Mardi 22 janvier 2008
Récit du rassemblement devant le CRA de saintExupéry

undefinedSamedi 19 janvier 2008, face au CRA (centre de rétention administrative) de Lyon-Saint-Exupéry, nous étions autour de 2000 personnes en solidarité aux sans-papiers et pour la fermeture des centres de rétention. Des gens sont venus de toute la région Rhône-Alpes, et même de plus loin. Quelques banderoles ont été préparées pour l’occasion, ce qui était beaucoup plus réjouissant que les nombreux et insignifiants drapeaux publicitaires des différentes orgas (Sud, Cnt, Lcr, Cgt, Ldh, Resf, etc.). Au départ quelques slogans sont criés un peu mou, jusqu’à ce qu’un groupe de femmes et d’hommes prennent le relais énergiquement, percussions sur des bidons et sur les barrières que les flics avaient installées pour faire un «périmètre de sécurité» ; ça faisait plaisir à entendre et ça donnait enfin envie de chanter/gueuler avec tout le monde (ça serait bien, d’ailleurs, qu’on arrive à changer le slogan «police partout, justice nulle part» par «police partout, justice complice», surtout devant un centre de rétention). Le slogan «les enfants, à l’école, pas en prison» nous a rappelé cette citation : «L’individu ne cesse de passer d’un milieu clos à un autre, chacun ayant ses lois : d’abord la famille, puis l’école (“tu n’es plus dans ta famille”), puis la caserne (“tu n’es plus à l’école”), puis l’usine, de temps en temps l’hôpital, éventuellement la prison qui est le milieu d’enfermement par excellence» — Deleuze, Post-scriptum sur les sociétés de contrôle, 1990.

Dans le CRA, les gens gueulent aussi, ils et elles agitent des tissus et une banderole sur laquelle est écrit «liberté». On était à environ 150 mètres du CRA, les flics étaient super nombreux, au moins trois cars et une dizaine de fourgons de gendarmes mobiles. Forcément ça calme un peu les ardeurs. Ça fout bien la rage aussi tous ces flics qui protègent cette infâme prison pour étrangers. Des gens ont essayé de renverser les barrières pour s’avancer plus près du CRA. Des flics en civil se sont éloignés de la foule sous la pression de quelques manifestants et quelques projectiles sont lancés en direction des gendarmes mobiles. Des pompiers arrivent et on apprend que dans le CRA, il y a eu un départ de feu (la Cimade était en contact téléphonique avec des gens à l’intérieur).

Ce rassemblement n’était pas un rassemblement «Resf» mais appelé par pleins d’orgas, associations, et individus… Pour fermer les centres de rétentions, il paraît logique de s’opposer à la police, sans laquelle ces centres ne pourraient pas exister. Mais quelques militants «dans la probité, la propreté morale, et la dévotion jusqu’à l’abnégation» (Pierre, v. 3-8) se sont interposés en faisant la morale : «C’est notre manif !» (ha bon ?), «C’est du fascisme, arrêtez !» (pardon ?), «Vous décrédibilisez le rassemblement face aux médias» (ça rappelle quelque chose, éternelle rengaine), «Vous venez ici pour foutre la merde, mais au quotidien vous ne faites rien» (vous avez l’air de bien — mal — connaître nos vies, et puis d’abord t’es flic ou quoi ?), etc. C’était pathétique ces réactions citoyennes et soumises à un ordre pacificateur. Un mec a même sorti «Mais j’ai fait soixante-huit moi, je sais ce qu’est la vraie révolte, alors arrêtez un peu vos conneries» : Toi tu t’es pseudo-révolté, et nous on peut pas ? Et elle est passée où ta révolte de 68, bouffon ?

Ce n’est décidément pas en faisant des rassemblements symboliques qu’on changera quoi que ce soit. Il faudra bien plus que ça pour ébranler le pouvoir. Et encore bien plus pour le mettre à bas.
 
Les bâtard-e-s
Indymédia Lille, 21 janvier 2008



Échauffourées au rassemblement contre le centre de rétention administratif

Peu après quinze heures, on peut constater la présence d’environ deux mille personnes, beaucoup d’orgas (RESF, RUSF, CLASSES, LDH, FA, CGA, JCML…), des syndicats (CNT, CGT, SUD, un drapeau de l’UNEF (mort de rire)…), des partis (PCF, LCR…), quelques élus par-ci par-là.

Après quelques discours plus ou moins émouvants contenants quelques aberrations comme
«il est inacceptable d’enfermer des étrangers» (sentence redondante) alors que tout enfermement est inacceptable, «il y a un prisonnier dont la femme attend un enfant français» car faudrait-il trouver acceptable l’enfermement du futur père d’un non-français ? ainsi que d’autres idioties à la réformiste…

De temps en temps, des bruits courent que des personnes ont gentillement essayé de déplacer les barrières qui nous séparaient du camp de concentration, une centaine de mètres plus loin, mais sont rapidement remises à leur place par les flics.

Quelques slogans radicaux fusent, pronant l’abolition de toutes les prisons et l’action anti-flic. Celui-ci : «État fasciste, police raciste», directement adressé à la trentaine de gardes mobiles qui veillent devant les barrières, provoque l’énervement d’une femme du PCF qui vient cracher sa rage sur les jeunots encapuchonnés qui reprennaient le slogan avec ferveur. Une membre de la FA la remet à sa place, et bien comme il faut.

Quelques instants après, suite à un fortuit et innocent attroupement de jeunes casseurs sans idées politiques :-) , une barrière commence à voler, les GM arrivent en courant, empoignent les barrières, hésitent à sortir les tonfas, puis n’hésitent plus du tout. Les coups de pieds (sur les barrières comme sur les flics) fusent, puis les pierres, lorsque quelques élus et autres personnes se croyant plus responsables que nous s’interposent et nous sortent les arguments classiques de pacifistes frustrés (Vous discréditez le mouvement ! Militez dans des organisations !)

Trois minutes après, même scénario, deux barrières plus loin. Et une troisième fois quelques instants plus tard. Les accrochages sont brefs mais violents, les GM vraiment hargneux, laids comme pas possible, et les violents, une quinzaine au début, une quarantaine par la suite, restent déterminés face aux offensives de leurs deux ennemis, les flics et les réformistes non-violents (mais violents avec les violents).

Sous le risque de charge, le piti black bloc se disperse rapidement.

On a vu des bras s’agiter derrière les barreaux du centre de rétention, une banderole s’afficher annoncant «Liberté» depuis l’intérieur, et quelques GM prendre un coup de speed, se précipitant en courant dans l’enceinte du centre, précédant deux camions de pompiers qui venaient là probablement pour faire le ménage…

À la prochaine !!!

Rebellyon, 20 janvier 2008



Manifestation contre la directive de la honte à Lyon

Nous étions une quarantaine de Dijonnais à avoir fait le déplacement ce 19 janvier 2008 à Lyon pour la journée de mobilisation européenne contre la directive de la honte, directive européenne ayant pour objectif d’allonger la durée de détention légale des étrangers en centre de rétention à 18 mois. La France admettait jusqu’ici une durée légale de 32 jours !

La manifestation a débuté sous un soleil radieux vers 15 heures aux abords du centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry. Ce lieu est le point central du dispositif d’expulsion industrielle mis en place par notre président, d’où partent sans cesse des charters de sans papiers vers «leur pays d’origine», en aucun cas le pays avec lequel ils ont le plus d’attaches. Les conditions de détention dans ces centres sont des plus déplorables, et se sont encore aggravées avec la systématisation des procédures. À quoi vont ressembler ces centres si la durée légale de détention est multipliée d’autant ? Par combien vont se multiplier le nombre de suicides qui ont lieu chaque année dans ces centres ?

Il n’est pas rare que les problèmes administratifs ou le maintien en rétention comme «punition» prolonge démesurément le temps de détention pour les étrangers. La durée légale avait pour but de mettre un terme à des situations insolubles, que vont devenir ces gens pendant 18 mois, si au bout d’un mois déjà leur situation ne leur permet ni de sortir ni d’être expulsés ? Comment dans ce cas ne pas comparer ces centres à des prisons pour étrangers, coupable de n’avoir pas de papiers, incapables d’être riches et cultivés, ou simplement travailleurs ?

Il est aussi nécessaire de se demander quelle est la finalité de ces centres, si ce n’est de donner aux autres pays une image déplorable de l’accueil réservé aux étrangers des nations européennes et de fermeture sur l’autre, de rejet de la différence ? En ce sens on est en droit de se demander l’utilité de ces centres, et même en droit d’exiger leur fermeture définitive !

Les deux mille personnes rassemblées cet après-midi n’ont pas pu approcher des détenu-es, la gendarmerie s’étant chargée de maintenir une distance plus que raisonnable entre elleux et nous. La communication s’est donc faite pas le biais de slogans, que nous n’avons interrompus que deux heures plus tard, quand les gardes mobiles se sont montrés plus qu’impatients de «cogner». Nous n’avons pas encore d’informations précises sur les conditions qui ont été imposées aux détenu-es le temps de notre manifestation, mais il semble qu’un feu se soit déclenché peu avant la dispersion de la manifestation à l’intérieur du centre.

Le RUSF 21 et le RESF 21 continueront de demander la non-adoption de cette directive de la honte, ainsi que la fermeture définitive de ces centres qui n’ont pour autre but que de stigmatiser une catégorie défavorisée de la population française, pour autre finalité que de diviser encore un peu plus les pauvres face à une réalité de plus en plus dure.

La mobilisation continue le samedi 2 février 2008 à partir de 14 h devant la préfecture [de Dijon] pour une journée de manifestation nationale pour le combat des sans-papiers, pour la liberté de circulation !

RUSF21
Brassicanigra, 20 janvier 2008
Vendredi 18 janvier 2008
Pour la régularisation de tous les sans papiers ! !

La situation des immigrés en France devient de plus en plus dure et intolérable. L’État accentue et assume sa conception utilitariste des politiques migratoires. Les immigrés sont considérés comme des stocks disponibles de main d’œuvre au service des patrons et de l’économie nationale. La politique des quotas s’inscrit dans cette logique. Dans le même temps, les pouvoirs gardent le besoin d’avoir un volant de main d’œuvre corvéable à merci : les sans-papiers. Pour maintenir cette population sans-droits, dans la crainte et la clandestinité, l’État développe une politique de terreur : organiser la chasse aux sans-papiers, annoncer et faire du chiffre sur les expulsions.

Les centres de rétention administrative (CRA), véritables prisons pour étrangers, sont des établissements dans lesquels sont enfermées, sur décision administrative, des personnes en situation de séjour irrégulier, en attente d’expulsion ou de jugement.

Cet enfermement, dont la durée est en passe d’augmenter une nouvelle fois, passant de 32 jours à 18 mois (par une directive européenne), montre bien que l’absence de papiers est aujourd’hui considérée comme un crime et les individu-e-s dans ce cas sont jugés assez dangereux pour que leur détention puisse aller jusqu’à 1 an et demi !

Malgré les luttes amorcées récemment dans quelques centres de rétention et aussitôt cassées par l’administration, l’emprisonnement des sans-papiers permet de les empêcher de s’organiser collectivement, au sein des collectifs existants pour obtenir le droit de vivre normalement.

L’obligation de se retrouver entre quatre murs, à cause d’un défaut de laisser-passer étatique et avant toute décision de justice, est une atteinte fondamentale aux libertés individuelles. Les mesures appliquées aux étrangers préfigurant souvent des mesures qui s’appliquent à tous, il faut craindre à l’avenir un élargissement de ce type de mesure à d’autres catégories de la population (militant-e-s, citoyen-ne-s «dénoncé-e-s», jeunes des banlieues, etc.). Nous sommes tous concerné-e-s, c’est tous ensemble qu’il faut réagir !

Les militant-e-s de la Coordination des Groupes Anarchistes, exigent la régularisation immédiate de tous les sans-papiers et la liberté de circulation pour tous les êtres humains. Nous exigeons donc la fermeture des centres de rétention, inutiles sans être humain illégal !
  • Le 19 janvier 2008, des manifestations nationales seront organisées devant divers CRA de France et d’autres pays européens.
  • Le 26 janvier la Coordination Nationale des Sans-papiers appelle à manifester en France pour demander la régularisation de tous les sans-papiers.
La Coordination des Groupes Anarchistes appelle à rejoindre partout en France ces manifestations.

Relations extérieures de la Coordination des Groupes Anarchistes
le 17 janvier 2008



Covoiturage jurassien
pour la manif lyonnaise
Dimanche 13 janvier 2008
La mère d’une élève «sans papiers» est arrêtée un matin de décembre, à la Gare du Nord, entre la ligne 2 et la ligne 4. Contrôle d’identité… Face aux questions pressantes, elle avoue rapidement être «sans papiers» et présente sa carte orange. Pas de menottes, mais elle est serrée très fort, avec un cordon métallique — presque au point de défaillir — et emmenée, pour rejoindre une vingtaine d’autres personnes, dans un fourgon qui rejoint bientôt un poste de police de Saint-Michel. Là, alors qu’à plusieurs reprises elle se sent physiquement au plus mal, les fonctionnaires présents mènent des investigations dans leurs fichiers. Pour constater qu’elle a déposé un recours avec un avocat contre une mesure de reconduite à la frontière, qu’elle avait déposé un dossier de demande de régularisation dans le cadre de la circulaire du 13 juin 2006 et qu’elle est mère d’au moins un enfant mineur. Ils la relâchent.

Le soir, elle souffle mais n’oublie rien de ce qu’elle vient de subir, elle n’oublie rien du tri opéré selon les cas. Le fait de ne pas être seule et d’être engagée, avec du soutien, dans des démarches, lui a évité plus d’acharnement et une mise en rétention plus que certaine. Elle n’oublie pas celles et ceux qui sont resté-e-s dans la nasse, promi-e-s à la rétention, à la comparution et à l’expulsion. Ceux-là sont souvent seul-e-s, anonymé-e-s, et ne trouvent pas le soutien actif des miliant-e-s RESF. La CIMADE tentera de les aider et l’avocat commis d’office fera souvent de son mieux pour les sortir de là. Sur la vingtaine de captures de ce jour-là, à cet endroit-là, combien ont fini par être expulsé-e-s ? … Ils-elles ne valaient pas moins qu’elle.

Combien d’organisations, de partis et d’associations se sont déclarés solidaires de cette lutte et signataires de ces appels !? Combien de pétitions ? Combien de déclarations ? Combien de bonnes intentions ?

Et la grève ? Leurs directions et leurs instances dirigeantes — c’est ainsi que la plupart fonctionnent — ont-elles pris toutes leurs responsabilités ?…

Régularisation immédiate de TOUTES et de tous les sans-papiers !

Le Chat du neuf trois no 8, janvier-février 2008
Bulletin de la CNT Éducation de Seine-saintDenis élargi au 77 et 94
Mardi 1 janvier 2008
En cette douce fin d’année, la chasse aux sans-papiers se déchaîne. Pour respecter les objectifs hystériques de la «politique du chiffre», la police et la gendarmerie arrêtent à tour de bras, et enferment dans les centres de rétention des victimes de la chasse au faciès — souvent en dépit de toute légalité, et en faisant fi toujours du sens humain le plus élémentaire. Trop cest trop.

À Roissy, à Vincennes, et ailleurs, le mouvement de révolte des sans-papiers se répand comme une traînée de poudre. Tout aura commencé lorsque Abou N
Dianor, un professeur de mathématiques sénégalais de la région dOrléans, se retrouvant au Mesnil-Amelot, menacé dexpulsion immédiate en dépit de son évidente «utilité sociale», aura regardé ses compagnons dinfortune et compris quils étaient tous victimes, comme lui, dune mécanique délirante et cruelle.

Et que voyait-il, Abou ? Des gens dans une détresse inouïe. Des gens pour la plupart «inexpulsables», enfermés-là par simple excès de zèle — tragique résultat d
une administration qui tente de se conformer aux pressantes demandes de «lautorité suprême». Surtout, il voyait les droits humains les plus évidents brutalement bafoués. Alors, il a écrit sur un papier «France pays des droits de l’Homme», et la aggraffé sur son Tshirt.

C
était gentil… Non : on laura compris, cétait au deuxième degré quAbou écrivait ça. Pire : par antiphrase. La violence de son observation aura été si détonnante que lorsquil est venu au réfectoire en arborant son écriteau, les gardiens du centre lui auront demandé de le retirer…

Ainsi, c
était eux-mêmes qui refusaient quon puisse affirmer une telle chose. Non, décidément, la France nest certainement pas le pays des droits de l’Homme, et dans ce centre de rétention les policiers en charge du maintien de l’ordre auront pris demblée comme une insulte quon puisse le leur rappeler. Ou bien voyaient-ils là une revendication déplacée ?

Alors, les autres «retenus» — de cette prison sur laquelle passent tous les touristes qui arrivent en avion à Roissy — sont venus voir Abou pour se solidariser de sa démarche. Le deuxième écrivait : «Liberté, Égalité, Fraternité». Toujours par antiphrase…

C
est comme ça quest partie la révolte de Mesnil-Amelot. Et si on leur demandait de retirer leurs écriteaux au réfectoire, et bien, les sans-papiers niraient plus au réfectoire. Ils déclaraient la grève de la faim. Lun dentre eux engageant même une grève de la soif qui durera trois jours…

Jeudi à 15 heures, Abou disparaissait. Juste après une visite au cours de laquelle il avait pu se coordonner avec un «soutien» extérieur, lançant un «appel au secours», il était déplacé manu militari dans un autre centre de rétention à l
autre bout de la région — celui de Vincennes.

Il y arrivera très déprimé. Les gens lui semblaient, au premier abord, beaucoup plus froids qu
au Mesnil-Amelot. Quelques heures plus tard, ils étaient une centaine à refuser le repas… Lépidémie se confirmait. Finalement samedi un Tribunal parisien ne pourra que libérer Abou, tout comme les Tribunaux sont amenés à libérer, ces jours-ci, à tour de bras des sans-papiers enfermés en dépit des règles de procédure (leur seule protection). Il paraît quon lui proposerait même une régularisation — sil voulait se tenir tranquille.

Tous les moyens sont bons pour tenter d
éteindre lincendie… Espérons que celui-ci laisse en poussière le nouveau système denfermement pour étrangers, «la honte de la République».

Le Quotidien des Sans-Papiers no 18, 31 décembre 2007
Bulletin d’information et d’alerte
Lundi 31 décembre 2007
«Nous ne sommes pas des bêtes sauvages, ni des chiens !»

Il y a à peu près un mois, un sans papier s’est évadé du centre de rétention de Vincennes. Depuis cet évènement, les policiers sont particulièrement énervés et virulents envers les «retenus». Par exemple, ils entrent dans les chambres pour faire des fouilles à n
importe quelle heure de la nuit, ils font entre 8 à 10 rondes par 24 heures, au lieu de 3 habituellement. Suite à cette évasion, les policiers ont eu pour ordre de dénombrer, tous les soirs, les sans-papiers pour vérifier quaucun ne sest enfui.

Avant hier, les retenus n
ont pas accepté de se faire comptabiliser comme du bétail et ont refusé de remonter dans leur chambre. Les policiers ont appelé les CRS en renfort qui ont passé une partie de la nuit à Vincennes. Hier soir, routine. Les policiers exécutent leur tour de surveillance et accusent un homme en train de fumer davoir fait entrer un briquet en rétention. Ils le menottent pour lemmener en isolement. Les autres sans papiers jugent cet acte injustifié et interpellent à leur tour les policiers pour leur demander de le relâcher. Ils font valoir leurs droits et leur refus de larbitraire. Mouvement de masse, violences policières, au final, il y a trois blessés légers parmi les retenus. Ils ont vu un médecin, apparemment pas de jambe cassée. Les CRS sont revenus en renfort et sont restés jusquà 4 heures du matin.

Ces incidents se situent dans un contexte plus général puisque c
est suite au transfert dun sans papier de Roissy vers Vincennes que les informations sur les évènements de Mesnil-Amelot ont circulé et quune grève de la faim a commencé il y a trois jours : sur approximativement 260 personnes retenues réparties dans les deux centres de Vincennes, la moitié serait en grève de la faim aujourdhui.

Depuis trois nuits, les retenus se mobilisent pour dénoncer les conditions de rétention déplorables : un simple filet d
eau chaude dans les douches, du chauffage parcellaire, mise en isolement sans motif, humiliations et violences policières gratuites, destination dexpulsion parfois arbitraire (un Algérien devait aujourdhui être expulsé vers le Maroc, il ne serait pas sorti du centre de rétention suite aux mobilisations de ses collègues sans papiers), et encore non respect de la dignité et des droits de l’Homme…

Les retenus dénoncent aussi les pratiques du personnel médical : des jours pour obtenir un simple doliprane, des maladies contagieuses qui se transmettent à profusion. Un sans papier explique que «les docteurs préfèrent soigner leurs relations avec la préfecture plutôt que de déclarer que les situations médicales de certains retenus sont incompatibles avec la rétention».

Au téléphone, on entend des termes tels que «désobéissance civique» et le brouhaha général présage d
une évolution mouvementée. Les sans papiers semblent remontés, prêts à ne pas céder, dautant plus quils ont réussi à éviter une expulsion aujourdhui, ils sont soutenus à lextérieur, forts de leurs dénonciations, par contre, et à mon avis à juste titre, ils «redoutent le pire pour ce soir».

Mais, c
est pas grave, c’est Noël.

Témoignage au CRA de Vincennes via le 9e Collectif des Sans-Papiers,
30 décembre 2007



Dans les centres de rétention, la révolte a commencé

Le 15 décembre une révolte a commencé au centre de rétention du Mesnil-Amelot : cahiers de doléances, revendications écrites sur les vêtements, refus d
entrer dans les chambres, grève de la faim… Elle sest étendue au centre de rétention de Vincennes où de nombreux sans-papiers ont rejoint la grève de la faim et refusé de rentrer dans leurs chambres. La répression na pas tardé. 150 CRS sont entrés dans le centre de rétention pour les réprimer. On compte trois blessés parmi les grévistes. La police a refusé dappeler le Samu. Certaines personnes ont été isolés. Mais les grévistes ont exprimé leur détermination à ne pas céder.

En cette fin d
année, les préfets ont reçu le message daccélérer les rafles pour atteindre le chiffre de 25.000 expulsions fixé par le ministère de Hortefeux. Le harcèlement quotidien des sans-papiers sest encore accentué. Les arrestations ont lieu partout : lors de démarches administratives, dans les préfectures, les commissariats, devant des consulats, les écoles, au travail, dans la rue, le métro, aux domiciles…

À Rennes, à Bordeaux, à Paris et un peu partout en France et en Europe, ces derniers mois ont vu de fortes mobilisations contre les centres de rétention. Donnons de l
ampleur à ce mouvement. Soutenons la révolte des sans papiers. Agissons maintenant pour la fermeture de tous les centres de rétentions.

La révolte a commencé…

Vendredi 14 décembre 2007
Un millier de lycéens apportent leur soutien à des jeunes sans papiers

L
a Préfecture du Rhône, notamment le chargé de mission au Service des étrangers, ne veut plus recevoir de délégations de RESF (réseau Éducation sans frontières) de Lyon et de Villeurbanne. Vérification sur le terrain dès hier après-midi à l’issue d’une manifestation regroupant environ un millier de lycéens, d’étudiants venus soutenir de jeunes majeurs pouvant être expulsés à tout moment.

La Préfecture acceptait le dépôt d’une motion, d’une pétition. Rien de plus. Deux dossiers de jeunes en situation d’obligation de quitter le territoire français, expression policée pour expulsion, ont été déposés. Partie de La Guillotière, à hauteur de la station du tram, la manifestation a gagné au pas de course la rue Dunoir, lieu habituel de fin de manif devant la Préfecture. Au départ, des œufs ont été lancés en direction des forces de l’ordre. Au niveau de la Préfecture, ces dernières ont essuyé des jets de projectile notamment des pierres occasionnant quelques dégradations sur des véhicules stationnés.

Pour éviter des incidents plus graves, les étudiants présents ainsi que des membres de RESF ont mis en place un service d’ordre afin de faire reculer les lycéens massés contre les barrières et ainsi les éloigner à distance raisonnable des gardes mobiles.

Le millier de lycéens était venu de toute l’agglomération lyonnaise. Derrière les classiques banderoles dénonçant les expulsions et demandant la régularisation des sans papiers, de nombreuses pancartes en carton tendues à bout de bras. Les lycéens veulent que leurs camarades continuent d’étudier en France et dénoncent d’une même voix la peur qui les habite. «Peur d’être contrôlé dans les transports en commun, à proximité de leur lycée, d’être conduit manu militari au centre de rétention avant d’être expulsé.» En plein milieu d’année scolaire.

Véronique WAZ
Le Progrès du Rhône, 14 décembre 2007


Voir aussi :

Manif électrique pour la régularisation de 11 jeunes majeur.es
Mardi 30 octobre 2007
Police républicaine ?

Il faut rappeler les faits. Il faut dire les mots. Il faut décrire les hommes. Comme à une époque que l’on croyait révolue, les autorités utilisent un vocabulaire codé. L’essentiel étant de laisser croire qu’il ne se passe rien que de très légal. C’est vrai, quoi, l’État a bien le droit de se séparer d’une immigration, non-souhaitée, qui encombre le territoire national. Il convient pourtant d’y mettre les formes, et la sémantique est appelée à la rescousse. 0n ne rafle pas — quel gros mot — on interpelle, on procède à des contrôles. On ne déporte pas — quel rappel horrible à un triste passé — on expulse !

Longtemps, on a cru que l’activité des policiers de Vichy — à 100% de leur effectif — faisait partie d’un mauvais cauchemar. Ceux-là, sans broncher, avaient été capables de rafler des hommes, des femmes, des enfants et des vieillards grabataires. Depuis la Libération, nous étions persuadés qu’en démocratie le moindre accroc aux droits de l’Homme les plus élémentaires était désormais impossible. Comme la France ne pouvait être que la plus belle des démocraties, il allait de soi que de telles mauvaises manières ne pouvaient plus se reproduire chez nous.

C’était oublier les véritables rafles d’
«indigènes» dans les colonies françaises, pour trouver de la chair à canon, lors des deux guerres mondiales et même au cours des conflits post-coloniaux du Vietnam et d’Algérie. Ce serait faire table rase du comportement de la police française tout au long du conflit algérien, avec son cortège de rafles et d’assassinats de militants nationalistes. Comment passer par pertes et profits cette sinistre nuit du 17 octobre 1961 — à Paris — et ces centaines de morts algériens tous Français à cette époque ?

Le temps a passé. Notre police ne s’intéresse surtout qu’à ces sans-papiers, qui n’ont pas «vocation à rester en France», comme le disait Lionel Jospin, en janvier 2002. Bien sûr, il n’y a plus de camps de concentration — simplement des centres de rétention. Si l’un ne déporte plus à bord de wagons à bestiaux, il est fait appel à des avions de ligne où les parias sont maltraités par les policiers de la PAF, très actifs au cours de ces vols vers l’Afrique.

Ce serait pratiquer un amalgame sordide que de comparer cette répression ordinaire à l’activité de nos policiers français, au temps de l’occupation nazie. On ne tue plus que par mégarde, ou simplement en «légitime défense». Cela au service d’un ordre démocratique qui, parfois, se laisse aller à perdre ses repères. Les policiers qui raflent des enfants de sans-papiers jusque dans les écoles, ou des ouvriers sur leur lieu de travail, sont des hommes ordinaires. Ce serait leur faire injure que de dénoncer ce zèle à mal faire. Un véritable outrage envers ces fonctionnaires qui ne font qu’obéir aux ordres. Ceux qui ont servi sous Vichy, pour le compte de la Gestapo, n’ont pas eu d’autre ligne de défense, lorsqu’après la Libération ils étaient redevenus des policiers républicains.

Ah oui, un détail qui change tout. En 1942, nos policiers avaient le certificat d’études primaires. En 2007, on n’entre dans la police que si l’on est titulaire du baccalauréat.

Maurice RAJSFUS



Les petits Drancy de la République

Le 4 octobre, la CIMADE, seule association autorisée à pénétrer dans les centres de rétention administrative, présentait son rapport annuel. Dénonçant la volonté de des pouvoirs publics de «faire du chiffre, toujours plus de chiffre !» Le secrétaire général de la CIMADE estime choquant le nouveau système d’enfermement, avec l’expulsion pour finalité : «Le problème n’est plus l’état des centres de rétention mais leur développement quasi industriel, qui tend à les transformer en camps, soumis à un régime carcéral.»

Le mot qui fait peur est lâché. Serait-il excessif de dire que tous ces centres de rétention commencent à ressembler à autant de petits Drancy ? Les étrangers sans papiers sont-ils les nouveaux Juifs d’une République qui se proclame démocratique ? Les politiciens au pouvoir sont-ils à ce point amnésiques qu’ils n’imaginent même pas qu’il soit possible de faire un terrible rappel à l’histoire — en un temps où des policiers français étaient mis au service d’une politique d’exclusion conduisant au pire ?

Il est de fait que depuis quelques années, sous la haute surveillance des policiers de la PAF (Police de l’air et des frontières), les sans papiers incarcérés sont traités tels des criminels de droit commun. Longtemps on a cherché à nous persuader que les personnes «hébergées» dans les centres de rétention bénéficiaient d’un régime de type hôtelier. C’était sans doute pour rassurer les derniers humanistes, inquiets de certaines dérives.

Selon le rapport de la CIMADE, le nombre de centres de rétention ne cesse d’augmenter, dans le même temps que les étrangers enfermés sont de plus en plus nombreux : 31.232 en 2006 contre 28.220 en 2003. Certains de ces centres peuvent «accueillir» jusqu’à 140 personnes avec, trop souvent, des enfants en bas âge, eux aussi traités tels des parias. Bien sûr, tous ceux-là ne risquent que l’expulsion nous expliquent ceux qui veulent faire place nette au pays de la liberté. Ce qui signifierait que tout cela n’est pas vraiment trop grave.

Par ailleurs, la durée maximale de la rétention a été portée de douze à trente-deux jours, en 2003. Comme le fait remarquer la CIMADE, la rétention, théoriquement exceptionnelle, est devenue «une machine à reconduire, éthiquement inacceptable… qui installe un climat de terreur chez les sans papiers». Serions-nous revenus à ces temps barbares où l’on distinguait les «Aryens» de ceux qui ne l’étaient pas ? Le plus grave étant encore le manque de réaction d’une population bien plus préoccupée de son petit bien-être que du sort réservé à ceux dont la couleur de peau expose désormais à tous les risques.

Que fait la police ? no 14, novembre 2007
Bulletin d’information anti-autoritaire
Vendredi 26 octobre 2007
La police rafle, l’ANAEM déporte, l’État fait du chiffre

Des soutiens aux habitants roumains et bulgares des bidonvilles de la région parisienne occupent ce jour, vendredi 26 octobre, les bureaux de l’ANAEM - Paris Nord [52/55 rue Hoche - Bagnolet - Mo Gallieni].

Par leur présence dans ces lieux ils souhaitent dénoncer publiquement le rôle que joue aujourd’hui l’Agence Nationale d’Accueil des Étrangers et des Migrations (ANAEM) dans de nouveaux processus d’expulsions des populations roumaines et bulgares.

Depuis plusieurs années les Rroms de Roumanie et de Bulgarie sont devenus de la chair à expulsion pour l’État français et permettent ainsi au gouvernement d’atteindre ses objectifs chiffrés de 25.000 expulsions par an : Ces populations ont représenté 25% des expulsés de l’année 2006.

Depuis septembre 2007 de nouvelles pratiques d’expulsions massives de ces populations se mettent en place, l’ANAEM servant de caution humanitaire à l’État français pour les justifier.

En effet à plusieurs reprises les habitants de bidonvilles de Saint-Étienne (deux en septembre et une en octobre), Bondy (26 septembre), Saint-Denis (10 octobre), Pierrelaye (17 octobre), Bagnolet (24 octobre) ont été évacués par la police de leurs terrains, y abandonnant tous leurs effets personnels, systématiquement détruits. Ils ont ensuite été sommés de monter dans des cars spécialement affrétés pour l’occasion, des OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français) ne faisant aucun cas de leur situation individuelle leur étant alors distribuées sans leur laisser la possibilité d’exercer leur droit à un recours juridique suspensif. Puis, sous la pression policière, ils ont été «invités» à monter immédiatement dans les cars à destination de leur pays d’origine dans le cadre des procédures de retour humanitaire de l’ANAEM.

La manière dont l’État met en place ce «Retour volontaire» (absence de traducteurs, «Invitation» à accepter immédiatement le retour volontaire sous la pression policière…) n’est qu’un simulacre.

Il s’agit bien ici d’expulsions collectives et massives (par centaine à chaque fois) organisées par l’État sous couvert de retour volontaire et humanitaire.

Nous exigeons :
• L’abandon immédiat de ces pratiques de «retours volontaires» forcés orchestrées par l’État et l’ANAEM !
• L’arrêt des rafles et des expulsions !
• La régularisation de tous les sans-papiers !
• La liberté de circulation et d’installation de tous !


Coordination 93 des comités de soutien aux rroms,
bulgares et roumains des bidonvilles



La police rafle, l’ANAEM déporte, l’État fait du chiffre

Cinquante personnes ont, aujourd’hui 26 octobre 2007, occupé l’ANAEM - Paris Nord (Agence Nationale d’Accueil des Étrangers et des Migrations).

Les occupants ont porté à l’attention des salariés et des usagers de  l’ANAEM, ainsi qu’au directeur territorial de l’antenne de l’ANAEM - Paris Nord, M. Chartrez et au sous-préfet de Seine Saint-Denis M. Vichera leurs revendications :
Abandon immédiat de ces pratiques de «retours humanitaires volontaires» forcés orchestrées par l’État et l’ANAEM !
Arrêt des rafles et des expulsions !
Régularisation de tous les sans-papiers !
Liberté de circulation et d’installation de tous !

Le sous-préfet M. Vichéra a tout d’abord fait savoir aux occupants des lieux qu’il considérait «leur occupation comme légitime».

Pour le sous-préfet il existe des «dysfonctionnements» dans les procédures de rapatriements volontaires et humanitaires des habitants des bidonvilles roumains et bulgares.

Pour les occupants il ne s’agit pas de «dysfonctionnements», mais bien d’une mise en application d’une politique de rafles et d’expulsions massives et collectives pensée et réfléchie par l’État à laquelle collabore l’ANAEM.

La proposition du sous-préfet de permettre à une délégation de rencontrer le directeur général de l’ANAEM lundi 29 octobre 2007 a été refusée collectivement par les occupants réunis en assemblée générale.

Les occupants ne doutent pas un seul instant que leurs exigences seront portées à la connaissance de la direction générale de l’ANAEM et souhaitent préciser qu’ils ne souhaitent pas un quelconque aménagement dans l’application de ces «retours humanitaires», mais bien que l’ANAEM abandonne définitivement son rôle de caution humanitaire à l’État dans ces expulsions massives et collectives de bulgares et de roumains.

Tant que ces pratiques continueront, les soutiens aux roms, bulgares et roumains habitants des bidonvilles de Seine Saint-Denis et du val d’Oise continueront à exiger l’arrêt des expulsions et la régularisation de tous les sans-papiers.

Des soutiens aux Rroms, bulgares et roumains,
habitants des bidonvilles de Seine Saint-Denis et du Val-d’Oise
Dimanche 21 octobre 2007
La police rafle - L’ANAEM déporte - Hortefeux fait du chiffre
En 1636, dans les registres municipaux d’une petite ville près de St-Maximin on lit : «baillé vingt sous aux Bouemiens pour faire passer les Indiens de ce lieu». Aujourd’hui l’ANAEM, officine gouvernementale, poursuit dans cette ancienne tradition, main dans la main avec la police.
Les Rroms de Roumanie et de Bulgarie sont devenus de la chair à expulsion pour le gouvernement français. À plusieurs reprises, M. Brice Hortefeux a déclaré que l’entrée de ces pays dans l’Union européenne compliquait la réalisation de ses objectifs d’expulsions chiffrés à 25.000 par an.

En effet en 2006 ces populations ont représenté 25% des expulsés. Cela voudrait dire qu’environ 6.000 d’entre eux auraient été expulsés en 2006. Ce chiffre n’a pu être atteint que parce que certains ONT ÉTÉ EXPULSÉS À PLUSIEURS REPRISES, et sont revenus comme ils en ont le droit depuis l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l’Union Européenne.

Même ressortissants de l’Union européenne, l’État français les empêche de travailler légalement en France pour pouvoir continuer à les expulser. En effet, tout est mis en œuvre pour ne surtout pas inciter les potentiels employeurs à embaucher des habitants en provenance de Bulgarie ou de Roumanie : celui qui souhaiterait les embaucher dans un des 62 métiers qui leur sont ouverts, devrait alors s’acquitter d’une taxe de 900 euros à destination de l’ANAEM (Agence Nationale d’Accueil des Étrangers et des Migrations).

Ils sont donc destinés à rester touristes en France et être expulsables après trois mois de présence sur le territoire.

Cette même ANAEM est, dans le même temps, devenue une pièce maîtresse de la machine à expulser :

Le 26 septembre 2007 à Bondy, des policiers arrivent en masse, accompagnés de l’ANAEM et deux autocars spécialement affrétés pour reconduire en Bulgarie des habitants d’un bidonville. Les policiers les menacent de les embarquer et de les emprisonner manu militari s’ils refusent le «retour volontaire» qui leur est proposé (ce prétendu retour volontaire s’accompagnant d’une aide au retour dérisoire de 153 euros par adulte et 46 euros par enfant, «généreusement offerts» par l’ANAEM).

Le 10 octobre 2007 à Saint-Denis, même scénario, seule la destination change : la Roumanie. Tous les habitants acceptent cette «aide au retour» par peur de finir en prison en cas de refus. Ils doivent monter immédiatement dans les cars et sont renvoyés de France sans attendre.

La rapidité de la mise en œuvre de ce que nous souhaitons appeler une «déportation» laisse quatre enfants sur le terrain, séparés de leurs parents. Ces enfants finiront en garde à vue jusque tard dans la soirée, pour être ensuite répartis sur quatre foyers différents. Ils fuiront et rejoindront leurs familles grâce au soutien de membres de leurs familles qui se trouvent encore en France.

Le 17 octobre à Pierrelaye, alors que des militants associatifs constituaient, malgré le harcèlement policier quotidien, avec les habitants d’un bidonville des recours contre les OQTF (Obligation de quitter le territoire français) qui leur avaient été notifiées en septembre, l’ANAEM et la police choisissent d’accélérer les choses et passent à l’action. Comme dans les deux exemples précédent : autocars, direction Roumanie, escortés par la Croix Rouge.

Nous le voyons bien, la manière dont l’État met en place ce «retour volontaire» (absence dans la majorité des cas de traducteurs, proposition de retour volontaire à accepter dans l’instant, menace en cas de refus d’être envoyé en prison…) n’est qu’un simulacre.

Il s’agit bien ici d’une «déportation» organisée par l’État sous couvert de retour volontaire.

HALTE AUX RAFLES ! HALTE AUX DÉPORTATIONS !

Des soutiens de Saint-Denis, Saint-Ouen, Bagnolet, du Val d’Oise…
Tract distribué à la manif du 20 octobre 2007 à Paris



Expulsions de Rroms roumains et bulgares
Du chiffre facile au mépris du droit


La LDH exprime sa plus vive indignation après les expulsions collectives du territoire français de Rroms roumains et bulgares intervenues le 1er octobre à Bondy et le 10 octobre à Saint-Denis, à l’initiative du préfet de Seine-Saint-Denis.

Au petit matin, les deux groupes de familles ont été évacués par la force publique de leurs terrains de fortune sur lesquels elles étaient installées, y abandonnant leurs effets personnels. Sommées de monter dans des cars affrétés pour l’occasion, des OQTF [Obligation de quitter le territoire] leur ont alors été distribuées ne faisant aucun cas de leur situation individuelle. Puis, sous la pression, elles ont été «invitées» à donner leur accord pour retourner immédiatement dans leur pays d’origine dans le cadre des procédures de retour humanitaire de l’ANAEM [Agence nationale d’accueil des étrangers et des migrations]. Ainsi en 4 heures, une centaine de Roumains et de Bulgares ont été expulsés ; dans cette précipitation, quatre enfants dont un de 10 ans ont même été scandaleusement oubliés seuls sur place…

Avec ces ressortissants européens qui pourront revenir sans délais, ces renvois faciles autant qu’absurdes augmentent les statistiques gouvernementales en vue d’atteindre les 25.000 reconduites à la frontière annoncées. L’absence d’informations précises dans leur langue des dispositifs proposés et d’instructions effectives au cas par cas, l’organisation de retours groupés comme l’impossibilité de tout recours dans de tels délais sont autant d’exemples du mépris du droit.

En conséquence, la LDH a décidé d’interpeller le ministre de l’Immigration en vue d’un rappel à l’ordre de ce préfet pour arrêter de telles pratiques. Parallèlement, la HALDE sera également saisie du caractère discriminatoire de ces actions ciblées auprès des Rroms roumains et bulgares. Enfin, un rapport détaillant la politique actuelle du gouvernement envers ces étrangers sera adressé dans les prochains jours au rapporteur spécial du CERD [Comité pour l’élimination de la discrimination raciale] à l’ONU.

Samedi 20 octobre 2007
Tous les six mois, les gouvernements nous sortent leur nouveau projet de loi visant à enfermer, traquer, priver de tous les droits les travailleurs étrangers qui sont pourtant les plus exploités, ceci dans un double but : maintenir la division entre les travailleurs français/étrangers, avec/sans papiers, toujours au profit du patronat, et exploiter au maximum les travailleurs migrants, fragilisés par les difficultés d’obtenir une carte de séjour, sous des formes qui finissent toujours par être étendues au reste de la population.

La loi Hortefeux, un déni du droit d’exister

Le gouvernement voudrait donner à l’État un véritable pouvoir de violation de la vie privée par l’instauration des tests ADN de filiation, au mépris des liens familiaux recomposés. Il voudrait également programmer la mort des travailleurs migrants en les excluant des dispositifs d’hébergement d’urgence. Sont également inscrits dans le projet de loi :
— Restriction drastique du droit au regroupement familial en augmentant le niveau de ressources nécessaires, alors que le seuil du SMIC était déjà difficile à atteindre ;

— Élaboration d’une statistique ethnique qui est la prémisse d’un retour à une vision racialisée de la société ;

— Remise en cause du droit d’asile en réduisant le délai de recours devant la commission de recours des réfugiés et en aménageant un dispositif de défense fantoche à la frontière ;

— Généralisation des audiences par visioconférence au mépris du respect des droits de la défense.
À ces mesures coercitives, le gouvernement veut donner une pseudo couleur sociale en nous annonçant un nouveau contrat d’intégration pour les familles, fondé sur une division des immigrés «intégrables» et «non intégrables» et incluant une dimension d’ingérence dans la famille par l’obligation pour celle-ci de signer un contrat de responsabilité parental.

Cette politique conduit chaque jours à des rafles, à des séparations familiales, à des expulsions ou des incarcérations, et même à la mort. Chaque jour, l’État nous pousse un peu plus à la délation, et réprime toute solidarité entre travailleurs français et migrants.

L’intolérable est sous nos yeux dans le métro, dans la rue, dans les écoles, dans les hôpitaux… Il est temps d’y mettre un terme en montrant notre solidarité et notre détermination !

La CNT réaffirme donc, conformément à ses principes internationalistes selon lesquels les travailleurs n’ont ni pays ni patrie, ses positions :
— Le retrait du projet de loi Hortefeux, et de toutes les lois visant à précariser et à réprimer les travailleurs migrants ;

— La fin immédiate des expulsions et la libération de toutes les personnes enfermées pour irrégularité de séjour ;

— Liberté de circulation, d’installation et de séjour ;

— La suppression de toutes les frontières ;

— La fermeture des centres de rétention, des zones d’attente et des prisons ;

— L’égalité de salaire, de statut et de droits entre tous les travailleurs migrants ou non ;

— La suppression des restrictions d’accès à certaines professions pour les travailleurs étrangers.

Union régionale parisienne des syndicats CNT
Commission «travailleurs migrants»
Samedi 20 octobre 2007
L’augmentation de la cadence des rafles de sans-papiers et des cas les plus morbides d’immigrés tentants ultimement d’échapper aux expulsions, c’est un climat raciste et anti-immigrés qui règne actuellement en France. Pour perpétuer la peur et ainsi rendre plus exploitable des travailleur-ses venu chercher un semblant d’avenir en France, le gouvernement nous livre sa sixième loi anti-immigrés depuis 2002, avec entre autres, des attaques massives contre le regroupement familial grâce au recours au test ADN. Nous vous proposons ici un communiqué qui tente de faire le point sur l’actualité de cette politique du quotas et de l’immigration choisie.

«Pourquoi n’aurait-on pas le droit d’aller où on veut?» (Makan S., 22 ans, Mali)



Bienvenue aux immigrés !

Le gouvernement est en train de faire voter la sixième loi anti-immigrés depuis 2002 !
Le point central de cette loi s’attaque encore une fois au regroupement familial. Il faut croire que, pour ces politiciens, les immigrés, considérés comme des sous-hommes, n’auraient pas le droit de vivre avec leurs proches, leur famille mais seulement de travailler dans les secteurs où l’exploitation est la plus franche (travail pénible, dangereux, mal payé…).

Les tests génétiques pour s’assurer que leurs enfants sont bien légitimes élèvent encore d’un degré le niveau d’ignominie. Tout d’abord, c’est une pratique d’exception appliquée aux immigrés. Ensuite, cela montre bien la conception qu’ils se font de la famille, aussi étriquée que leur idéologie, réduite à la filiation biologique, ignorant la construction sociale et affective de celle-ci. De plus, concrètement, il sera impossible financièrement de faire pratiquer ce test pour la plupart des candidats à l’immigration et il sera tout simplement inaccessible dans de nombreux pays. Enfin, on peut voir encore une fois que lorsque les applications de la recherche génétique finissent entre les mains des politiciens, elles ne servent qu’au contrôle social des populations. Après les étrangers, qui seront les prochains «biomaîtrisés» ? ( D’ailleurs, aujourd’hui, de nombreuses infractions entraînent déjà l’obligation de prélèvement de votre empreinte génétique.) Les députés ont voté cet amendement sans trop rechigner et, oh surprise, les sénateurs ont fait la gueule. Encore un brin de conscience face à cet amendement un peu trop fascisant ou simplement leur vieille morale catho qui les appelle à sauver la famille… un peu des deux vraisemblablement. Quoi qu’il en soit, en plus des autres contraintes, la loi permettra de refuser le regroupement familial si ce test n’est pas effectué.

D’autres mesures font moins la Une des médias et ne soulèvent pas l’indignation des politiciens de droite comme de gauche, comme celle qui restreint encore le droit d’asile (diminution de moitié du délai pour effectuer un recours après un refus de la commission qui examine les demandes). Les réfugiés politiques, des gens persécutés dans leur pays à cause de leurs opinions, ont bien compris que la France ne les accueillerait plus qu’au compte goutte et risquait de les renvoyer chez leurs tortionnaires. Aujourd’hui, ils tentent de passer les frontières d’autres pays pour sauver leur peau.

Dans cette loi, on trouve également l’autorisation de pratiquer des «statistiques ethniques». Ils n’ont pas osé le mot race, mais dans leur délire de «quotas» et
d’«immigration choisie», ces études devraient mener nos technocrates à sélectionner un pourcentage d’arabes, un autre de noirs, un d’asiatiques, etc. (et oui, on fait un bond en arrière d’un siècle au moins). En fait, cette pratique d’études statistiques est illégale, puisque ces études ne peuvent «se faire que sur la base du volontariat, de l’auto déclaration, de l’anonymat, et ne peuvent aboutir à la création de catégories ethno-raciales» (selon la Haute Autorité de lutte contre les discriminations — la Halde, qui dit «s’inquiéter» ce qui ne nous rassure pas…).

Pour finir, sans détailler toutes les mesures discriminatoires et liberticides, en voici quelques autres. L’obligation de parler français avant d’arriver en France confine à l’absurde (nos ascendants, arrivés en France le siècle dernier, ne connaissaient souvent que quelques mots de français et cela suffisait pour aller bosser à l’usine…). Quant au baratin sur les valeurs de la République que les candidats à l’immigration doivent ingurgiter ou la signature de «contrat d’intégration», ils montrent bien l’éternelle suspicion envers les étrangers, population qu’il faudrait toujours «civiliser».

Ainsi, pataugeant dans le climat raciste et anti-immigrés qui règne en France, développé et entretenu par tous les gouvernements précédents, Sarkozy et sa bande enfoncent le clou de la politique xénophobe de l’État. De loi en loi, nombreux sont ceux et celles qui n’ont pu renouveler leur carte de résident. Ils ont perdu leurs droits, sont devenus expulsables alors qu’ils avaient construit une partie de leur vie ici. C’est bien l’État qui en a fait des clandestins, qui les a invisibilisés et a rendu leur vie plus difficile et plus précaire.

Ces lois permettent d’accentuer la pression sur les étrangers qui vivent en France, qu’ils soient avec ou sans papiers. La législation sur l’immigration permet aussi au gouvernement de flatter un électorat raciste et semble satisfaire une part de la population, nourrie au fil des années par des politiciens de tout bord et leur porte-voix médiatique d’une tambouille propageant le mythe de l’invasion par des hordes d’immigrés polygames, intégristes, terroristes en puissance… version franchouillarde de la théorie nauséabonde du «choc des civilisations».

La lepenisation des esprits a fait son chemin et le programme d’un fasciste comme Le Pen peut être appliqué en partie par un «gouvernement républicain» comme ils disent. Tout le discours sur l’immigration et les immigrés est sous-tendu par l’idée qu’ils seraient un poids pour le pays, une contrainte, un danger. C’est là la vieille méthode du bouc-émissaire ; pointer du doigt une fraction de la population comme responsable, en vrac, du chômage, de la précarité, de l’insécurité, etc…

Cela contente également un patronat de tendance esclavagiste avide de travailleurs dociles, les étrangers avec ou sans papiers étant une main d’œuvre largement exploitée dans le bâtiment, le nettoyage ou la restauration par exemple. Main d’œuvre-marchandise qu’il suffirait de jeter après usage... tout en jouant la concurrence entre travailleurs.

Nous en sommes donc là, avec un ministère des expulsions qui produit un discours purement administratif et technique à base de chiffres à atteindre, tentant par là de cacher la réalité des drames humains que cette politique engendre quotidiennement. Le sinistre Hortefeux exhorte ses troupes à remplir les camps de rétention puis les charters, et les policiers «font leur travail», «obéissent aux ordres» comme de tous temps, sous tous les régimes. Mécanisme bien connu de la soumission à l’autorité qui ne saurait les dédouaner de leur responsabilité (est flic qui le veut bien !).

Un texte de loi, même lorsqu’il est particulièrement puant, est toujours en deçà de sa traduction bien concrète dans l’action de la police. Alors aujourd’hui, pour faire le chiffre qui permettra d’avoir son susucre, il faut aller au charbon : faire des descentes dans les foyers d’immigrés ou les hôtels miteux, attendre à la sortie des écoles ou bien débarquer au domicile à «l’heure du laitier» pour être sûr d’y trouver quelqu’un et tabasser tous ceux qui s’oppposeraient à leur pratique. Vicieuses, des préfectures envoient des convocations bidons pour interpeller la personne qui croit encore peut-être en une certaine justice. Zélé, un recteur d’académie demande au directeur d’école une liste des enfants non Français. Efficace, la police pratique la rafle, c’est-à-dire le bouclage d’un territoire pour y effectuer des contrôles d’identité (au faciès forcément, illégal mais bon…) et embarquer collectivement les dangereux sans-papiers. Rafles qui, pour être légales (si si c’est possible), seront prescrites par un procureur tout aussi professionnel que ces braves «forces de l’ordre».

La réalité quotidienne de milliers de personnes, c’est donc de vivre dans la peur de l’expulsion. Tandis qu’une part de la population vit dans la peur de l’Autre.

Les lois anti-immigrés n’empêcheront jamais celles et ceux qui fuient la misère, la guerre, un avenir sans espoir de tenter de s’installer ailleurs. Mais, faut-il le rappeler, la majorité des migrations se font entre «pays du Sud». Pour que les populations ne fuient plus les territoires qu’elles habitent, il faudrait qu’elles puissent y vivre, tout simplement.

La responsabilité des États les plus riches est immense dans les désastres humains qui concernent des continents entiers. Aujourd’hui, alors que Chirac, parrain de la Françafrique a quitté le pouvoir, qu’en est-il des relations maffieuses qu’entretiennent les amis-patrons du nouveau chef d’État avec les pires régimes d’Afrique ? Ce n’est certainement pas l’obsédé du pouvoir actuellement à la tête de l’État, ami des Ben Ali et Cie, qui desserrera l’étau des relations occultes entre dictateurs africains et élites économiques, politiques et militaires françaises. Ces relations néo-coloniales permettent encore et toujours le pillage des ressources de ces pays et étouffent le développement économique et social comme l’émergence des libertés les plus fondamentales.

Parce que les gouvernements veulent nous diviser et nous enfermer derrière leurs frontières, notre réponse politique est de nous battre pour la liberté de circulation et d’installation.

Mardi 16 octobre 2007
Mais enrôler tous les corps constitués de l’État au service du ministère de l’Identité nationale et de ses obsessions chiffrées relève d’une méthode pour le moins… totalisante.

Il y a eu les rafles devant les écoles, dans les hôpitaux, sur les marchés… Il y a eu les irruptions à l’aube au domicile des déboutés du droit d’asile, avec leur lot de défenestrations, de suicides en centre de rétention… Combien de fonctionnaires de tout poil mobilisés pour arriver à ça ? Puis il y a ce décret Hortefeux publié le 1er juin 2007, qui prétend utiliser les inspecteurs du travail comme supplétifs de la police. Ce décret permet de placer la Direction générale du travail sous l’autorité du ministère de l’Immigration, alors que son autorité de tutelle est le ministère du Travail, en conformité avec la convention numéro 81 de l’Organisation internationale du travail (OIT) garantissant l’indépendance de l’inspection du travail. Avec ce nouveau décret, la police pourra entrer dans n’importe quelle entreprise, à n’importe quel moment. Jusqu’à présent, l’autorisation d’un juge était nécessaire. Les inspecteurs du travail ont, eux, ce droit de contrôle permanent sur les entreprises, mais pas pour traquer le travailleur. Exemple : un inspecteur qui, lors d’un contrôle, tombe sur un employé sans papiers, est censé sanctionner l’employeur. Or, lors des contrôles de police dans les entreprises, ce sont les travailleurs qui sont suspects. Tous les syndicats d’inspecteurs ont dénoncé une dénaturation de leur profession : «Nous devenons ainsi de simples auxiliaires de police, des “ouvre-boîtes”.»

En attendant l’introduction de la carte Vitale avec photo, nos gestionnaires des ressources humaines ont repéré une autre nasse à expulsables : l’ANPE. Grâce à une circulaire Hortefeux (encore lui !), lors de l’inscription des demandeurs d’emploi, l’agent ANPE est censé «contrôler activement» l’identité des travailleurs étrangers en envoyant systématiquement à la préfecture une copie des papiers. La préfecture a 48 heures pour valider ou pas les dits papiers. «Nous avons toujours eu pour consigne de vérifier l’identité des demandeurs d’emploi à l’inscription», admet Valérie, agent ANPE dans une ville du Sud-est. «Mais nous n’avons jamais faxé de papiers d’identité à la préfecture — encore moins tenu des fichiers d’étrangers !» Vincent Strobel, membre du bureau national CGT-ANPE, contacté par CQFD, voit dans cette circulaire deux logiques apparemment contradictoires : «D’un côté la volonté du ministre de bourrer les charters, et de l’autre, avec ce délai de deux jours imposé aux préfectures pour valider ou non les cartes de séjour, il y a une façon hypocrite de dédouaner les patrons. Passés les deux jours, ni l’ANPE ni l’employeur ne pourront être tenus responsables d’avoir embauché un type sans papiers…» Ce resserrement des mailles du filet anti-étranger a des conséquences pour tous les chômeurs : dans certaines antennes ASSEDIC, il est déjà exigé de tout demandeur d’emploi une pièce d’identité en cours de validité. Pourtant, il n’y a pas obligation légale d’en posséder une, sauf pour sortir du pays. Les semaines d’attente pour obtenir ces papiers sont autant de droits perdus… «Lorsqu’il nous arrivait d’avoir une pièce d’identité d’aspect bizarre, on fermait les yeux, vu qu’on n’est pas des flics», reconnaît volontiers Valérie. «Hortefeux a donc tourné la difficulté où nous étions, pauvres agents de l’ANPE, à ne pas savoir reconnaître le vrai du faux…» La résistance va devoir prendre de nouvelles tangentes.

CQFD no 49, octobre 2007
Jeudi 13 septembre 2007
Haifa-Survivants-Holocauste-1945-2.gifDes tests ADN pour les demandeurs de visas : l’amendement au projet de loi «maîtrise de l’immigration» qui vient d’être adopté par la commission des lois de l’Assemblée nationale apporte une nouvelle pierre à l’édifice de la rupture avec le droit commun et avec les principes de la République.
    Il s’agit de «proposer» (sic) aux demandeurs de visas de faire effectuer, à leurs frais, un test ADN pour obtenir une empreinte génétique prouvant leur filiation. Faut-il rappeler que l’article 16 du Code civil interdit formellement toute «étude génétique des caractéristiques d’une personne» sauf «à des fins médicales ou de recherche scientifique» ? Seul un magistrat peut ordonner le recours aux empreintes génétiques pour établir une filiation. Mais ce qui est bon pour les Européens ne l’est plus pour certaines catégories d’étrangers qui relèvent apparemment d’une immigration que la majorité parlementaire ne veut plus «subir».

    Dérogation au droit commun, traitement discriminatoire… à plus d’un titre : ces analyses coûtant plusieurs centaines d’euros, on voit aisément quel genre de tri entre les demandeurs elles permettront, alors surtout qu’il faudra déjà, si le projet est adopté, payer des études de français avant de prétendre obtenir un visa. Être un immigré «choisi» ne sera pas donné à toutes les bourses.

    Quant à l’hypocrisie qui consiste à prétendre que le test ADN ne sera que «proposé» et non imposé, elle ne trompe évidemment personne : nul ne sera obligé de passer le test… ni d’obtenir un visa.
    Chaque semaine, ou peu s’en faut, apporte désormais son lot d’innovations «décomplexées» qu’aucune hésitation, aucun scrupule ne semble pouvoir retenir. Jusqu’où notre pays sera-t-il ainsi entraîné sur la voie du refus de l’autre, de la stigmatisation et de la suspicion généralisée ?
    La Ligue
des droits de l’Homme appelle l’ensemble des parlementaires à mesurer les risques que cet emballement incontrôlé fait courir, à plus ou moins brève échéance, aux valeurs de la République et à la cohésion de la société française.

13 septembre 2007
Mercredi 12 septembre 2007
papon-lettre.1171792039.jpgLes 13, 14 et 15 septembre est organisé à Grenoble — à MC2 — par le journal Libération un Forum intitulé «Vive la Politique !» Un Forum où sont attendues plus de 200 «personnalités» de gauche et de droite, dont une douzaine de ministres de Nicolas Sarkozy (Brice Hortefeux, Rachida Dati, Christine Lagarde, Xavier Darcos, Hervé Morin, Fadela Amara, Valérie Pécresse, Martin Hirsh…). Le Réseau Éducation Sans Frontières 38 a été sollicité par La Bifurk où s’organise le off de ce forum, sorte de caution militante officielle de cet évènement.
    Nous, RESF 38, refusons de participer à une opération politicienne où seront présents les ministres d’un gouvernement qui organise et planifie la chasse aux personnes sans papiers, la casse des solidarités et des acquis sociaux.
    Mais nous comptons bien profiter de cette présence gouvernementale pour manifester notre colère.
    En effet, durant l’été les expulsions ont redoublé et elles se poursuivent, toujours au mépris des droits humains les plus élémentaires : 25.000 annoncées par le sinistre Hortefeux d’ici la fin de l’année pour remplir des «quotas». Ce dernier a ordonné l’intensification des interpellations de personnes sans papiers (125.000 exigées pour 2007), n’hésitant pas à aller les traquer jusqu’à leur domicile. Les pires méthodes sont utilisées : rafles, traques, menaces, détention et expulsion, Hortefeux se félicitant même que les rafles fonctionnent si bien. Toujours plus nombreux sont les cas d’individu-e-s poussé-e-s à des gestes désespérés pouvant mettre fin à leur vie pour échapper aux traques policières. Des enfants, des femmes et des hommes sont maintenu-e-s sans raison en rétention, dans des conditions déplorables.

Nous refusons la politique du quota d’expulsions et d’arrestations, qui va même jusqu’à créer de nouveaux sans-papiers parmi les étrangères et étrangers résidents régulièrement en France, dans le seul but de «tenir les chiffres».
    Nous refusons une politique qui criminalise aux yeux du grand public des personnes qui fuient la misère, l’exploitation, les persécutions, etc. et/ou qui ont fait le choix de se réfugier ou de s’installer en France.
    Nous refusons la dénomination du «Ministère de l’immigration, de l’intégration et de l’identité nationale» qui investit l’État du pouvoir de définir l’identité nationale — laissant entendre que les étrangers peuvent la polluer ! — et de veiller à son intégrité.
    Nous refusons une politique de l’«immigration subie» et de l’ «immigration choisie» où les personnes migrantes sont assimilées à une ressource parmi d’autres et où les seules recevables sont celles qui servent l’économie.
    Nous refusons une politique du cas-par-cas, basée sur la notion de mérite car nous sommes pour la régularisation de toutes et de tous les sans papiers sans exception, qui enrichissent notre pays par leur diversité.
    Nous refusons enfin la politique actuelle qui voudrait nous faire croire qu’elle est à l’écoute des citoyens et citoyennes et des organisations en les invitant à des pseudo-débats truqués. En soulevant de temps en temps la soupape de la cocotte minute cette politique espère ainsi étouffer les protestations, l’indignation de la population, n’hésitant pas par ailleurs à réprimer les militants et militantes de la solidarité.
hortefeux.jpgNous ne jouerons pas le jeu et continuerons à débattre et à nous battre, chaque jour pour empêcher les expulsions, obtenir la régularisation des familles et de toutes les personnes sans papiers.
    Ainsi, nous appelons à participer au rassemblement unitaire, le jeudi 13 septembre à 18h sur la pelouse devant la MC2, avenue Marcellin-Berthelot.

Réseau Éducation Sans Frontières 38
c/o C.I.I.P., 6 bis rue Berthe de Boissieux, 38000 Grenoble, tél. 06 81 03 52 27
Mercredi 8 août 2007
Quelques réflexions sur une police à tout faire…


Cachan. 17 août 2006. 9 heures du matin.


Plus de 600 CRS débarquent dans un bâtiment squatté de la cité universitaire pour y rafler quelques 600 hommes, femmes et enfants — essentiellement des Africains de l’Ouest. Un policier par paria. Qui dit mieux ? Deux heures plus tôt, des policiers ont interpellé — au faciès — ceux des hommes qui partaient travailler, dans les gares RER B, de Bagneux et de Cachan. Face aux femmes et aux enfants, jetés à la rue derrière les chevaux de frise, se trouvent les CRS, casqués, bouclier en main, matraque au côté ; certains étant munis de ces flash balls qui peuvent tuer ou de l’indispensable bonbonne de gaz lacrymogène. Plus tard, dans la matinée, des familles sont chargées à bord d’autocars, pour être conduites vers des hôtels, loin du champ de bataille. Mauvais souvenir…


Surtout ne pas comparer les périodes. Ne pas nous livrer à un triste amalgame entre dictatures passées et démocraties actuelles, disent les bons esprits. Bien sûr, ce n’était pas la rafle du Vel’ d’Hiv, et les sans-papiers, triés parmi les personnes raflées, ne risquent pas de monter dans un train dont la destination finale serait Auschwitz. De la même façon, il serait indécent d’expliquer que nos policiers de 2006 ont une certaine filiation avec leurs «anciens», supplétifs sans état d’âme au service des occupants nazis — de l’été 1940 à l’été 1944. Pas plus qu’il avait été réellement crédible de décrire les CRS de mai et juin 1968 comme des SS. À chaque fois, il n’y a que des similitudes hasardeuses. Il est en effet très facile de proférer ces imprécations qui ne font en 2006 qu’égarer ceux que l’histoire contemporaine intéresse. Cela dit, il est quand même bon de savoir — et de le rappeler — qu’en juillet 1942, au plus fort des rafles contre les juifs étrangers, les policiers de ce pays agissaient d’ordre et pour compte de la Gestapo.

Par la suite, au fil de leurs méfaits, les mêmes, peut-être, sont intervenus au nom de la démocratie retrouvée pour continuer à distribuer généreusement les coups de matraque. Faut-il rappeler la répression conduite, en 1947 et 1948, contre les mineurs du Nord-Pas-de-Calais et les dockers de Marseille ? Il est indispensable de ne pas oublier le massacre des Algériens, le 17 octobre 1961, à Paris, et l’assassinat de militants français, le 8 février 1962, à la station de métro Charonne.

Et puis, certains ressentent encore dans leur chair la violence de l’intervention policière durant le mouvement de mai 1968. Encore ne s’agit-il ici que des principales étapes des exploits de nos forces de l’ordre.


Le soldat de l’ordre est toujours perfectible !


En quelques décennies, le matériel répressif
s’est perfectionné, dans le même temps que le policier lambda, jadis doté du simple certificat d’études, est devenu bachelier. Ce serait presque du romantisme d’évoquer les bâtons blancs des policiers de la IIIe République. Et tout autant dérisoire de rappeler les charges à la pèlerine que les vieux militants n’ont pas oubliées. Sous la IVe République sont apparues les «bidules», ces fameuses matraques, très longues, incassables même, agitées par des policiers dont certains avaient peut-être été résistants. Déjà, les forces de l’ordre avaient réappris à tuer et les exemples ne manquent pas des hauts faits d’arme de ces policiers redevenus républicains. Il a surtout fallu le retour de De Gaulle au pouvoir, en juin 1958, et la naissance de la Ve République, pour que les policiers retrouvent leurs marques. La guerre d’Algérie s’éternisant, les képis disposaient d’un pouvoir discrétionnaire sans limite même.

Devenue un État dans l’État, approfondissant ses «droits» à chaque retour au pouvoir des lointains héritiers du gaullisme, l’institution policière estime n’avoir de comptes à rendre à personne puisqu’elle ne fait qu’appliquer des lois élaborées pour la renforcer. Satisfaits de servir un pouvoir fort, nos policiers républicains, déjà dépositaires de tous les moyens répressifs, se posent désormais en tuteurs de cette démocratie dont ils aimeraient fixer les limites.

lls étaient cassants, ils sont devenus odieux. Non contents de dicter le droit, ils aimeraient imposer leur morale. Ces super-citoyens vivent sur une autre planète, et la moindre réflexion à leur endroit ne peut que constituer un outrage. Dans leur esprit, ce pays leur appartient de fait, et gare à celui qui s’autorise à franchir des limites fixées par l’institution policière, bien plus que par les règles républicaines encore en vigueur.


L’ennemi c’est l’étran
ger


Au service de leurs propres lois, les policiers n’ont aucune difficulté à fouler aux pieds la loi commune. Nul n’a eu besoin de leur apprendre que l’Étranger est une menace pour ce beau pays qu’ils maintiennent sous leur tutelle. Il n’est pas nécessaire de trop les solliciter pour qu’ils partent en guerre contre ceux qu’ils considèrent comme des intrus. Sous l’occupation nazie, il fallait débarrasser la France de ses Juifs — mission accomplie sans la moindre difficulté. Surtout ne pas rappeler ces mauvais souvenirs. D’autant plus qu’à partir des années 1960 — la guerre d’Algérie aidant — les policiers étaient persuadés qu’il était devenu urgent de débarrasser la France de ses Arabes.


Ce qui s’est passé les 17 et 18 juillet 2006, à Cachan, ne serait donc qu’une opération de routine. Personne n’a été tué. Il y a juste eu quelques dizaines de conduites vers les centres de rétention — avant expulsion. Des dizaines d’enfants ont été traumatisés — ne leur demandons pas d’aimer la France. Si, parmi les quelque 600 CRS lancés à l’assaut des squatters, il y en avait eu un seul pour refuser de participer à cette opération immonde, il y aurait eu quelques raisons d’espérer de ce pays qui commence à ressembler une République gorille. La violence déchaînée, le 18 août, pour expulser des femmes et des enfants couchés à même le sol, donnait le sentiment que les brutes en opération n’avaient plus rien d’humain.

Le Monde libertaire, 14 septembre 2006



Voir aussi,
Condamnation de Romain pour outrage (CNT-FTE, 15/2/08)
L’État contre les soutiens aux sans papiers (RESF, 19/1/08)
Bas les pattes sur Romain ! La solidarité n’est pas un délit ! (CNT39, 7/1/08)

Condamné pour avoir comparé la politique de Sarkozy à Vichy (Le 69.3, 18/02/08)
Mail envoyé au président Sarkozy (Nadadanarchist, 17/2/08)
Romain Dunand condamné, Sarkozy court toujours (Les mots ont un sens, 15/2/08)
L’attaché de Mariani par mail : «Elsa, on répond à ce con?» (Jean-Jacques Reboux, 4/2/08)
Outrage ou retour du crime de lèse-majesté ? (La Mouette, 30/1/08)
Jugé pour avoir comparé Sarkozy à Pétain (Rue89, 22/1/08)
L’outrage et loup trash (Jimmy Gladiator, 19/1/08)

Soutiens menacés (RESF)

Pierre-Arnaud PERROUTY sur la Belgique docile (février 2007)
Emmanuel TERRAY sur les rafles de 1942 & celles de 2006 (octobre 2006)
Maurice RAJSFUS sur la rafle de Cachan (septembre 2006)

Guy DEBORD sur la «question des immigrés» (décembre 1985)
 

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