Mardi 1 janvier 2008
Le groupe «De Moker» : la jeunesse rebelle
dans le mouvement libertaire hollandais des Années folles

Le soulèvement de la jeunesse


Herman Schuurman (1897-1991), l’auteur du pamphlet Le travail est un crime, fut l’un des cofondateurs du Mokergroep (groupe La Masse [
1]), qui rassemblait de jeunes prolétaires avides de révolution, très librement organisés autour du journal De Moker, alors sous-titré Opruiend blad voor jonge arbeiders [Journal d’agitation pour jeunes travailleurs]. Le Mokergroep secoua le mouvement ouvrier et libertaire hollandais pendant plus de quatre ans, de la fin 1923 à l’été 1928 :
«Cela peut, donc cela doit sonner comme un coup de masse à leurs oreilles : nous, les jeunes, refusons radicalement de nous ranger plus longtemps derrière les sales trucs des vieux dans le mouvement […]. Que tout le monde sache que nous sommes des sans-pouvoir, des sans-dieu, des sans-le-sou et de préférence des sans-emploi dans cette société, et que nous n’aimons pas non plus toute cette agitation éthico-religieuse. Ce répugnant prêchi-prêcha, le rabâchage, depuis des années, du droit au travail, nous le changeons en droit à la paresse [2], car il s’agit là des premiers symptômes de l’anéantissement. Destruction ! Bakounine, quand il était vieux, était encore révolutionnaire, voilà pourquoi il a désigné la voie de la destruction.
    La situation du prolo s’est-elle améliorée ? […] Non ! Mille fois non ! L’organisation, politique et syndicale, a laissé intacts les fondements du système. On a seulement voulu en changer les “excès”, et même en cela on a totalement échoué […]. Le travail a toujours été la devise de la bourgeoisie, mais aussi celle des dirigeants des partis politiques et des syndicats. Aujourd’hui — et c’est en cela que l’histoire ne cesse de se répéter sans que le prolétariat y gagne quoi que ce soit — même des anarchistes pur-sang exultent en annonçant dans leurs organes que l’emploi a augmenté en Belgique. Voilà pourquoi nous ne faisons aucun effort pour avoir une organisation unifiée : nous ne connaissons pas de front unique révolutionnaire, nous reconnaissons et provoquons la solidarité dans l’usine et dans l’atelier, pour stimuler le sabotage. Le terrain de l’agitation, nous le trouvons partout…»
[3]
L’un de ces jeunes libertaires précisera plus tard :
«Les groupes De Moker et Alarm n’existaient pas pour exister en tant que groupes, mais étaient composés d’un certain nombre de gens qui éprouvaient le besoin de combattre le ramollissement dans la génération plus âgée et de s’attaquer à ces vieux.» [4]
Alarm, fondé en mai 1922 et très proche du Moker, avait déjà publié un article contre le travail, qui faisait également référence à Lafargue :
«Le capitalisme qui tire sa sève du travail, en empoche la plus-value, sera voué à l’effondrement dès le moment où ce travail, donc ce profit, feront défaut. Paul Lafargue, l’auteur du Droit à la paresse, dit que dans cette société, le travail est une honte. Or, il aurait été plus radical d’intituler son bouquin Le Devoir de paresse. Le devoir des révolutionnaires est de priver le capitalisme de sa sève. C’est pourquoi l’organisation syndicale est contre-révolutionnaire, parce qu’au lieu du sabotage et de la désobéissante paresse, elle prône le droit au travail en faisant croire aux travailleurs qu’ils pourraient en tirer un quelconque avantage. […]
    Mais l’organisation syndicale existe grâce à l’esclavage salarial : quand le travail salarié s’effondre, l’organisation syndicale s’effondre avec lui. Existant par et grâce au capitalisme, elle ne peut pas faire autrement que contribuer à sa réédification, tandis que les travailleurs sont constamment détournés du renversement du capitalisme par la lutte pour les salaires. En tant qu’anarchistes nous ne devons pas seulement lutter contre le capitalisme, mais aussi contre l’ennemi en notre sein : contre les organisations syndicales. Le capitalisme et le syndicalisme ont en effet un ennemi commun : la paresse. Et là où les capitalistes et les notables affirment tout le temps le devoir et le droit au travail, les révolutionnaires doivent propager partout le devoir et le droit à la paresse
[5]
À l’inverse de ceux d’Alarm, du reste pas forcément plus âgés, ceux du Moker se définissaient explicitement comme «jeunes» — comme Schuurman le dit lui-même : «Nous, les jeunes, nous avons trop de droit à la vie, trop de passion, trop de foi et de confiance en nous-mêmes, trop de volonté et de courage pour nous laisser foutre comme ça au piquet.» [6] Il n’empêche qu’au contraire de la quasi-totalité de la presse ouvrière et libertaire, Alarm réagit avec enthousiasme à la parution du Moker :
«Très rafraîchissant. Publié uniquement pour propager le sabotage. Tout comme Alarm, il combat toute forme de salariat, car les travailleurs ne comprennent pas qu’“aussi longtemps qu’existe le salariat, l’exploitation reste un fait”. Le journal combat donc l’organisation syndicale, car “les syndicats collaborent à l’endormissement des travailleurs”. Huit de ces jeunes anti-syndicaux ont déjà comparu devant la justice pour agitation et atteinte à la sûreté de l’État. Cette revue est donc très prometteuse. La jeune génération doit avoir le salariat en horreur, elle doit devenir fainéante : voilà l’effondrement de la bourgeoisie.» [7]
À ses débuts, la plupart des participants au Moker avaient en effet entre dix-sept et vingt-trois ans — Schuurman était relativement «vieux» dans le groupe. Par ailleurs, tous les fondateurs du groupe et rédacteurs du journal étaient issus des courants les plus radicaux d’un mouvement d’émancipation de la jeunesse, qui émergea à la fin du XIXe siècle avec l’industrialisation, plutôt tardive en Hollande mais dont les effets désastreux n’en ont pas été moindres, notamment pour les jeunes, d’où une forte tendance anticapitaliste au sein de ce mouvement. Parfois dès l’âge de douze ans, à la moindre expression de mécontentement dans la rue, ces jeunes se retrouvaient confrontés aux sabres de la police et aux fusils de l’armée : ils comprenaient donc vite quel ordre était défendu aux Pays-Bas. De plus, ce sont eux qui formaient la piétaille de l’armée puisque les riches pouvaient s’acquitter d’une taxe pour échapper au service militaire, contribuant également à l’expression d’une forte tendance antimilitariste : c’est sur ce terrain fertile que fut fondée, en 1904 à Amsterdam, l’Association internationale antimilitariste (Internationale Antimilitaristische Vereniging, IAMV), dont Ferdinand Domela Nieuwenhuis, «grand-père» du mouvement socialiste et libertaire hollandais, était l’inspirateur. Des délégués d’Angleterre, d’Espagne, de Belgique, de Suisse et de France (représentée par la Ligue antimilitariste, fondée entre autres par Georges Yvetot) avaient pris part au congrès fondateur, mais la branche néerlandaise fut la seule à récolter un succès considérable : avec des slogans tels que «Pas un homme, pas un sou pour l’armée» et «Guerre à la guerre», accompagnés systématiquement du mot d’ordre anticolonialiste «Les Indes délivrées de la Hollande» [8], elle fonctionna plusieurs dizaines d’années, jusqu’à la deuxième guerre mondiale, comme instrument de liaison entre différents groupes libertaires et antimilitaristes, qui se rencontraient lors de congrès et réunions, participaient à ses campagnes et colportaient ensemble son journal, De Wapens Neder [À bas les armes].

Au sortir de la première guerre mondiale, la vague révolutionnaire qui submergea le vieux monde, atteignit aussi notre plat pays soi-disant «neutre» [9
] : émeutes contre le coût de la vie et la pénurie, multiples manifestations prolétariennes, grèves, et même mutinerie dans une caserne ; au sein des Jeunesses social-anarchistes (Sociaal-Anarchistische Jeugd Organisaties, SAJO), qui regroupaient des jeunes prolétaires en révolte contre la «mollesse» des organisations existantes, quelques-uns tentèrent de faire sauter la Bourse d’Amsterdam ainsi qu’un dépôt d’explosifs aux abords de la ville, mais la malchance fit échouer leur projet. Dans les réunions et les publications de ces Jeunesses social-anarchistes, les discussions sur les principes, mais aussi et surtout sur les pratiques de la «dictature du prolétariat», se mêlaient à celles sur le rôle général des partis et syndicats dans la lutte révolutionnaire. Vers 1919-1920, la tendance antibolchevique des Jeunesses social-anarchistes, qui en somme niait toute représentativité aux organisations, avait éclipsé toutes les autres, notamment parce que celles-ci partaient rejoindre les diverses organisations «adultes», des communistes aux syndicalistes. Cette tendance radicale se regroupa en 1922 autour du mensuel Alarm, sur le modèle du Nabat de l’Ukraine révolutionnaire [10], et/ou vint s’agréger un peu plus tard au groupe qui gravitait autour du Moker.

À l’extérieur des Jeunesses social-anarchistes, ou avant de les rejoindre, beaucoup de participants au Moker, et non des moindres, comme Herman Schuurman lui-même, étaient passés par la Ligue des jeunes anti-alcooliques (Jongelieden Geheelonthoudersbond, JGOB). L’importance accordée à l’antialcoolisme dans le mouvement socialiste et libertaire est certainement une particularité néerlandaise. (Le très populaire Domela Nieuwenhuis avait même lancé le slogan : «Un travailleur qui boit ne pense pas. Un travailleur qui pense ne boit pas.») Que cet antialcoolisme ait rencontré un tel succès au sein de la jeunesse subversive de l’époque doit sûrement beaucoup au calvinisme dont la population hollandaise est profondément imprégnée, mais aussi au fait que nombre de ces jeunes prolétaires connaissaient de près les ravages que pouvait causer l’alcoolisme dans leur propre milieu, jusque dans leurs propres familles. Pour eux, l’antialcoolisme signifiait aussi bien émancipation de la personnalité que contestation des relations sociales, et leur apparaissait presque comme une condition sine qua non de tout changement social. Les débats qui agitaient les Jeunesses social-anarchistes se retrouvaient aussi au sein de la Ligue des jeunes antialcooliques, et si quelques-uns de ses membres rejoignirent les communistes, Herman Schuurman et ses camarades libertaires organisèrent fin 1920 le congrès fondateur d’une Ligue de la jeunesse libre (Vrije Jeugd Verbond, VJV), qui fit cette Déclaration de principes :
«La Ligue de la jeunesse libre est l’association nationale des jeunes qui, ayant conscience qu’ils ne peuvent ni ne savent se résigner à la situation qui détruit la vie, travaillent, chacun à sa façon et autant que possible ensemble, à la révolution spirituelle et sociale.
    Là où notre société, se révélant dans le capitalisme, et le militarisme qui en découle, se maintient seulement par la destruction de la libre personnalité humaine, la VJV se place sur le terrain “de la libre personnalité humaine”. Afin de stimuler le développement de la libre personnalité humaine, la VJV accepte tous les moyens pour détruire les facteurs qui l’entravent, comme le capitalisme, le militarisme, l’école et la religion.»

En juin 1921, le jeune Herman Groenendaal, qui avait lui aussi quitté la Ligue des jeunes antialcooliques pour s’affilier à la Ligue de la jeunesse libre et qui avait été emprisonné pour refus du service militaire, commençait une grève de la faim et déclenchait en sa faveur une gigantesque campagne antimilitariste, lancée et coordonnée par l’Association internationale antimilitariste ; pendant plusieurs mois se succédèrent manifestations, réunions contestataires et grèves auxquelles participèrent des milliers de travailleurs ; quelques autres insoumis rejoignirent Groenendaal dans sa grève de la faim. Puis, au début du mois de novembre, alors que le mouvement stagnait, un petit groupe d’activistes attaqua à la bombe la façade de l’immeuble où logeait l’un des juges de Groenendaal, dans le but notamment de critiquer la «passivité» des non-violents (ce qu’était d’ailleurs Groenendaal). Un des auteurs de l’attentat dira plus tard :
«On s’est étonné que, devant la Cour, aucun de nous trois n’ait tenu de discours retentissant, un peu dans le style dont avaient l’habitude les vieux sociaux-démocrates dans l’Allemagne de l’empereur Guillaume, et que nous n’avions pas de défenseurs qui partageaient notre point de vue. À tort. L’acte était notre propagande. Nous avions fait ce que nous avions à dire. Nous avons dit cela à l’adresse de la bourgeoisie et du prolétariat. Et ce que nous avons à dire pour l’avenir est toujours la même chose, exprimé dans des termes un peu différents : saisie des entreprises, organisation par entreprise. […] Ce que nous avons voulu dire tout d’abord avec notre attentat, c’est : voilà, prolétaires, vous vous perdez en admiration pour le non-violent Groenendaal, réveillez-vous donc et réfléchissez un peu sur cet attentat. » [11]
L’attentat, évidemment, provoqua quelques dissensions. Peu de gens appréciaient ce genre de critique. Or, ceux qui l’approuvèrent et organisèrent la campagne pour la défense des auteurs de l’attentat — qui furent condamnés à de lourdes peines — formaient bientôt les groupes autour d’Alarm et, un peu plus tard, autour du Moker. Les deux groupes étaient très proches, tout comme l’étaient les Jeunesses social-anarchistes et la Ligue de la jeunesse libre, au sein desquelles ils avaient vu le jour, si bien que De Moker adopta la Déclaration de principes de la Ligue. [12]

L’antimilitarisme prononcé du Moker et d’Alarm se distingue systématiquement d’un certain antimilitarisme libertaire fortement imprégné de pacifisme et d’éthique à la Tolstoï, de cette «non-violence» de principe qui continue à
proliférer dans chaque mouvement de contestation, pour le frustrer et l’étouffer. La critique du militarisme développée par les Mokers se veut bien plus profonde et concrète. Jo de Haas ** évoque ainsi l’imbrication de l’armée et du militarisme avec l’État et le capitalisme, dans une polémique contre le manifeste d’un groupe de tendance bolchevik appelant les jeunes à «apprendre à manier les armes» :
«Quels farceurs ! Car, disent-ils, on ne pourra en finir avec la guerre si ce n’est par la révolution mondiale. Et pour ces marxistes, la révolution = une bataille ! Chacun en comprend les conséquences absurdes. Le capitalisme a inventé des moyens qui, en vingt-quatre heures, peuvent faire d’une ville comme Londres un cimetière. “L’armée prolétarienne” devra donc disposer des gaz, des bactéries, etc. pour être capable, par exemple, de faire de Londres un cimetière en dix heures. Car sinon la bataille — la “révolution” selon eux — est perdue d’avance […]. Cela, les écoliers l’ont déjà compris, qui ne s’aventurent pas dans une bagarre sans un bâton qui soit au moins un décimètre plus long que celui des autres.
    Cependant, les jeunes doivent comprendre ceci : les sociaux-démocrates aspirent à la conquête du pouvoir de l’État. Dans le manifeste susmentionné on lit : “Quand le capitalisme est détruit et que partout les travailleurs prennent eux-mêmes en mains le pouvoir de l’État, la guerre devient impossible.” C’est ici que se cache l’imposture ! Les travailleurs ne prennent pas en mains le pouvoir de l’État. Ce sont les dirigeants qui font ça ! Ça change beaucoup et ça explique tout. […] En Russie, on trouve à la tête de l’Armée rouge des généraux blancs qui, exactement comme ici, font tirer sur des grévistes et disperser les manifestations de femmes. Imaginez un instant que ces soldats n’aient pas su tirer…» [13]

Notes
1. Un moker (dit aussi vuist, «poing», en argot de métier) est une sorte de petite masse (cf. logo du Moker).
2. La première traduction néerlandaise du célèbre pamphlet de Lafargue, établie par J. de Wachter, parut en 1916.
3. J. Verhave, «Het moet !» [«Il faut !»], De Moker, no 4, 10 février 1924.
4. Fike van der Burght, Die moker en alarmgroepen bestonden niet om te bestaan als groep : sociaal anarchistiese jeugdbeweging in Nederland 1918-1928 [Les groupes De Moker et Alarm n’existaient pas pour exister en tant que groupes : le mouvement de la jeunesse social-anarchiste aux Pays-Bas de 1918 à 1928], Amsterdam, 1982, p. 44. Bon nombre des informations utilisées ici sont tirées de ce livre, ainsi que de celui de Ger Harmsen, Blauwe en rode jeugd. Ontstaan, ontwikkeling en teruggang van de Nederlandse jeugdbeweging tussen 1853 en 1940 [Jeunesse bleue et Jeunesse rouge. Naissance, développement et régression des mouvements de jeunesse aux Pays-Bas de 1853 à 1940], Nijmegen, 1975.
5. A. J. Jansma, «Luiheid en kapitalisme» [«Paresse et capitalisme»], Alarm. Anarchistisch maandblad, no 6, 1922.
6.
Fike van der Burght, ibid., p. 35.
7. Annonce de la parution du Moker, par Jo de Haas, dans Alarm, janvier 1924.
8.
L’État néerlandais, qui avait hérité en 1799 du droit de prédation sur l’archipel indonésien, jusqu’alors détenu par la Compagnie hollandaise des Indes-Orientales, se voyait contraint, un siècle plus tard, à l’époque de «l’impérialisme», de défendre son monopole contre l’avidité intrépide de nouveaux concurrents dans le pillage, et entamait en conséquence une sinistre «pacification» de la «Ceinture d’émeraude», pour y asseoir définitivement son pouvoir et en tirer davantage de butin. Au cours de multiples campagnes militaires, où la cruauté la plus extrême répondait à la farouche résistance des indigènes, l’armée hollandaise finit d’anéantir les relations féodales encore en vigueur dans les divers principautés ou sultanats dont l’absolue soumission ne pouvait être garantie, et y introduisit le capitalisme moderne et son exploitation industrielle du sol et du sous-sol, avec ses champs de pétrole, ses mines et plantations géantes nécessitant la concentration d’un prolétariat déporté de toutes les îles d’Indonésie, d’Asie continentale et même d’Afrique. Les régulières révélations d’atrocités perpétrées par l’armée et les colons scandalisaient certes l’opinion publique hollandaise, donnant lieu parfois à des disputes parlementaires, mais seuls les anarchistes et, plus tard, les communistes du courant trotskisant de Sneevliet (fondateur du Partai Komunis Indonesia en 1914) et les conseillistes prirent carrément le parti de la résistance indonésienne. Les antimilitaristes s’opposaient notamment à «l’envoi de jeunes Hollandais pour assurer les bénéfices usuraires de la bourgeoisie en Orient». Ceux qui se réunirent autour d’Alarm et du Moker précisaient leur position en déclarant vouloir «les Indes délivrées du capitalisme, donc délivrées de la Hollande» ; et ils affirmaient que le meilleur soutien à apporter aux Indonésiens dans leur lutte pour l’émancipation, le meilleur moyen aussi pour que la cause nationaliste se voie dépassée par la cause du prolétariat internationaliste, était de saper en métropole même la racine de l’impérialisme : le capitalisme.
9.
La Hollande était officiellement «neutre» durant la première guerre mondiale, et l’est restée jusqu’à son invasion par l’Allemagne en mai 1940.
10.
Selon Anton Constandse *, cofondateur et rédacteur d’Alarm, «un rapprochement s’effectua entre les communistes de conseils, qui avaient quitté le Parti communiste (comme Leen van der Linde, Piet Kooijman, Wim Hoenders), et des groupes anarchistes comme les Alarmistes, qui adoptaient certaines conceptions marxistes radicales sur le terrain économique, qui avaient été aussi celles de syndicalistes comme Georges Sorel. Pendant la période durant laquelle on peut le compter parmi les anarchosyndicalistes, lui aussi a vu dans ce mouvement l’expression d’une lutte de classe sans ambages, à mener tout d’abord dans les entreprises. L’idée de l’occupation de l’entreprise était une forme de “dictature du prolétariat”, et n’était donc justement pas celle d’une “dictature du parti”. Le courant anarchiste des Alarmistes est resté caractérisé par ses liens avec les communistes de conseils.» (De Alarmisten, 1918-1933, Amsterdam, 1975.)
11.
Citation de Leen van der Linde dans P. A. Kooijman, Neem en eet. Bomaanslag en opruiing als sociale filosofie [Prends et mange. L’attentat à la bombe et l’incitation à la révolte comme philosophie sociale], «Manifesten», L. J. C. Boucher, La Haye, sans date (autour des années 1970), p. 18-19. D’autre part, les auteurs de l’attentat s’expliquèrent par écrit dans P. A. Kooijman, L. v. d. Linde, Jo de Haas, De Revolutionnaire Daad, Uitgave : Agitatie-Commissie : Weg met de Partijen, de Vakorganisaties en de Bonzen [L’Acte révolutionnaire, Édition : Commission d’agitation : À bas les partis, les organisations syndicales et les notables], 1922. Anton Constandse fit remarquer plus tard que deux des auteurs de l’attentat venaient d’un groupe marxiste dissident. «Il était déjà notable, à l’époque, que des social-anarchistes collaboraient occasionnellement avec des marxistes qui avaient accepté le principe du communisme de conseils. Ils se retrouvaient mutuellement dans la défense de l’insurrection de Cronstadt de 1921.» (Dr. A. L. Constandse, Anarchisme van de daad van 1848 tot heden [Les Anarchistes et la Propagande par le fait de 1848 à aujourd’hui], La Haye, 1970, p. 178.)
    Pour tenter d’accélérer le mouvement, les mêmes imaginèrent de kidnapper le maire d’Amsterdam et de lui refuser toute nourriture jusqu’à ce que Groenendaal soit libéré… On projeta aussi de commettre un attentat contre un propriétaire de chantier naval responsable d’un lock-out des métallurgistes, qui ne put non plus être mené à bien ; mais tout ceci prouve que leur mobile principal n’était pas la solidarité avec Groenendaal ou la cause antimilitariste, mais bien leur «passion destructrice» contre le système capitaliste tout entier.
12.
Cette déclaration est reproduite dans chaque numéro du Moker. Les éléments plus modérés de la Ligue de la jeunesse libre se regroupèrent autour des périodiques De Kreet der Jongeren [Le Cri des jeunes], et plus tard, De Branding [Le Déferlement]. Il existait aussi une feuille «interne» de la Ligue, couvrant les deux tendances, De Pook [Le Tisonnier].
13.
De Moker, no 11, 1er octobre 1924.

Notes biographiques
* Anton Constandse (1899-1985), fils de commerçants, avait quinze ans quand, élève de l’école normale, il rejoignit la Ligue des jeunes antialcooliques (JGOB) et choisit le camp du socialisme. En 1919 il adhéra à l’Association internationale antimilitariste, ainsi qu’aux Jeunesses social-anarchistes où il prôna l’occupation des entreprises et la formation de conseils ouvriers. Il écrivit dans plusieurs périodiques antimilitaristes et libertaires avant de fonder en 1922 Alarm. Anarchistisch maandblad. Écrivain prolixe, il participait activement à d’autres publications, tout en voyageant à vélo un peu partout aux Pays-Bas et en Flandre, pour donner des conférences de propagande et de culture générale. Interdit d’exercer sa profession d’instituteur en raison de son casier judiciaire, il développa une érudition remarquable. Dans les années 1930, confronté à la montée du fascisme, puis au déclin de la révolution en Espagne, où il voyait les anarchistes participer au pouvoir de l’État — ce qu’il considérait comme quelque chose d’inévitable (!) —, il se mit à douter de l’efficacité des méthodes anarchistes. Il se plongea dans la psychologie sociale et introduisit les théories de Wilhelm Reich en Hollande. Pris en otage par les nazis avec tout un groupe d’intellectuels, il resta interné pendant presque toute la guerre. À la Libération, il se fit essayiste et journaliste, commentateur estimé de l’actualité, «progressiste», avec toutes les illusions et toutes les indulgences envers l’ordre existant que ce terme évoque. Il est l’auteur de centaines d’articles et de dizaines de brochures et de livres. De son passé révolutionnaire, il a dit avoir «dit adieu à l’anarchisme comme on dit adieu à une personne aimée disparue».
**
Jo de Haas (1897-1945) était fils de comédiens ambulants. À l’âge de quinze ans, il était «vendu» à la Marine, d’où il déserta en 1917. Après avoir purgé une peine de dix mois de prison, il rejoignit les Jeunesses social-anarchistes et fonda De Opstandeling, orgaan der Federatie van Sociaal-Anarchistische Jongeren [L’Insurgé, organe de la Fédération des jeunes social-anarchistes]. Il a collaboré à Alarm aussi bien qu’au Moker, ainsi qu’à beaucoup d’autres périodiques. Complice de l’attentat de novembre 1921 (voir ci-dessus), il fut acquitté en appel. Très actif et bon orateur, il faisait lui aussi des tournées de propagande à vélo dans tout le pays. Dans les années trente, il se convertit à l’anarchisme religieux. Il fut exécuté par les nazis à la fin de la seconde guerre mondiale pour faits de résistance.



Le travail est un crime
, Herman SCHUURMAN (1924)

Le groupe «De Moker» : la jeunesse rebelle
dans le mouvement libertaire hollandais des Annéees folles
, Els van DAELE (2007)
(1) Le soulèvement de la jeunesse
(2) La critique à coups de masse
(3) La grande grève dans les tourbières
(4) Syndicalisme ou révolution ?
(5) Le travail est toujours plus criminel
À télécharger :
Aux Éditions Antisociales
Au fin mot de l’Histoire
Jeudi 18 octobre 2007
Octobre 1977 - octobre 2007. Les combats d’hier sont les combats d’aujourd’hui. «Le patrimoine dont nous partons», dont parle Joëlle Aubron, c’est bien tous ces combats menés. Au long du temps.
    Nous n’aimons pas les anniversaires. C’est vrai. Vrai aussi, qu’octobre 77, et la mort à Stammheim d’Andreas Baader, Gudrun Enslin, Jan Carl Raspe est inscrit dans nos consciences, comme celle d’Elisabeth van Dyck, d’Holger Meins et de tant d’autres camarades.

    Pour eux, mais aussi pour nous, l’un des tout premiers textes de la RAF.


baader-esslin.jpg
«C’est là que sont les petites filles qui te donnent tout,
    d’abord le bonsoir, et puis la main…
Dans la rue Filangieri, il y a une cloche ;
    à chaque fois qu’elle sonne, c’est une condamnation…
La plus belle jeunesse meurt en prison.»

Porta romana bella…, chanson de la pègre de Milan
citée par Guy Debord dans le film In girum imus nocte et consumimur igni.


agit883-62-05-06-1970.jpgConstruire l’armée rouge !

Camarades du 883 [1], cela n’a aucun sens que d’expliquer ce qui est correct aux gens qui ne le sont pas.
    Cela, nous l’avons suffisamment longtemps. L’action de libération de Baader, nous ne devons pas l’expliquer aux radoteurs intellectuels, à ceux qui flippent, à ceux qui savent tout sur tout, mais aux couches populaires potentiellement révolutionnaires.
    C’est-à-dire, ceux qui peuvent immédiatement comprendre cet acte, parce qu’ils sont eux-mêmes prisonniers.
    Ceux qui ne peuvent rien commencer avec le blabla des «gauches», parce que c’est sans conséquences et sans actions. Ceux qui en ont marre !

    L’action de libération de Baader, vous devez l’expliquer aux jeunes du quartier de Märkisch, aux filles d’Eichenhof, à Ollenhauer, Heiligensee, aux jeunes du foyer pour jeunes, du centre d’aide à la jeunesse, à la maison verte [2], au Kieferngrund [2].
    Aux familles nombreuses, aux jeunes travailleurs et aux apprentis, aux lycéens, aux familles des quartiers en rénovation, aux travailleurs de Siemens et d’AEG-Telefunken, de SEL et d’Osram, aux travailleuses mariées qui en plus du ménage et des enfants doivent travailler à la pièce — quelle merde !
    C’est à eux qu’il faut diffuser l’action, parce qu’ils n’ont pas de dédommagements pour leur exploitation par le niveau de vie, la consommation, les Plans d’épargne Logement, les petits crédits, la voiture moyenne. Eux qui ne peuvent pas se permettre tout ce bric-à-brac, qui ne pensent pas à tout ça.

    Ceux qui ont découvert tout le caractère mensonger des promesses de futur de leurs éducateurs et professeurs et gérants d’immeuble et travailleurs sociaux et contremaîtres et responsables syndicaux et maires de quartiers, et qui n’ont peur encore que de la police. C’est à eux — et non pas aux intellectuels petits-bourgeois —, qu’il faut expliquer que c’est fini maintenant, que ça commence, que la libération de Baader n’est que le début !
    Qu’une fin de la domination des flics est en vue !
    C’est à eux qu’il faut dire que nous construisons l’armée rouge, que c’est leur armée.
    C’est à eux qu’il faut dire que tout commence. Ils ne vous demanderont pas stupidement : pourquoi maintenant précisément ? Ils ont derrière eux mille chemins vers les autorités et les administrations, la valse des procès, les salles d’attente, et toujours la date où cela a réussi et celle où ça n’a pas réussi.
    Et la discussion avec la prof sympa, qui n’a pas pour autant empêché le transfert en lycée professionnel, et la responsable du jardin d’enfant qui elle non plus n’y pouvait rien qu’il n’y ait pas de place.

    Eux ne vous demanderont carrément pas pourquoi maintenant !
    Ils ne vous croiront certainement pas si vous n’êtes pas capables de diffuser le journal avant qu’il soit confisqué.
    Parce que vous ne devez pas agiter les mange-merdes de gauche, mais les gauches objectives, vous devez construire un réseau de distribution inatteignable par les porcs.
    Ne bavardez pas comme quoi c’est trop dur. L’action de libération de Baader n’était pas non plus une sinécure. Si vous avez compris ce qui se passe (et vos commentaires montrent que vous avez compris, mais c’était de la merde opportuniste de trous de culs que de dire que vous auriez vous aussi une balle dans le ventre), si vous avez compris quelque chose, vous devez organiser de manière meilleure la diffusion. Et nous ne vous dirons pas plus sur les méthodes que sur les plans d’actions — bandes d’emprisonnés dans les tourbières ! Tant que vous vous laissez choppés, vous ne pouvez pas donner de conseils aux gens pour qu’ils ne se fassent pas chopper. Qu’est-ce que l’aventurisme ? S’introduire soi-même des indics. Alors.
    Qu’est-ce que cela signifie, porter les conflits à leur pointe ? Cela signifie : ne pas se laisser massacrer.
    C’est pourquoi nous construisons l’armée rouge. Derrière les parents il y a les professeurs, le juge pour enfants, la police.
    Derrière le contremaître il y a le chef, le bureau du personnel, la protection du travail, le travailleur social, la police.
    Derrière le concierge il y a le gérant, le propriétaire, l’huissier, la menace d’expulsion, la police.
    Ils arrivent par cela ce que les porcs font avec les censures, les licenciements, les renvois, avec les scellés et les matraques. Évidemment qu’ils saisissent leurs armes de service, au gaz lacrymogène, aux grenades et aux mitraillettes, évidemment qu’ils font l’escalade des moyens, s’ils n’y arrivent pas autrement.
    Évidemment que les GIs au Vietnam sont formés de manière nouvelle à la tactique de la guérilla, que les bérets verts ont des cours sur la torture. Et alors ?
    Il est clair que les peines seront alourdies pour les politiques. Vous devez rendre clairs le fait que c’est de la merde social-démocrate que de prétendre que l’impérialisme, avec tous ses Neubauer [3] et Westmoreland [4
], Bonn [5], le sénat, le tribunal pour jeunes et les administrations d’arrondissements, tout le bordel des porcs, se laisserait noyauter, balader, prendre au dépourvu, intimider, dissoudre sans combat.
    Rendez clair le fait que la révolution ne sera pas une balade printanière. Que les porcs feront l’escalade des moyens aussi loin qu’ils le pourront, mais également pas plus loin.

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Afin que les conflits puissent en arriver à être accentués jusqu’à leur résolution, nous construisons l’armée rouge.

    Sans construire en même temps l’armée rouge, tout conflit se gâte, devient réformisme tout travail politique dans l’entreprise et à Wedding [6] et dans le Märkischen Viertel [7] et à la Plötze [8] et dans la salle du procès, c’est-à-dire : vous n’en arrivez qu’à de meilleurs moyens disciplinaires, de meilleures [mesures] d’intimidation, de meilleures méthodes d’exploitation. Cela casse le peuple et ne casse pas ce qui casse le peuple ! Sans construire l’armée rouge, les porcs peuvent tout faire, les porcs peuvent continuer : enfermer, licencier, hypothéquer, voler les enfants, intimider, tirer, dominer.
    Faire que les conflits puissent en arriver à être accentués jusqu’à leur résolution, cela signifie : qu’ils ne peuvent plus faire ce qu’ils veulent, mais qu’ils doivent faire ce que nous nous voulons.
    C’est à eux à qui vous devez le rendre clair, ceux qui n’ont rien de l’exploitation du tiers-monde, du pétrole perse, des bananes de Bolivie, de l’or sud africain, qui n’ont aucune raison de s’identifier aux exploiteurs. Eux peuvent capter cela, que ce qui se commence ici a déjà commencé, au Vietnam, en Palestine, au Guatemala, à Oakland et Watts, à Cuba et en Chine, en Angola et à New York.
    Eux captent cela, si vous leur expliquez, que l’action de libération de Baader n’est pas une action unique et isolée, qu’elle ne l’a jamais été, mais la première de ce type en RFA. Nom de dieu.

    Ne restez pas assis sur le sofa de votre appartement perquisitionné en comptant les amours et les petits esprits mesquins. Construisez l’appareil de diffusion correct, laissez tomber les flippés, les mangeurs de choux, les travailleurs sociaux, ceux qui ne cherchent qu’à gagner des faveurs, le pack de Lumpen.
    Débrouillez-vous pour savoir où sont les foyers et les familles nombreuses et le sous-prolétariat et les femmes prolétaires, qui ne font qu’attendre de pouvoir frapper dans la gueule ceux qui le méritent. Eux prendront la direction. Et ne vous faites pas attraper, et apprenez d’eux comment on fait pour ne pas se faire attraper, ils en savent plus que vous.341768.jpg

Élargir les luttes de classes !
Organiser le prolétariat !
Commencer avec la lutte armée à construire l’armée rouge !

RAF, 5.6.1970

Notes :
1. Revue qui a été de 1968 à 1973 le principal organe de la scène «underground».
2. Un foyer pour la jeunesse.
3. Sénateur de Berlin.
4. Commandant des forces US au Vietnam de 1964 à 1968 puis chef d’état-major.
5. Capitale administrative.
6. Quartier de Berlin-Ouest.
7. Cité-dortoir de Berlin-Ouest.
8. Prisons pour femmes de Berlin-Ouest / Plötzensee.
Mercredi 17 octobre 2007

«La guerre sans nom dans Paris», Une nuit d’octobre 61, Aude TOULY, 2001


Mémoires du 17 octobre 1961, Faïza GUÈNE & Bernard RICHARD, 2002


Témoignages d’octobre, Sébastien PASCOT, 2002


Voir aussi,
17 octobre 1961 : terreur d’État et violence «coloniale»
Vendredi 7 septembre 2007
Bonjour,
    Depuis plusieurs semaines, je reçois à intervalles réguliers par mail le Bulldozer, le papier rédigé par des occupants de La Picharlerie, dans les Cévennes, à l’occasion de la destruction du lieu par les forces de l’ordre. J’ai déjà émis, de façon verbale, des critiques à son égard et expliqué pourquoi je ne le diffuse pas. Si ceux qui occupaient La Picharlerie m’étaient étrangers, je n’irais sans doute pas plus loin. Mais ce n’est pas le cas. J’y compte des amis, parfois très proches, et la moindre des choses, dans de pareils cas, c’est de porter à leur connaissance par la plume ce que je leur reproche.Petit-Livre-Rouge.jpg
    Je n’ai pas participé à l’occupation de La Picharlerie. Je n’y ai même jamais mis les pieds, Par suite, je laisse bien volontiers aux premiers intéressés le soin de faire le bilan critique de toutes ces années d’activités individuelles et collectives, que je n’ai pas l’intention de dénigrer. Par contre, j’ai pas mal circulé dans les Cévennes, dès les lendemains de Mai 68. J’y fus confronté à suffisamment d’histoires glauques pour être en désaccord total avec l’interprétation de la Résistance locale que charrie le
Bulldozer. À l’époque, j’étais maoïste et l’organisation à laquelle je participais, contrainte à la clandestinité, était à la recherche de complices dans les régions et les milieux issus de la Résistance, pour monter des planques, des imprimeries, voire des centres destinés à effectuer des exercices assez peu spirituels. Ce qui, dans quelques cas rares, a fonctionné. Car nous allions en priorité à la rencontre de ceux qui avaient, aux lendemains de la Libération, refusé de rendre les armes et qui reprochaient au PCF de ne pas avoir saisi le pouvoir d’État par la force à la mode bolchevik. L’une des directives de l’organisation était d’ailleurs de nous manifester, à l’occasion, sur les lieux de pèlerinage des associations d’anciens de la Résistance, pour bien montrer notre filiation avec elle, du moins avec les fractions qui nous paraissaient les plus susceptibles de partager nos conceptions. Guingouin, fondateur du premier maquis du PCF dans le Limousin à l’époque du pacte Staline-Hitler, contre les ordres de Thorez et chassé du Parti dans les années 50, était notre modèle. Évidemment, lorsque nous le rencontrâmes dans l’Aube, à la même époque, il nous déçut beaucoup par son chauvinisme, par son attachement religieux au Parti qui l’avait pourtant traîné dans la boue et par son refus de discuter des questions importantes, le rôle du PCF dans la reconstitution de l’État à la Libération, par exemple. Il est vrai qu’il avait mis lui-même la main à la pâte dans le Limousin, à la veille de la drôle de guerre, comme responsable de l’Organisation Spéciale locale, chargée de traquer l’opposition trotskyste…
    Bref, c’était l’époque où Dominique Grange, égérie de la Gauche prolétarienne, chantait : «Nous sommes les nouveaux partisans, partisans de la guerre de classe…
» Nous participions à la belle et touchante tentative de réconciliation entre les jeunes maos-staliniens et les vieux staliniens-staliniens qui, en réalité, n’avaient en commun que de reprocher à la direction du PC thorézienne l’acceptation du «révisionnisme kroutchévien», selon les propres termes de Guingouin. De sa retraite de l’Aube, il avait dû lire Mao pour parler comme ça. Le dernier carré des puritains de la Résistance ne comprenait pas que Thorez n’avait jamais réalisé que du «révisionnisme stalinien». Nous non plus d’ailleurs. En pur «homme de confiance» que Staline plaçait aux postes clés du Komintern, Thorez tentait de concilier la raison d’État de Moscou avec celle de Paris, quitte à faire passer la première avant la seconde, au grand dam de ses détracteurs nationalistes dans le PCF, par exemple Guingouin, lors du pacte germano-soviétique.brassard-ardaillers.JPG
Au fil des discussions dans les Cévennes, ça devenait d’ailleurs intenable de concilier la défense de Staline et la critique des «trahisons» de Thorez, le «premier stalinien de France», en particulier celles envers les peuples colonisés par la France. Car notre filiation à nous, maoïstes, ce n’était pas que la «résistance nationale» en France, mais aussi les «luttes de libération nationale», y compris celles dirigées contre l’Empire français. Nous allions parfois y participer, sans comprendre que nous favorisions la formation de nouveaux États. Mais nous prenions au pied de la lettre la formule de Lénine : «Des peuples qui en oppriment d’autres ne sauraient être libres.» D’où nos critiques acerbes contre le chauvinisme du PCF, particulièrement odieux lorsque le «premier parti de France» accéda au sommet de l’État pour participer à la reconquête de l’Empire. Thorez était vice-président du Conseil avec Tillon, fondateur des FTP, comme ministre de l’Air, lors des massacres de Sétif en 1945 ; il occupait encore le même poste avec Billoux, l’un des principaux créateurs de l’OS, comme ministre de la Défense, au cours des génocides à Tananarive et aux quatre coins de l’île en 1947. Bien entendu, le rappel de pareilles histoires de famille ne pouvait que nous fermer les portes, y compris celles des déçus du PCF dans les Cévennes. Car nous avions oublié qu’ils étaient aussi des vétérans des guerres coloniales auxquels ils avaient participé, parfois comme volontaires, sous la houlette de leurs chefs de maquis devenus, à la Libération, officiers dans l’armée, voire ministres d’État comme Tillon. De plus, au gré des rencontres avec les retraités staliniens des FTP, nous en apprenions de belles sur l’histoire réelle de la Résistance dans les Cévennes et dans les zones avoisinantes. Bon nombre d’entre eux justifiaient toujours la liquidation des oppositionnels au nom de l’union nationale, à l’extérieur comme à l’intérieur des FTP, des trotskistes aux anarchistes, ceux-ci étant en règle générale des réfugiés de la guerre d’Espagne. L’une de ces immondes opérations eût d’ailleurs lieu à 50 kilomètres à peine au sud de Sainte-Croix, si mes souvenirs sont bons, contre des Espagnols libertaires et quelques Allemands proches du communisme des conseils. Nous étions maoïstes, très jeunes et très cons, mais déjà assez révoltés pour que de telles attitudes sordides nous révulsent. Au fil des mois, l’épopée héroïque des prétendues guérillas ressemblait décidément à ce que nous connaissions trop bien : le militarisme d’État. Dégoûtés, nous décidâmes d’arrêter là l’aventure. D’ailleurs, la chefferie locale du PCF, ayant appris que des maoïstes braconnaient sur ses terres, commençait à nous rendre la vie impossible, verrouillant le terrain via les associations d’anciens combattants à sa botte et n’hésitant à nous balancer à la gendarmerie dans la pure tradition de la Résistance.maquisards.JPG
    Il existe évidemment de grandes différences entre la période dont je vous parle, celle de l’après-Mai 68, et l’actuelle. Le PCF, resté très stalinien, en «théorie» comme en «pratique», était omniprésent. Sans lui, le retour au calme après Mai 68 n’aurait pas été possible. Il assurait son rôle de pompier social ainsi que la défense de son monopole sur des secteurs entiers de la vie sociale et politique via la chasse au moindre oppositionnel, y compris par la violence. Désormais, le «premier parti de France» est devenu le «dernier» et, pour survivre, il a décidé de réviser sa propre histoire et de changer de tactique. La seule roue de secours idéologique dont il dispose, c’est la mythologie sur la Résistance, et encore, à condition d’en regratter le parchemin en fonction des impératifs de la nouvelle époque. Place du Colonel Fabien, les archives sensibles sont en libre accès, mais après le passage du broyeur. Voilà pourquoi, d’affaire nationale, menée par des Français contre les Boches, la Résistance a été récemment élevée, par les chefs du PCF, au rang de lutte citoyenne de portée mondiale à laquelle tous les opprimés peuvent s’identifier. La République française a valeur de république universelle, c’est bien connu. Les FTP, «fidèles à l’esprit universaliste de la révolution française», acceptaient en leur sein les nationalités européennes les plus diverses, à la seule condition qu’elles soient antifascistes. Voilà ce qu’affirme désormais L’Humanité. Laquelle négocie le virage de l’intégration européenne contre les derniers ultranationalistes du PCF. L’Humanité, évidemment, «oublie» de signaler que la création officielle des FTP coïncida avec la rupture du pacte germano-soviétique par Hitler et l’appel de Staline «aux peuples du monde entier à lutter contre le fascisme». L’intérêt d’État de l’URSS et celui de la «libération de la France» étaient désormais en phase. Par suite, les anciens cadres des Brigades internationales présents dans l’Hexagone, y compris les Allemands de la Brigade Thaelmann, furent reconvertis en chefs de maquis sous la houlette de Tillon, avec la bénédiction du Kremlin. À l’image des Brigades, il organisa les FTP de façon militaire, plaçant des «hommes de confiance» du Komintern aux postes clés, chargés de discipliner les troupes aux origines nationales les plus diverses et de briser la moindre tentative de résistance à la militarisation. La portée de la Résistance en France dépassa effectivement les limites de l’Hexagone, mais le jargon républicain est destiné, ici comme au cours de la révolution en Espagne, à en camoufler les enjeux réels : les intérêts d’État. Dans cette optique, le PCF réhabilite à tour de bras les exclus de l’histoire officielle des FTP, à commencer par Guingouin, et, pourquoi pas demain, les anarchistes qu’il massacra au maquis. Parallèlement, il est à l’affût des moindres forces qu’il pourrait capter sur le terrain de l’antifascisme, via les associations qu’il contrôle encore en partie, en particulier celles d’anciens combattants de la Résistance. Lesquelles ne manquent pas évidemment de protester contre la destruction de leurs autels sacrés dans les Cévennes. Mais en oubliant par la même occasion de parler des fosses communes anonymes que certains de leurs membres ont rempli des cadavres des révolutionnaires, assassinés par leurs soins.
   
Je ne compte pas ici résumer la tranche d’histoire complexe, cachée derrière le joli terme de Résistance, et encore moins la réduite à celle des FTP. Mais simplement signaler les dangers de la pente savonneuse sur laquelle vous vous engagez et qui risque de vous conduire vers quelque marécage particulièrement nauséabond. Le Bulldozer joue aussi le rôle d’appel à la solidarité. Mais je ne peux être solidaire qu’avec ce qui est autonome. L’existence d’activités individuelles et collectives à la Picharlerie est bien sûr la preuve que ce désir d’autonomie n’est pas du pipeau. Mais la reprise, qui plus est en tête du papier, des mythes de la Résistance l’annule. L’organisation de la Résistance fut le prélude à la reconstitution de l’État-Nation hexagonal. Rien de moins autonome, vu sous cet angle, que les FTP, y compris dans les Cévennes, à moins d’avaler l’histoire officielle du maquis, telle qu’elle est racontée par les associations d’anciens combattants. La Résistance, pour moi comme pour les compagnons de la génération précédente qui eurent affaire à elle, c’est essentiellement l’histoire de la liquidation, parfois par les armes, de la moindre tentative d’autonomie, y compris dans les maquis créés en dehors d’elle. Comme le disait l’un de mes proches, libertaire aujourd’hui décédé : «Les lieux de culte de la Résistance me débectent car ils cachent nos charniers.» N’oublions jamais que le Parti des fusillés fut celui des fusilleurs. Alors, amis de la Picharlerie, ne venez pas nous bassiner avec la Résistance, terme qui renferme le même mensonge que celui de Démocratie. Là, je le dis clairement, il n’y a aucune solidarité possible. En mettant en avant de pareils thèmes racoleurs, c’est à la récupération par tous les apologistes des mythes fondateurs de l’État issus de la Résistance que vous allez être confronté, pour les raisons indiquées au paragraphe précédent. Vous désirez sans doute élargir la mobilisation et briser le relatif isolement envers le milieu local qui limite, en l’absence de mouvement de révolte plus général, les perspectives et les activités de tels lieux occupés, surtout en zone rurale. Vieux problème. Mais il est impossible de dépasser des limites qui ne dépendent pas que de vous, loin de là, en faisant des compromis sur les principes. Vous y gagnerez de la reconnaissance officielle, via Libération, par exemple, qui invite ses lecteurs en mal d’exotisme à faire du tourisme dans les Cévennes, «terre d’asile, terre de camisards et de maquisards». De la reconnaissance, oui… Mais, à quel prix, je vous le laisse deviner.

André DRÉAN
Paris, le 18 août 2007
Paru sur A-infos, sous le titre «Des mythes de la Résistance en Cévennes et ailleurs»


Voir aussi,
Expulsion et destruction de la Picharlerie en Lozère
Un collectif en Cévennes
Mardi 12 juin 2007
Lundi 11 juin 2007

INVITATION À LIRE
, par les
Giménologues

Dans ce petit livre bien rempli, l’auteur suit pas à pas en Aragon puis à Madrid l’action de l’anarchiste Buenaventura Durruti et celle des miliciens de sa colonne durant le bref été de l’anarchie (de juillet à novembre 1936). Il met en évidence comment la perspective révolutionnaire qui était en jeu dès le départ de la colonne vers Saragosse a été communément éclipsée par la mort de Durruti et par ce que l’on a appellé les funérailles de l’utopie. Car à partir de là, la personnalité et la démarche de cet homme d’action seront transfigurées par les impératifs de ce que Miguel Amorós nomme la politique extérieure de la CNT. Durruti n’est plus qu’un héros mort au champ d’honneur de la politique collaborationniste de la Confédération envers l’État républicain.
    À partir de données éparses et pour certaines inédites, ce travail minutieux donne à voir comment Durruti s’engagea dès la fin juillet 1936 dans un labyrinthe complexe où les questions logistiques d’un front improvisé furent contrariées par les intrigues contre-révolutionnaires, elles-mêmes favorisées par les intérêts divergents des dirigeants anarchistes. Après que Durruti eut fini ses jours dans le piège madrilène, la marche forcée dans le même labyrinthe va épuiser et exaspérer des milliers de libertaires espagnols et internationaux engagés corps et âme dans la révolution et résistant à la militarisation des milices sur le front d’Aragon. Et quand la stratégie visant à séparer et contenir le processus révolutionnaire qui accompagnait encore parfois la résistance des miliciens butera sur les barricades des insurgés de mai 1937, la CNT mettra tout son prestige dans la balance pour convaincre sa base que la seule voie sans issue est maintenant, en somme, la révolution. Désormais, comme l’avait douloureusement pressenti Camillo Berneri, entre Burgos et Madrid, il n’y aura plus que Moscou…

Miguel Amorós a publié en 2003 La révolution trahie, La véritable histoire de Balius et des Amis de Durruti, Éditions Virus, Barcelone.

Durruti en el laberinto,
Muturreko burutazioak no 13, Bilbao, juin 2006.
Durruti dans le labyrinthe, Encyclopédie des nuisances, Paris, mai 2007.


PRÉFACE DE L’AUTEUR

La historia de nuestra guerra civil está llena de cuestiones cuya resolución objetiva es una necesidad para aquellos que luchan contra la al proletariado significaría la eliminación de toda perspectiva revolucionaria. La figura de Durruti, en tanto que personificación de la revolución proletaria anarquista de 1936 concentró muchas de esas cuestiones, verdaderas heridas del movimiento libertario, que en su propio beneficio conviene mantener abiertas y hurgar en ellas. Si duelen, es signo de que sus ideas perviven. Esas ideas no tienen precio. Quienes trataron de venderlas, se vendieron sólo a sí mismos. El anarquismo o es radical o no es nada. Sin embargo en los tiempos del espectáculo y la cultura de masas el pasado vendría ser una mercancía moderna, consumible como cualquier otra. Un objeto cultural de entretenimiento asequible en cuadernos coleccionables, DVDs o series televisivas. La banda de historiadores de la universidad ya no tiene por función la falsificación o la ocultación del pasado como hacían los estalinistas sino su conversión en espectáculo.
    El primer paso de esa preparación para el consumo ha sido la museificación. La historia para la pandilla universitaria sería un enorme panteón de cadáveres a los que se podría despedazar y analizar como se haría con las momias de Egipto. La distancia que nos separa de ellos sería tan fabulosa que nada habría que temer. El punto de vista forense certificaría el lejano momento de la defunción y desplegaría un abanico de hipótesis a escoger. Ese aspecto “plural” es el marchamo de la mercancía ; en el espectáculo importa poco la moraleja. Se trabaja para el olvido pero de otra manera : si los historiadores estalinistas se servían del presente para reescribir el pasado, los actuales expertos de universidad se sirven del pasado para mistificar el presente. La historia-espectáculo legitima la dominación como si ésta no tuviera que ver con aquél ; embalsamando cadáveres, el poder quiere mostrarse como el heredero legal de los vencidos y no como el vencedor de la víspera. Como buen usurpador, quiere que no se sepa que es un recién llegado, que su pasado es reciente, que prácticamente no tiene historia. Que está ahí porque nadie se decide a echarlo. Un buen ejemplo ha sido el “socialismo libertario” que hace unos años sacó de la chistera el presidente Zapatero. La mercantilización espectacular de la guerra civil correspondería a una pérdida total del sentido histórico en las masas, vacías y atemorizadas. No obstante dicha pérdida no es completa y por lo tanto, tiene remedio. Todavía la historia no es de quien la manipula. Durruti no ha muerto.
Dimanche 10 juin 2007


Mai 68 : à la demande des étudiants qui occupent la Sorbonne, William Klein, caméra au poing, filme pendant quinze jours les événements du Quartier Latin, de l’Odéon à Censier, des AG aux barricades. Garçons de café, retraités, illuminés, immigrés, ménagères, étudiants, syndicalistes, touristes des beaux quartiers, cadres en mal de conscience, enragés de tous poils et de toutes tendances forment partout des tables rondes ambulantes… Pavés de bonnes intentions, rumeurs et révélations, rêves et discours les plus fous, analyses correctes et aberrantes, coups de théâtre, complots, confessions, crises de conscience, tripes et psychodrames… Tous ceux qui en temps habituels ne parlent pas, à présent causent, causent, jusqu’au délire.


Dossier Mai 68
Mardi 5 juin 2007


Une descente aux enfers. La chaîne chez Peugeot. Son direct et image simple, assourdissante image. L’empire Peugeot : l’exploitation à outrance du travail humain ; et au dehors, cela continue. Ville, magasins, supermarchés, bus, distractions, vacances, logement, la ville elle-même : horizon Peugeot.



Voir aussi,
Rétrospective au Coffre-Fort, printemps 2005

Groupe Medvedkine de Besançon :

À bientôt, j’espère (Chris Marker & Mario Marret, 1967-68)
Classe de lutte (1969)

Groupe Medvedkine de Sochaux :
Week-End à Sochaux (1971)
Avec le sang des autres (Bruno Muel, 1974)
Dimanche 3 juin 2007


Mettre en scène le travail pour tout remettre en jeu, mettre en jeu pour mettre en joue : cinéma-boomerang, cinéma-guérilla, jusqu’à la victoire finale…



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Samedi 2 juin 2007


Une petite fille dont la mère travaille à la biscuiterie Buhler et le père est routier, raconte sa vie. Une vie familiale désagrégée par le travail. Le monde des travailleurs vu à travers les yeux de leurs enfants.


Voir aussi,
Rétrospective au Coffre-Fort, printemps 2005

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À bientôt, j’espère (Chris Marker & Mario Marret, 1967-68)
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Dimanche 27 mai 2007

Dans une usine de contacteurs électroniques, les conséquences sur la vie des ouvriers, de la pression des grandes entreprises sur les petites : les cadences s’accélèrent, la tension monte, les accidents deviennent plus fréquents et plus graves : un ouvrier perd sa main dans une presse.



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Dimanche 27 mai 2007

Les conditions de travail dans l’horlogerie Kelton-Timex : les ouvrières travaillant comme des marionnettes, les évanouissements, les accidents et en guise de prime de la «Nouvelle Société», Sylvie Vartan venant chanter à l’atelier…



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Vendredi 25 mai 2007
 
 
En mars 1967 à Besançon, une grève éclate aux établissements Rhodiaceta qui font partie d’une chaîne d’usines de textiles dépendant du trust Rhône-Poulenc. Cette grève a pris un aspect inhabituel par son refus de dissocier le plan culturel du plan social. Les revendications mises en avant ne concernaient plus seulement les salaires ou la sécurité de l’emploi, mais le mode de vie que la société imposait, impose à la classe ouvrière.



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Mardi 22 mai 2007

Résume l’esprit de ces implacables essais documentés dans un scopitone révolutionnaire sur une chanson originale de Colette Magny. Rappelons que, à l’époque comme aujourd’hui, il est interdit de tourner dans les usines et qu’il s’agit donc de plans volés, volés à la censure sociale, volés à la fatigue, volés au désespoir ordinaire qui s’attache à la condition ouvrière dans une société de contrôle.



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Rétrospective au Coffre-Fort, printemps 2005

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