquises, parce que dans émeutes il y a loup, et dans loup il y a libre. Tu courais pour nous montrer, encore et encore, les crocs bleutés de l’État. La puanteur froide de ses invincibles gardiens. Encore et encore, jusqu’à ce qu’enfin on regarde ailleurs. Jusquà ce quon comprenne que nous ne devions plus lutter devant, mais derrière leurs yeux. Ailleurs. Dans les immenses friches de nos liens à reconstruire, de notre autonomie détruite, de notre inventivité endormie, de nos imaginaires anesthésiés. Sur le terrain vague de notre temps retrouvé, dans les décombres de notre quotidien secoué. Quelque part entre les autoroutes de linformation, les rails des études et le hangar de lusine.

Printemps 2006. Un an que tu nous a laissé.e.s pleurant.es dans les rues fumantes, épuisé.e.s dans les amphis embrumés, le pas lourd et le cœur léger. Les rêves bouillants sur la poussière de la fac occupée. Sur le brasero devant sa porte, tu as fini de jeter nos illusions : le prétexte du CPE, la bienveillance de l
’État, le rôle de sa police, le carton-pâte de la démocratie, la mascarade de la Justice, limpasse des organisations syndicales, le mythe du progrès technique, lidéologie du travail, limposture de la croissance, les sirènes de la consommation, le rêve de la crédibilité, et le cadavre des médias de masse. Ça faisait une grande flamme pétillante, qui commençait à nous réchauffer.
    Alors tu as du te dire quon en savait assez. On avait appris à agir ici, maintenant, ensemble. Sans professeurs, sans médiateurs, sans représentants.
    Alors tu as filé derrière un dernier nuage de lacrymos, comme un chien noir dans une ruelle. Oui, je me souviens que tu étais noir. Sans doute pour mieux te chauffer au Soleil, pour mieux te fondre dans la nuit, pour avoir toutes nos couleurs dans les yeux. Noir comme défi aux projecteurs, à la propreté, au pouvoir.

Printemps 2006. Tu as laissé quelques poils dans la gueule de la machine répressive. Quelques milliers dentre nous dans les cellules de garde-à-vue, quelques centaines dans les tribunaux. Pas assez pour faire peur à ma colère, à notre colère. Puisque depuis toi je dis nous. Tu nous a laissé.e.s. Tu as laissé ce «nous» improbable et vivant, qui ta serré contre lui sans pouvoir te retenir. Ce nous dont tu emportes, accrochés à ton pelage, de gros lambeaux de joie et despoir. Ce nous à qui il reste lAppel de Raspail dans une main, et la Rage du Peuple endormie dans un train.

Printemps 2006. Un an que je cherche les traces de tes pas brûlants. Au fond de nos yeux et à la surface de la ville. Parfois une ligne de tram qui perd toutes ses pubs, parfois des 4×4 qui se dégonflent en une nuit. Quelques mots sur les murs, parfois. Tes empreintes se font tièdes, tes empreintes seffacent dans la boue du quotidien. La pluie du fric, de la misère, de linjustice, la pluie sécuritaire et médiatique sécrase sur nos vies en grosses gouttes glaciales. Même au fond de nos yeux, ça ne sent plus que le chien mouillé. Ça sent déjà, mais ça sent encore. Incrustée désormais dans nos rêves, lodeur fauve et tenace du chien mouillé.

Tu es revenu une fois à Grenoble, au début de juin. Tu es revenu gronder sur les blouses blanches et les costume-cravates qui nous trament un avenir plein de puces et de métal. Faire planer la menace erroriste sur la technopôle toute blanche, toute neuve, quils ont appelé Minatec. Tu étais plus noir que jamais, presque autant que les gardiens cuirassés de la nano-forteresse. Tu es revenu nous les montrer une dernière fois. Nous répéter de continuer la lutte, autrement. Et à nouveau tu as disparu, ailleurs.

Ailleurs comme ici, où on ne tattendait pas. Avec les étudiants grecs en révolte, avec le peuple mexicains de Oaxaca. Avec tou-te-s celleux qui luttent collectivement dans le silence assourdissant des médias. Où es-tu parti. Peut-être jouer avec les chiens des rues, courir avec les loups revenus dans nos forêts, marcher sur les routes au flanc des vagabonds. Peut-être te reposer dans les maisons occupées, regarder les «cavaliers du prochain orage [faire] paître leurs chevaux dans les champs». Peut-être.
    Reposes-toi, prends un autre nom, une autre forme, mais reviens. Reviens vite. Cest quil commence à faire froid, ici.

Ici on est un Printemps plus tard. Et illes nous demandent de choisir le prochain, la prochaine, qui nous enverra les robots noirs au flash-ball. Le prochain ou la prochaine, ses paroles en carton pâte sur toutes les chaînes, et sur tous les murs son visage en papier glacé. Printemps 2006. Cest avec toi que tout semblait possible. Quon osait, que cétait fort et «ensemble». Toi, tu navais pas besoin daffiches. Si tu les voyais, si tu les entendais. Travail-Famille-Croissance. Bleu-blanc-rouge. Le rouge illes sen passeraient bien mais cest sur le drapeau. Et le drapeau revient, et le drapeau est sacré, sur les murs et dans les discours. Sa vieille puanteur, sa gluante certitude. Bleu-blanc-rouge jusquà la nausée, pour ne surtout pas voir plus loin, ne surtout pas voir ailleurs.


Printemps 2006. Reviens doù tu veux, mais reviens vite. En bas de chez moi ils ont encore construit une porte blindée. Partout jentends le bruit des bottes et des verrous, partout, jusque dans les âmes. Ici, on construit des prisons pour les pauvres et on nettoie les murs pour les riches. On rénove et on sécurise. On aménage, on aseptise. On cache la misère, on reconduit à la frontière. On traque celleux à la peau noire, on fiche celleux au cœur noir. On gère les nuisances, on optimise les flux, on bétonne durable. On croit en la Croissance, on surveille les chômeurs, on peint la crasse en vert. On astique les chromes, on garde le pouvoir. On jette le social, on garde le contrôle.
    Voilà où on en est, un printemps plus tard. Sur les regards, sur les paroles, le reflet bleu de la télé. Sous tous les crânes, les portes qui se ferment et les verrous qui claquent. Dans toutes les rues les hommes en bleu, les voitures blanches, et les rêves à vendre en papier. Glacé.

Printemps 2006. Pas de reflet bleu dans tes yeux, ils flambaient de lintérieur. Je me souviens de notre colère. Fraîche et douce comme ton museau, forte comme ton odeur, sauvage comme ton cœur. Vivante. Je me souviens de gouttes de joie, de gouttes despoir. Brillantes, fragiles, comme du givre sur ton pelage. Noir.
Reviens comme tu veux, mais reviens vite. Reviens avant quilles naient trouvé le vaccin contre ta rage, là-bas dans la technopôle. Parce quilles y travaillent. Cupidement, sagement, tranquillement. Dans leurs costumes et leurs blouses. Blanches.

Grenoble, mars 2007
Jeudi 15 mars 2007
Mercredi 31 janvier 2007
Libéralisme libertaire et associations de pacification sociale

Avoir pris conscience de l’être, qu’une plante est un être ; que même les végétariens sont des destructeurs d’êtres, constitue un premier pas sur le chemin qui mène à la conscience. Devenir soi-même un être, c’est-à-dire : être.
    Seul-e, celle-celui qui est peut reconnaître un autre être, car seul un être peut reconnaître l’existence. La plupart ne reconnaissent pas la vie, considèrent les êtres vivants comme des choses, des objets : ils en usent et abusent. Ils les détruisent, en jouissent et s’en nourrissent.
    La lutte pour abolir la domination de l’homme sur les autres hommes est freinée par la peur. Peur qui ensevelit la conscience au plus profond de l’être. La peur de se confronter au pouvoir destructeur de ceux qui sont maîtres des outils de domination, de ceux qui se sont approprié les armes et la possibilité de détruire. Tout pouvoir sur la société n’existe que par cette capacité. C’est la seule légitimité du pouvoir.
   
Nous avons autour de nous un choix de genres de personnages politiques qui disent lutter pour l’émancipation de l’individu. Voici le genre le plus peureux, qui se protège, et survit en s’associant avec le pouvoir, devenant un de ses outils de coercition. Il détruit en affichant une volonté libératrice. Sont dans ce cas : la ligue des droits de l’homme, et les syndicats et associations récentes qui militent pour les droits, droit au logement, droit des chômeurs et autres droits.
   
Au temps passé, les anarchistes ont été les seul-es à supporter la peur et affronter de face le regard du pouvoir. Un courant nouveau apparaît, issu de cette période ancienne. Cette généalogie est le fluide de la vie, qui irrigue la communauté des êtres vivants et produit le progrès humain. C’est la force vitale, qui s’extériorise par le mouvement anarchiste. Les autres suivent, tentent de l’étouffer et le réduire. Ainsi, sur un plateau de la chaîne arte, un des représentants-chefs de AC! Laurent Guilloteau : « Je ne serai jamais anarchiste dans la mesure où je pense qu’être culturellement libertaire, c’est quelque chose d’indispensable et de souhaitable, mais que par ailleurs essayer de transformer ce monde, ce n’est certainement pas se référer à une idéologie ouvrière qui date de l’artisanat… et qui n’a plus sa raison d’être, dès qu’elle est supportée par le socialisme et son ouvrier de métier, et encore, plus aujourd’hui où il y a l’idéologie de masse… »
   
Mais voilà : les désertions sont de plus en plus nombreuses dans l’armée qu’il a recrutée parmi les plus précaires. C’est sûr qu’en fréquentant les médias et les cocktails socialistes, il ne peut voir dans la rue ou sur les occups l’étincelle dans leurs yeux quand ils-elles disent : la lutte.
   
On ne peut pas s’y tromper, parole d’anarchiste.

guenokidense

Le Jura Libertaire no 8, mars 2007.
Dimanche 28 janvier 2007
Dimanche 21 janvier 2007


Tatouage
témoignant de la plus ancienne trace connue de l’idée de «liberté» (en langue sumérienne), il y a quatre mille ans.
Mardi 9 janvier 2007
À Lons-le-Saunier, capitale administrative in Jura, les pauvres n’ont ni toit, ni droits : après le foyer des jeunes travailleurs, dont les locaux pourris ont vainement attendu d’être réhabilités, pour à la finale être définitivement fermés, aujourd’hui, l’indésirée, c’est la maison du chômeur.
    Au moment où le conseil général met en place sa politique favorite en finançant des événements d’ordre économique comme made in Jura, et
où la mairie passe son hôtel de ville au kärcher, les pauvres doivent impérativement dégager.
    Le partenariat entre Lons et les associations caritatives est très utile en cette période où les villes deviennent un décor pour recevoir des ministres en campagne électorale. La chasse aux voix est ouverte, les renards politiques sont à l’affût pour se poster. On applique à la lettre l’arsenal répressif des ordres venus d’en haut.

    Les salariés des associations prêtent leurs compétences pour préparer et nettoyer le terrain avant d’aller pointer aux assédics, puisqu’ils en auront, eux, les droits.
    Quant aux plus démunis, les quelque cinquante qui travaillent à bas prix à Allo coup de main, ou les vingt autres, dans les serres de Nance, ils rejoindront les cohortes de précaires, les « sans » qu’on ne veut pas voir.
    Des cohortes grandissantes, car, tapis dans les ateliers peuplés d’intérimaires, attendent d’autres cache-misères : les machines à broyer des vies à coups de plans de licenciements tronqués, négociations sabotées, indemnités de licenciement fictives. Et de comités pour l’emploi bidon et fliqués, dans des petites villes impudentes pètant dans le béton au milieu de leurs cantons sinistrés, mais formatés made in Europe.
    Mais voilà : les « sans » ont un point de vue. Ils Elles se regroupent, construisent une vie collective, refusent les intrusions de la ville ou de l’état, défendent des positions, des choix.
    Et ces cohortes disposent d’un outil qui est inscrit dans la mémoire collective jurassienne — par ailleurs manifestement pillée —, à intégrer dans cet inventaire comptable : l’Idée Libertaire. Forte, vigilante, debout.
    Qui compte, aussi.
    Et elle dure.
Sans maître, ni dieu, ni nationalité.

Le septième numéro du Jura Libertaire
est disponible en téléchargement sur Rebellyon :
Dimanche 31 décembre 2006

Samedi 30 décembre 2006

J’ai envoyé Putain d’ortie à mon carnet d’adresses. Ceci est la réponse de mon oncle, 85 ans aux cerises, ancien maquis et libre penseur :


lut mon n’veu,
Y a pas de quoi en faire un bouillon !!
T’as l’air vachement informé par tes potes qui par définition ne supportent pas l’organisation de quoi que ce soit. Que veulent-ils ou peuvent-ils faire ? Rien ! Ne pas voter c’est donner une voix aux fascistes, ça s’est déjà vu, non ? En 33 ! Tu connais la suite. Alors allez voter, les enfants, mais surtout PAS BLANC, tant que ces bulletins ne seront pas comptés comme valides.
Sans rancune ? ’lut m’n’veu,
Tonton

Mon Oncle,

Si voter changeait quelque chose,
Y a longtemps qu’ce s’rait interdit…
(air connu)

Un fasciste aux manœuvres ! Et alors ?
    Hitler est arrivé démocratiquement au pouvoir grâce au tiers des votants. Des gens comme toi et moi je suppose. Pas des extraterrestres. La sociale-démocratie allemande de l’époque et le grand capital, touchés dans la chair de leur porte-monnaie par le crack de 29 ont voulu une représentation forte du pouvoir. Ils l’ont incarnée à travers un obscur et médiocre ex caporal de la boucherie estampillée 14-18 au catalogue des turpitudes étatiques.
   
Mais c’est une autre histoire.

Donc, les boursicoteurs mettent au pouvoir un vague tyranneau de province (même pas allemande !) avec la certitude de le maîtriser et de le manipuler à loisir. La bonne blague quand on est du mauvais côté du fusil !
   
Fin du premier acte.

Je te rappelle, et c’est le lien entre 14-18 et 39-45, que le traité de Versailles qui dit en gros : «Merde, ça suffit tout c’boxon ; maintenant faisons le ménage : Messieurs les Teutons, voici la facture !» Eh bien, ce traité est une des causes profondes de 39-45. En lui faisant porter seul le poids de la responsabilité de cette tuerie, il avilissait le peuple allemand qui ne rêva dès lors que d’une revanche. Hitler en est la résultante. C’est l’épilogue de 14-18 !

Bilan : 12 ans d’un joyeux massacre planétaire avec pour l’équipe des Bruns, 60 millions de morts. Battue à plate couture par celle des Rouges avec 85 millions de macchabées. Pas mal ! Eux l’ont fait, il est vrai, sur 72 ans. Et avec de l’avance au compteur.

À l'actif des gens élus, mandatés par nous, ne pas oublier :
   
la conquête spatiale et la guerre des étoiles nées des inénarrables V1 et V2 de ce bon Herr Doktor Werner Von (justement) Braun. Toutes les démocraties sont allées faire leurs emplettes de ce qui restait de «cerveaux» et de spécialistes en manipulation de masse dans l’Allemagne de 45 !
   
la bombe atomique qu’un président et un congrès élus ont mise en œuvre sous prétexte que les abominables chleux étaient à deux doigts d’appuyer sur le bouton du feu de l’enfer alors qu’ils n’en étaient encore qu’à se chauffer au juif ;
   
les camps de concentration qui ont égayé ce paisible XXe siècle ;
   
les massacres endémiques perpétuels pour faire tourner les industries d’armement et/ou chimiques afin de garantir les marges de leurs actionnaires et nos sacro-saints emplois.
   
Je ne vais pas t’énumérer toutes les joyeusetés qui rendent l’homme si humain et la femme nettement moins baisable depuis la parité ; elle veut tellement ressembler à son homme !

À ces irremplaçables profits et avantages qui ont éclairé nos cœurs démocratiques depuis 60 ans, nous devons afficher au passif de ce bilan : la Sécu, les retraites, l’éducation nationale, la séparation de l’église et de l’état. Grosso-modo le résultat général de VOS luttes sociales passées. L’ensemble remis en cause par vos gouvernements successifs de gauche comme de droite. Gouvernements élus et sensés vous représenter. N’oublions jamais que les coups les plus durs portés contre la loi de 1905, l’ont été par Jospin et sa clique de démocrates. Que ce même Jospin (rassure-moi : socialiste ?) a privatisé plus que le gouvernement libéral qui l’a précédé. Que les Restos du cœur n’avaient pas d’avenir avec une sociale-démocratie aux manettes…

L’élection est un leurre. Notre grande fripouille, élue à la tête de l’état sous prétexte d’en interdire l’accès à Le Pen il y a cinq ans, n’a jamais tenu compte de ce résultat ni des signes que les électeurs lui renvoyaient. Rien n’a changé après les législatives qui ont suivi la dissolution de 97 sinon l’avènement des socialos avec les résultats décrits plus haut. Ni les régionales où on a parlé dans les deux cas de vague rose. Ni le NON à la constitution européenne…

Crois-moi, mon oncle, c’est pour tout cela que nous aurons le portrait de Le Pen dans nos mairies en 2007 ! Parce que vos «maîtres», une fois élus «démocratiquement», se foutent «royalement» de votre vote. Ils ne sont pas soumis à résultats sauf à être sanctionnés par le prochain scrutin. Et, cerise sur le gâteau, un des précédents premiers sinistres a dit : «Ce n’est pas la rue qui gouverne…» Alors ! Que vous reste-t-il, bande… d’électeurs ?

Le premier acte fondateur du pouvoir de ce guignol sera le rétablissement de la peine de mort et l’interdiction de l’IVG. Le sceau de la magnificence de l’état sur ses assujettis : on coupe ce qui dépasse ou dérange mais on dispose du ventre des femmes pour fournir la viande de la prochaine saloperie planétaire, forcément justifiée par le vote d’un électorat, imbu de sa prérogative et fier de faire son devoir de citoyen responsable.

Une fois encore, le bordel pour une dizaine ou douzaine d’années. La preuve sera faite que vous avez la mémoire courte. Après, les survivants se remettront à la tâche. J’espère que nous aurons semé suffisamment de graines d’anar. Ce qui ouvrira quelques belles années d’autogestion ; et évitera les rayures que les élus d’avant, à dents longues, grandes poches et petites cervelles, ont laissées sur les parquets nationaux depuis la révolution françouaize…

La liberté ne se donne pas ! Elle se prend ! Pas d’exemples connus par les urnes !

@+ et sans rancune ! Vos vieux réflexes du «devoir» dit «démocratique» me hérissent. Vos élus jouent avec votre culpabilité depuis des siècles ! Ils se rendent de ce fait, indispensables.

Ton neveu, pL

Ah ! Une dernière chose : l’anarchie est le plus haut degré de l’ordre. Chacun est responsable de ses actes. Il ne délègue rien. Il assume ses choix. Il agit d’abord et avant tout, de façon solidaire. Il refuse qu’on fasse son bonheur contre son gré. Il n’y a guère qu’un élu ou éligible pour dire que l’Anarchie, c’est le bordel ! Non ?


Article paru dans le septième numéro du Jura Libertaire (bulletin papier) :

Samedi 23 décembre 2006

Lundi 10 avril 2006
 
Plusieurs expressions hostiles ont accueilli en avril les manœuvres sanclaudiennes de l’Armée. Ainsi, tandis que les services municipaux s’affairaient à retirer des affiches que le sous-préfet attribue à l’«anti-France», le Progrès du 13 avril révélait que «deux jours avant l’arrivée de la 27e Brigade d’infanterie de montagne à saintClaude, la section locale de la Fédération anarchiste avait distribué des tracts annonçant la résistance».

Or il se trouve que nous ne sommes pour rien dans le tract en question —dont nous nous sommes procuré un exemplaire, reproduit ici—, le groupe Lucio n’ayant visiblement pas le monopole de l’antimilitarisme.


Si depuis quelque temps déjà le spectre de l’«anarchisme» hante les esprits de la petite bourgeoisie locale, l’essentiel est ailleurs : dans le mouvement réel qui abolit les conditions existantes. SeulE ou en groupe, co
ordonnéE ou fédéréE, c’est à
chacunE d’y prendre part. Avec ou sans nous, en toute autonomie. La liberté ne se divise pas.

Mardi 30 novembre 2004

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