Dimanche 23 décembre 2007
Démantèlement de l’enseignement agricole public
Les établissements agricoles scolaires publics sont 218 en France pour 66.000 élèves — soit une infériorité numérique importante face aux 600 établissements agricoles privés — avec des niveaux de
formation qui vont de la quatrième technologique à la licence professionnelle en passant par les BTS et de nombreux bac pro.
Particularité à l’échelle européenne, ces établissements sont depuis leur création au début des années 60, rattachés au ministère de l’Agriculture qui dispose d’une structure complète
d’enseignement avec une inspection générale, pédagogique, des services régionaux, des centres de recherche pédagogique, etc.
Petits établissements de 250 à 400 élèves, installés la plupart du temps en milieu rural, ils recrutaient à l’origine un public essentiellement «agricole» pour des formations de production
(horticulture, viticulture, etc.) qui progressivement ont été rejointes par des formations organisées et financées de façon mutualisée avec l’Éducation nationale : des quatrième technologique,
troisième et les filières services… (à la personne, en milieu rural…), secondes…
Les élèves d’origine urbaine sont maintenant devenus majoritaires aux deux tiers dans les lycées agricoles.
Mais qu’on ne se leurre pas : si l’enseignement agricole a connu son heure de gloire avec un environnement assez familial, des enseignants-militants issus de l’éducation populaire apôtres de la
ruralité et des joies de la nature, l’introduction de plages de pluridisciplinarité dans les référentiels, une pédagogie de projets et l’éducation socioculturelle (auto-congratulation), tout cela
est bien fini.
Les élèves s’ennuient comme à peu près partout et ne rêvent plus en regardant par la fenêtre : l’exploitation pédagogique s’est transformée en centre de profit, les cours magistraux se succèdent
toutes les heures, les enseignants sont pour la plupart démotivés, les ATOSS récemment régionalisés sont déconsidérés et les rares projets innovants, célébrés en fanfare au nom du développement
durable, de la coopération internationale… sont le fruit d’une volonté individuelle de quelques enseignants ayant encore des envies malgré la lourdeur frileuse administrative, les restrictions
budgétaires et les mesquineries diverses.
Si vous rêvez de devenir l’agriculteur de demain : celui qui parle tous les matins en anglais avec ses voisins expatriés, qui regarde tranquillement son bétail bio-diversifié gambader dans la
verdoyante prairie, tout en préparant sa bouillie d’ortie à répandre sur ses cultures extensives lors de la prochaine lune, passez votre chemin…
L’agriculture française et son enseignement est productiviste, intensive et pharmaceutique et déteste plus que tout la permaculture.
Bref, on s’ennuyait ferme dans l’enseignement agricole lorsque le nouveau président, son gouvernement, son ministre de l’Agriculture sont apparus avec leurs recettes-engrais miracles
ultra-libérales.
Première pulvérisation : une note de service préparant la rentrée de septembre 2008 avec une réduction annuelle de 3% de la fameuse dotation globale horaire (DGH) à disperser dans les territoires
par les services régionaux durant les 5 prochaines années. Le choix a été rapide : fermeture des filières ayant peu d’élèves et retour à l’Éducation nationale des 4e, 2nde et filières
services.
D’ou une semaine d’actions locales et syndicales dans les établissements agricoles (du 10 au 14 décembre 2007) qui a culminé avec un rassemblement devant le ministère à Paris. Cette mobilisation
ayant au moins le mérite d’avoir fait davantage connaître l’enseignement agricole que ne l’a jamais fait la moindre «campagne» publicitaire.
On pourrait se réjouir de ce mouvement social naissant mais à l’observer en détail il est beaucoup moins séduisant qu’il n’y paraît. D’abord la mobilisation a été très hétérogène suivant tel ou
tel lycée affecté ou pas par les réductions : ce qui traduit un état d’esprit centré sur des préoccupations individuelles, à court terme, sur le mode de : «Si je récupère mes 4e tant pis pour
l’autre établissement de l’autre département qui les perd maintenant !»
Ensuite on a l’impression que la mobilisation se limite à lutter contre les effets des restrictions budgétaires sans atteindre les raisons libérales qui les animent.
De plus les ATOSS et le agents administratifs se sont peu mobilisés démontrant une division profonde.
Est-ce un un jeu de dupes entre un syndicat surpuissant : le Snetap-Fsu et de l’autre un Ministère ayant lancé un
«ballon d’essai» destiné à tester les résistances et instaurer un climat d’inquiétude généralisée ? Les deux ayant de nombreuses arrière-pensées…
Le Snetap-Fsu a mobilisé ses troupes, en se positionnant pour le futur comme organisation de lutte (en réalité partenaire) indispensable des réformes à venir et en passant sous silence une motion
votée lors de son dernier congrès à Albi prônant un rapprochement (une fusion ?) avec l’Éducation nationale.
Cette motion le rapproche dangereusement du Ministère qui souhaite certainement la même chose.
Cette idée est pour la quasi totalité des enseignants de l’agriculture cauchemardesque et le Snetap-Fsu du mal à faire avaler la pilule à ses adhérents et sympathisants. Peut-être comme l’ultime
solution face au pire ?
De l’autre le Ministère a un projet précis : celui de se transformer à court terme en secrétariat d’État ; pour cela il lui faut réduire les effectifs et les services au plus vite. Pour
l’enseignement agricole cela signifie : la fin des filières mutualisées : 4e, 3e, 2nde … Des diplômes recentrés sur uniquement les activités de production agricole au sein de pôles de métiers
départementaux … Des bac pro allégés en trois ans … La fin des BEP agricoles … Une refonte des BTS pour les rendre accessibles aux futurs bac pro … Une diminution importante du personnel par les
départs en retraite non remplacés.
La ruralité (en simplifiant) offre deux visages : celle d’une certaine innocente joie de vivre, de recherche de sens indolente, de pratiques communautaires sur un territoire donné considéré comme
élément naturel à préserver ; et de l’autre un système de valeurs basé sur la propriété de la terre et la famille comme porteuse de traditions fermées, un usage intensif de l’espace et des
ressources naturelles. En re-définissant ses missions d’enseignement sur des activités de production, ce Ministère a fait son choix : de l’adaptation pure, simple, rapide de ses élèves à une
agriculture mécanique, technologique, inhumaine qui est tout le contraire de ce que nous désirons sans faim…
Dimanche 16 décembre 2007
Ou de la pratique de la guerre de classe en milieu universitaire…
Interventions policières sur le campus de Rennes II ; mensonges, diffamations, menaces proférées par des membres des administrations universitaires ; vigiles
privés armés de matraques à Rennes I ; fichage par l’administration des étudiants grévistes présents sur les piquets de grève à Rennes I ; appel aux étudiants et personnels à se constituer en
milices pour déloger les grévistes sur Rennes II.
Le mois de novembre 2007 a vu se dérouler sur les facultés rennaises des événements qui questionnent, en ces périodes de mobilisations contre des lois iniques, que toute la communauté
universitaire ou presque considère comme extrêmement dangereuses pour l’enseignement supérieur. Les directions universitaires ont clairement pris le parti de l’État et de la défense de la LRU,
mais pas seulement à Rennes II ou Rennes I. Partout, on assiste à une attitude de plus en plus réactionnaire des présidents d’universités et de leurs directions. Si la défense de la LRU entre en
ligne de compte, c’est aussi et surtout l’avenir de la lutte qu’il convient de faire disparaître, en frappant fort et partout. Ici comme ailleurs, il va donc s’agir de briser toute forme de
résistance au sein des universités, de plomber les mouvements sociaux qui y prennent corps, d’empêcher toute forme de contestation collective. Qu’on ne s’y trompe pas : il n’est pas uniquement
question là de lutter contre les syndicats étudiants ou interprofessionnels, mais également de viser l’étudiant non-syndiqué. Pour cela, rien ne marche mieux que la peur de la matraque pour les
uns, la peur du gréviste Khmer rouge pour les autres.
Or en allant au clash, en focalisant sur des points relatifs aux modalités pratiques de l’organisation d’un mouvement, on en occulte la substance même. Qu’en
est-il du fond, de ce fond que par tous les moyens, on tente de camoufler ? En bref : pourquoi ce mouvement ?
La LRU c’est : le désengagement financier de l’État en faveur d’une plus grande intervention des entreprises par le biais du Conseil d’administration ; un assujettissement de la recherche et des
formations au diktat du patronat ; une précarisation accrue des personnels par le recours aux vacataires qui va devenir systématique ; une dévalorisation des conditions d’études (hausse des frais
d’inscription, casse de la valeur des diplômes, sélection à l’entrée de l’université, suppression de filières non-rentables…). On assiste alors à une véritable privatisation de l’université, à
une mise en concurrence des établissements, à une casse du service public d’enseignement supérieur, sur le modèle de ce qui s’est déjà passé au Canada et dans de nombreux pays européens.
Dans leur grande bonté les «représentants» officiels des étudiants, UNEF en tête, ont arraché au gouvernement 3% du capital d’EDF pour les universités. Ceci ne correspond en rien aux
revendications d’abrogation de la LRU et de défense du service public d’enseignement supérieur émises dans les assemblées générales, seules aptes à porter la voix du mouvement.
Voici donc qu’une fois de plus, on nous annonce des avancées extraordinaires, des victoires décisives, des uppercuts foudroyants. En réalité il n’en est rien, bien évidemment. La loi n’est pas
retirée, les garanties sont peau de chagrin et l’argent octroyé provient d’autres services publics. On imagine la gueule qu’ils ont tiré à EDF, quand on leur a dit qu’on leur prendrait leur thune
pour la mettre à la fac !
Si la LRU est combattue ici c’est parce qu’elle contribue à détruire le système public d’éducation. La défense d’un tel système va de paire avec celle de tout service public et c’est pourquoi les
«avancées» du gouvernement sont non seulement insatisfaisantes, mais scandaleuses. Si on doit cependant tirer une leçon de ce recul, certes peu conséquent, du gouvernement, c’est bien que seule
la lutte paie. Les négociations entamées avec lui n’ont rien gagnées, c’est bien la mobilisation des universités sur tout le territoire qui a fait pression. La mobilisation naissante dans les
lycées, les mouvements interprofessionnels, sur les régimes spéciaux, les franchises médicales, du public comme du privé, sont également autant de signes qui ont incité l’État à lâcher un peu de
lest, du moins en apparence. La volonté d’enrayer toute forme de manifestation, l’énergie déployée par le gouvernement et ses médias pour stigmatiser les grèves et les grévistes, cette propagande
visant à faire, petit à petit et insidieusement de la grève un délit, montrent les enjeux et les possibles portées d’une mobilisation.
À présent, des salariés commencent à se manifester pour dénoncer la LRU (Paris VIII, Tours, appel de l’organisation Sauvons La Recherche…). La mobilisation doit
continuer ; nous appelons pour cela à intensifier les assemblées au sein des filières, réunissant professeurs, élèves et personnels, en vue de discuter les différents points de cette loi et
d’informer la communauté universitaire, toute entière concernée, sur ses conséquences.
Il est indispensable de s’y organiser pour construire une opposition ferme à cette réforme afin d’obtenir son abrogation.
La CNT-FAU est le secteur universitaire de la Fédération CNT-Éducation. Elle est née en 1993, et est présente sur plus
de 20 campus universitaires. La CNT-FAU, section syndicale des étudiant-e-s, IATOSS et enseignant-e-s à la fac, se bat pour un autre monde et une autre université, en luttant contre le racisme,
le capitalisme, l’ordre sécuritaire, le sexisme.
Vendredi 14 décembre 2007
Plusieurs mouvements sociaux récents contestent la longue vague de casse des services publics dont la loi Libertés et Responsabilités des Universités (LRU) fait
partie. À Tours, les 5 arrestations des membres du mouvement anti-LRU ne sont pas des évènements isolés mais s’inscrivent dans un contexte de répression nationale. À Nantes par exemple, un lycéen risque de perdre son œil parce que sa présence dans une manifestation «dérangeait» des flics de la
B.A.C., qui ont donc tiré au flashball.
L’usage des «forces de l’ordre» a clairement pour objectif de briser toute résistance, toute contestation des choix de société… Par la répression, l’État s’en prend directement à nos droits
fondamentaux de réunion, de manifestation, et à toute critique sociale en général. Ainsi les actions politiques contestatrices sont criminalisées ; les acteurs des mouvements deviennent des
voyous selon la novlangue sarkozienne.
Nous exigeons dès lors l’arrêt des poursuites de toutes les personnes mises en examen en raison de leur participation au mouvement anti-LRU, en particulier à Tours, où 4 personnes devront passer
en procès courant 2008. Notre démarche est avant tout solidaire, et nous répondrons par la mobilisation collective face aux procès visant à réprimer de manière individualisante certains
militants. Nous ne nous laisserons pas museler et nous continuerons à nous mobiliser quelle que soit l’ampleur de la répression.
Les contestataires de la LRU se heurtent à un mur consensuel des parlementaires de droite comme de gauche. La gauche caviardisée ne porte essentiellement sa critique que sur les méthodes
d’application et non sur le contenu des nouvelles réformes. Le projet de loi a été élaboré avec la Conférence des Présidents d’Universités dont M. Lussault est porte-parole, puis ce projet a été
négocié avec l’UNEF, pour circonscrire l’incendie que le gouvernement pensait probable. Ainsi le pouvoir politique trouve un soutien de taille dans la collaboration de certains partenaires
sociaux. Le gouvernement a instrumentalisé ces représentants pour mettre en place une illusion de dialogue et ainsi faire passer les contestataires pour des extrémistes. Dès lors tout mouvement
politique non institutionnel devient criminel aux yeux du gouvernement et de l’opinion publique. Nous rappelons que nos actions sont politiques et symboliques, jamais «criminelles». C’est
pourquoi nous exigeons l’arrêt des poursuites judiciaires, dont l’arsenal légal est souvent disproportionné (poursuite pour «outrage à agent avec arme» pour une accusation d’un lancer de ballon
de peinture). La contestation est nécessaire et saine à tout bon fonctionnement démocratique. Pourtant les médias font obstacle à ce que nos revendications accèdent à la scène publique.
En effet, les médias dans leur globalité ne relaient que le discours libéral comme si aucune alternative n’était possible. En réduisant cette grève à un simple blocage, ils occultent le fond
politique de notre mouvement. Il s’agit là soit d’un manque d’investigation, soit d’un choix délibéré d’être la courroie de transmission des directives du gouvernement. Le traitement de
l’information n’est-il pas influencé par le fait que les médias soient gérés par des grands groupes industriels (Bouygues, Lagardère et Dassault…), qu’ils sont dépendants de leurs annonceurs
publicitaires, et fréquentent régulièrement les autorités institutionnelles ? Si les médias étaient aussi neutres qu’ils le prétendent, ils nous informeraient alors plus objectivement de
l’activité des luttes sociales et couvriraient un minimum la répression que subit notre mouvement.
Le recours aux forces de l’ordre fait partie de la stratégie politique du gouvernement dont l’objectif est de mater toute contestation en cours, et de se prémunir de tout autre mouvement social,
en nous inculquant la peur. Nous avons pu constater que la police utilise des méthodes particulièrement agressives à l’encontre de manifestations classiques (gazages lacrymos, matraquages,
interpellations, gardes-à-vue, BACs, Rgs, gardes-mobiles dans certaines universités, «milices» privées…) et n’hésite pas à recourir aussi à de nouveaux moyens répressifs (flashball, fichages
multiples, vidéos, menace du Tazer, pression policière hors-manifestation…). Notons cette nouvelle pratique (pour Tours) qui consiste à suivre des militants après leurs actions afin de leur
inculquer la peur et parfois procéder à leurs arrestations. Le but de ces interventions est de casser nos grèves ; les lycéens tourangeaux sont même empêchés de mettre en place leurs piquets de
grève par d’imposantes présences policières aux abords des lycées et par les menaces d’interpellations.
De la même manière, les administrations universitaires se posent en tant que relais unilatéral du pouvoir politique et se refusent à laisser remonter les problématiques soulevées par les
étudiants en lutte. En se conformant à la logique gouvernementale du passage en force des lois, les directions universitaires deviennent actrices de l’appareil répressif : cela se traduit
concrètement par les interventions des forces de l’ordre (14 cars de CRS à Tours) dans les universités. Les directions universitaires n’hésitent donc plus à utiliser la force pour nous empêcher
de nous organiser par nous-mêmes et de défendre nos revendications. Comme nous avons pu l’observer, des personnels administratifs ont collaboré directement avec la police : accueil des RGs et des
BACs dans les locaux universitaires, dénonciations, humiliations et fichages qui ont contribué à l’arrestation de certains étudiants, utilisation de vigiles privés et de chiens.
Ces dérives sécuritaires ne sont possibles que parce que l’opinion publique ne s’indigne pas collectivement contre de telles pratiques ; ces silences individuels sont transformés par le pouvoir
en un consentement général. L’efficacité de cette répression n’est possible que par un lien étroit entre les pôles politiques, médiatiques, administratifs et policiers. La peur inculquée tend à
isoler les individus, pour casser notre organisation collective. Le mouvement de réformes libérales se corrèle d’une précarisation de nos conditions de vie depuis plusieurs années, ainsi que
d’une répression accrue des indociles. Ce climat tend à nous renvoyer à nos préoccupations quotidiennes individualisées et atomisantes. La solidarité et la conscientisation de notre pouvoir
collectif nous permettraient pourtant de faire face à ce système répressif, afin de devenir acteurs du changement social. De même que le libéralisme s’étend dans le monde entier, des mouvements
réfractaires se multiplient. D’ailleurs, des étudiants en lutte dans des universités étrangères ont exprimé leur soutien international au mouvement anti-LRU en France (Québec, Grèce,
Allemagne).
Face à la répression qui tente de nous réduire au silence, nous ne pouvons rester muets ! Face à une répression nécessairement anti-démocratique et à l’augmentation de cette violence banalisée,
et légalisée, il est nécessaire de s’unir et s’organiser ! Prendre conscience des logiques sécuritaires et libérales qui nous sont imposées internationalement, nous permettra ainsi de construire
un rapport de force suffisant pour en finir avec l’exploitation, la précarisation et l’isolement des individus. C'est dans la rue et par les mouvements sociaux que débute notre résistance !
Décidés à faire face à cette répression générale, nous faisons appel à vos dons, pour soutenir les participants au mouvement anti-LRU sur lesquels pèsent des poursuites.
L’A.G. du mouvement anti-LRU de Tours